Retrouvez ici notre abécédaire du Balcon en forêt.

Billet enfin terminé s'agissant des textes (mise à jour : samedi 17 juin). Je procéderai à une dernière relecture pour enlever notamment les petites barres grises, mais vous pouvez retrouver vos textes et ceux de vos camarades. En vue de l'entretien, je vous invite à vous attacher aux mots dont vous avez rédigé la définition au regard de l'œuvre, et à deux ou trois termes autres, qui vous ont particulièrement marqué.

A comme Aérien - par Léo

A comme Aspirant - par Eden

B comme Balcon - par Jeanne

B comme Bulle - par Sophie H.

C comme Conte - par Christée

D comme Désir - par Balthazar

E comme Élévation - par Eden

E comme Enfance - par Sophie H.

F comme Fantasme : nom masculin - par Sophie H.

F comme Flottement - par Sophie Y.

F comme Forêt - par Selma

G comme Grange - par Eden

G comme Guerre - par Maxime

H comme Harmonie - par Pierre-Louis

H comme Hauteur - par Léa

I comme Imaginaire - par Emmanuelle

I comme Insouciance : nom féminin - par Sophie H.

I comme Intérieur - par Laura

I comme Isolement - par Anaïs

J comme Jaillissement - par Eden

J comme Jouissance - par Jeanne

K comme kaki

L comme Lourd : adjectif - par Sophie H.

M comme Mer - par Eden

M comme Mère - par Félicien

M comme Mona - par Anaïs

N comme Nature - par Myriam

O comme Occupation - par Lise

O comme Oisiveté - par Léa

R comme Regard - par Léa

R comme Retraite - par Balthazar

R comme Réveil - par Eden

R comme Rêverie - par Laura

R comme Ronron - par Sophie Y.

S comme Sacré : adjectif - par Sophie H.

S comme Sensualité - par Balthazar

S comme Sommeil : nom masculin - par Sophie H.

V comme Voyage - par Lise


A comme Aérien - par Léo

Le dictionnaire français définit le mot aérien par léger et insaisissable comme l’air. L’adjectif, bien qu’il ne pas soit employé dans le texte, décrit un sentiment venant du récit que l’on peut rapprocher d’une de ses définitions : “Qui est à l’air libre”. Celle-ci peut être rapprochée des émotions qu’éprouve Grange : “Il était libre, seul maître à bord”. C’est un sentiment de liberté et de légèreté faisant penser à une prise de hauteur aérienne.


A comme Aspirant - par Eden

“L’aspirant Grange.”(p.11)

Son grade militaire n’est évoqué que pour le présenter, ou lorsque le réel reprend ses droits sur l’imaginaire, quand la guerre fait de nouveau son apparition. Grange n’a en effet pas les caractéristiques d’un aspirant militaire.

Il demeure cependant l’aspirant, au sens où il puise son énergie dans la vitalité de son environnement et de ses fréquentations : “il sentait le monde venir à lui tout gorgé d’une profusion tendre” (p.109). La nature personnifiée ou encore Mona donnent naissance à sa rêverie et lui permettent de s’évader. Dans le roman, la respiration est d’ailleurs emblématique de l’état d’esprit du personnage.

En outre, Grange aspire à un univers différent du réel médiocre dont il tente de s’affranchir tout au long du roman. Il est à la recherche d’un souffle qui transcende la perception commune des hommes et qui donne à son environnement une âme, un corps, une vie.


B comme Balcon - par Jeanne

Balcon, nom masculin

Étymologie

Venant de l’italien balko, devenu balcone, il signifie « poutre » ou encore « échafaud ». Ce nom désigne « une plate-forme en façade d’un bâtiment entourée d’une balustrade ».

Emploi dans l’œuvre

Dans le texte de Julien Gracq, le mot balcon n’est jamais utilisé, mais il est présent dans le titre du récit Un balcon en forêt.

Grange, le personnage principal est un « aspirant » arrivant dans une maison forte des Ardennes, dont le rôle est d’attendre. Mais attendre quoi en particulier ? La guerre, la terreur, l’assaut… Cet endroit isolé dans de verdoyants bois va enchanter notre personnage principal, qui va s’élever grâce à cette nature très dense qui l’entoure. Grange se cherche, il cherche son enfance et cherche à vivre et pour cela, il va faire de longues promenades, seul dans la forêt. Il va y rencontrer la charmante et intrigante femme-enfant, Mona.

Dans ce récit, le mot balcon renvoie à un lieu isolé mais malgré tout en hauteur, un endroit capable d’atteindre les feuilles des arbres et pourquoi pas le ciel. Cet endroit serait calme et serein, un endroit dans lequel Grange pourrait s’abandonner.

Grange cherche sans cesse à s’élever et, malgré la mission pour laquelle il réside dans cette maison forte, il y trouve refuge. Cette maison aussi froide soit-elle, est devenu son îlot de réflexion, son havre de paix.

L’essentiel

Au demeurant, le balcon que Grange a toujours cherché se trouve au milieu des bois, en temps de crise. C’est un lieu qui regorge de sensations, de sérénité ainsi que de couleurs et d’odeurs et qui évoque un endroit merveilleux et unique.


B comme Bulle - par Sophie H.

B comme Bulle : nom féminin

  • 1 : Petite quantité d’air, de gaz, de vapeur qui prend la forme sphérique dans un liquide ou dans une matière en fusion (verre, métal) ou solidifiée.
  • 2 : Dans une bande dessinée, élément graphique, défini le plus souvent par une ligne fermée, qui permet d’exprimer les paroles ou les pensées des personnages.
  • 3 : Enceinte stérile en plastique transparent dans laquelle on place dès sa naissance un enfant (enfant bulle) atteint d’une forme aiguë de déficience immunitaire héréditaire.

La bulle dans l’œuvre : « Sur le plateau, où la chaussée s’égouttait mal, les flaques des bas-côtés s’élargissaient déjà au travers du chemin, toutes cloquées par l’averse qui redoublait de grosses bulles grises. » (p. 48)

Le terme « bulle » apparaît dans le roman au moment de la rencontre de Mona, alors que Grange se promène seul dans la forêt. Cependant, le terme ne se contente pas de signaler la présence de petites bulles d’air à la surface des flaques formées par l’averse : il fait référence au fait que Grange est lui-même au cœur de sa bulle de rêverie, délimitée par la brume qui l’entoure et l’immensité de la forêt autour de lui qui le coupent du reste du monde. Loin de l’enfermer, cette bulle représente plutôt l’ouverture de Grange sur son imaginaire personnel, au sein de laquelle il enchante constamment le réel. C’est sans doute une des explications de son amour pour la promenade et la solitude.


C comme Conte - par Christée

Tout d’abord le mot conte peut paraître surprenant de par la dimension morale ou argumentative d’un conte ; par exemple Le Petit Chaperon Rouge a pour but d’apprendre aux jeunes filles qu’il ne faut pas se laisser séduire.

