Nos premiers cours de méthodologie visaient à dégager une vision d’ensemble - c’est-à-dire une vision synthétique - du texte, afin d’aboutir à un projet de lecture. Les éléments qui suivent sur cette page relèvent de la seconde étape, celle de l’analyse.

Nous l’avons vu au cours d’une première séance de méthodologie, trois étapes permettent de bâtir le commentaire d’un texte :

  • identifier le texte en réfléchissant à son horizon d’attente, afin de définir un projet de lecture, autrement dit une interprétation qui porte sur l’ensemble du texte ;
  • analyser le texte pour justifier ce projet de lecture ; sélectionner, organiser et hiérarchiser les analyses en un plan ;
  • rédiger le commentaire à partir des analyses réalisées en un devoir qui comportera une introduction, un développement en deux ou trois grandes parties elles-mêmes composées de deux ou trois sous-parties, et une conclusion.

Analyser le texte grâce à un prisme de lecture

Ajout du dimanche 25 septembre

Jusque-là, en classe, nous nous sommes donc efforcés, en méthodologie comme en cours classique, de dégager à chaque lecture une vision synthétique des textes.

Pour le nom SYNTHÈSE, notre ami le dictionnaire Robert dit :

  • Suite d’opérations mentales qui permettent d’aller des notions simples aux notions composées.
  • Opération intellectuelle par laquelle on rassemble des éléments de connaissance en un ensemble cohérent (cette seconde définition correspond bien à notre travail sur l’approche des textes).

L’ANALYSE est la démarche inverse et donc, pour réaliser un commentaire, complémentaire de la synthèse.

Écoutons l’ami Robert :

  • Opération intellectuelle consistant à décomposer un tout en ses éléments constituants afin d’en établir les relations. Exemple : division d’une phrase en mots.
  • Examen qui tente de dégager les éléments propres à expliquer une situation, un sentiment, etc. Exemple : l’analyse politique.

Une analyse, ou une lecture analytique permet donc d’étudier en détail comment la forme du texte produit son sens. Il s’agit de voir à la loupe les choix de l’auteur : choix des mots, de leur agencement, de la construction des phrases, des figures de style qui donnent du relief au texte…

Pour les fables en particulier, on peut aussi observer dans le détail l’usage de l’allégorie animalière, le passage du récit aux discours (celui des animaux, celui du fabuliste qui énonce une morale, la manière de rapporter ces discours : directe, indirecte, indirecte libre, narrativisée), les effets liés à la versification…

Autrement dit, pour justifier une première impression, une interprétation - par exemple : "La Fontaine raille l'hypocrisie des courtisans" -, il ne suffira pas de dire qu'il emploie le mot "caméléon". Il faudra voir dans quel contexte ce terme est employé (ici avec le mot "singe"), si par-delà sa signification, d'autres éléments font penser à l'hypocrisie (ici le son "-léon" qui rappelle le "lion").

Toutes ces pistes de recherche forment un "prisme de lecture" ou une grille de lecture, qui permet de dégager tout ce qui compte dans un texte, en ne se dispersant pas et en évitant le syndrome "J'ai pas d'idée".

En voici un exemple avec un extrait des “Obsèques de la Lionne” :

Je définis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu’il plaît au Prince, ou s’ils ne peuvent l’être,
Tâchent au moins de le parêtre,
Peuple caméléon, peuple singe du maître,
On dirait qu’un esprit anime mille corps ;
C’est bien là que les gens sont de simples ressorts.

Il s’agit ici d’une morale à l’intérieur de la fable ; La Fontaine en propose deux dans cette fable étonnante. Nous l’avons vu : il s’agit essentiellement de faire la satire de la cour, et plus précisément, la satire de l’hypocrisie des courtisans. C’est important d’avoir construit cette interprétation (qui porte aussi bien sur la fable que sur ce passage précis), avant de se lancer dans l’analyse détaillée.

Interprétation 1 : La Fontaine raille la versatilité des courtisans

Telle est l'une des idées que l'on dégage à la lecture de ce texte. Elle peut vous venir au terme d'une première lecture attentive, ou bien seulement après avoir analysé, de façon détaillée, ce qui suit :

  • les adjectifs contradictoires se succèdent au second vers ;
  • le duo d’adjectifs “tristes, gais”, qui forme donc antithèse, est mis en évidence en début de vers par le procédé du rejet, qui consiste à faire déborder la phrase sur le vers suivant en mettant un ou deux éléments en relief ;
  • dans ce même vers, suit un chiasme : “prêts à tout, à tout indifférents” ; ce chiasme mime la versatilité des courtisans.

Interprétation 2 : Il dénonce aussi leur hypocrisie.

Autre idée vue ensemble en classe. Même chose : vous pouvez aller de cette idée vers l'analyse détaillée des choix d'écriture, ou bien l'inverse, si face au texte, vous préférez commencer par l'observer "à la loupe". Ce qui compte, c'est en définitive de réunir les deux, c'est-à-dire de montrer à votre correcteur que le sens et la forme sont entretissés.

