Des conseils pour bien préparer votre prochain devoir.

Ce billet sera complété au cours des vacances de février.



Modalités et objectifs de ce devoir

Comme vous le savez, vous aurez jeudi 8 mars un DST de français d’une durée de trois heures. En voici les modalités et les objectifs.

  • Cette durée exceptionnelle nous rapproche des conditions de l’examen en fin de Première. En effet, à l’écrit, les candidats doivent répondre à une question sur corpus (pour laquelle il est recommandé de ne pas excéder une heure de travail), puis composer une dissertation, un commentaire littéraire ou un écrit d’invention (dans les trois heures restantes, donc).
  • C’est pourquoi il vous faudra pour la première fois, sur table, rendre un devoir complet : dissertation ou commentaire littéraire.
  • L’objectif est également de mesurer votre faculté à réfléchir sur et à l’aide de la littérature, forts des lectures que vous avez menées depuis le début de l’année, tant en classe que chez vous. Une fois encore, l’intitulé de la dissertation portera sur “la littérature” dans son ensemble, tous genres confondus.
  • Le commentaire quant à lui portera sur un extrait d’une œuvre des Lumières. Il sera donc étroitement lié à nos dernières séances, mais aussi, plus largement, aux cours consacrés à la méthodologie de l’exercice : n’allez pas chercher ailleurs, au moins dans l’immédiat, des éléments de méthode que nous avons travaillés ensemble. Si nécessaire, vous pouvez les revisiter via les liens ci-dessous.

Le meilleur moyen de se préparer, c’est de lire, d’une part, et de s’entraîner, d’autre part. Si en vous entraînant en temps limité, vous éprouvez le besoin de revoir une étape de tel ou tel exercice, dans ce cas, et non en amont de l’entraînement, revenez à vos notes prises en cours et / ou aux fiches méthodologiques proposées ci-dessous ou dans la rubrique méthodologie.



Si je ne devais vous donner qu’un conseil

Les exercices que nous travaillons sont techniques. Mais ne sacrifiez pas la réflexion sur l’autel de la technique ! La dissertation comme le commentaire sont des types de compositions dont la structure vise à favoriser la finesse du raisonnement - et non l’inverse !



Pour vous entraîner à la dissertation

Proposition de sujet

Dans “Le Pâtre et le Lion” (Fables, livre VI), La Fontaine évoque le genre de la fable en ces termes :

Une morale nue apporte de l’ennui :
Le conte fait passer le précepte avec lui.
En ces sortes de feinte il faut instruire et plaire,
Et conter pour conter me semble peu d’affaire.

Les histoires qu’offre la littérature vous semblent-elles n’avoir vocation qu’à “faire passer” des “précepte(s)” avec elles ? Étayez votre réflexion sur vos lectures personnelles, ainsi que sur une fable de La Fontaine et une œuvre des Lumières au moins.

Bref commentaire sur ce sujet

  • Vous aurez reconnu, dans les vers du fabuliste, l’impératif hérité d’Horace : plaire et instruire à la fois.
  • Prenez bien en compte les mots de la citation de La Fontaine dans votre réflexion.

Rappel

Nous avons vu que le Classicisme se caractérisait notamment par la volonté de plaire et instruire à la fois. Les écrivains du “siècle de Louis XIV” se réapproprient ainsi l’impératif énoncé par le poète latin du premier siècle Horace :

« il obtient tous les suffrages celui qui unit l’utile à l’agréable, et plaît et instruit en même temps.»

Art poétique, III, 342-343.

C’est une façon pour eux de satisfaire à la fois au goût du temps - par exemple, l’émergence des salons favorise l’esthétique galante, l’art de la conversation, la joute oratoire et fine, l’ironie comme on en lit dans les Fables de La Fontaine - et de donner à la littérature une justification éthique grâce à sa vocation édifiante : elle serait là pour former les esprits, le jugement, les mœurs. N’oublions pas, ou ayons à l’esprit, que la littérature est souvent perçue alors comme un divertissement, autrement dit une activité contraire à la morale chrétienne. Le théâtre et la condamnation morale dont font l’objet les comédiens en sont l’exemple le plus frappant.

Ce double impératif horacien, vous le retrouvez au fond également chez Molière lorsqu’il défend son Tartuffe interdit auprès du roi, au motif que la comédie châtie les mœurs par le rire (“castigat ridendo mores”).

Nous avons eu l’occasion de souligner, en classe, la profonde imprégnation de cette double dimension de la littérature dans notre culture, jusqu’à aujourd’hui.



Pour vous entraîner au commentaire

Vous trouverez ci-dessous des conseils, des photos des travaux de groupe de la dernière séance et des propositions de correction.

  • Revoyez le travail fait en classe ci-dessous : le vôtre, celui des autres…
  • toujours avec deux perspectives simples : qu’y a-t-il d’efficace dans ce que vous avez fait, et que chacun peut s’approprier ? Quelles erreurs, communément commises, je vous rassure, sont à éviter ?
  • Enfin, en vous aidant de tous les éléments ci-dessous, de mes annotations, lancez-vous et faites le commentaire de ce texte en entier, et surtout, en temps limité.

Notre tableau au seuil du travail de groupe, avec le projet de lecture envisagé et le plan esquissé : l’équivalent d’une partie de votre brouillon, en somme.

Vous verrez dans l’introduction que je propose ci-dessous que j’ai retravaillé le projet de lecture quelque peu.