Cependant, dans l’œuvre de Julien Gracq, c’est surtout le côté merveilleux et enfantin du mot “conte” qui prévaut, notamment avec l’image de la maisonnette au fond du bois, qui rappelle le conte d’Hansel et Gretel ou encore avec la rencontre avec Mona, où l’aspect merveilleux est mis en valeur par une figure enfantine et presque magique.


D comme Désir - par Balthazar

D’après le Petit Robert de la Langue Française.

Désir est un nom masculin, datant de la fin du XIIème siècle du verbe « désirer ».

Du latin « desiderae » ou « desiderium », il est formé à partir de « sidus » ou bien « sideris » désignant l’astre, l’étoile et la planète. Littéralement traduit, « desiderae » signifierait cesser de contempler (l’astre, l’étoile) alors que « desiderium » désigne un manque, une absence ou une perte.

Le désir est une tendance vers un objet connu ou imaginé ; une prise de conscience de cette tendance.

Le désir est également renvoie également au plaisir sexuel, à ses manifestations physiques.

Il peut être assimilé à une aspiration, une attirance, un besoin, une envie, un souhait, un vœu dépendant de l’objet du désir.

Dans le texte du Balcon en forêt, un désir profond émanant de Grange se fait ressentir tout au long de l’ouvrage. Grange désire cette nature sauvage et sensuelle (voir Sensualité) ; la silhouette de femme-enfant est également objet de désir.

Grange est un personnage désireux. Il désire s’unir, se fondre avec Mona, la nature, mais il désire aussi fuir, s’extirper de la ville, des hommes, se défaire de sa condition d’être humain.


E comme Élévation - par Eden

L’élévation, c’est à la fois la hauteur, le caractère élevé et l’ascension, l’action de s’élever.

Nous savons d’abord que la maison forte de Grange est située dans le massif ardennais, où déjà s’esquisse la notion de cime. Dans la vallée se trouve Moriarmé, la ville qui réunit la mort et l’armée, c’est-à-dire ce qui rattache Grange à la réalité insipide. C’est aussi là que se trouvent les hommes dont il se sent étranger, “les pères de famille qui vont au bordel” (p.41). S’ils se situent en contrebas de la maison forte, c’est aussi parce que leurs préoccupations sont plus terre à terre et ne laissent que peu de place à la rêverie.

Elles n’ont d’ailleurs que peu de prise sur Grange car il leur échappe par la voie de l’imaginaire. Il accède à une perception très intime de ce qui l’entoure et cela lui permet de se hisser sur “ce nid bercé très haut” (p.48) que constitue son regard sur le monde. Son désir d’ascension, sa poursuite d’un idéal le pousse à prendre de la hauteur, un mot qui se répète tout au long du roman. Il cherche à atteindre un univers poétique par sa capacité à s’élever alors même que s’opère souvent dans le roman une dilatation de l’espace horizontal. Paradoxalement, c’est de ce ciel que vient l’assaut à la fin du roman, par la reprise du mythe d’Ouranos et de Gaïa.


E comme Enfance : nom féminin - par Sophie H.

  • 1 : Période de la vie humaine qui va de la naissance à l’adolescence.
  • 2 : (littéraire) Origine, commencement, début d’une chose susceptible de développement : L’enfance de l’humanité. Une science dans l’enfance.
  • 3 : Ensemble des enfants.

L’enfance dans l’œuvre : « Grange prolongea longtemps le demi-sommeil qui le retournait sur son lit de camp, dans l’aube déjà claire à toutes les vitres ; depuis son enfance, il n’avait éprouvé de sensation aussi purement agréable : il était libre, seul maître à son bord dans cette maisonnette de Mère Grand perdue au fond de la forêt. » (p. 21)

Ce passage sous-entend que l’enfance de Grange a été particulièrement heureuse et paisible. Mais au-delà de ce passage, l’enfance dans l’œuvre peut faire référence à la personnalité pleine de jeunesse de l’aspirant Grange : d’une grande insouciance, le personnage perçoit le protocole à suivre en cas de percée des Allemands comme les consignes compliquées d’un exercice quasi-scolaire ennuyeux, et enchante en permanence le paysage et les êtres qui l’entourent en leur donnant des allures de personnages de contes. Ce terme peut également faire référence au personnage de Mona, à mi-chemin entre le Petit Chaperon rouge et une « fille de la pluie » : celle-ci est d’abord perçue comme une enfant par Grange, à cause de son allure juvénile et de son jeu puéril dans les flaques d’eau.

F comme Fantasme : nom masculin - par Sophie H.

Représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients, spécialement en psychanalyse ; scénario de l’accomplissement du désir inconscient. Les fantasmes peuvent être conscients (rêveries diurnes, projets) ou inconscients (rêves, symptômes névrotiques).

Bien que le mot ne soit pas clairement énoncé dans Un balcon en forêt, le fantasme est présent dans plusieurs passages de l’œuvre : dans l’incipit, une lecture centrée sur l’érotisme du texte laisse transparaître l’image de la pénétration d’un corps, soit le train de Grange qui s’enfonce lentement dans le paysage de la Meuse, où ce paysage prend un aspect presque maternel : l’aspirant Grange s’y sent presque immédiatement chez lui ; un peu plus loin, le même fantasme est à nouveau évoqué lorsque Grange se réveil après sa première nuit de sommeil au fortin : le personnage qui remue paresseusement dans son lit de camp, et la sensualité de la forêt qui vient tendre ses branches contre ses fenêtres font référence à l’acte charnel et trahissent un immense sentiment de bien-être chez Grange ; enfin, lorsqu’il fait la connaissance de Mona, la démarche, l’allure et le jeu de la jeune femme la font paraître, aux yeux de Grange, petite fille, femme et enfin mère. Des images de personnages de contes, fée des bois et de la pluie, et bêtes sauvages viennent s’ajouter à ce personnage fantasmagorique.


F comme Flottement - par Sophie Y.

Selon la définition du Larousse, le flottement est l’état d’un objet qui flotte, qui ondule mollement. Ce nom peut également être employé pour désigner un mouvement d’hésitation, d’incertitude.

L’histoire d’ Un balcon en forêt repose sur une période d’incertitude, d’attente. Ce mouvement d’hésitation installe dans le roman une ambiance étrange. La dualité ainsi que la réversibilité des éléments du récit, par la période historique, l’imaginaire et le personnage qu’est Grange nous plongent dans cette forêt flottante.

L’imaginaire de Grange perçoit la forêt comme un lieu marin, une mer ou un océan, dans lequel on se sent bercé. Cette métaphore développée tout au long du récit nous montre sous un nouveau regard le rapport que le texte entretient avec cette notion de flottement. Ainsi, le flottement prend deux sens qui s’entrecroisent sous la plume de Gracq.


F comme Forêt - par Selma

D’un point de vue étymologique, la “forêt” proviendrait du latin “foras” signifiant l‘“extérieur”, “du dehors”. Celui-ci aurait aussi inspiré le mot italien “forestiere” qui désigne l’”étranger”, l‘“homme du dehors”.