  • La Fontaine oppose grâce à la “rime pour l’œil” “être” et paraître (“parêtre”) ;
  • le peuple est associé à deux animaux qui sont emblématiques de la capacité d’adaptation et d’imitation : le caméléon et le singe ;
  • dans caméléon, on entend un son proche de “lion” (cette figure de style est une paronomase, c’est-à-dire un rapprochement de termes par le biais de leur proximité phonique) ;
  • La Fontaine fait référence à un débat de son époque ; le philosophe René Descartes considérait que les hommes se différenciaient des animaux car ils n’agissaient pas seulement guidés par leur instinct, mais aussi par leur raison : c’est la théorie dite des “animaux-machines”. Selon le fabuliste, l’homme est en réalité proche de l’animal.

Voici un exemple (et non un modèle) de brouillon : vous retrouverez les deux premiers points évoqués ci-dessus. Le brouillon doit être efficace : rien n'est rédigé (sauf, nous le verrons, pour l'introduction et la conclusion).

Commentaire-brouillon-analyse.jpg

On peut aussi organiser son brouillon de manière tabulaire, avec trois colonnes, respectivement utilisées pour les interprétations, les citations et les analyses. On structure ainsi ses notes efficacement en vue du paragraphe à rédiger au propre.

Commentaire-brouillon-analyse-tableau.jpg

Cette analyse, menée au brouillon, formera un paragraphe (ou un fragment de paragraphe) rédigé et intégré au commentaire littéraire.

Une première morale, énoncée au milieu de la fable, fait la satire des courtisans. La Fontaine critique leur versatilité : au vers 18, un rejet met en relief l’antithèse formée par le couple “tristes, gais”. Un chiasme mime ensuite les changements constants d’attitude des courtisans : ils sont “prêts à tout, à tout indifférents”. Mais le fabuliste raille aussi l’hypocrisie qui les caractérise. Le peuple de la cour est associé au caméléon, qui se fond dans son environnement pour survivre, et au singe, allégorie de l’imitation. Par paronomase, on peut aussi distinguer à la fin du mot “caméléon” le mot “lion” : il s’agit bien d’imiter le roi en tout. C’est la question fondamentale de l’être et du paraître, autrement dit des apparences, que soulève La Fontaine en opposant les deux termes avec une rime pour l’œil au vers 20.


Même exemple, avec commentaire.

Énoncé d'une interprétation d'ensemble, en tête de paragraphe. Une première morale, énoncée au milieu de la fable, fait la satire des courtisans. Énoncé d'une interprétation de second niveau : on étudie une des cibles de cette satire, la versatilité. La Fontaine critique leur versatilité : énoncé des analyses qui viennent justifier cette interprétation au vers 18, un rejet met en relief l’antithèse formée par le couple “tristes, gais”. Un chiasme mime ensuite les changements constants d’attitude des courtisans : ils sont “prêts à tout, à tout indifférents”. Énoncé d'une seconde interprétation ; on étudie la satire de l'hypocrisie. Mais le fabuliste raille aussi l’hypocrisie qui les caractérise. Énoncé des analyses qui viennent justifier cette interprétation. Le peuple de la cour est associé au caméléon, qui se fond dans son environnement pour survivre, et au singe, allégorie de l’imitation : il s’agit bien d’imiter le roi en tout. Par paronomase, on peut aussi distinguer à la fin du mot “caméléon” le mot “lion”. C’est la question fondamentale de l’être et du paraître, autrement dit des apparences, que soulève La Fontaine en opposant les deux termes avec une rime pour l’œil au vers 20.

Changement d’échelle : retour au commentaire

Projet de lecture

Ainsi, nous pourrions faire un commentaire littéraire de ce texte, et dont le projet de lecture serait :

Nous verrons en quoi cette fable est à la fois une satire de la vie de cour et un éloge du pouvoir des fables.

Vers le plan

Tout commentaire littéraire commence par une introduction et s’achève par une conclusion ; entre les deux se trouve le développement, en deux ou trois parties, elles-mêmes composées de deux ou trois sous-parties.

Même remarque que précédemment quant au plan qui va structurer le développement de votre commentaire littéraire. Certains élèves, à l'aise avec tout ce qui relève de la logique, l'auront peut-être en tête immédiatement. D'autres y parviendront au terme de leurs analyses. Il se peut que vous essayiez avec succès l'une ou l'autre approche successivement.

Le développement, au cœur du commentaire, pourrait s’organiser en deux parties : la critique de la cour et du roi, l’éloge de la fable comme moyen de survie.

I. La Fontaine dénonce ici les vices de la vie de cour.
1. La vie de cour est fondée sur l’hypocrisie et la versatilité des courtisans (ici se trouverait notre paragraphe).
2. Mais cette hypocrisie s’explique par la violence qui règne à la cour du Lion.

II. Le fabuliste oppose à la violence et à la calomnie le pouvoir des fables.
1. Le Cerf oppose au mensonge un mensonge mieux tourné, autrement dit une fable.
2. Sa réussite donne lieu à une morale qui fait l’éloge de la fable, vademecum pour survivre à la cour.


Sur les choix d’écriture ou procédés littéraires

Ne soyez pas effrayés si vous ne maîtrisez pas toutes les figures de style, ni plus généralement tous les procédés littéraires. Nous reverrons les principaux procédés appris au collège et à connaître, et définirons en classe ceux que vous découvrez. Le cours de littérature ne consistera cependant pas à désosser les textes, mais bien à les faire vivre !

L’objectif n’est pas d’impressionner votre correcteur grâce à une copie où les termes techniques brillent de mille feux, mais de faire la démonstration que vous êtes capable de montrer le lien entre la forme du texte et le sens qui s’en dégage. Tel est l’intérêt du commentaire littéraire.

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