Pour lire la suite de Gargantua.

Mise à jour : jeudi 21 juin. Ajout de quelques points de repère pour relire le chapitre 57, sur la "manière de vivre" des Thélémites. L'épisode de l'abbaye de Thélème est très important ; il n'est pas mentionné sur notre descriptif, mais il faut éviter d'être piégé sur ce point.


Suite de vos lectures

Pour la semaine du 9 avril, je vous invite à lire en priorité les chapitres 25 à 28, ainsi que le chapitre 32, sur la guerre qui oppose les fouaciers de Lerné, au service du roi Picrochole, personnage qui dans une large mesure représente Charles Quint, et les hommes de Grandgousier, qui quant à lui représente François Ier.

Par ailleurs, il vous faut bien comprendre comment la théorie des humeurs, que nous avons évoquée à propos du Spleen baudelairien, participe de la construction des personnages. C’est pourquoi je vous recommande la lecture du dossier, très clair, de la page 311 à la page 319.

Enfin, si vous ne lisez pas toute l’œuvre, vous ferez un saut dans le roman pour vous rendre aux derniers chapitres, quitte à revenir après sur les chapitres intermédiaires. Il s’agit de lire la dernière partie de l’œuvre, consacrée à la fondation de l’abbaye de Thélème : au moins les chapitres suivants : 52, 53, 54, 57.

Bonne lecture !


Sur le chapitre 57

Ces notes reprennent une synthèse proposée aux élèves de 1L l’an dernier - le texte avait alors été étudié pour la première partie de l’oral, ce qui n’a pas été notre cas cette année.

Rabelais s’inspire de Thomas More et de son “Utopia” pour imaginer, dans une anti-abbaye, un étrange modèle où les jeunes nobles de son temps pourraient parfaire leur éducation humaniste.

  • Ce chapitre offre une description de la vie dans une anti-abbaye. La liberté, emblématisée par la formule célèbre « Fais ce que voudras », est le principe qui se substitue à toutes les règles monastiques. Tout le chapitre, à l’instar du roman, est placé sous le signe du renversement (au point que les marques d’humour au sein même du texte invitent à une prise de distance avec le sérieux de l’utopie qu’est cette abbaye : Rabelais ne se prend jamais tout à fait au sérieux).
  • Ainsi Rabelais exprime-t-il l’idéal humaniste : fondé sur la foi en l’homme, cet idéal prend forme dans le raffinement de l’éducation des Thélémites, dans la liberté dont ils jouissent, dans la réhabilitation du corps (comme dans l’éducation dispensée par Ponocrates) et dans l’égalité (très sensible dans le texte) qui caractérise leurs relations et qui donne aux femmes une place au moins équivalente à celle des hommes.
  • C’est une utopie - malgré la ressemblance de l’abbaye avec les châteaux de la Renaissance, et son ancrage géographique dans le pays de Rabelais. Il s’agit au fond d’une cité idéale, au sein de laquelle les Thélémites ont et s’adonnent simultanément aux mêmes désirs. L’utopie rabelaisienne conjugue le platonisme (Thélème est l’image du culte du Beau, du Bien et du Vrai réunis : les Thélémites sont à l’image d’Eudemon - je vous renvoie à l’abécédaire proposé ici) et l’évangélisme (avant notre chapitre, il faut relire ce qui concerne la parole sainte, p. 247 : l’Evangile imprègne chacun en son for intérieur, personne n’est soumis par une contrainte extérieure ; par ailleurs, même si notre chapitre ne comporte presque aucune référence religieuse, il faut se rappeler que « thelema » en grec signifie volonté et renvoie en particulier à cette phrase du Notre père : « Que ta volonté soit faite » ; mais ici, la volonté divine laisse place ou plutôt, implicitement, s’accorde à celles des hommes).
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