Cependant, cette origine ne semble pas se rattacher au sens que suggère Julien Gracq. En effet, la Forêt, omniprésente tout au long du roman, renverrait ici à un intérieur, à l’imaginaire même de l’homme. Grange y pénètre comme dans son âme, où se mêle confusion, réflexion et isolement.

“Une idée bizarre se glissait dans l’esprit de Grange : il lui semblait qu’il marchait dans cette forêt insolite comme dans sa propre vie.” (page 140)

Cette “vie” qu’incarne la Forêt renvoie de plus à un lieu de perdition où l’on peut à la fois faire face à des menaces, des rencontres (comme Mona…) ou encore se perdre comme dans un rêve…

L’égarement de Grange dans “sa propre forêt” lui permettrait ainsi de faire une pause dans son existence, de s’éloigner de l’activité humaine afin de mener une réflexion sur lui-même, par laquelle “la moitié de sa vie va lui être rendue”.

Mais paradoxalement, il est aussi possible de lier la Forêt à la notion d’extérieur, d’étrangère, du dehors. Celle-ci est en effet inconnue de Grange, qui y pénètre afin d’en explorer les abysses et de se découvrir lui-même.

Ainsi, la Forêt incarne à la fois l’intérieur et l’imaginaire de Grange, le reflet de son âme, mais aussi un endroit qui lui est étranger, qu’il devra s’approprier afin de mieux se comprendre.


G comme Grange - par Eden

Un nom surprenant que porte notre héros, et qui d’ailleurs se suffit à lui-même puisque son prénom nous est inconnu.

La grange est un lieu à part, isolé dans la maison. Elle constitue un endroit propice à la contemplation, voire à la réflexion. Son calme crée une atmosphère qui se retrouve dans l’état d’esprit du personnage, comme si le temps n’y avait pas cours.

C’est aussi le lieu de jeux d’enfants, de cachettes secrètes et d’amusements clandestins. Là aussi, souvenons-nous que Grange cherche parfois une enfance qui sommeille en lui ; son désir pour Mona, “une fadette – une petite sorcière de la forêt” (p.49) en témoigne par exemple.

C’est enfin le lieu où l’on abrite le grain dans une ferme. Il est intéressant de relever une fois de plus l’analogie entre les deux homonymes : si le personnage ne peut percevoir qu’une vision poétique de son environnement, c’est parce qu’il utilise les références qui lui sont familières, c’est-à-dire toute la richesse intérieure qu’il a engrangée et qui se dévoile dans son appréhension du monde. Grange cultive un imaginaire peuplé de significations qui sont intrinsèquement liées à son regard sur ce qui l’entoure, projetant son intimité sur le paysage.


G comme Guerre - par Maxime

Une guerre est une lutte entre des personnes, des groupes ou des états, pouvant aller jusqu’à un conflit sanglant. La guerre a une place importante dans « Un balcon en forêt ».

En effet, les œuvres de Julien Gracq se caractérisent souvent par l’attente d’un événement, dont la nature est ici catastrophique puisque c’est l’invasion de la France par l’Allemagne nazie et donc le début de la seconde guerre mondiale.

L’œuvre se situe surtout durant la période de la drôle de guerre, une période séparant la déclaration de guerre de la France et du Royaume-Uni à l’Allemagne nazie (3 septembre 1939) et le début de la bataille de France (10 Mai 1940). C’est une période sans réel combat.

Enfin, la guerre est évoquée tout au long de l’œuvre. Dans l’incipit, la guerre apparaît à travers le lexique militaire (« aspirant », « soldats en kaki », « les ronces de la guerre », « coup de canon »). De plus, dans cet extrait, la guerre se rapporte à un temps plus concret pour Grange. Dans le dernier extrait, la guerre est plus présente dans l’esprit du lecteur, car il sait que l’assaut des Allemands est imminent : « siège d’Alésia » page 153, « la nuit du neuf au dix mai, l’aspirant grange dormit mal » page 166, ou même « le théâtre de la guerre ». L’ombre de la guerre est pesante dans l’œuvre.


H comme Harmonie - par Pierre-Louis

Le sens du mot harmonie dans le roman :

Alors que Grange semble s’être plongé dans un “semi-sommeil” le ramenant à une époque enfantine, l’aspirant s’enracine dans une nature qu’on pourrait presque qualifier de nourricière. Ainsi le personnage s’éveille dans une harmonie érotique dès l’incipit, avec cette forêt qui paraît telle une femme avec laquelle l’union s’avère être une bouffée d’air nouvelle pour notre héros. Par la même occasion, cet avènement trouve son accomplissement avec la rencontre de Mona, cette “fille de la pluie” qui représente un équilibre, mélangeant la faune et la flore d’une nature au sein de laquelle le temps semble s’être arrêté.

Ce qu’il dit de l’écriture de Gracq :

Le terme d’harmonie s’inscrit dans l’écriture de Gracq ; en témoignent les nombreux choix de sonorités, d’allitérations, le travail sur le rythme des phrases aussi, dont la combinaison dans le roman réussit à donner une impression agréable et un sentiment de beauté. Nous pouvons prendre pour exemple les nombreuses harmonies imitatives comme “les faubourgs” et “les fumées” provenant de la première phrase du roman. Ici, l’allitération en “f” suggère les fumées du monde encore marqué par l’activité humaine que quitte Grange.


H comme Hauteur - par Léa

HAUTEUR. Taille verticale.

Dans ce roman la hauteur est un motif récurrent. Elle appelle sans cesse à regarder vers le haut, vers le ciel pour atteindre les « nids » et un monde irréel ; mais aussi vers le bas lorsqu’il s’agit de plonger à l’intérieur de soi et d’emprunter « la pente de sa rêverie préférée ». Pour Grange, la hauteur est donc un moyen d’accéder à un espace intime par une ascension intérieure et de développer son inclination pour Mona, mais aussi un moyen de s’évader vers un monde irréel et merveilleux. Grange passe donc du plus profond au plus haut en laissant à peine transparaitre la « drôle » de réalité qui l’entoure.


I comme Imaginaire - par Emmanuelle

(En cours de relecture et de correction : point de vue interne ; nom et adj)

Le nom (et l’adjectif) «imaginaire » provenant du latin « imaginarius » signifiant « ce qui existe en imagination » est caractéristique d’une chose absente de la réalité. Il est l’origine de la création des espaces de rêverie.

Les Espaces imaginaires sont d’après Aristote, des espaces qui, placés au delà de la sphère des fixes, n’admettent absolument rien, pas même le lieu parce qu’il est la place des corps qui ne peuvent pas y exister, ni le vide parce que c’est le lieu qu’un corps a quitté.

Dans Un balcon en forêt, Julien Gracq nous fait toucher du doigt cette notion à travers un personnage, Grange, toujours plus empreint de rêverie.

Il est dès les premières lignes figé dans le temps, temps dans lequel il s’est créé un univers à son image, où la nature prend la forme d’un corps. Nous le percevons à travers un point de vue interne toujours plus curieux de montrer « la » réalité du personnage, de le rendre, pour reprendre le mot de Gracq, “transparent”.

