Vous retrouverez ci-dessous des éléments de synthèse sur notre lecture de l’extrait de La Chartreuse de Parme. Il s’agit de la première lecture analytique dans le cadre de l’objet d’étude “Le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours”. C’est le sixième texte sur lequel vous pourrez être interrogé à l’oral.

Dans le prolongement de notre cours, et dans la perspective de votre examen blanc, je profite de cette lecture pour rappeler quelques éléments méthodologiques sur le commentaire littéraire.

Enfin, vous pourrez télécharger les notes prises par Flore-Amélie, que je remercie vivement ici.


Au sommaire


Compléments à notre lecture et/ou à vos notes

N’hésitez pas à compléter vos notes avec les points suivants. Nous les avons vus pour la plupart ; je m’attarde toutefois sur certains aspects, peut-être trop rapidement évoqués. On ne peut pas tout voir en classe !

Le dialogue entre Fabrice et le soldat, plein d’ironie

  • Il fait contrepoint aux dialogues livresques qui ont sans doute figé la représentation du héros dans l’esprit de Fabrice (c’est ce que suggère l’ironie dont est empreinte la phrase introductive sur la “petite phrase bien française”).
  • Il montre aussi le contraste entre ce soldat encore enfant, soucieux d’une langue “bien française” et donc soutenue, et les autres (les verbes suivants appartiennent tant à la langue soutenue qu’au lexique de l’enfance : “gourmander”, “réprimander”…). En effet, ce dialogue met en évidence la rusticité des soldats, loin de la fraternité du champ d’honneur à laquelle Fabrice s’attendait sans doute. Je vous renvoie à la familiarité des mots employés et aux insultes que vous prendrez soin de citer et de caractériser comme telles.
  • Nous ne l’avons pas dit, mais à bien y regarder, ce “blanc-bec” de Fabrice se trompe de question : l’essentiel n’est pas l’identité du général (qui se révélera être le maréchal Ney), mais le motif de la réprimande, que la voix narrative laisse deviner (mais que nous ne voyons pas plus que la vue de la lorgnette) : une décision probablement mal exécutée dans ce qui commence à être une défaite. De surcroît, Fabrice devrait avoir reconnu cet homme qui figure dans son propre panthéon de héros (dès qu’il connaîtra son nom, c’est la légende du maréchal Ney qui lui reviendra à l’esprit, fixée dans cette formule épique : “le brave des braves”).

La fierté de Fabrice

Elle est naïve et ridicule, comme le soulignent l’exclamation rapportée sans guillemets et l’insistance sur le verbe “voir” (le feu, celui du combat, mais en réalité, métaphoriquement, celui d’un désir sans objet, plaisir d’avoir été présent dans une scène de bataille, dans le “feu de l’action”). Parce qu’il n’a rien fait mais s’est conduit en spectateur, il ne peut à l’évidence se réjouir d’être devenu “un vrai militaire” : l’ironie du narrateur fonctionne ici à plein, puisque le lecteur a conscience de ce décalage.

Les accélérations et les décalages

Comme si nous vivions la scène sur le cheval de Fabrice, le narrateur ménage des changements de tempo qui soulignent le constant décalage entre le héros et les mouvements de l’armée à laquelle il appartient.

Exemple de lecture stylistique d'une phrase - pour bien cerner ce qu'on attend sur le plan de l'analyse tant à l'oral que dans un commentaire littéraire à l'écrit

Une phrase en particulier emblématise de tels changement de tempo : “Tout à coup, on partit au grand galop”. Elle est en effet saturée de l’idée de vitesse, de par l’emploi du passé simple - “on partit” - renforcé par les circonstanciels - “Tout à coup”, “au grand galop”. Sa brièveté même, et la position de la locution adverbiale “Tout à coup” en tête de phrase suggèrent la vitesse. Or, Fabrice paraît noyé dans le pronom “on”, il disparaît, comme s’il n’agissait pas vraiment, mais se trouvait emporté par le départ des cavaliers, voire comme s’il les regardait partir sans comprendre.

Il s’agit ainsi, tant dans cette seule phrase que dans l’ensemble du texte, de mettre en relief le décalage entre Fabrice et les mouvements des autres soldats. Assurez-vous que vous avez noté les nombreuses précisions spatiales et temporelles du texte, qui contribuent à cette impression de décalage. Complétez cette analyse avec une comparaison des emplois du passé simple et de l’imparfait (temps dévolu à Fabrice : c’est le temps de la durée, de la description - on peut même dire le temps de la contemplation).

