Avec Montaigne, nous travaillons sur des représentations de ce qu’on appelle les “Sauvages”, et de leurs coutumes.


1. En écho à notre lecture de Montaigne

Représentation du cannibalisme dans les Singularités de la France Antarctique d’André Thevet, 1557

Equarissage_Thevet-Singularites.jpg

Équarrissage de la victime - Scène d’anthropophagie

Repères sur André Thevet

Thevet, cosmographe du roi (et catholique), a écrit Les Singularités de la France Antarctique et une Cosmographie universelle. Il décrit la cruauté du cannibalisme de manière à inciter à la colonisation et à l’évangélisation. C’est lui qui est visé par Montaigne derrière le pluriel de « cosmographes ».

Jean de Léry (protestant) lui répondra dans son Histoire d’un voyage fait en la terre du Brésil (que Montaigne a lue). Léry, chassé de Fort Coligny (à cause des assauts des Portugais ?), vit plusieurs mois avec les Tupinambas, que décrit Montaigne dans son chapitre “Des Cannibales”. Il réprouve leur cannibalisme mais admire leur façon de vivre. L’ouvrage de Jean de Léry nourrit amplement la réflexion de l’humaniste.


Entre André Thevet au XVIe siècle, avec sa Cosmographie universelle et surtout son ouvrage sur les Singularités de la France Antarctique (1557), et cette affiche montrant la supposée cruauté des aborigènes australiens datant de 1885, rien n’a changé.

Male and female Australian Cannibals - 1885


Exhibitions ethniques, expositions coloniales, zoos humains

À titre d’exemple, voici l’affiche de l’Exposition coloniale qui s’est tenue à Lyon en 1894.

Expo-coloniale-Lyon-1894.jpg

Affiche publicitaire réalisée par Francisco Tamagno.

À la même époque, le Dahomey (actuel Bénin), nouvellement conquis (en 1892), inspire de nombreux spectacles, au Casino de Paris, au Cirque d’hiver (Les Français au Dahomey), au théâtre du Châtelet (La Conquête du Dahomey), au Musée Grévin (Le Dahomey).

Témoin de cette époque qui se prolonge jusqu’aux années 30 et parfois au-delà, à l’entrée du Jardin d’acclimatation se trouve cette plaque commémorative, en souvenir de l’exposition coloniale de 1931.

Jardin d'acclimatation - plauqe commémorative - Exposition coloniale de 1931


De Montaigne à Gauguin : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?

Ainsi s’intitule ce célèbre tableau “testamentaire” de Paul Gauguin (1848-1903), que nous devrions commenter en classe. Il a été peint en 1897 et est exposé aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts de Boston.

Gauguin-D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? - 1897


2. Compléments

Vous trouverez ci-dessous, en guise de complément à nos derniers cours, quelques éléments de présentation de l’exposition Exhibitions : L’invention du sauvage, proposée par le Musée du Quai Branly en 2011-2012, ainsi que des repères sur l’emblématique Vénus Hottentote, Saartjie Baartman.

L’invention du Sauvage : théorie des races, mise en scène, colonialisme

Voir la bande-annonce de l’exposition

Voir le reportage d’Euronews

Placez votre souris sur les images pour en voir la légende ; cliquez dessus pour les agrandir.


L’exposition du Musée du Quai Branly en 2012 véhiculait plusieurs idées phares.

D’une part, le “racisme” est avant tout une affirmation de la pluralité des espèces au sein de l’espèce humaine, avec différents degrés, le degré supérieur étant représenté par la prétendue race blanche. Cette théorie est fondée sur une approche qui se veut scientifique.

Céphalomètre (1842)


D’autre part, la représentation en elle-même (l’exposition sur une scène, derrière une grille, dans un zoo humain, un village reconstitué…) crée une distance qui induit aussitôt l’idée d’une différence.

Femme portant son enfant lors d'une exposition ethnologique au Jardin d'Acclimatation en 1890


Enfin, l’idée d’une différence et d’une hiérarchie des races humaines tient lieu de justification à la politique coloniale. S’y ajoute parfois un autre argument : la prétendue sauvagerie de l’Autre (voir ci-dessus).


La Vénus Hottentote, emblème du “Sauvage” exhibé

Originaire de l’actuelle Afrique du Sud, Saartjie Baartman, qui présentait une hypertrophie des hanches et des fesses, a été exhibée en Angleterre et en France au début du XIXe siècle. Elle est morte en 1815 et sa dépouille a été restituée à l’Afrique du Sud en 2002.

Pour mieux connaître son histoire, je vous invite à vous rendre sur la page Wikipédia qui lui est consacrée, et/ou à regarder la vidéo proposée par le site de l’INA : il s’agit d’un reportage de France 3, datant de 2002, qui évoque la restitution de la dépouille de cette jeune femme à l’Afrique du Sud.

Je vous invite à regarder cet extrait du film d’Abdellatif Kechiche, Vénus noire, commenté par Thomas Sotinel pour Le Monde.

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