Des compléments, une synthèse, des questions possibles, et bientôt les notes prises en classe.


Compléments

Rappel sur la composition de l’extrait : idées principales

  • Du début à “la voix commune” : Il ne faut pas juger selon la voix commune. Mise en évidence de la relativité des cultures.
  • De “J’ai eu longtemps avec moi un homme…” à la fin de l’extrait : Nos connaissances sont limitées ; le plus apparemment stable peut être détruit ; les destructions peuvent être fécondes aussi.

Sur les citations de Virgile et d’Horace

Si nécessaire, revoyez qui sont ces deux grands poètes romains du 1er siècle avant Jésus-Christ.

Montaigne, avec ses citations, n’entend surtout pas faire œuvre de professeur - il craint et refuse par-dessus tout le pédantisme. Les citations, parfois modifiées, sorties de leur contexte, sont à lire sous un jour nouveau. Elles apportent un sens neuf au propos, et changent elles-mêmes de sens par rapport à l’œuvre d’où elles sont extraites. On peut parler de réécriture pour les Essais : l’œuvre est truffée de citations d’auteurs de l’Antiquité, que Montaigne relit, ou qui reviennent à son esprit au fil de ses réflexions.

Ici, nous l’avons dit, la citation de Virgile permet d’associer implicitement la ruine d’une grande civilisation (qui a dominé les plus puissantes de son temps) et la destruction cataclysmique, géologique, de son territoire (cf. le mot latin “ruina”). Autrement dit, le plus apparemment stable est toujours susceptible de changement, de destruction. C’est un effet d’annonce implicite, que l’on peut lier aussi bien à la civilisation amérindienne qu’à l’Europe déchirée.

Mais la citation de Horace va dans l’autre sens : la destruction engendre la fertilité.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que la citation de Virgile est plus récente : Montaigne l’ajoute en 1588 ; par rapport au texte de 1580, avec le recul des années, et sans gommer ce que le propos d’Horace peut porter d’espérance, il insiste donc sur le motif de la dégradation, de la destruction - motif dont on sait qu’il contribue à la cohésion du chapitre, comme un fil rouge.


Synthèse

Montaigne fait donc ici l’essai d’un jugement, ou plutôt pose les fondements de ce qu’est un jugement pertinent, avant, plusieurs pages plus loin, de juger des Cannibales et de leur prétendue sauvagerie. Il réfléchit déjà sur le langage, sur les mots, et sur le point de vue à partir duquel on émet un jugement. Il appelle ainsi le lecteur à le suivre sur la “voie de la raison”, plutôt que d’écouter la “voix commune”, non seulement parce qu’elle est déformante, enkystée dans des préjugés, mais aussi parce que nos savoirs sont limités de fait et que le monde est en constant changement : c’est une « branloire pérenne », comme il le dira au livre III (chapitre 2, “Du repentir”). Il écrira dans le même chapitre une phrase qui explique en partie le style et le but des Essais : « Je ne peins pas l’être, je peins le passage » (III, 2). En regardant les hommes qu’il appelait “barbares” avec d’un œil neuf, Pyrrhus juge mieux du sens des mots, et avec lui on peut commencer à comprendre ce que les mots disent de nous et de la relativité des cultures.

Cette invitation à penser la fragilité de toute pensée est un nécessaire préambule à la découverte des Cannibales. Mais implicitement s’ouvre dans le même temps une autre perspective de lecture, de la confrontation entre Grecs et Romains à l’évocation de la mythique et puissante Atlantide, dont l’image allégorise la précarité insoupçonnée de toute puissance. Cette perspective amène le lecteur à construire un regard neuf, un questionnement sur ce qu’est une civilisation, et sur la fragilité des empires les plus puissants. Un regard préparé au miroir que nous tendent les pages suivantes… à la fois sur le Nouveau Monde et sur l’Europe.


Questions possibles

  • Dans quelle mesure ce préambule est-il étonnant ?
  • Comment Montaigne incite-t-il son lecteur à réfléchir à ce qu’est le jugement ?
  • En quoi Montaigne fait-il ici “l’essai” d’un jugement ?
ImprimerIMPRIMER

À lire aussi