Fabrice spectateur

Nous avons noté l’importance des verbes de perception, répétés parfois, qui montrent combien Fabrice est venu pour se plonger, en un moment d’extase, dans “l’admiration enfantine” qu’il voue à ses héros, le maréchal Ney notamment. C’est bien un spectateur, non un acteur du combat.

Fabrice et le lecteur - la portée métalittéraire du texte

Nous ne l’avons pas assez dit en cours : Fabrice présente au fond une forte analogie avec le lecteur. Le premier découvre, déconcerté, une scène de bataille avec une relative déception et surtout une totale incompréhension ; de même, nous, lecteurs, suivons un personnage déconcertant au fil du texte, sans saisir la totalité de la scène.

Par ailleurs, ce passage fonctionne comme une invitation faite au lecteur à modifier sa vision de la guerre et même sa représentation du roman et du héros. En réalité, Fabrice, “fort humain”, peut devenir un héros à nos yeux au moment même où précisément, il estime qu’il n’en sera jamais un (pour des raisons fausses et ridicules, étayées par une vision stéréotypée du soldat valeureux), parce qu’il est ramené aux dimensions d’un homme et que cela le rend touchant, si ridicule qu’il paraisse.

Une vision réaliste de la guerre

Nous avons amplement commenté cet aspect. Vous aurez pris soin de souligner toutes les expressions qui désignent le champ de bataille : vous observerez de nouveau que le champ “jonché de cadavres” est privé de son complément épique “de bataille” ; d’autre part, vous reverrez que toutes renvoient à la terre et à l’humidité, comme si l’idée même de champ de bataille était en train de pourrir, ou du moins de se désagréger : cela fait écho à l’excellente expression trouvée en classe au sujet du cheval, allégorie de l’agonie de l’épopée.

Là encore, si l’on a une lecture symbolique de ces références à l’humidité, cela est bien normal : c’est une vision livresque, celle de Fabrice, qui d’un coup, comme “le fond des sillons”, est étonnamment pleine “d’eau”, comme la bataille est emplie de bruit.

Insistez à l’oral également sur la présence du mot “cadavres” : si les soldats morts sont attendus sur un champ de bataille, une fois encore, le mot est incongru dans une scène de bataille romanesque.

Enfin, je ne réécris pas, par ailleurs, tout ce que vous devrez dire du symbole de l’épopée, ce destrier qui doit conduire le héros au combat, et dont nous avons pu dire qu’il était peint avec un réalisme cru dans son agonie, et force insistance. Le réalisme n’est pas un choix esthétique distinct du sens ; au contraire, il fait sens, puisqu’ainsi Stendhal donne à voir la guerre telle qu’elle est selon lui, à rebours de toutes les représentations dont son héros peine à se déprendre.

Et pourtant, la saisie du champ de bataille demeure inintelligible

“Il n’y comprenait rien du tout” : cette phrase, située en fin de paragraphe, sonne de manière cruellement ironique pour un personnage pourtant tout occupé à voir “le feu”. Plusieurs épisodes marquent cette incompréhension, cette difficulté à saisir le combat dans son ensemble.

  • Le choix d’une narration adoptant le point de vue de Fabrice (la focalisation interne) indique la volonté de Stendhal, via cette voix narrative, de dire à quel point l’expérience du soldat s’éloigne de la vision d’ensemble offerte par les représentations artistiques du combat - vision d’ensemble qui permet le souffle épique. Nous l’avons dit, les références à la “lorgnette” sont d’habiles clins d’œil au lecteur, pour insister sur ce point (car la vue par la lorgnette n’est jamais révélée par la voix narrative).
  • La métonymie des “habits rouges” est péniblement décryptée par Fabrice ; se glissant dans la pensée du personnage, la voix narrative prend en charge cette expression pour montrer combien le héros s’efforce d’atténuer pour lui-même (consciemment ou non) l’horreur des soldats agonisants. Je ne m’attarde pas sur cette métonymie dont nous avons amplement commentée chaque occurrence.
  • L’écart textuel (d’un paragraphe) entre la description de l’effet des boulets de canon, et le moment de prise de conscience de Fabrice, ajouté à l’écart spatial entre lui et les victimes qu’il aperçoit, montrent encore la difficulté du héros à comprendre ce qui se passe sous ses yeux.
  • L’entame du texte, avec le héros “scandalisé” par le bruit, et les nombreuses notations sur le vacarme de la bataille donnent l’impression que la surcharge sonore, qui fait “mal aux oreilles” du héros, l’empêche littéralement de voir ou de comprendre ce qu’il voit.

