Une synthèse, les notes de Félicien, que je remercie beaucoup de son aide, et enfin des questions possibles sur l’extrait du chapitre 27, qui voit Frère Jean défendre vigoureusement le clos de l’abbaye de Seuillé.


Petit complément

Quand vous relirez le texte, vous serez attentifs à un point que je ne crois pas avoir suffisamment souligné : que les hommes de Picrochole, à la fin de l’extrait, fassent appel à tous les saints fait évidemment écho au début du passage, quand les moines paniques et ne savent littéralement à quel saint se vouer. Cet écho participe du comique du texte ; il rend compte également du renversement de situation que Frère Jean est parvenu à opérer. Enfin, cela montre aussi qu’en dépit du caractère foisonnant et parfois très oral de l’écriture, le récit de Gargantua est très écrit, très composé par Rabelais.

Synthèse

  • C’est un texte comique qui repose sur le grotesque puis sur la parodie. Alors que Gargantua s’humanise, Frère Jean prend son relais : il est truculent, glouton, gigantesque de force et de courage… Dans sa seconde partie du texte, le comique naît de la parodie du récit épique, qui s’appuie sur la saturation du récit par le lexique de l’anatomie.
  • Ce comique sert notamment la satire des moines et de la vie monastique : inefficaces, ils dévoient le rapport à Dieu par des prières idiotes. Au service de cette satire, un principe de renversement permanent (une dimension carnavalesque), emblématisé par le fameux jeu de mots : « service divin / service du vin », qui désacralise tout (la croix, le latin…). Aucun objet n’est sacré en lui-même.
  • Par-delà la satire de la vie monastique, c’est un comique libérateur qui s’exprime dans ces folles pages. La guerre, la perpétuelle menace de la mort, et le personnage de Charles Quint inspiraient vraiment la peur à l’époque de Rabelais. Or ici le rire désamorce la peur. Le critique M. Screech compare le travail de Rabelais à celui de Chaplin par rapport à Hitler dans Le dictateur.

Question-réponse (2016)

Est-ce que l’on peut dire que Rabelais désacralise la bataille ?

Je ne formulerais pas les choses exactement ainsi, parce que dire que la bataille est chose sacrée me paraît excessif.

Il me semble juste de dire qu’un principe de renversement opère dans toute l’œuvre, et ôte à de nombreux sujets de préoccupation de l’époque (les moines, la religion, la guerre…) ce qu’ils ont de sérieux. S’agissant de la bataille, on peut dire les choses suivantes :
* Rabelais signe une parodie de roman épique (il ne désacralise donc pas la bataille, mais il parodie sa représentation traditionnelle dans les romans médiévaux) ;
* par l’humour et le burlesque, il désamorce ce que la guerre a d’effrayant pour ses contemporains (les personnages très peu humanisés, les exagérations, les nombres astronomiques déréalisent le combat).

Cette parodie et cette déréalisation du combat par le burlesque ont en revanche pour corollaire une désacralisation des signes religieux et de la vie monastique en particulier.


Questions possibles

  • Montrez que le chapitre se construit comme une parodie de récit épique (pensez bien, en introduction, ou à l’occasion de la première partie, à définir ce qu’on entend par récit épique).
  • Comment le comique fonctionne-t-il dans ce texte, et avec quels effets ?
  • Comment Rabelais fait-il ici une joyeuse satire de la vie monastique ?
  • En quoi ce texte témoigne-t-il d’une volonté, chez Rabelais, de tout désacraliser ?
  • En quoi cet extrait est-il fondé, à l’instar de l’ensemble du roman, sur un principe de renversement ?
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