Une synthèse, des compléments et des questions sur notre lecture du texte de Senghor. Merci beaucoup à Sophie H. pour les notes prises en classe !

Billet complété samedi 10 juin.


Complément

Dans votre descriptif, comme pour chaque texte, j’ai proposé à votre attention et à celle de votre examinateur surtout une courte précision sur la ou les perspectives de lecture adoptées en cours. Ainsi, pour ce poème, j’ai indiqué : “Un poème d’hommage aux registres variés, dans lequel le poète 
 redéfinit son rôle”.

Que le mot “registre”, plusieurs fois employé en cours, ne vous effraie pas ! Pas de panique non plus si l’on vous pose une question comprenant ce terme - même si les examinateurs sont incités à n’avoir pas, dans la formulation, une approche trop technique.

J’ai indifféremment utilisé registre et ton en classe. Comme cela a été rappelé récemment, on peut se souvenir que le registre, souvent, est ce qui reste lorsqu’un genre s’est étiolé. Ainsi, on n’écrit plus guère d’épopée, mais un poème, une pièce de théâtre, un extrait de roman peuvent être épiques. Il en va de même pour le tragique, issu de la tragédie, qui irrigue des textes de genres très divers.

On parle de registre lorsqu’on tente de définir le ton d’un texte ou d’un passage. Nous l’avons vu, la richesse du poème de Senghor tient notamment à la richesse des tons employés : le ton de l’éloge et celui du blâme (registre épidictique pour les deux : retenez éloge et blâme, cela suffit) ; le ton polémique (Senghor attaque les autorités qui ont failli dans l’hommage qu’elles ont rendu aux Tirailleurs sénégalais) ; l’ironie ; le lyrisme.

C’est bien le signe d’une poésie vivante et qui cherche sa voie.


Synthèse

Ce poème apparaît comme…

  • un hommage aux Tirailleurs sénégalais, qui cherche la meilleure voie pour leur rendre leur dignité ; une “hostie noire” pour faire corps avec eux ;
  • un texte empreint de colère et de révolte à l’égard de la France coloniale d’une part, parce qu’elle méprise ces soldats comme elle oublie les valeurs qu’elle a portées, et des poètes d’autre part, parce qu’ils ont galvaudé la langue et la poésie à des fins artificielles ;
  • l’œuvre d’un poète initialement “divisé”, mais qui réfléchit ici à la vocation de sa poésie (et aux conditions de son émergence), et qui en définitive se redéfinit d’une part dans la colère (voir ci-dessus), en second lieu dans la double fidélité à son sang (le peuple africain) et aux idéaux de la France des Lumières dont il fait l’éloge, et en dernier lieu dans une langue nouvelle, porteuse d’une poésie musicale, française et africaine, sans artifice. Revivifiée par l’oralité et la musicalité africaines, la langue du colonisateur devient une arme et un instrument sonore, qui permet le rassemblement d’un peuple, telle une “trompette” ; nous comprenons à la fin du poème pourquoi Senghor est alors le seul qui puisse énoncer cet hommage vibrant à ses frères noirs morts au combat.

Questions possibles

  • Comment le poète rend-il hommage aux Tirailleurs sénégalais ?

Question assez large qui recoupe l’ensemble du texte : attention à faire des choix.

  • Dans quelle mesure la poésie est-elle ici un moyen efficace de rendre hommage aux Tirailleurs sénégalais ?
  • En quoi la poésie est-elle ici au service de l’hommage rendu aux Tirailleurs sénégalais ?

Variante de la précédente.

  • Comment Senghor redéfinit-il le rôle du poète dans ce texte ?
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