Synthèse

  • Ce texte, marqué par un net refus d’esthétiser la guerre, la révèle dans sa réalité la plus crue, c’est-à-dire aussi la plus illisible.
  • Elle est en effet entièrement donnée à voir par les yeux de Fabrice (et non par une “focalisation zéro” ou “point de vue omniscient”). Or Fabrice est un personnage spectateur, rêveur, contemplatif, et non acteur du combat.
  • Enfin, le passage est marqué du sceau de l’ironie : soldats moqués, héros comme un enfant perdu, à la fois ridicule et touchant, motifs épiques et topos de la scène de bataille renversés : la voix narrative (ou le narrateur si vous préférez) joue avec le lecteur, entretient avec lui une connivence qui participe du plaisir de la lecture, et le conduit, dans ce contrepied de l’épopée, vers une représentation renouvelée du héros de roman : un héros “fort humain”, en somme. La voix narrative commente elle-même l’action ou plutôt l’inaction et l’attitude enfantine du héros à travers ce que Georges Blin (universitaire spécialiste de Stendhal notamment) appelle les “intrusions d’auteur” (cf., par ex., la première phrase).

Questions possibles à l’oral

  • Quelle image du héros cet extrait donne-t-il ?
  • Quelle vision de la guerre ce passage offre-t-il ?
  • Expliquez l’intérêt, pour cet extrait, du réalisme subjectif cher à Stendhal. (L’expression correspond au choix de focalisation de Stendhal : le narrateur raconte et donne à voir des éléments très crus via le regard du personnage.)
  • Comment l’ironie fonctionne-t-elle dans ce texte ? (pensez aux marques de l’ironie et aux effets produits, en termes de sens)
  • Pourquoi peut-on dire que le narrateur porte un regard à la fois ironique et bienveillant à l’égard du héros ?
  • Comment fonctionne le décalage entre le personnage et le lecteur ?

Question-réponse (posée par un élève en 2015-2016)

Cette question concerne l’extrait de La Chartreuse de Parme : “Comment fonctionne le décalage entre le personnage et le lecteur ?” J’avais pensé à une première partie sur l’aspect spectateur de Fabrice, en montrant notamment les décalages de compréhension entre le lecteur et lui, puis dans une seconde le héros qui devient fort humain et qui laisse le lecteur désemparé car ce dernier ne s’attend pas à lire un héros tel que Fabrice.

Cette proposition de plan me semble tout à fait pertinente. Attention à bien nourrir la seconde partie. L’essentiel avec cette question, c’est bien de comprendre que ce héros désarçonné (ou presque : c’est lui qui voit un cheval se débattre dans ses entrailles, à rebours de son idéal chevaleresque) a pour effet de désarçonner le lecteur.

La question paraît technique, mais elle ne l’est pas tant que cela. Reprenons ce que l’on sait : Fabrice ne comprend pas ce qui se passe ; les nombreuses notations visuelles et auditives ne sont pas immédiatement expliquées. Mais le lecteur comprend souvent ce dont il s’agit (par exemple, “les habits rouges”, ce sont les Anglais). Autrement dit, nous avons toujours un temps d’avance sur le personnage. Il convient donc d’indiquer, de manière organisée, tout ce qui relève de ce décalage de perception et de compréhension du champ de bataille.

Deuxième aspect, lié au premier : le héros est en décalage… avec l’idée que se fait le lecteur de roman d’un héros au combat (voir la première phrase). On peut démontrer cela en s’appuyant sur tous les éléments qui dévalorisent explicitement le personnage, qui tous sont empreints d’ironie.

Si une troisième partie était possible, on pourrait expliquer à quelle fin cette ironie et ces décalages constants : prendre le contrepied d’une scène épique, pour le plus grand plaisir du lecteur surpris.

Attention à un élément fondamental de ce texte : l’ironie de Stendhal à l’égard de son personnage n’est jamais virulente, mais au contraire, elle est plutot bienveillante. Fabrice est humanisé par son attitude. Le romancier nous propose donc de découvrir - et d’aimer - un nouveau héros de roman à travers ce personnage.


Découverte du texte - Rappels méthodologiques pour entrer efficacement dans l’exercice du commentaire littéraire

Trois questions peuvent vous aider, de l’identification du texte (la réflexion sur notre horizon d’attente, d’après ce que nous en savons) à l’élaboration d’un projet de lecture.

