Je vous propose de retrouver et de décrire un “paysage choisi”.


Écriture

  • Imaginez un paysage que vous connaissez, idéalement que vous aimé ou avez aimé. Fixez-le mentalement.
  • Décrivez-le en quelques lignes. Vous pouvez choisir une tournure présentative, comme Rimbaud (“C’est un trou de verdure…”) ou Hugo à la fin des Misérables (voir ci-dessous).
  • Vous pouvez le décrire tel que vous l’aimez ou l’avez aimé, ou bien le donner à voir avec la distance qui vous sépare de lui aujourd’hui, spatiale et/ou temporelle, voire les dissonances qui s’y sont introduites.

Dernière page des Misérables

L’HERBE CACHE ET LA PLUIE EFFACE

Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l’éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d’un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre n’est pas plus exempte que les autres des lèpres du temps, de la moisissure, du lichen, et des fientes d’oiseaux. L’eau la verdit, l’air la noircit. Elle n’est voisine d’aucun sentier, et l’on n’aime pas aller de ce côté-là, parce que l’herbe est haute et qu’on a tout de suite les pieds mouillés. Quand il y a un peu de soleil, les lézards y viennent. Il y a, tout autour, un frémissement de folles avoines. Au printemps, les fauvettes chantent dans l’arbre.

Cette pierre est toute nue. On n’a songé en la taillant qu’au nécessaire de la tombe, et l’on n’a pris d’autre soin que de faire cette pierre assez longue et assez étroite pour couvrir un homme.

On n’y lit aucun nom.

Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière et qui probablement sont aujourd’hui effacés :

Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange ;
La chose simplement d’elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va.

Les Misérables, cinquième partie, livre IX, chap. 6.

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