Ajout du vendredi 10 novembre : l'extrait vidéo de l'Acte II, scène 5.


Vous trouverez ci-dessous des conseils pour vous aider à bien réaliser le travail que je vous ai demandé de faire en vue de la prochaine séance en demi-groupe (mercredi pour les uns, vendredi pour les autres).

Il ne s’agit pas de faire une dissection de la tirade de Phèdre, vous vous en doutez, mais de la relire grâce à un relevé intelligent qui révèle le ou les rôles du “feu” dans sa composition.


Acte II, scène 5 : “Ma folle ardeur malgré moi se déclare”

Je vous invite comme cela été dit en classe à revoir cet extrait de la mise en scène de Patrice Chéreau, en examinant particulièrement les mouvements des comédiens et pourquoi pas, comme je l’ai dit en demi-groupe ce vendredi, la façon dont le “feu” maudit qui dévore Phèdre de l’intérieur peut faire son apparition dans la mise en scène, de façon très concrète.

Revoir l’extrait sur le site de l’INA en sélectionnant des passages


Extrait du documentaire Grands rôles, sur Phèdre, par Arte

Nous avons vu les dix premières minutes de cette émission tout à fait passionnante sur Phèdre, qui croise les regards de lecteurs spécialistes de domaines divers.


Aide pour votre travail en vue de notre séance en 1/2 groupe (mercredi 8 et vendredi 10 novembre)

Je vous ai demandé de « relever » toutes les occurrences du feu dans la tirade de Phèdre, à l’acte I, scène 3.

Mais cela n’a aucun intérêt si nous n’avons pas à l’esprit le but de notre recherche engagée en classe.

Il s’agit de voir et de comprendre comment Racine fait dire à Phèdre l’amour qu’elle éprouve, sachant que :

  • elle se sent coupable et cherche à se justifier ; alors, elle raconte, elle explique, elle décrit ce par quoi elle est passée jusqu’à cet instant de l’aveu à Œnone (mais on l’a dit de l’amour aujourd’hui : l’aveu est hanté par la crainte de se sentir jugé) ;
  • le sentiment amoureux, nous l’avons dit, recèle une force immense, qui passe en quelque sorte toujours la mesure, comme en témoigne la formule triviale, courante, énoncée en classe : « Je t’aime / Je l’aime trop » ; Racine doit donc trouver le moyen de faire dire à Phèdre la puissance, voire la démesure de cet amour ;
  • enfin, la flamme comme métaphore de l’amour est une image éculée déjà au XVIIe siècle ; Racine l’emploie pourtant, conscient que c’est une métaphore usée : on peut donc se demander comment il parvient à le faire sans que cela devienne banal, autrement dit, comment il parvient peut-être à renouveler l’emploi de cette image.

Voilà les trois directions, les trois lignes de force - au moins - pour lesquelles je vous invite à examiner, dans ce texte, les occurrences du feu. Lorsque vous relevez les termes liés au feu, demandez-vous en quoi ils expriment la culpabilité mais aussi la tentative de s’innocenter de Phèdre, la puissance du sentiment amoureux, et le travail poétique de renouvellement de l’image de l’amour comme flamme.

Si cela vous aide, notez quelques lignes pour être capable d’intervenir sur ces trois points à l’oral.


Le texte, en cas de besoin


Retour sur un point de notre réflexion (groupe du mercredi)

Je reviens en quelques mots sur l’échange que nous avons eu sur le texte aujourd’hui, et à propos duquel mes interventions ont pu manquer de clarté.

Adèle avait raison de dire qu’il y avait quelque chose de relativement illogique et manifestement vain dans l’entreprise de Phèdre, qui vise à éteindre le feu de l’amour par le feu des sacrifices. Elle tente d’éteindre le feu par le feu, disions-nous en chœur avec Gabin. Mais Solveig a eu raison de dire aussi qu’il n’y avait pas là de contradiction : Phèdre agit en femme grecque qui tente de s’allier Vénus par ses offrandes.

En réalité, les deux assertions sont pertinentes, mais elles ne relèvent pas du même niveau d’analyse.

Si l’on choisit d’analyser le texte comme s’il était réaliste, en campant les personnages dans leur époque mythique, celle d’une Grèce antique fantasmée, en faisant comme si Phèdre était non un personnage, mais une personne, on dirait en effet que sa conduite est logique : les sacrifices pourraient lui rendre Vénus favorable, elle ne serait alors plus amoureuse. Ce point de vue est parfaitement valable.

Si en revanche on considère la tirade de Phèdre comme un texte du XVIIe siècle, une création poétique et théâtrale, une œuvre d’art, qui signifie plus que ce qui est écrit, dont l’implicite compte au moins autant que l’explicite, et dont on sait que les références mythologiques fonctionnent comme des symboles que décryptent les spectateurs contemporains de Racine, alors on peut analyser différemment le rôle du feu. C’est là que l’entreprise de Phèdre semble vouée à l’échec : prise dans le feu, elle allume d’autres feux, des contre-feux, pourrait-on dire en jouant sur les mots. À ses propres yeux, c’est la seule chose qu’elle puisse faire dans un premier temps. Mais aux yeux du lecteur qui décrypte toute cette symbolique et qui lit dans le tissu enflammé du texte, l’échec paraît programmé. Racine “joue avec le feu” en créant des échos entre tous ces feux qui brûlent au long de la tirade, pour suggérer au spectateur l’aveuglement de son personnage.

Mythologiquement, Phèdre a raison. Poétiquement, si l'on peut dire, son entreprise apparaît ici dans toute sa vanité.

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