Synthèse, compléments, notes prises en classe, questions… Bonne relecture !

Merci beaucoup à Félicien pour les notes prises en classe !


Au sommaire


Éléments de synthèse

  • Ce réquisitoire contre l’esclavage, à l’instar de nombreux chapitres de Candide, constitue ce qu’on pourrait appeler un apologue dans l’apologue qu’est le conte philosophique de Voltaire (nous avons rappelé qu’un apologue était un récit allégorique à visée argumentative : ce terme générique englobe principalement les fables et les contes philosophiques). La composition de l’extrait en témoigne : après une brève description de l’esclave, le discours de ce dernier retrace son histoire et dépeint ses conditions de vie. Il s’achève sur une forme de double morale, sur ses parents et sur l’Eglise. La prise de conscience finale de Candide prolonge cette “morale” en invitant le lecteur à partager la compassion et l’indignation du personnage.
  • Apologue et réquisitoire, ce passage repose pour une grande part sur le discours du nègre : Voltaire en fait son porte-parole pour donner la parole aux victimes du système de l’esclavage, plutôt que de bâtir un propos en surplomb (ce faisant et par-delà l’efficacité argumentative du procédé, il leur rend ainsi leur dignité). À travers la parole de l’esclave, il vise tour à tour tous les maillons de la chaîne, de la mère qui vend son enfant au lecteur consommateur de sucre, en passant par les marchands d’esclaves et l’Eglise, qui cautionne l’ensemble du “commerce triangulaire”. Le lecteur ne peut que se sentir concerné, si ce n’est… visé.
  • Cette dénonciation de l’esclavage joue sur une grande variété de tons, afin d’atteindre efficacement le lecteur. En premier lieu, il s’agit de l’émouvoir. Ainsi l’extrait s’ouvre-t-il sur une vision pathétique de l’esclave, qui suscite la pitié de Candide, et qui provoque même à l’issue du texte une réelle prise de conscience de la part d’un personnage jusque-là peu raisonneur. En second lieu, le discours du nègre joue sur les décalages. D’une part, la rigueur syntaxique qui le caractérise va de pair avec une certaine sobriété, qui contraste nettement avec l’horreur de l’esclavage. Voltaire souligne ainsi la résignation du nègre face à sa condition, tout en provoquant l’émoi du lecteur. D’autre part, la parole du nègre est empreinte d’ironie : c’est dans l’implicite que la charge est la plus forte.

Ainsi, Voltaire parvient dans cet extrait à provoquer l’indignation du lecteur grâce à un réquisitoire implicite en forme d’apologue, qui joue sur la concision et la variété des tonalités.


Compléments

Complément sur le syllogisme

Rappelons qu’un syllogisme est un raisonnement qui consiste à déduire une conclusion de deux propositions que l’on appelle des prémisses. Voici un exemple avec ce qu’on trouve dans le texte de Montesquieu sur l’esclavage (qui fait partie des lectures complémentaires, donc des textes à connaître).

“Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.”

  • Prémisse majeure : nous sommes chrétiens et traitons donc les autres hommes comme nos frères.
  • Prémisse mineure : nous asservissons ces gens-là (notez l’expression “ces gens-là”, qui permet d’éviter de qualifier les Africains d’êtres humains).
  • Conclusion : ces gens-là ne sont pas des hommes.

Bien sûr, l’horreur de ce syllogisme sous-entendu par Montesquieu révèle l’ironie de l’auteur. C’est un autre syllogisme qu’il faut entendre, implicitement :

  • Prémisse majeure : nous sommes chrétiens et traitons donc les autres hommes comme nos frères.
  • Prémisse mineure : nous asservissons ces gens-là des esclaves.
  • Conclusion : nous n’agissons pas en chrétiens.

Même argument, empreint d’une ironie pleine de désillusion, à travers un syllogisme tout à fait explicite cette fois chez Voltaire à la fin du discours de l’esclave :

  • Prémisse majeure : nous sommes tous “cousins issus de germain” et devrions donc vivre tous en frères.
  • Prémisse mineure : nous sommes traités en esclaves.
  • Conclusion : la conduite des Blancs est horrible, inhumaine et immorale.

Si le terme de syllogisme ne vous revient pas, employez le terme "raisonnement". Savoir l’expliquer est ce qu’il y a de plus important (même si savoir le nom fait gagner un temps précieux et montre une certaine maîtrise du vocabulaire de l’analyse littéraire. Ce qui compte, c’est de souligner l’effet ironique ainsi produit, l’habileté d’un esclave dont tout le monde a bien compris qu’il était le porte-parole de l’auteur. Cette habileté ne sert d’ailleurs pas seulement à faire du personnage un porte-voix efficace, mais aussi à lui rendre, ainsi qu’à tous les esclaves qu’il emblématise, leur humanité et leur dignité.

Complément sur la syllepse de sens avec “prix” et “fortune”

Je rappelle qu’une syllepse est une figure de style qui consiste à employer un mot dans deux sens à la fois (bien souvent, il s’agit du sens propre et du sens figuré).

Ainsi, dans la phrase : “C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe”, le mot prix est donné à lire dans son sens propre (quantité d’argent qui correspond à une quantité de sucre) et dans son sens figuré (valeur que l’on attache à quelque chose). Le second sens est particulièrement intéressant, car il demeure réifiant (on ne parlera pas du prix que l’on attache à quelqu’un ; tout au plus peut-on attacher du prix à une relation d’amitié, par exemple). Le nègre demeure une marchandise, mais il fait entendre justement que les Européens, en profitant d’un coût bas, considèrent l’esclave comme valant peu : il se retrouve sacrifié pour des raisons économiques.

Nous avons parlé de syllepse aussi pour l’emploi du mot “fortune”, lorsque l’esclave dit : “Hélas ! Je ne sais pas si j’ai fait leur fortune…”. Le second sens du mot est en effet synonyme de hasard, heureux ou malheureux.

Si vous avez oublié le nom de la syllepse, ce n'est pas grave : vous parlerez de jeu sur le sens du mot et vous vous en sortirez très bien. Mieux vaut même une bonne explication, qui insiste sur l’effet ironique ainsi produit, mais qui oublierait le nom exact de la figure, qu’une évocation technique de la syllepse sans plus d’explication.


Questions possibles

  • Comment Voltaire arrive-t-il à sensibiliser le lecteur au problème de l’esclavage ?
  • Quelles sont les différentes voix qui s’expriment dans ce texte ? Quel est l’effet produit par cette polyphonie ?
  • Dans quelle mesure ce passage relève-t-il de l’apologue ?
  • En quoi ce texte narratif est-il aussi argumentatif ?
  • L’argumentation dans ce texte vous paraît-elle efficace ?
  • Par quels procédés Voltaire dénonce-t-il l’inhumanité des esclavagistes ?

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