« De là les lucioles couraient soudain plus nombreuses, fermant devant lui sur l’horizon presque un demi-cercle de clignement rapides (…) » (p.37)


I comme Insouciance : nom féminin - par Sophie H.

Caractère, état de quelqu’un qui est insouciant : qui ne se préoccupe pas de quelque chose, ne s’en inquiète pas, qui manifeste un esprit qui ne se soucie de rien.

Bien que le mot soit absent dans le livre, l’insouciance est malgré tout un aspect important de la personnalité de Grange : légèrement perdu, dans lieu perdu, dans une période incertaine, le jeune lieutenant, alors qu’il devrait être sur le qui-vive en permanence, préfère enfermer ses consignes de guerre à double tour dans un tiroir, et flâner dans la forêt où le danger semble étranger. Grange s’est tellement déconnecté de la réalité, dans cette forêt où il se sent immédiatement chez lui, et en harmonie, qu’il en oublie presque qu’il est dans un pays en guerre.

L’insouciance est un terme qui peut également s’appliquer à Mona : une toute jeune veuve, civile, qui vit désormais seule avec sa domestique dans un petit monde envahi par des soldats. Surprise par la guerre, elle a néanmoins décidé de rester vivre à Moriarmé, sans vraiment croire, comme les autres personnages du roman, à une percée des Allemands.


I comme Intérieur - par Laura

Adjectif. (latin interior, -oris)

Qui est au-dedans, dans l’espace compris entre les limites de quelque chose. Qui concerne la vie psychologique de l’individu. (Larousse)

L’intérieur dans Un balcon en forêt reçoit plusieurs significations. C’est le fait d’être enfermé, cloîtré dans la forêt, dans le fort. C’est un intérieur très confortable pour Grange qu’il ne voudra pas quitter. Mais nous vivons aussi au cour de cette lecture l’aventure intérieure de Grange. Nous sommes plongés dans l’intimité du personnage, dans la perception des expériences qu’il vit. Le roman se concentre presque uniquement sur le ressenti de Grange, qui nous plonge dans sa vie intérieure. Ce qui est paradoxal est qu’on en apprend beaucoup sur la façon de penser de Grange et sur sa perception des choses, mais par ailleurs on ne connaît pratiquement rien du personnage. On est donc a la proche et éloigné de lui.


I comme Isolement - par Anaïs

Étymologie : dérivé du verbe isoler, venant de l’italien isolato, isolé, sans contact avec l’extérieur, du latin insula, île.

L’isolement est l’état d’une chose qui est isolée, d’une personne qui vit isolée, ou d’un groupe de personnes qui se trouve séparé des autres membres de la société. Pour un être humain, cet isolement vis-à-vis d’un environnement habituel peut être voulu (recherche d’intimité et de solitude) ou imposé.

Ici l’isolement se fait tout d’abord ressentir par l’endroit où est située la maison forte. En effet le paysage de la Meuse est isolé du reste du monde et de la guerre par les forêts et les versants des collines ; ainsi Grange est lui même isolé physiquement dans ce blockhaus au milieu de la forêt des Ardennes. Mais ce lieu affecte aussi énormément son comportement. Mentalement, Grange se renferme dans sa bulle délimitée par la brume lorsqu’il est en présence de Mona. Mais il est aussi isolé de la guerre grâce à sa capacité à dilater le temps.

“Ce voyage à travers la forêt cloîtrée par la brume poussait Grange peu à peu sur la pente de sa rêverie préférée ; il y voyait l’image de sa vie : tout ce qu’il avait, il le portait avec lui ; à vingt pas, le monde devenait obscur, les perpectives bouchées, il n’y avait plus autour de lui que ce petit halo de conscience tiède, ce nid bercé très haut au dessus de la terre vague.”


J comme Jaillissement - par Eden

Le roman est fondé sur le jaillissement soudain d’un personnage dont on ne connaît rien, si ce n’est le nom et le grade (“l’aspirant Grange”, p.10), et que l’on accompagne jusqu’au terme du livre.

Ce sont également les éléments des paysages ambigus perçus par Grange qui jaillissent, à l’origine de leur dualité intrinsèque. De cette façon, “la Meuse qui semblait plus lente et plus sombre” émerge de la vallée “toute étincelante de trembles sous la lumière dorée” (p.9-10). De même, le personnage de Mona surgit lui aussi du “rideau de pluie” (p.58). Il apparaît soudainement, comme par enchantement, évoquant l’univers du conte par cette “fille de la pluie” (p.59). Le jaillissement n’est d’ailleurs pas tout à fait étranger au motif de l’eau qui parcourt le roman, étant peut-être à rapprocher de l’idée de source.

En réalité, Gracq place tout le roman sous le signe du jaillissement. Au-delà des personnages et des différents éléments du texte, le style même en est imprégné. Il surprend le lecteur à chaque détour de phrase par une langue qui trouve son essence dans l’intimité de l’auteur, comme dans l’idée des “grosses étoiles de soleil lourdes qui tombaient sur le gazon déjà noir” (p.140). Si le surgissement apparaît sous de nombreux aspects, c’est sans doute par analogie avec l’assaut très soudain et imprévisible qu’ont subi les Ardennes ; “aucun signe déchiffrable n’est venu” (p.179).

Le roman tire en partie sa densité de cette émergence perpétuelle, ou plutôt de cette multitude de jaillissements distincts.


J comme Jouissance - par Jeanne

Jouissance, nom féminin

Étymologie

Venant de la langue grecque, jouissance est composé du préfixe jouir suivi du suffixe –ance et signifie « un plaisir intense - intellectuel, physique ou moral – que l’on tire de la possession de quelque chose ».

Emploi dans l’œuvre

Dans le récit de Julien Gracq, la jouissance résulte du plaisir du personnage principal, Grange. Cet homme perdu au fond des bois, plongé dans une éternelle attente, se laisse submerger pars ses sentiments pour la nature et de nouveaux sentiments, tel l’amour, dont il jouit pleinement.

Il savoure ce nouveau milieu dans lequel il évolue, profitant de la solitude, de la quiétude présente en pleine forêt. Dans cette maison forte, qui est son nouveau refuge, il tente de se retrouver et de rattraper son enfance. C’est grâce à sa rencontre avec la délicieuse Mona que sa vision de la vie va évoluer. Mona et lui se complètent et, de cette union, va naître une relation amoureuse et fantastique.

L’essentiel

Ainsi, c’est de sa nouvelle vie paradoxale que Grange jouit. Il succombe tout entier au plaisir en passant par la nature et les paysages et en s’adonnant au plaisir charnel avec l’intrigante Mona.


K comme kaki

Kaki, adjectif invariable et nom masculin invariable.

Étymologie

Le Dictionnaire étymologique de la langue française (Quadrige, PUF) précise que l’adjectif kaki, importé en français à la fin du XIXe siècle, provient de l’anglais, qui lui-même l’a emprunté au persan khâki « couleur de poussière » (du persan khâk « terre, poussière »). Les uniformes de cette couleur ont été adoptés dans les armées anglaises de l’Inde au XIXe siècle.

