Les notes prises en classe sont encore à venir ; voici déjà des éléments de synthèse et des questions possibles.

Ajout du vendredi 15 juin, pour vous aider : un exemple de corrigé de commentaire de qualité - attention, n'allez pas me l'apprendre par cœur : commencez par vous entraîner avec les questions possibles, puis comblez vos manques éventuels en confrontant votre lecture à celle-ci.


Éléments de synthèse

C’est un poème en vers libres et une ballade moderne.

À ne pas confondre avec les vers hétérométriques qui composent par exemple les Fables de La Fontaine. Les vers libres se caractérisent par l’absence de schéma de rimes et de mètres (octosyllabes, décasyllabes, alexandrins par exemple…) identifiables et réguliers.

C’est entre autres ainsi que l’on peut comprendre l’emploi du terme prose dans le titre. Rappelons-en l’étymologie, donnée en classe : l’expression latine “prosa oratio” désigne un discours qui va en ligne droite, qui avance, sans retour à la ligne (versus, qui donnera vers). Cendrars écrit en vers, mais c’est un vers qui imite la prose, en somme. Comme le train, son vers avance et fait des soubresauts plus que des retours à la ligne.

Par sa forme, ce poème s’inscrit dans l’avant-garde poétique du début du XXe siècle, dont avec Cendrars Apollinaire est l’autre grande figure. Ces poètes se situent entre les mouvements et les grands poètes de la fin du XIXe (le Symbolisme ; Rimbaud, Mallarmé…) et le Surréalisme qui naît dans les années 20 (Breton, Éluard, Soupault, Desnos, Aragon…).

Toutefois la présence d’une phrase qui revient de façon presque toujours identique donne à ce poème l’apparence d’une ballade (genre de poème médiéval caractérisé notamment par la présence d’un refrain).

Il évoque un voyage en train.

C’est un voyage en Transsibérien, et le lecteur voit défiler les paysages russes par la fenêtre du train, tout en assistant à ce qui ressemble à un dialogue entre le poète et Jeanne, une jeune parisienne qui l’accompagne. Or le train est par excellence un objet nouveau - mieux : un objet emblématique d’une ère nouvelle.

Le voyage prend un tour apocalyptique…

… à mesure que la vitesse de ce moyen de transport moderne déforme horriblement le paysage. La détresse de Jeanne, toujours plus loin du foyer parisien de son enfance, se manifeste à travers sa question lancinante, à laquelle le poète ne répond qu’en apparence.

Les sentiments de ce dernier à l’égard du voyage sont plus ambigus que ceux de Jeanne : la modernité du train à vapeur, des poteaux télégraphiques, des gares, la guerre russo-japonaise de 1905 à l’arrière-plan semblent susciter à la fois effroi et fascination.

La musique du poème entend épouser cette modernité ; la fureur sonore, l’image de l’accordéon tourmenté par une main sadique et l’élasticité des vers (Cendrars publiera aussi Dix-neuf poèmes élastiques) emblématisent ce rapport au monde réinventé.

Que retenir de cette vision étrange ? Est-ce la vitesse, grisante, qui impulse le rythme ? Est-ce la découverte de ce moyen de transport rapide, nouveau, bruyant, qui donne à voir le monde de façon inédite ? Est-ce la folie des hommes sur fond de guerre que saisit le regard du poète ? S’agit-il de rendre compte d’une vision du monde, un monde fascinant et effrayant à la fois, ou de projeter sur le paysage des tourments intérieurs dédoublés avec la présence et le dialogue des deux voyageurs ?


Questions possibles

  • En quoi le paysage qui défile exprime-t-il ce qu’éprouve le poète ?
  • En quoi peut-on parler ici d’une ballade poétique moderne ?
  • En quoi le travail sur la musique et le bruit en général éclairent-ils le sens du poème ?
  • Qu’y a-t-il de nouveau dans cette évocation poétique du voyage ?
  • En quoi la forme du poème est-elle bien adaptée au thème du voyage moderne ?
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