Qu’est-ce que ce texte ?

C’est un extrait de roman, paru en 1839, soit vingt-quatre ans après la défaite de Napoléon. On peut déduire de ces premiers éléments d'identification que le lecteur connaît l'issue de la bataille, contrairement au personnage.

Ajoutons que la scène de bataille est un motif traditionnel dans le roman, ce qu’on appelle un “topos” littéraire. C’est généralement l’occasion pour le héros de roman de prouver sa valeur. On peut donc s'attendre à quelque chose de l'ordre d'une chevauchée épique.

Si par ailleurs on sait que c’est à Stendhal, avec Le Rouge et le Noir, que la tradition scolaire attribue la paternité du roman réaliste (juste avant Balzac), on a donc deux ingrédients d’identification intéressants : une scène de bataille dans un roman réaliste.

Attention encore une fois aux étiquettes, commodes pour situer les auteurs et leurs œuvres dans l’histoire littéraire, mais insuffisantes pour saisir leur singularité. Nous avons nuancé tout cela en cours.

Que dit ce texte ?

Le texte raconte l’arrivée de Fabrice del Dongo, plein de fougue et d’enthousiasme, sur le champ de bataille. Mais le héros n’y comprend “rien du tout”. Ajoutons que sur le plan de la narration, la bataille nous est entièrement donnée à voir par les yeux de Fabrice.

Quels sont ses effets, sa portée ?

Il est difficile de répondre d’emblée à cette question, mais les étapes de questionnement qui précèdent et les premières lectures permettent de dégager les éléments suivants.

  • Le lecteur du roman ne peut pas ne pas sentir le décalage entre le héros et lui, puisqu’en 1839 et au-delà, chacun sait que Waterloo a enterré en 1815 les espoirs de Napoléon et de ses fidèles. Le texte est donc marqué du sceau de l’ironie.
  • La scène de bataille est un topos romanesque (voir ci-dessus) ; la question est donc de savoir comment Stendhal se réapproprie ce topos, et si la chevauchée épique attendue, traditionnellement, est au rendez-vous. L’incompréhension du personnage lui ôte précisément les attributs habituels du héros qui se distingue au combat.
  • Le réalisme du texte passe notamment par le choix de montrer la bataille par les yeux du personnage, de ne donner à voir que ce qu’il perçoit : or ces effets réalistes ôtent eux aussi toute dimension épique au combat (laquelle présuppose une saisie synthétique, panoramique de la scène).

Vers le projet de lecture du commentaire littéraire

Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied du topos romanesque de la scène de bataille.

Variante (au prix d’une légère simplification, pas entièrement satisfaisante mais tout à faire recevable) :

Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied de l'épopée.


Deux propositions de plan pour un commentaire

I. Stendhal propose une vision réaliste du champ de bataille.
II. Il met ironiquement en scène un héros naïf et perdu.

OU :

I. Stendhal propose une vision réaliste du champ de bataille, à rebours des symboles de l’épopée.
II. Il met en scène un héros spectateur, naïf et perdu.
III. Il fait entendre une voix narrative ironique, porteuse d’une réflexion en acte sur le héros de roman.

En somme, même si on ne peut pas tout élaborer d'emblée - projet de lecture, plan, etc. -, et si au contraire la réussite d'un commentaire suppose un va-et-vient entre interprétation, analyse, vue d'ensemble et regard à la loupe, la méthodologie proposée ici peut vous aider à faire une découverte efficace du texte.


Proposition d’introduction

Henri Beyle, dit Stendhal, romancier et essayiste né en 1783 et mort en 1842, est l’un des plus grands écrivains français. Après Le Rouge et le Noir, il publie son autre chef-d’œuvre, La Chartreuse de Parme, en 1839. Le héros de ce roman, Fabrice del Dongo, est né des amours d’un lieutenant français avec la marquise del Dongo. Il grandit dans la période glorieuse de l’épopée napoléonienne. En 1815, le retour d’exil de l’empereur lui donne l’occasion de rejoindre son héros. Il s’enfuit ainsi du château familial et gagne Waterloo. L’extrait proposé à notre étude le donne à voir, plein de fougue, mais perdu au milieu du combat. Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied du topos romanesque de la scène de bataille. C’est une vision réaliste de la guerre qui nous est offerte, au travers du regard d’un héros spectateur et perdu, objet constant de l’ironie du narrateur.

