Quelques conseils, un sujet, un corrigé : de quoi vous faire un bon mood de travail.


Au sommaire


Le sujet de lundi

  • Type de devoir : sujet de type Bac, avec une question sur corpus (4 textes), puis un travail d’écriture, avec au choix : commentaire littéraire (je vous ai préparé exceptionnellement deux choix possibles), dissertation, invention.
  • Durée : 4h
  • Objet d’étude : le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours.

Recommandations pour travailler ce week-end

  • Formule idéale (environ 6h) : faire une dizaine de fiches sur les romans que vous aimez et/ou connaissez bien (voir ci-dessous), puis réalisez le meilleur entraînement possible en composant un devoir complet dans les conditions de l’épreuve, en 4h (d’affilée bien sûr). Durée : 4h + le temps de lecture du corrigé. Je vous propose un sujet ci-dessous.
  • Formule efficace (environ 3h) : faire une dizaine de fiches sur les romans que vous aimez et/ou connaissez bien (voir ci-dessous) ; choisir un sujet (par exemple celui que je propose ici), faire toute la partie “conception” du devoir, puis rédiger l’introduction et une partie de la QC, ainsi que l’introduction, la conclusion et une partie de la dissertation ou du commentaire. Si vous prenez l’invention, rédigez la moitié du texte.
  • Selon vos besoins, reprenez à l’aide d’une précédente copie les points à travailler en vous référant aux conseils proposés dans la rubrique Méthodologie. Quand j’écris reprenez, cela signifie lire votre travail, mes annotations, les conseils attenants sur Lettrines et enfin réécrire un passage, ou tenir particulièrement compte de mes remarques en rédigeant votre copie d’entraînement. Aidez-vous aussi des copies réussies par vos camarades lors du premier DST, disponibles sur Pearltrees.

Listez et fichez les romans que vous aimez et que vous connaissez.

Listez les romans et les personnages que vous connaissez suffisamment pour pouvoir les évoquer en dissertation. Référez-vous aussi à Lettrines pour savoir comment constituer des fiches efficaces sur vos lectures.


Sujet pour vous entraîner

Ne vous attendez pas lundi à un sujet qui serait une variante de celui que je propose ci-dessous pour votre entraînement : ce serait vous rendre le travail plus difficile, car on se déprend difficilement d’un sujet proche de celui qu’on a sous les yeux.

Celui-ci présente l’intérêt d’être très cohérent et aisé à appréhender pour un entraînement. Il comprend trois textes. Lundi, vous en aurez quatre dans le corpus.

Si vous préférez d’autres sujets, rendez-vous sur sujetsdebac ou dans le livre dont je vous ai recommandé l’achat, Interros des lycées.


Trois conseils pour découvrir le sujet avec intelligence et efficacité

Conseil n°1 : lisez la page qui présente le sujet avant les textes.

La question vous donne déjà une indication précise de ce qui fait l’unité du corpus ; elle engage un questionnement littéraire lié à l’objet d’étude, que les autres exercices permettent d’approfondir.

Par exemple, ici, c’est la vision du peuple qui est l’objet de la réflexion. Cette question est liée à l’un des pouvoirs du roman : donner à voir, montrer, de différentes façons, un, des personnages, voire toute une société ; les montrer et en même temps exprimer, par le récit, un point de vue sur ces personnages, cette société. C’est tout l’intérêt du mot vision et de sa polysémie (vue de et point de vue sur).

Il est probable qu’on attende de vous d’examiner en particulier la description, le point de vue (ou focalisation) adopté(e) par la voix narrative, le vocabulaire mobilisé (mélioratif ? péjoratif ?).

Même si vous ne le choisissez pas, lisez le sujet de dissertation : il offre l’occasion d’approfondir ce questionnement : le roman ouvre un accès à la connaissance de l’Histoire : dans quelle mesure le fait-il ?

Sans doute ces mêmes questionnements sont-ils aussi en jeu dans le texte à commenter et le sujet d’invention proposé.


Conseil n°2 : lisez le paratexte ; déterminez le prisme au travers duquel lire le corpus.

