Quelques conseils dans la perspective du prochain DST.

Ajout ce lundi soir : suggestion de plan de commentaire pour "Les obsèques de la Lionne", fable pour laquelle nous avons élaboré des projets de lecture en demi-groupe.

Ajout ce mardi après-midi : conseil par rapport au nombre de citations attendues dans une sous-partie.

Ajout ce mardi soir : au fil des notes, des compléments divers.


Point sur un lexique utile lors de la rédaction

Je vous invite à affermir vos connaissances sur un lexique que vous ne manquerez pas d’employer en étudiant une fable, celui de la critique, et surtout à vous l’approprier. Assurez-vous d’avoir saisi les nuances entre les verbes suivants :

  • critiquer
  • dénoncer
  • blâmer, condamner
  • (parodier)
  • tourner en dérision
  • faire la satire de…

Pour la rédaction de votre commentaire, dans le développement, assurez-vous de vous approprier les verbes qui permettent de faire une charnière entre le sens et l’analyse de l’écriture. Ils vous sont proposés ci-dessous, en bas de page.


Rappels : avant de lire le texte

  • De l’horizon d’attente du lecteur que vous êtes à l’esquisse du projet de lecture : je vous renvoie à notre travail méthodologique.
  • Analyse de la composition, repérage des mouvements du texte : je vous renvoie à notre récent travail sur “Les obsèques de la Lionne” et à notre travail sur les extraits de Phèdre.

Si vous êtes perdus ou en panique :

Faites-vous confiance : que le français soit votre tasse de thé ou non, une matière aimée ou honnie, que le commentaire littéraire vous donne du plaisir ou de l’urticaire, raisonnez et faites confiance à votre réflexion. Demandez-vous à quoi cette fable que vous lisez vous invite à réfléchir, quelle question fondamentale elle adresse à l’homme en général, ou à la société, ou aux hommes du XVIIe (ou bien un peu tout cela à la fois) ; demandez-vous ce qu’elle incite à nous demander.

Puis, demandez-vous comment : au moyen de quelle allégorie, développée de quelle manière ; au moyen de quelle morale (voir ci-dessous), exprimée de quelle manière ; avec quelle composition, quel alliage entre récit, dialogue des personnages, et moralité. Demandez-vous si le fabuliste fait entendre sa voix, et si oui, comment, avec clarté ou discrétion, avec sourire ou ironie…


Quelques mots sur la morale

La morale, souvent, donne une idée précise de la portée de la fable : nous l’avons vu, “Le Loup et l’Agneau” dénonce la cruauté des puissants à travers une parodie de procès ; la fable “Les obsèques de la Lionne” fait la satire de la cour et du roi.

Autrement dit, après une première ou une seconde lecture, là encore, pour aboutir à un premier projet de lecture, ou pour vous assurer que vous allez dans la bonne direction, interrogez-vous toujours sur la morale de la fable que vous avez à commenter.

  • Est-elle explicite ou implicite ?
  • Si elle est implicite, comment la saisit-on ? Est-elle d’ailleurs aisée à saisir ?
  • Illustre-t-elle le récit, fait-elle un pas de côté par rapport à lui ?
  • Est-elle éventuellement trompeuse ? (songez à la “raison du plus fort” : le Loup l’emporte, certes, mais pas par la raison).

L’analyse de détail

Dans l’analyse de détail, vous serez notamment attentifs aux points suivants, avec profit :

  • le titre (clair, énigmatique, trompeur, programmatique comme celui du “Loup et l’Agneau”, plus anthropomorphe qu’imaginé pour “Les obsèques de la Lionne”, générant un effet d’attente…)
  • le récit (sa composition, son rythme ; notez par exemple son extrême efficacité dans “Le Loup et l’Agneau” : quelques vers suffisent pour aller à l’essentiel) ;
  • la morale (voir ci-dessus) ;
  • les paroles et les pensées des personnages (les discours rapportés : discours direct, indirect, indirect libre, narrativisé ?). La façon dont le fabuliste rapporte les discours a du sens : témoigner de l’éloquence d’un animal ou au contraire moquer sa maladresse peut passer par le discours direct, qui est très révélateur, ou par le discours indirect, voire indirect libre ou encore narrativisé, qui induira une distance du fabuliste avec le personnage, peut-être même une distance ironique ;
  • la versification (voir la fiche méthodologique en annexe ci-dessous)…

Si vous avez peur de ne pas savoir ce qu'il faut analyser :

Faites-vous confiance. Prenons “Le Loup et l’Agneau” : il faut partir du sens (une défaite de l’Agneau malgré ses bonnes “raisons”, une victoire du Loup malgré ses mauvaises “raisons” ; une parodie de procès qui dénonce la tyrannie des puissants et leur propension à justifier l’injustifiable). Avoir ce sens global en tête, et cette portée de la fable invite à analyser de près les arguments, les répliques, leur enchaînement, à mesurer l’efficacité oratoire des deux personnages. On s’apercevra alors que l’initiative est toujours du côté du Loup - il domine l’échange sans dominer sur le plan argumentatif - et que l’Agneau résiste courageusement. On citera les répliques de l’Agneau, son mode de défense progressivement résigné, ou indigné, comme en témoigne (voici une analyse) sa question rhétorique à propos des dommages qu’il aurait fait subir à son interlocuteur : “Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né ?”.

