Après la résistance à la terreur offerte par la contemplation de la nature avec René Char, c’est dans les souvenirs d’une enfance luxuriante où tout renvoyait à un paradis, un monde en création dans la langue et les yeux de l’enfant, que nous avons plongé, avec Saint-John Perse.

Et vous avez au préalable fait entendre des “Je me souviens…” à la façon de Perec…


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Relecture synthétique du poème “Pour fêter une enfance, II”

  • C’est un poème d’éloge, de célébration ; c’est un chant : toute la musicalité du texte est au service de cette célébration. Mais le rythme est aussi la marque d’une invocation de la mémoire : le ressassement, les aposiopèses et les répétitions miment la mise au jour progressive des souvenirs.
  • Il célèbre l’enfance comme un Eden perdu, à mi-chemin entre la mer et la terre luxuriante et les hommes : elle se trouve mythifiée (le poète crée le mythe de son enfance), et l’enfant apparaît comme un démiurge, c’est-à-dire comme le créateur de son propre monde.
  • Le poète privilégie les mots, le point de vue, les sensations et les associations que faisait l’enfant, sans jugement, sans analyse, ni morales, ni esthétiques. Au contraire, la poésie devient une écriture de synthèse, qui restitue l’harmonie - on serait tenté de dire, comme en musique, les harmoniques - de l’enfance.

Prolongements

Je vous invite à lire le poème “Pour fêter une enfance” en entier. Vous verrez que reviennent un certain nombre de motifs (la présence du végétal, qui fait le lien entre le réel et l’imaginaire), ainsi que certains traits d’écriture (l’imparfait clôt le texte, avec ces maisons qui “duraient”).

Retenez en particulier de ce texte le ton de l’éloge, l’évocation chantée de l’enfance heureuse. Il aurait pu y avoir de la nostalgie dans un tel texte, mais ce n’est pas le cas ; le paradis de l’enfance est certes perdu, mais Saint-John Perse ne fait pas sentir cette perte irrémédiable. Par exemple, les imparfaits de la fin du texte expriment davantage la durée infinie de l’enfance, monde cohérent, monde clos, que le regret de ce monde.

En guise de complément à notre cours, je vous invite à lire le commentaire ci-dessous, de Mireille Saccotte, sur la forme de l’éloge choisie par Saint-John Perse. D’autres analyses très intéressantes sont proposées sur le site sjperse.org, ainsi que des éléments d’ordre biographique, sur son enfance notamment.

“L’éloge est un genre, funèbre le plus souvent, auquel on se conforme en disant tout le bien possible d’un mort, héros tombé au champ d’honneur de préférence, ou de l’homme illustre qui vous a précédé sur tel siège de telle institution prestigieuse. Fausses larmes et dithyrambe prononcé par ceux qui ne sont pas en deuil, bien au contraire. L’éloge est un genre littéraire convenu, entre tombeau et blason. Il demande de l’éloquence, du souffle : Bossuet, Malraux. On l’a souvent détourné à des fins paradoxales, humoristiques. La Renaissance s’y amusait. Erasme a écrit L’Eloge de la folie. Viendront celui de la paresse, du tabac, de la fessée… Et pour n’en prendre qu’un, celui que Jean Follain consacre avec un grand faux sérieux à la très prosaïque et bonne vieille pomme de terre. En écrivant Eloges, poème et recueil, Saint-John Perse n’a pas choisi le paradoxe. Il célèbre une enfance de prince dans une île enchantée (le mythe), l’enfance dans des îles sous le vent (les archétypes), son enfance à la Guadeloupe (le réel).”

La photo ci-dessous, visible sur le site sjperse.org, et que je vous ai montrée je crois (ou bien vous en ai-je parlé seulement ?), est de Gisèle Freund. Elle photographie alors Saint-John Perse âgé contemplant une photo de lui enfant, en Guadeloupe, vers 1895.

Saint-John Perse contemplant une photo d'enfance, par Gisèle Freund


Questions possibles

  • Comment ce poème célèbre-t-il le monde de l’enfance ?
  • Comment la réalité de l’enfance se trouve-t-elle ici recomposée par l’écriture poétique ?
  • Comment le poète retrouve-t-il ici le regard de l’enfant sur le monde ?
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