Retour sur notre cours, avec des éléments de synthèse et comme d’habitude, des compléments et des questions possibles.

Je joins bien entendu les riches notes prises par Sara, que je remercie vivement.

Note du 14 novembre : je numérote finalement cette lecture "5" pour que le descriptif de nos activités, destiné à l'examinateur, soit cohérent. Le texte n°4 est la scène du Pauvre.


La place de cette lecture dans notre séquence

La Cantatrice chauve et l’extrait que nous avons étudié (avec, en complément, la première page de la pièce sur votre polycopié), trouvent leur place au côté de l’étude Dom Juan, si différentes que soient ces œuvres.

La perspective que nous avons adoptée est celle des jeux avec le langage, en tant qu’ils révèlent sa puissance (voir les mensonges efficaces de Dom Juan, le brio de sa rhétorique de la séduction) ou ses faiblesses (voir le même Dom Juan, empêtré dans une rhétorique devenue creuse face à la sincérité éloquente et pathétique d’Elvire), voire sa “tragédie” pour reprendre le mot de Ionesco à propos de La Cantatrice. Si Molière, avec son héros paradoxal, explore déjà les ruses de la langue au XVIIe, alors que s’élaborent l’idéal de l’honnête homme et l’art de la conversation, trois siècles plus tard, Ionesco mine de l’intérieur la conversation entre les époux Smith et met au jour les contradictions qui émaillent les propos de la vie quotidienne, et le vide tragique qui peut les caractériser.

Les extraits de pièces qui vous ont été confiés pour un projet de mise en scène vont d’ailleurs dans le même sens, qu’il s’agisse de Finissez vos phrases de Tardieu, où ce qui se fait entendre dans le jeu de séduction n’est pourtant pas écrit, de La Cantatrice chauve de nouveau, où la “scène de reconnaissance” est complètement absurde, déroutante et comique (puisque les Martin sont mariés), ou de Juste la fin du monde, où la colère d’Antoine éclate dans une parole sans cesse à la recherche d’elle-même, dans une esthétique du ressassement en quête d’une vérité inexprimable.


Compléments

La Cantatrice chauve, mise en scène de Jean-Luc Lagarce

Comment et pourquoi utiliser ces compléments ?

Revoir et compléter vos notes avec les éléments ci-dessous vous permettra de compléter notre lecture en ayant en tête des images de la mmise en scène de Jean-Luc Lagarce, avec la possibilité d’évoquer cette mise en scène de façon rigoureuse, avec des exemples précis, à l’entretien comme en dissertation.

  • Relisez ce que vous avez écrit, complétez vos notes si nécessaire avec des remarques personnelles s’agissant des affiches de la pièce étudiées en classe et de la genèse de la pièce ;
  • découvrez quelques extraits de La Cantatrice chauve mise en scène par Jean-Luc Lagarce (1991, reprise en 2007 puis en 2018), en réfléchissant aux choix du metteur en scène : décor, costumes, éclairages, son, musique, travail des acteurs (intonations, gestuelle, mimiques…) et à la manière dont ces choix soulignent la dimension parodique et satirique de la pièce, en même temps qu’elles mettent l’absurde en évidence.

Le théâtre des années 50

Je vous recommande aussi la lecture d’une synthèse réalisée par M. Richard sur le renouveau théâtral des années 50.


Affiches et visuel de couverture

Retrouvez ci-dessous les deux affiches vues en classe, ainsi que l’illustration pour la première de couverture de l’édition Folio Gallimard, qui souligne ce que Ionesco appelle dans sa pièce la “tragédie du langage”.

Cantatrice-affiche-1957.jpg

Affiche pour La Cantatrice chauve - reprise de la mise en scène de Jean-Luc Lagarce - 2006

Dessin pour la couverture de La Cantatrice chauve par Steinberg - Folio Gallimard


Extraits de la pièce dans la mise en scène de Jean-Luc Lagarce (1991, reprise en 2007 et 2018)

Le dénouement (ou anti-dénouement !)


Analyses de la mise en scène de Jean-Luc Lagarce (1991, reprise en 2007 et 2018)

Le rôle des décors

L’influence de la télévision


Interviews


Synthèse

  • Une scène absurde de prime abord : contradictions en chaîne, faillite de la logique, dérèglement temporel (brouillage des repères, progression illogique de “l’histoire” de Bobby Watson, voire, comme cela a été dit en cours, condensation de plusieurs conversations ineptes en un seul moment scénique), perte d’identité des personnages évoqués…
  • Une satire du conformisme petit-bourgeois, dont les conversations, les rituels et le mode de vie confinent à la banalité et à la platitude la plus totale.
  • Un texte qui tire sa force comique de cette satire et de la saturation d’effets (distorsion temporelle, comique de répétition, humour noir qui atteint son paroxysme dans les antithèses et les oxymores sur le cadavre de Bobby Watson), selon une esthétique du grossissement chère à Ionesco.
  • Un texte révélateur cependant d’angoisses profondes dont le comique est à la fois le contrepoint et le révélateur : l’ennui, la routine, la nécessité de meubler le temps et le silence, la mécanisation des vies réduites à une horlogerie de la parole (régie justement par la pendule déréglée), mais aussi l’angoisse d’une identité introuvable et plus encore, une probable hantise de la mort.

La conversation désarticulée des époux Smith, le rôle de la pendule déréglée, le caractère tragique de l’existence, vouée à la répétition de rituels et de propos vides de sens, qui déshumanisent les individus et les confondent, au point que se brouillent les repères temporels : tout dans cette scène unit de manière étonnante et nouvelle comique et tragique, pour donner à voir ce que Ionesco appelle la « tragédie du langage ».


Questions possibles

  • En quoi est-ce un dialogue absurde ?
  • Ce dialogue a-t-il du sens ?
  • Dans quelle mesure ce dialogue est-il comique ?
  • Dans quelle mesure peut-on parler ici, selon la formule de Ionesco au sujet de sa pièce, de « tragédie du langage » ?
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