Compléments, synthèse, notes prises en classe (bientôt), questions… Tout ce qu’il vous faut pour relire avec plaisir et intelligence cette drôle de pièce de Tardieu.

À titre exceptionnel, j'y ajoute des notes personnelles en téléchargement, dans la mesure où nous avons lu ce texte à une vitesse qui rappelle le tourbillon de l'existence du savant...

J'espère n'avoir laissé aucune coquille dans ces notes, qui sont seulement semi-rédigées, et où parfois les guillemets manquent : n'en faites surtout pas un modèle.

En préambule, deux images pour réfléchir à la dimension saisissante de ce dialogue d’Hamlet avec le crâne de Yorick

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La scène du cimetière dans la mise en scène de Peter Brook.

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Hamlet et Horatio au cimetière devant le fossoyeur qui tient le crâne de Yorick, 1839.


3. “Faust et Yorick…” : la réécriture de Tardieu

Sur le descriptif figure ce titre peut-être insuffisamment expliqué : “Hamlet et le crâne de Yorick : faire et défaire les mythes”. Vous l’aurez compris, l'essentiel réside dans la reprise de mythes (celui d’Hamlet, celui de Faust), plus précisément dans les éléments les plus saillants de ces mythes (la mise en scène expressive de la méditation sur l’existence, dans le geste d’Hamlet tenant le crâne du bouffon) pour mieux jouer avec ces mêmes mythes, inviter les lecteurs - spectateurs à les reconnaître (à vivre le plaisir de la reconnaissance, de la complicité avec l’écrivain), tout en les désacralisant par l'humour.


Compléments

Repères sur la danse macabre

La première danse macabre aurait été peinte à Paris. Je vous renvoie à cette page du site Histoires de Paris sur la danse macabre du cimetière des innocents. Il s’agissait d’une fresque peinte sur l’un des murs du cimetière au XVe siècle. Deux par deux, dans un decrescendo social, du pape au petit artisan, les personnages défilent ; des squelettes les entraînent dans une danse qui souligne la vanité de l'existence, des rangs sociaux et des richesses accumulées ici-bas. Des vers accompagnent la fresque.

La scène du cimetière dans Hamlet renvoie précisément à ce motif : Hamlet s’interroge, devant Horatio, sur l’identité et le rang social des personnes dont les restes lui paraissent malmenés par les fossoyeurs. Puis il médite lui-même sur le devenir d’Alexandre dans la mort, après avoir parlé au crâne du bouffon Yorick.

“Ce crâne avait une langue et pouvait chanter jadis.”

Hamlet, Acte V, scène 1 (trad J.-M. Déprats).


La traduction, une première forme de réécriture

Je vous invite à relire vos notes sur ce détour que nous avons fait par la question de la traduction : fidèle, infidèle ? Poétique au risque d’estomper le parler populaire du fossoyeur (et donc, en partie du moins, le comique né du burlesque ?).

Ci-dessous : texte original de Shakespeare et traductions de Jean-Michel Déprats (Gallimard, Folio théâtre), de Michel Grivelet (Laffont, Bouquins : vous en disposez sur papier) et Yves Bonnefoy (Gallimard, Folio classiques - c’est l’édition que vous avez en main).

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Synthèse

  • Cette pièce peut être considérée comme un apologue, ainsi que l’indique le titre : l’histoire du savant offre une méditation sur la vanité d’une existence tout entière consumée dans une recherche folle et dérisoire, au mépris de la vie. C’est le sens dissimulé par le titre, peut-être insuffisamment explicité en classe : il faut peut-être lire “Faust EST Yorick” : Faust est le bouffon.
  • L’orgueil et l’obsession du savant font l’objet d’une satire qui vise la recherche des honneurs, les consécrations de pacotille, mais aussi, subtilement, les dérives des inventions scientifiques au XXe siècle, ou encore la société des années 60 (voir la réplique sur le divorce ou encore le caractère engoncé et désuet de la voix du speaker).
  • C’est néanmoins une pièce sous la forme d’un sketch, à ne pas trop prendre au sérieux ; elle joue avec le théâtre : la dramaturgie (les entrées et sorties des personnages, le texte didascalique, le traitement comique de la temporalité), les répliques stéréotypées, les personnages caricaturaux sont autant d’éléments comiques ; l’apologue ne se situe peut-être qu’au niveau des savants qui tirent de la mort de leur maître une leçon sur une vie consacrée à la science jusqu’à la mort : cela a été dit en classe, ce serait là une leçon que Tardieu nous inviterait à relire de façon ironique. Enfin, autre raison de prendre ce texte pour une œuvre comique : le croisement burlesque entre Hamlet et Faust, les allusions à ces deux mythes suscitent un rire de connivence, lorsque le spectateur reconnaît les pièces originales et mesure l’écart créé par Tardieu avec elles.

Questions possibles

  • Comment Tardieu mêle-t-il légèreté et gravité dans ce texte ?
  • Faut-il prendre cet apologue au sérieux ?
  • Faut-il prendre au sérieux le terme d’apologue qui figure dans le titre ?

Ces questions invitent à travailler les deux dimensions du texte de Tardieu : c’est une vanité, c’est-à-dire une méditation (ici théâtrale et non picturale) sur la vanité de l’existence ; mais c’est aussi un texte léger, comique, burlesque, autrement dit un jeu, riche en allusions à Hamlet” qui suscitent un rire de connivence.

  • Est-ce une réécriture comique ?
  • En quoi Tardieu a-t-il transformé le texte shakespearien, en quoi lui a-t-il été fidèle ?

Question un peu générique, mais possible.

  • En quoi est-ce une réécriture du texte de Shakespeare ?

Variante de la précédente question, qui explicitait les deux fondements d’une réécriture : fidélité et transformation.

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