Le Littré indique quant à lui que l’adjectif désigne une couleur jaunâtre, tirant sur le brun.

Sous réserve d’une relecture plus attentive de l’ensemble de l’œuvre, qui permettrait de relever d’éventuelles autres occurrences, c’est l’emploi de l’adjectif dans l’incipit qui sera interrogé ici, en ce qu’il peut éclairer le sens du passage et donner à comprendre l’écriture de Gracq dans Un balcon en forêt.

Emploi dans l’œuvre

Il apparaît dans la phrase suivante : 

« Pourtant la laideur ne se laissait pas complètement oublier : de temps en temps le train stoppait dans de lépreuses petites gares, couleur de minerai de fer, qui s’accrochaient en remblai entre la rivière et la falaise : contre le bleu de guerre des vitres déjà délavé, des soldats en kaki somnolaient assis en califourchon sur les chariots de la poste - puis la vallée verte devenait un instant comme teigneuse : on dépassait de lugubres maisons jaunes, taillées dans l’ocre, qui semblaient secouer sur la verdure tout autour la poussière des carrières à plâtre  ».

Sens dans l’incipit

Après deux premières pages qui effacent en partie la laideur du monde des hommes aux yeux de l’aspirant Grange, notamment grâce à des notations visuelles qui font la part belle à « la lumière dorée », au « bleu cendré » de la fumée de cigare ou du ciel, les deux se confondant, le monde redevient lugubre à mesure qu’apparaissent des signes de la guerre qui vient. Et c’est, entre autres, par une dégradation des couleurs que s’opère ce retour de la « laideur », déjà signalée par les « feuilles pourries ». La couleur kaki est au cœur de ce travail impressionniste et signifiant : elle unit, par métonymie, l’univers des « soldats en kaki » au vert de la vallée que le regard de Grange perçoit désormais comme terni et abîmé par les installations militaires.

Ce que le terme dit de l’écriture de Gracq

La mention de l’adjectif est, en outre, révélatrice du fonctionnement de l’écriture de Gracq. D’une part, l’écrivain procède, si l’on peut dire, par petites touches : « kaki », préparé par la « couleur de minerai de fer », est prolongé par « jaune » et « ocre », selon un decrescendo qui aboutit aux « carrières à plâtre » observées par un œil « désenchanté ». D’autre part, Gracq puise dans l’étymologie du mot pour irriguer le texte : ainsi apparaît le vocable « poussière », que désignait justement « khâk » en persan. Enfin, « kaki » s’intègre à une triple série d’assonances et d’allitérations (« kaki », « assis », « califourchon ») qui soulignent le sommeil mécanique et ridicule des soldats (auxquels fait écho l’épigraphe par anticipation), dans l’attente d’une guerre qui ne vient pas. Sens, mot intégré dans un tissu de mots, étymologie, sonorités : Gracq le romancier écrit ici en poète, usant de toutes les qualités du mot.

L’essentiel

En somme, l’adjectif « kaki », employé au seuil de l’œuvre, élément important d’une maille qui déploie des couleurs variées et contrastées au fil du voyage de Grange, concentre une bonne part de la signification du roman : il suggère l’attente de la guerre et sa laideur, qui dégrade un monde regardé et recomposé par le héros sur le mode d’une forêt primitive, havre d’enfance et de paix.


L comme Lourd : adjectif - par Sophie H.

  • 1 Dont la densité est relativement élevée ou plus élevée qu’une autre : Le fer est plus lourd que l’aluminium.
  • 2 Qui a un poids relativement élevé, qu’on a du mal à porter, à transporter : Une valise lourde.
  • 3 Qui, par sa corpulence, offre un aspect massif et se déplace avec pesanteur ; se dit de l’aspect, des mouvements de quelqu’un : Un homme trapu, massif, lourd. Une démarche lourde.
  • 4 Qui éprouve une sensation de lourdeur, de poids, incitant à l’immobilité, au repos : se sentir lourd après un repas. Avoir les jambes lourdes.
  • 5 Qui charge l’estomac, se digère mal : s’endormir après un dîner trop lourd.
  • 6 Se dit d’une piste, d’un terrain rendu mou par la pluie et où les pieds s’enfoncent : un trotteur handicapé par un terrain lourd.
  • 7 Qui est épais, a du poids ou en donne l’impression : De lourdes tentures.
  • 8 Se dit d’une atmosphère, d’une température chaude, qui accable, fatigue : Le temps est trop lourd, il va y avoir de l’orage.
  • 9 Se dit d’une odeur forte, entêtante : Parfum trop lourd.
  • 10 Qui a une forme massive, sans élégance, sans finesse : Architecture lourde.
  • 11 Se dit d’une manière de s’exprimer qui est sans élégance ; se dit d’un propos qui est appuyé, insistant : Avoir la plaisanterie un peu lourde.
  • 12 Familier. Qui manque de vivacité d’esprit : ce que tu peux être lourd !
  • 13 Qui est important représente une grosse charge pour quelqu’un : Vous avez là une lourde responsabilité.
  • 14 Se dit d’un organisme qu’il est difficile d’amener à agir en raison de sa complexité, de la lourdeur de ses effectifs, etc. : Une administration trop lourde.
  • 15 Qui met en œuvre des moyens techniques et financiers importants : Chirurgie lourde.
  • 16 Chargé, rempli de quelque chose : Arbres lourds de fruits.
  • 17 Chargé de quelque chose de pénible, ou qui le contient en puissance : Cette décision est lourde de conséquences.

Lourd dans l’œuvre :

(p. 21) « Un ferraillement lourd ébranlait l’escalier ; Grange sauta de son Lit et vit par la Fenêtre le soldat Hervouët et le soldat Gourcuff qui s’éloignaient entre les arbres en redressant leurs fusils d’un coup d’épaule, le col de la capote relevé contre le froid piquant. »

(p 50) « ‘‘Une petite fille !’’ se disait-il avec malaise-mais le cœur malgré lui lui battait plus fort, chaque fois que la silhouette s’arrêtait au bord du chemin et qu’une main entr’ouvrait un instant vers lui la guérite du capuchon lourd. »

(p. 60) « Soudain Mona détendit ses reins d’une secousse affolée de gibier pris dans le piège, et se renversant sur le divan l’attira contre elle de ses deux mains ; il sentit sa bouche sur la sienne et contre lui tout un corps de femme, lourd et gorgé, ouvert comme une terre enfondue. »

(p 178) « on eut dit plutôt que derrière l’horizon, à coups réguliers, un marteau lourd écrasait le fer rouge sur une énorme enclume. »

(p 178) « Le calme de la nuit était lourd et mou. »

(p 179) « Il y a des heures où on dirait qu’une paume lourde s’appesantit tout à coup sur la terre pleine de nuit, comme la main écœurante et douce du boucher qui tâte un moment le frontal de la bête, avant d’asséner le coup de merlin, et à ce toucher, la terre même comprend et se révulse : on dirait que sa lumière même rancit, que le matin souffle sur elle mou et chaud par un mufle ignoble. »

(p 180) «  Soudain, comme il rallumait sa cigarette, il se fit très haut au-dessus de sa tête un déchirement de l’air singulier : un long fracas somptueux de rapide céleste froissant ses rails et ferraillant sur des aiguillages : l’artillerie lourde de la Meuse ouvrait le feu sur la Belgique ».