Autrement dit, même si vous n’analysez pas tout, le sens global du texte doit vous aider à sélectionner ce qui, dans l’écriture, contribue de façon décisive à la signification de la fable.

Si vous repérez un choix d’écriture frappant, saillant, sans savoir ce qu’il signifie, référez-vous simplement au sens littéral du vers en question, et au sens de la fable.

Par exemple, dans “Le Loup et l’Agneau”, on sait que le prédateur dit à sa proie : “Tu seras châtié de ta témérité”. Qui fait entendre ce vers distingue une allitération marquée en T. N’allons pas chercher midi à quatorze heures : elle souligne le poids de la menace qui s’exprime littéralement dans ce vers (il se trouve aussi, si l’on veut aller plus loin, que T est une consonne dentale).


Un mot sur le ton (ou registre)

N’hésitez pas à conforter vos connaissances sur les registres (ou tons : les deux peuvent être employés ; “ton” a le mérite d’être plus concret). En effet, La Fontaine varie considérablement le ton d’une fable à l’autre, et en réalité, au sein d’une même fable, d’un vers à l’autre.

Rappelons que le ton est une catégorie littéraire qui correspond à une émotion et un effet recherché sur le lecteur (ou, au théâtre, sur le spectateur). Par exemple, le registre pathétique vise à faire éprouver de la pitié au lecteur.

Ajoutons que plusieurs registres peuvent fonctionner ensemble : le registre ironique sert souvent (mais pas toujours) la satire.

La Fontaine est notamment familier des registres suivants :

  • épique
  • comique
  • parodique
  • héroï-comique
  • burlesque
  • ironique
  • satirique
  • pathétique…

Rassurez-vous, nous reviendrons sur ce point en cours, au fur et à mesure de l’étude des textes.

Le site Magister répertorie les principaux registres littéraires et vous propose des exemples.


Le plan du commentaire

Ajout du 15 janvier

Je vous renvoie à nos précédents travaux sur les extraits de Phèdre. Vous verrez qu’avec les textes argumentatifs, concevoir un plan de commentaire est souvent assez simple.

En effet, deux parties suffisent souvent :

  • ce que le texte dit ou raconte si c’est un récit,
  • la portée argumentative du texte.

Toutefois, je vous conseille de continuer à travailler ce que nous avons vu ensemble, à savoir un plan qui permette de répondre à ces questions :

  • quoi ?
  • pourquoi, comment ?
  • pour quoi, ou pour quelle portée ?

Par exemple, voici ce que nous pourrions envisager pour commenter “Les obsèques de la Lionne”.

Projet de lecture

Nous verrons de quelle manière cette fable fait la satire de la cour et du roi.

Plan possible

  1. C’est une scène d’enterrement… hypocrite (l’ordre royal ; le théâtre du deuil ; une fable dont la composition révèle qu’elle fait se suivre trois mensonges successifs, celui du roi, celui des courtisans, celui du Cerf).
  2. C’est en réalité une cérémonie qui vise à affermir l’autorité du roi par la menace (la menace omniprésente ; la violence du roi et de la cour).
  3. C’est une satire de l’arbitraire royal et du règne des apparences à la cour (la première morale) ; c’est aussi, en guise de passeport, un éloge du bien mentir, donc de la fable (le discours habile du Cerf, seconde morale).

Combien de citations par sous-partie ?

Ajout du mardi 16 janvier

Voilà une question légitime, compréhensible, mais qui peut vous paralyser inutilement. C’est à l’échelle du commentaire complet qu’un correcteur verra si vous avez bien commenté tout le texte. Par ailleurs, certains passages sont très riches, comme le vers de Phèdre que nous avons commenté ; d’autres moins, qui réclament alors d’être complétés pour faire sens.

Ce qui prime, c’est que vous citiez et analysiez des passages qui justifient la piste interprétative autour de laquelle s’organise votre sous-partie.

Par exemple, si pour commenter “Le Loup et l’Agneau”, on prévoit une partie, mettons, sur la victoire paradoxale du Loup, on peut imaginer une sous-partie sur sa colère qui va crescendo, dans laquelle on analysera, citations à l’appui, l’accélération des répliques à la fin de la fable (il faut alors citer et analyser plusieurs vers). On pourra aussi caractériser sa rage finale, quand dans le dernier vers il énumère tous ses ennemis (“Vous, vos Bergers et vos chiens”). Une telle sous-partie s’appuierait donc sur deux citations.


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Casting pour un concours d’illustrations des Fables de La Fontaine - E. Scala, concours 3DVF.


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