Nous avons vu que René Char racontait, dans "L’adolescent souffleté", comme il venait trouver refuge au sein de la nature, et notamment auprès du roseau, dans lequel il semble se reconnaître. Voici la fable bien connue de La Fontaine qui oppose le chêne au roseau.

La fable d’Ésope (VII-VIe siècle av. J.-C.)

Le chêne et le roseau disputaient de leur force, lorsqu’un vent violent se leva. Le roseau, courbé et ployant sous les tourbillons, évita d’être déraciné ; le chêne, qui voulut résister, le fut, et s’abattit. La fable montre que face à plus fort que soi, rivalité ou résistance ne sont pas de mise.

Le Chêne et le Roseau de Jean de La Fontaine (Livre I, fable 22, 1668)

Le Chêne et le Roseau, par Granville - 1803-1847 Le chêne un jour dit au roseau :
"Vous avez bien sujet d’accuser la nature ;
Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ;
Le moindre vent qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête.
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrai de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l’arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci :
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables ;
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin." Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le nord eût porté jusque là dans ses flancs.
L’arbre tient bon ; le roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

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