À de nombreuses reprises dans le texte, l’adjectif lourd est utilisé en caractérisant deux choses en particulier : les armes de guerre sont décrites comme lourdes ; c’est le cas des fusils d’Hervouët et de Gourcuff au tout début du récit, qui semblent être les seuls objets à faire un bruit particulier, puisque leur entrechoquement fait se lever l’aspirant Grange.

Lors de la rencontre avec Mona, le capuchon de cette dernière est comparé à une guérite lourde, ce qui fait référence au matériel militaire.

Lors de la dernière nuit de calme dans la Meuse, Grange se représente les préparations invisibles de l’ennemi comme un marteau lourd écrasant le fer rouge sur une enclume, le marteau étant lui-même jadis une arme de guerre ; de même pour la comparaison avec le coup de merlin.

L’adjectif, enfin, prend un sens bien plus significatif et littéral lors de l’assaut, dans l’expression « artillerie lourde ». Ainsi, les armes sont perçues par Grange, dès le début du roman, comme des objets à part, qu’il n’intègre pas immédiatement : l’adjectif semble prendre son véritable sens et trouver le nom qu’il devait qualifier depuis le début, soit une arme destructrice.

Cet adjectif accompagne également l’idée de sensualité dans le passage où Grange se trouve chez Mona, et qualifie également la nuit mais de façon péjorative, contrairement à la description sensuelle qui en est faite précédemment dans le roman : dans l’œuvre, le terme lourd est donc vraiment réversible.


M comme Mer - par Eden

La mer est un mot qui apparaît à plusieurs reprises dans le roman et qui fait l’objet d’une métaphore filée à travers les pages.

C’est d’abord un élément qui correspond tout à fait à l’esprit de Grange : propice à la contemplation, la vaste étendue incite à prendre le large, à simplement laisser sa “main pendant de son lit au-dessus de la Meuse comme du bordage d’une barque” (p.15). C’est un lieu plein de poésie, de liberté et de solitude qui ne peut que séduire le personnage.

En outre, la mer se dessine dans toute la perception gracquienne du monde. Au-delà de la “conque de la forêt”, les assauts aériens sont par exemple exprimés par une comparaison avec “la haute mer” (p.182). L’évocation de la mer trahit ici l’incapacité de Grange à comprendre ce qui se produit sous ses yeux, son altération de la réalité et son besoin de se rattacher à un élément qui lui est familier.

La mer trouve aussi sa place dans le roman par sa versatilité, à l’image de la dualité, puis même de la réversibilité des motifs dont use Gracq. Son inconstance et le mouvement qu’elle décrit indéfiniment ne sont pas sans évoquer l’organicité de la nature, particulièrement saillante dans l’incipit.


M comme Mère - par Félicien

Mère

« Grange pensa que la moitié de sa vie allait lui être rendue. »

Cette phrase est l’une des très rares — sûrement l’unique — indication sur la vie antérieure de Grange, elle présente un personnage dénaturé, sans origine.

On peut considérer que Grange recherche cette enfance perdue à travers le récit, qu’il erre afin que celle-ci lui soit « rendue » ; on trouve de nombreuses allusions aux contes, à La Belle au Bois Dormant ou encore au Petit Chaperon Rouge ; tant d’histoires qui rappellent au lecteur l’enfance ou même la maternité — il est de coutume qu’une mère lise des contes à ses enfants.

Au delà d’un désir d’enfance, Grange est donc nourri par un désir de maternité. Cette aspiration peut se retrouver dans la fréquence avec laquelle il donne des traits féminins à la nature, la rend organique, s’y enveloppe comme dans un cocon — ce qui peut rappeler un fœtus.

L’objet de ses fantasmes est Mona, celle-ci prend de multiples formes ; elle est une enfant (« Une petite fille ») et une femme (« les hanches étaient presque d’une femme ») : elle évoque donc à la fois l’enfance et la maternité de Grange. Cela explique ses soudaines affections — peut-être Mona lui rendra-t-elle la « moitié de sa vie » ? L’idée de la maternité se retrouve également dans cette forêt qui prend la forme d’une mer. Bachelard écrit dans son essai L’eau et les Rêves : « La mer est pour tout les hommes l’un des plus grands, des plus constants symboles maternels », de par le fait qu’elle est notre origine et que par ailleurs « toute eau est un lait. Plus précisément, toutes boisson heureuse est un lait maternel. » Le « comportement paisible de poisson dans l’eau » de Grange peut également évoquer une plongée jouissive dans la maternité. Grange ne se sent-il pas dans son élément uniquement lorsque sa « moitié de vie » lui est « rendue » ?


M comme Mona - par Anaïs

Mona apparaît dans Un balcon en forêt de manière très mystérieuse. Grange ne sait pas s’il s’agit d’une jeune fille ou d’une femme et cela attise sa curiosité en procurant chez lui ; d’un côté un trouble et de l’autre le désir. Étymologiquement, “Mona” peut faire référence à “mono”, que l’on trouve dans “monologue” : ce terme confirme la solitude de Grange. On peut penser aussi à “moniteur”, qui renvoie au personnage de guide que joue Mona lorsqu’elle aiguille Grange à travers la forêt. Cette rencontre qui s’effectue donc dans un bois est un espace ambigu, caractéristique de l’univers de Gracq et a lieu au printemps, c’est-à-dire durant la saison des amours. La compagnie de Mona permet à Grange de s’isoler du reste du monde et de se recentrer sur lui même ; ainsi, Julien Gracq parvient à transmettre le message d’un amour possible, même dans les périodes les plus improbables et étranges de l’Histoire.

“Grange s’aperçut qu’elle frissonnait et se serrait contre son bras sans parler: tout à coup sa gaieté tomba, et il lui vint une pitié tendre, plus grave : maintenant c’était la nuit, et il n’avait plus près de lui qu’une petite fille mal gardée, perdue dans ces forêts de la guerre ; il avait envie de l’appeler par son nom. - Je m’appelle Mona, fit elle d’une voix un peu changée. Il vit qu’elle penchait la tête, et tout à coup il sentit qu’elle posait ses lèvres sur le dos de sa main… Je vous aime bien, ajouta-t-elle brusquement avec une gentillesse un peu ambiguë, et une fois de plus Grange se sentit incertain et troublé.”


