À l’occasion d’un échange avec l’une des élèves de la classe, je reviens une ultime fois sur les idées principales qui innervent le chapitre.


Je rappelle que nous avons lu aussi le passage important sur le rituel anthropophage, même si vous ne le présentez pas officiellement au Bac.

Pour plus de détails sur les textes, je vous renvoie à vos notes ainsi qu’aux synthèses proposées sur Lettrines.


Le préambule

Montaigne réfléchit à ce qui nous est inconnu et que trop rapidement nous appelons barbare, exemple tiré de l’Antiquité à l’appui. En filigrane, faut-il y lire qu’une civilisation pourrait bien, après le XVIe siècle, succéder à une autre, sans que l’on s’y attende ? Il invite donc à réfléchir et juger avec la raison. Il développe ensuite l’exemple de l’Atlantide : manière d’évacuer rationnellement l’hypothèse selon laquelle le Nouveau Monde aurait pu être ce continent perdu, mais aussi de méditer sur la chute des empires les plus puissants, et de mettre en valeur la dimension changeante du monde.


La réflexion sur la valeur des témoignages, sur le langage, et sur l’opposition entre nature et culture

Le second extrait est très riche, mais très cohérent. Montaigne y développe les idées suivantes. Un témoignage fidèle suppose de la simplicité et ne peut reposer sur un discours savant, forcément tenté par la glose et l’amplification, voire par une orientation argumentative. Le langage est traître ; il faut user avec raison des mots pour bien juger. Les termes barbare et surtout sauvage sont ainsi redéfinis et mis au service d’un éloge de la “sauvagerie”, entendue comme la proximité avec la nature. Montaigne fait l’éloge de la nature et affirme sa supériorité sur la culture, exemples fruitiers à l’appui. Il revient alors aux Cannibales, promeut leur simplicité, leur pureté équivalente à la fiction de l’Âge d’or, et invite à faire table rase de toute connaissance préalable, qui pourrait nous empêcher une civilisation parfaite qui dépasse radicalement les inventions des penseurs de l’Antiquité.


La visite des Cannibales à Rouen

Cette visite permet à Montaigne de souligner avec ironie le paradoxe de la servitude volontaire qui caractérise la société française sur le plan politique et social, en donnant la parole aux Indiens. Le modèle de société qu’ils décrivent à propos d’eux-mêmes montre un monde où le pouvoir n’est pas sacralisé, et où dominent des valeurs de solidarité et de souci d’autrui. Mais l’extrait s’ouvre et se clôt sur une vision pessimiste : même la raison aura du mal à venir à bout des préjugés, et la civilisation des Tupinambas est menacée par la pensée et donc la conquête européennes.

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