Voici la mise en scène de Hamlet réalisée et filmée par Peter Brook.

Présentation sommaire

Avec Hamlet, Peter Brook unit sa passion pour Shakespeare et deux domaines qu’il explore depuis de nombreuses années : le théâtre et le cinéma. Peter Brook filme sa mise en scène de la pièce représentée aux Bouffes du Nord pour le Festival d’automne 2000. Grâce à cette réalisation, Peter Brook propose une lecture personnelle de cette tragédie. Il écarte certaines scènes, restreint le nombre des personnages et ainsi resserre l’action autour du personnage de Hamlet. Peter Brook a choisi pour ce rôle titre, le jeune comédien noir américain Adrian Lester qui renouvelle l’approche du personnage et fait naître avec finesse un Hamlet tour à tour troublé, sensible, puissant et violent dans sa confrontation avec la vengeance du père assassiné. Cette adaptation présente une lecture multiculturelle de la pièce et crée une mosaïque subtile aux accents indiens, japonais pour donner vie au texte anglais. Le choix des comédiens internationaux fait résonner le destin de Hamlet par-delà le royaume danois et pose la tragédie dans sa vraie dimension universelle.

L’intérêt de cette réalisation réside aussi dans le fait que Peter Brook filme lui-même sa mise en scène, ce qui soulève la question du jeu des regards à la fois de l’homme de théâtre et le cinéaste.

Ce texte de présentation a été publié sur newspeterbrook.

Voir aussi le dossier du Théâtre de Villefranche-sur-Saône, en 2002.

Quelques-uns des choix de Peter Brook

Voici plusieurs choix esthétiques importants relatifs à cette mise en scène, mais aussi au travail de Peter Brook en général.

Un “espace vide”, pour que “l’acteur exprime tout”

Selon la formule de P. Brook lui-même, un tel espace suffit à créer une scène, si selon lui, “quelqu’un traverse cet espace vide pendant que quelqu’un l’observe”.

« La grande qualité du théâtre élisabéthain, dit Peter Brook, c’est qu’il se jouait sur une plate-forme plus ou moins nue. Dans beaucoup de scènes de Shakespeare, l’action est à la fois dedans et dehors, en même temps dans le présent et dans le passé. Toute idée d’un lieu fixe donné par un décor n’existait pas. L’acteur, avec le texte, sa voix et son corps, exprimait tout. Quand, dans les villages africains, nous avons joué sur un tapis, par un autre biais, nous avons trouvé la même liberté. On a constaté qu’un acteur assis sur le bord du tapis n’était pas encore dans l’histoire. Il lui suffisait de se dresser pour y être. »

Lire “L’essence d’Hamlet”, l’article complet dans Libération, par J.-P. Thibaudat, 30 novembre 2000.

Un jeu naturel

Un tel jeu rend les personnages plus humains ; on peut s’identifier à eux plus aisément ; la caméra et le travail de réalisation vont dans le même sens, et permettent de saisir par exemple les nuances dans l’expression du visage d’Adrian Lester, qui incarne Hamlet.

Des acteurs d’origines diverses

La distribution donne à la pièce une dimension multiculturelle et par là, universelle.

Le déplacement du célèbre monologue

Peter Brook déplace lui aussi le célèbre monologue « Être ou ne pas être » après que Hamlet a renoncé à tuer Claudius, et s’en est pris à sa mère, donc vers la fin de l’Acte III, et non au tout début. Peter Brook s’explique :

“Selon les éditions, le monologue a deux emplacements distincts. La première place, généralement rejetée aujourd’hui, le situe entre les scènes de Polonius et d’Ophélie. La seconde, celle de « Folio », situe « Etre ou ne pas être » après la rencontre avec les comédiens et la décision de leur faire jouer la pièce-piège. C’est illogique car Hamlet est alors habité par l’excitation du spectacle à venir, par les réponses qu’il attend le monologue interrompt cet état de manière incompréhensible. En plus, il y a deux monologues qui se succèdent. Subitement j’ai découvert qu’il fallait placer « Être ou ne pas être » au moment de l’échec absolu. Bien qu’ayant la preuve, il n’est pas parvenu à tuer le roi, il est allé voir la mère où il a tué par erreur, convaincu qu’un roi dissimulé derrière le rideau ne pouvait qu’être directement envoyé en enfer. Malgré les consignes du père, il a agressé sa mère, il s’est perdu, il n’a plus aucune ressource. Alors, une partie de sa nature qui est suicidaire, dostoievskienne, le pousse à s’interroger : « pourquoi ne pas en finir ? » C’est le moment où il peut se confronter à l’alternative entre la vie et la mort. Pourquoi ne pas disparaître ? Est- ce un soulagement ou pas ? Pourquoi tout le monde ne le fait-il pas ? Pourquoi accepter tous les coups ? Et, à la suite de cette série de questions, sa pensée va encore plus loin. Il se rend compte que la réflexion analytique avec toutes ses qualités conduit à un seul résultat : la confusion totale autour de l’action juste. Et il comprend que même des actions de grande envergure risquent d’être noyées par un excès de pensée. A la fin de ce monologue, Hamlet comprend qu’il faut qu’il trouve un rapport plus direct et plus simple avec l’action nécessaire. Le reste de la pièce ne sera alors que la recherche de l’action juste.”

Extrait du dossier qui accompagnait une mise en scène de Hamlet par P. Brook en 2002, au Théâtre de Villefranche-sur-Saône.

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