N comme Nature - par Myriam

Lorsque l’on cherche la définition du mot nature dans le dictionnaire, de nombreuses propositions apparaissent, car ce mot est en effet un mot très polysémique. Parmi les nombreux sens donnés, on retrouve :

Ensemble de ce qui, dans le monde physique, n’apparaît pas comme transformé par l’homme (en particulier par opposition à la ville) ;

Le monde physique, l’univers, l’ensemble des choses et des êtres, la réalité ;

Vie sexuelle, instinct, appétit sexuel : l’appel de la nature ;



Ensemble des caractères, des tendances, des traits constitutifs de la personnalité profonde de quelqu’un : Ce n’est pas dans sa nature de se livrer à de tels actes.



On peut donc aborder ce mot sous divers angles. Tout d’abord, considérons le premier sens, qui prend une place très importante dans le livre. En effet, le paysage est très présent, et pas une page ne se tourne sans que l’on trouve un écho à la nature. Grange semble absorbé par le paysage, tant il le contemple, au cours de ses longues promenades solitaires, et en a presque l’air transparent, comme fondu dans cette nature, tant l’harmonie est forte. Néanmoins, lors de l’arrivée de la guerre, cette harmonie semble se perdre, car la définition même de nature n’est-elle pas l’ensemble de ce qui n’apparaît pas transformé par l’homme ?

On peut également parler de cette représentation du monde physique, car Grange se retrouve effectivement totalement plongé dans le présent, et lors de ses maraudes tout semble lointain mis à part ce paysage. Il semble vivre et en profiter pour la première fois. Mais vit-il réellement ? En effet, cette réalité en cache une autre bien moins plaisante. Elle camoufle l’imminence de la guerre et ainsi la déréalise, ce qui offre un paradoxe de taille car la réalité de Grange paraît alors illusoire.

Notons également que cette période permet au jeune soldat de se pencher sur son intériorité, et ainsi de s’interroger sur la question de sa véritable nature.

Pour finir, mentionnons également que la troisième définition de ce mot rappelle la dimension sexuelle qui ne cesse de s’immiscer dans le texte, et qui lui offre une sensualité certaine.


O comme Occupation - par Lise



Étymologie : vient du latin occupatio, action d’occuper.

Occuper un espace, occuper son temps sont deux phénomènes conjoints dans le livre Un balcon en forêt. Grange, personnage principal de l’œuvre, occupe une forêt encore emplie de mystères à découvrir. La présence de la guerre ne se manifeste que sous la forme d’une menace abstraite et l’occupation de cette mystérieuse forêt prend une place importante pour le héros. Le jeu entre espace et temps est au cœur de l’intrigue liée à l’occupation : est-ce Grange qui occupe et habite cette forêt ou est-ce que la forêt prend petit à petit possession de lui ? Dans l’extrait suivant, Grange prend racine dans cette forêt : “la trépidation véhémente, incompréhensible, qui entrait en lui à la fois par la plante des pieds et par les oreilles”.

Occupation est également synonyme de danger, inapparent au début, mais avec une certaine tension qui se prolonge et évolue tout au long du livre.


O comme Oisiveté - par Léa

OISIVETÉ. L’oisiveté représente une bonne partie de l’état d’esprit de notre Balcon en forêt, car ce terme désigne une inoccupation : Grange se laisse aller à un désœuvrement en attendant l’arrivée des troupes allemandes. Si ce terme désigne l’inaction de Grange, il définit aussi cette période de latence qu’est la drôle de guerre. On peut aussi rattacher le mot « oisiveté » au titre du récit de Gracq : une personne à un balcon qui observe le monde n’est-elle pas oisive ?


R comme Regard - par Léa

Le REGARD. C’est observer, voir, porter ses yeux sur, jeter un coup d’œil. Dans ce récit le regard évolue : une fois c’est celui de Grange et sa vision érotique et sensuelle de la nature, une autre fois le regard se détourne telle une personne gênée comme dans la maison de Mona pour ne pas voir ce qui s’y passe. Le regard peut même être transparent comme au début du récit ou l’on se plonge dans la vision de Grange. Le regard se fond avec la perception du héros et finit par être oublié, perdu dans la description. On ne le mentionne plus.


R comme Retraite - par Balthazar

D’après le Petit Robert de la Langue Française, Retraite est un nom féminin apparut au XIIème siècle.

Du latin  « retrahere », « re » désignant retour en arrière et « trahere » exprimant le fait de tirer, de trainer et de tracter.

Ce mot correspond donc à un un éloignement, à l’action de retirer en arrière, de s’écarter.

La retraite renvoie à l’action, ou l’obligation pour les troupes, de regagner leur casernement ; la sonnerie leur annonce qu’il est l’heure de rentrer.

Mais c’est également l’action de se retirer de la vie active ou mondaine afin d’accéder au repos, à la solitude, à la recollection ou une préparation religieuse quel qu’elle soit.

C’est aussi un lieu où l’on se retire, pour échapper aux dangers, aux tracas ou aux mondanités.

Ce mot peut souvent être assimilé aux termes abri, refuge ou asile.

Retraite n’est pas utilisé en tant que tel, mais en revanche l’attitude de Grange nous amène à penser qu’au-delà du but militaire de sa présence dans cette forêt, il peut être en quête d’un refuge où il serait protégé de l’aversion qu’il a pour l’humanité.


R comme Réveil - par Eden

Le réveil est cet entre-deux où l’on passe du sommeil à l’état conscient. Son rôle est d’ailleurs ambivalent dans le roman.

D’une part, le réveil semble être un moment de bien-être et d’harmonie. Ce sentiment est ainsi saillant le matin quand “Grange prolong(e) longtemps le demi-sommeil qui le retourn(e) sur son lit de camp” (p.21). Le réveil est un plaisir, un bonheur éphèmère et bénéfique.

Néanmoins, dans le texte qui fait écho à ce passage-ci, le réveil est devenu un moment “fade” et “sans joie” (p.179). Cela est d’autant plus paradoxal que ce renversement du motif du réveil a lieu au moment du réveil de la nature, le printemps, alors même que la nature semble avoir perdu son essence et que la mollesse de son sol évoque davantage la mort que la vitalité qui était sienne au mois d’octobre.

Par ailleurs, la notion de réveil, ou du moins d’éveil se retrouve dans le projet de Gracq. En effet, l’auteur nous propose une vision du monde imprégnée, voire complètement mêlée à l’intimité de son personnage. C’est peut-être un moyen de proposer au lecteur une nouvelle perception du monde, une conception novatrice et inédite du réel.


R comme Rêverie - par Laura

R comme Rêverie

nom féminin

(de rêver)

Activité mentale dirigée vers des pensées vagues, sans but précis. (Larousse)

L’ambiance lente et presque fantastique d’ Un balcon en forêt aspire le lecteur ainsi que son protagoniste dans un flot de rêveries presque incessant du début à la fin a l’œuvre. En effet Grange est isolé dans un monde qui présente quelques similitudes avec celui du conte : la forêt ainsi que Mona, qui est comparée a une fée ou encore à une créature émanant de la forêt. Ce monde calme et apaisant permet alors à Grange de s’évader dans sa rêverie et de faire de ses rêves une réalité.