Introduction expliquée

Point sur l'auteur et son œuvre : Henri Beyle, dit Stendhal, romancier et essayiste né en 1783 et mort en 1842, est l’un des plus grands écrivains français. Après Le Rouge et le Noir, il publie son autre chef-d’œuvre, La Chartreuse de Parme, en 1839. Présentation du roman, à l'aide du paratexte dont on peut disposer : Le héros de ce roman, Fabrice del Dongo, est né des amours d’un lieutenant français avec la marquise del Dongo. Il grandit dans la période glorieuse de l’épopée napoléonienne. Situation et présentation de l'extrait : En 1815, le retour d’exil de l’empereur lui donne l’occasion de rejoindre son héros. Il s’enfuit ainsi du château familial et gagne Waterloo. L’extrait proposé à notre étude le donne à voir, plein de fougue, mais perdu au milieu du combat. Projet de lecture : Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied du topos romanesque de la scène de bataille. Annonce du plan, ici formulée avec trois membres de phrases nettement séparés par la ponctuation : C’est une vision réaliste de la guerre qui nous est offerte, à travers le regard d’un personnage spectateur et perdu, foyer d’une réflexion ironique sur la figure du héros.

Projet de lecture suivi d’une annonce du plan plus charpentée

Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied du topos romanesque de la scène de bataille. En premier lieu, il offre une vision réaliste du champ de bataille. Il met également en scène un personnage spectateur et perdu. Enfin, la voix narrative, teintée d’ironie tout au long de l’extrait, est porteuse d’une réflexion en acte sur la figure du héros de roman.

Introduction avec une amorce

Je le rappelle, l’amorce est facultative. Si vous voulez vous attirer les faveurs du correcteur en en proposant une, faites le lien entre votre culture littéraire et le projet de lecture que vous avez élaboré.

Soyez concis : une à deux phrases suffisent. Elles doivent montrer implicitement que vous avez saisi toute la portée du texte ; souvent, on fait l’amorce à la fin de son brouillon.

Veillez à embrayer rapidement et efficacement sur la présentation de l’auteur : ici, je m’efforce de relier la représentation traditionnelle de la guerre véhiculée par le roman médiéval au contrepied adopté par Stendhal.

Les premiers héros de roman, nés au cœur du Moyen Âge, rappellent encore les grandes figures de l’épopée : ce sont les chevaliers de la Table ronde, en quête du Graal et en quête de gloire. Leur bravoure se manifeste lors de combats nobles et grandioses, que Stendhal, auteur du texte soumis à notre étude, a probablement en mémoire. De son vrai nom Henri Beyle, Stendhal, romancier et essayiste né en 1783 et mort en 1842, est l’un des plus grands écrivains français. Après Le Rouge et le Noir, il publie son autre chef-d’œuvre, La Chartreuse de Parme, en 1839. Le héros de ce roman, Fabrice del Dongo, est né des amours d’un lieutenant français avec la marquise del Dongo. Il grandit dans la période glorieuse de l’épopée napoléonienne. En 1815, le retour d’exil de l’empereur lui donne l’occasion de rejoindre son héros. Il s’enfuit ainsi du château familial et gagne Waterloo. L’extrait proposé à notre étude le donne à voir, plein de fougue, mais perdu au milieu du combat. Nous verrons comment Stendhal prend ici le contrepied du topos romanesque de la scène de bataille. C’est une vision réaliste de la guerre qui nous est offerte, à travers le regard d’un personnage spectateur et perdu, foyer d’une réflexion ironique sur la figure du héros.


Conclusion de commentaire littéraire

Observez les étapes de la conclusion : bilan des différentes parties, retour au projet de lecture, ouverture.

En conclusion, cette scène de guerre nous est bien montrée dans sa réalité crue, loin de toute esthétisation. Le lecteur découvre Waterloo par les yeux de Fabrice et en même temps que lui ; or le personnage se comporte bien plus en spectateur qu’en acteur du combat. L’ironie qui caractérise le passage est toutefois mâtinée de bienveillance s’agissant du héros, pour qui le désenchantement vaut initiation ; et cette initiation est aussi celle du lecteur, appelé à considérer le héros de roman avec un regard neuf. Ainsi tous les motifs du tableau épique se trouvent-ils renversés : feu, champ de bataille, soldats et bravoure… Mais le héros stendhalien gagne en humanité ce qu’il perd en illusions. Au beau milieu de ce champ de bataille assourdissant, qui préfigure la guerre absurde dénoncée par Bardamu dans Voyage au bout de la nuit, Fabrice, par son enthousiasme mélancolique, suscite immanquablement la sympathie du lecteur.

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