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Voici vos travaux de groupes annotés : cliquez sur chaque travail pour lire le commentaire attenant.


Proposition de corrigé, compléments

Introduction possible

Si le XVIIIe siècle est communément appelé le siècle des Lumières, c’est notamment parce la confrontation des cultures et des sociétés éclaire vivement la réflexion des penseurs du temps. Moraliste, penseur et philosophe, auteur de L’esprit des Lois, Montesquieu est emblématique de ce mouvement culturel et littéraire. Son célèbre roman, Lettres persanes, paru en 1721 sans nom d’auteur et à l’étranger, met en scène la correspondance imaginaire de deux Persans qui racontent leurs surprises lors de leur séjour en France. Dans la trente-septième lettre du roman, datée de 1713, Usbek peint avec étonnement les façons de Louis XIV à la toute fin de son règne. Nous verrons en quoi dans cette lettre, le regard naïf de l’étranger est au service de la satire du roi et d’une critique efficace de l’absolutisme. Tout dans la lettre signe la vive curiosité et la surprise de l’oriental ; mais si le personnage dépeint la magnificence du roi et ses multiples contradictions, c’est pour que le romancier puisse mieux, sous le masque, livrer une satire du monarque, voire de la monarchie absolue.

Note : on peut aussi préférer une annonce de plan plus martelée :

Nous montrerons en premier lieu comment se manifestent la vive curiosité et la surprise de l’oriental ; puis nous étudierons la façon dont il dépeint la magnificence du roi et ses multiples contradictions, avant, dans un troisième temps, de voir comment le romancier, sous le masque, livrer une satire du monarque, voire de la monarchie absolue.

Note : attention aux connecteurs : pas de confusion !

  • On écrit et on dit : “En premier, second, troisième lieu”,
  • et “dans un premier, second, troisième temps”.

Rappel De préférence, optez pour un verbe de sens interrogatif pour formuler votre projet de lecture : nous verrons (en quoi, comment…), étudierons (la façon dont…), examinerons (en quoi, la manière dont)…

Attention enfin aux interrogatives indirectes. Voici un rappel utile sur l’usage de cette tournure fréquente en introduction, et qui si elle est mal construite, peut d’emblée donner une mauvaise impression sur votre copie.


Exemples de sous-parties, travaillées au brouillon, dans la troisième partie

Ce sont là des exemples : on peut aussi penser à une sous-partie sur la critique de la vanité.

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Éléments pour composer une conclusion

Bilan : une critique extrêmement habile, qui joue sur le regard naïf du Persan, sur l’ironie et la satire, pour dénoncer tant l’arbitraire royal – les excès et les contradictions d’un monarque âgé, incapable de discernement, gaspillant les richesses du royaume – que la monarchie absolue comme régime politique. Pour Montesquieu, Louis XIV est un despote – or le despotisme est pour lui le pire des régimes. La critique dépasse la personne du roi et vise le régime politique lui-même.

Ouvertures possibles (il faut en choisir une et s’y tenir) : on peut faire le lien avec un autre portrait du roi : relisez par exemple ce que Saint-Simon dit de la magnificence de Louis XIV dans l’extrait des Mémoires que vous avez lu (« cancer intérieur » qui « ronge » tout le pays). On peut aussi évoquer, bien sûr, le portrait de Rigaud, voire mettre en perspective, dans une ouverture, les deux tableaux que nous avons étudiés, et dire en quoi notre texte, justement, participe de la désacralisation du pouvoir qui conduit de l’une à l’autre mise en scène.

Je vous invite à aller plus loin et à évoquer d’autres textes également porteurs d’une réflexion politique : c’est une dimension essentielle du combat des philosophes au XVIIIe. Textes possibles : l’article « Autorité » de Diderot dans l’Encyclopédie, Du Contrat social de Rousseau… Se souvenir aussi que les Lumières ne se réduisent pas à une contestation politique : les philosophes formulent des propositions innovantes (c’est d’ailleurs l’objet de ces textes). Ainsi, Montesquieu, pour revenir à lui, préconisera la séparation des pouvoirs dans son essai De l’esprit des lois en 1748.

Autre possibilité : parler d’autres œuvres qui s’appuient le procédé du regard étranger au service de la satire. On trouve déjà ce procédé dans les Essais de Montaigne au XVIe siècle (vous le verrez peut-être en Première), mais je vous suggère surtout de mentionner ce que vous connaissez : peut-être aurez-vous lu L’ingénu de Voltaire d’ici au retour des vacances. Dans ce conte philosophique, un Huron découvre la France ; en s’étonnant de tout, il sert une critique extrêmement efficace. Lorsqu’on lui demande son nom, il répond, au début du conte : « On m’a toujours appelé l’Ingénu parce que je dis toujours naïvement ce que je pense, comme je fais tout ce que je veux. » D’une certaine manière, la même technique est à l’œuvre dans Candide, que je vous ai proposé de découvrir également – à la différence près que Candide n’est pas un étranger voyageant en France, et que les allusions au royaume de France se font d’une autre manière, par le biais de la comparaison avec d’autres pays, réels ou imaginaires, que découvre le héros.

Enfin, une dernière piste : signaler la proximité entre ce texte et certaines fables de La Fontaine, en particulier « Les obsèques de la Lionne » et « Les Animaux malades de la peste », où se disent entre autres la critique de l’arbitraire royal et, dans la première de ces deux fables, la culture d’une cour où l’on récompense la flatterie et l’oisiveté des courtisans.


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