Le mot rêverie convient très bien à l’œuvre, car Grange n’est jamais dans la réalité et il est souvent sans but précis ; de plus il se laisse diriger par ses pensées pour la plupart assez vagues, on peut même dire que Grange ne vit essentiellement que de sa rêverie ; elle est ainsi présente dans la majeure partie de l’œuvre.


R comme Ronron - par Sophie Y.

Ronron est un nom masculin. C’est le ronflement sourd par lequel le chat manifeste son contentement, ou, par son sens figuré un caractère monotone, une routine. (Le Larousse)

Le nom commun ronron est employé à au moins trois reprises dans Un balcon en forêt.

Ainsi, lors du réveil de Grange dans la maison forte, soit dans le second texte étudié en classe, nous remarquons qu’il apparaî comme tel :

« Le matin était gris et couvert ; une atmosphère de grasse matinée, un vide de dimanche campagnard habitaient la pièce ; dans les intervalles des bruits de casseroles le silence, si peu habituel à la vie militaire, se recouchait au milieu de la chambre avec un ronron de bête heureuse. »

Le ronron évoque ici le bruit de plaisir du silence quand il se recouche. Ici, le silence, c’est Grange. Son plaisir, son bonheur intense, notre héros le trouve simplement, grâce à une grasse matinée, au demi-sommeil ou encore à la vie dans cette maison forte, cette île déserte de la guerre.

Ces éléments nous renvoient d’une part au plaisir de Grange mais aussi au second sens de ronron, la routine. Une routine simple et agréable que Grange apprécie par-dessus tout.




S comme Sacré : adjectif - par Sophie H.

  • 1 Qui appartient au domaine séparé, intangible et inviolable du religieux et qui doit inspirer crainte et respect (par opposition à profane). 
  • 2 Littéraire. Se dit des sentiments de crainte et de respect inspirés par les choses qui sont l’objet d’une révérence religieuse.
  • 3 Qui a un rapport avec la religion, avec l’exercice d’un culte.
  • 4 À qui l’on doit un respect absolu, qui s’impose par sa haute valeur.
  • 5 Familier. Qui revêt une importance primordiale et à quoi il ne faut pas toucher.
  • 6 Familier. Indique un très haut degré dans l’excellence, ou au contraire marque la péjoration.
  • 7 Populaire. Renforce les jurons.

Là encore, le mot n’est pas écrit noir sur blanc dans le texte. Il s’applique néanmoins à la rêverie de Grange lors de sa promenade en forêt, quand Julien Gracq fait usage de l’adjectif cloîtré, qui fait référence au cloître d’une abbaye, ou les religieux méditent en marchant dans une galerie autour d’un jardin - tout comme Grange. Le terme sacré prend alors le sens d’un lieu inviolable, privé et interdit : la rêverie de Grange et l’espace qu’il a investi.


S comme Sensualité - par Balthazar

D’après le Petit Robert de la Langue Française, sensualité est un adjectif féminin datant de 1490, de sensible, 1190.

Du latin «  sensualitas », signifiant sensibilité ou faculté de sentir, de penser des sensations.

D’après le site officiel du Larousse, la sensualité est l’aptitude à goûter les plaisirs des sens, à être réceptif aux sensations physiques, en particulier sexuelles.

Bien que le mot ne soit pas explicitement écrit, la sensualité est évidente dans l’œuvre. Les descriptions des paysages de cette flore personnalisée, presque incarnée, reflètent la sensualité que Grange perçoit dans cette nature qui pour lui se met à nu. Le roman verse parfois dans l’érotisme, comme dans l’incipit, où la Nature mère offre implicitement son corps au train de Grange, qui « s’enfonçait par instants » « entre de médiocres épaulements de collines ». La sensualité est aussi omniprésente dans la rencontre avec Mona, et dans l’assaut matinal allemand. Et c’est cette même sensualité qui éveille le fou désir de Grange.


S comme Sommeil : nom masculin - par Sophie H.

  • 1 État physiologique périodique de l’organisme (notamment du système nerveux) pendant lequel la vigilance est suspendue et la réactivité aux stimulations amoindrie. (On distingue une phase de sommeil lent, profond et réparateur, et une phase de sommeil paradoxal, caractérisé par le rêve.)
  • 2 Besoin de dormir.
  • 3 État d’inactivité provisoire ou d’activité ralentie de quelque chose.

Le sommeil dans l’œuvre :

(p 7) « Hé ! ho ! Gardiens du bois
Gardiens plutôt du sommeil
Veillez du moins à l’aurore. »

(p 21) « Grange prolongea longtemps le demi-sommeil qui le retournait sur son lit de camp, dans l’aube déjà claire à toutes les vitres »

(p 62) «  Il revint à la maison forte dans une nuée ; quand il s’éveillât le matin, un soleil vif marchait déjà par la chambre : encore dans son sommeil, il entendait une voix petite et claire, familière déjà comme le jet d’eau qu’on entend de bonne heure dans le jardin, qui parlementait d’en bas par la fenêtre avec Olivon » (p 179) « Ce vide, ce sommeil des routes inoccupées sur les arrières de la bataille, c’était étrange, improbable, un peu magique : une allée du château de la Belle au Bois Dormant. »

Il est intéressant de noter qu’ Un balcon en forêt commence sur un incipit aux allitérations apaisantes, qui bercent le lecteur, pour finir sur le héros qui finit par s’endormir complètement. Le roman se construit comme une phase de pré-sommeil où le héros (ou le lecteur ?) oscille entre conscience et rêve. Au fil du roman, néanmoins, la perception du sommeil par Grange se détériore, allant d’un sommeil de rêve, et confortable, à un sommeil instable et inquiet, à mesure que les signes de la guerre s’accentuent jusqu’à devenir impossibles à ignorer.


V comme Voyage - par Lise

Voyage, un mot simple mais doté de tellement de sens. Chaque livre est un voyage : dans le temps, dans les souvenirs, vers la beauté d’un lieu inexploré…

Un balcon en forêt est beaucoup plus vaste. C’est un voyage silencieux dans l’espace, l’enfance et la rêverie du personnage. Le premier rapport au voyage est le début du livre, l’aspirant se trouve dans un train, en route vers son balcon en forêt. Les multiples références aux contes replongent non pas tant Grange que le lecteur lui-même dans l’univers peut-être oublié du conte. Le Petit Chaperon Rouge, La Belle au Bois Dormant… tous ces personnages inspirent au lecteur-enfant la beauté, l’émerveillement et l’envie improbable de faire partie de l’histoire comme Grange tente de plonger, s’intégrer et percer les mystères de la forêt. “Ce voyage à travers la forêt cloîtrée par la brume poussait Grange peu à peu sur la pente de sa rêverie préférée” (p.48) ; c’est un voyage métaphorique des allées et venues de Grange dans une forêt intrigante. Le personnage est encore décrit comme somnolent dans ses rêveries et invite le lecteur à y pénétrer ouvertement.

Cette forêt est comme un voyage vers une danse inconnue, une valse éternelle qui attire et emmène chaque voyageur vers un monde perdu et inexploré.

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