Les noms des auteurs, les titres des œuvres, les dates de publication, le paratexte lui-même enfin, qui accompagne chaque texte : tous ces éléments vous aideront à cerner l’essentiel, à extraire des textes ce qui peut permettre de répondre à la question efficacement, et vous seront utiles pour les exercices suivants.

Le corpus qui nous intéresse comprend trois textes, de Hugo, Flaubert et Zola. Sur le plan chronologique, c’est un ensemble assez resserré. Sur le plan esthétique, une différence apparaît. Hugo est le chef de file des auteurs romantiques ; Flaubert prend (à regret peut-être) le contrepied du romantisme, et s’affirme comme l’un des écrivains réalistes les plus emblématiques de ce mouvement littéraire. Zola, enfin, est la figure la plus emblématique de ce prolongement et cette variation du Réalisme qu’est le Naturalisme : le roman avec lui devient « expérimental » : la méthode scientifique s’offre au romancier comme un moyen d’exploration et de compréhension de l’homme et de la société… ce qui n’exclut pas que le romancier parfois propose des pages pleines de lyrisme ou d’épopée. Enfin, sur le plan de l’intrigue, elle a pour toile de fond le XIXe et ses secousses révolutionnaires ; les trois extraits donnent à voir des scènes de révolte et un peuple en marche.

Nous n’avons pas lu les textes encore, mais le prisme de lecture est clair : la vision du peuple révolté variera sans doute, selon que c’est Hugo, Flaubert ou Zola qui la donne à lire. Nous ne verrons pas ce peuple identiquement d’un texte à l’autre ; par ailleurs, chaque romancier donnera sur le peuple un point de vue singulier.

Dès lors, un plan déjà pourrait se dégager, avant même la lecture des textes - il faudrait le vérifier : on pourrait dans un premier temps examiner comment le peuple dans ces extraits est donné à voir, avant d’analyser l’image que cherche à en donner chaque romancier.

Un autre plan possible pourrait consister à rapprocher les textes dans un premier temps, en montrant qu’à chaque fois il s’agit de représenter le peuple dans la révolte. Dans un second temps, on montrerait que chaque romancier offre de ce peuple révolté une image qui lui est propre.


Conseil n°3 : lisez à voix haute dans votre tête.

Tout le problème de la lecture silencieuse, surtout dans le cadre d’un devoir sur table, c’est qu’elle est déjà - et c’est logique - orienté par la recherche des éléments importants, et en tout premier lieu, d’une compréhension littérale du texte.

Il faudrait que chacun puisse lire le texte à voix haute pour en saisir les mouvements, les reliefs, les effets de rythme, la musicalité, le travail sur les sonorités… toute cette dimension au fil d’une lecture purement visuelle peut nous échapper.


Sur le sujet de dissertation

(à lire après vous être plongé dans l’exercice)

Une bonne analyse du sujet permet d’emblée de noter la présence de Balzac, qui explique dans l’avant-propos de la Comédie humaine son souhait d’être le secrétaire de la société française, celui qui tiendra le registre des mœurs de son temps. C’est dire si son ambition romanesque fait concurrence à l’Histoire (à une époque où de surcroît celle-ci s’écrit de façon très littéraire).

Voici ce qu’il écrit très exactement :

“La Société française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire. En dressant l’inventaire des vices et des vertus (…), en composant des types (…), peut-être pouvais-je arriver à écrire l’histoire oubliée par tant d’historiens, celles des mœurs.”

C’est bien de cette concurrence qu’il s’agit. Le sujet présuppose (c’est-à-dire tient d’emblée et implicitement pour acquis) que le roman embrasse et donne à découvrir des savoirs très vastes (comme en témoignent les termes “économie” et “politique”).

Il invite à s’interroger sur les moyens du romancier et les effets du roman pour non seulement concurrencer, mais encore dépasser l’historien dans son domaine propre. Pour le dire autrement, quelle Histoire découvre-t-on grâce au roman que l’historien peine à raconter ?

  • Sans doute une première partie s’interrogerait-elle donc sur ce que permet le roman quant à la découverte de l’Histoire.
  • Mais si l’on renverse la perspective, on peut aussi se demander si le roman au contraire, par sa nature même, ne pourrait pas empêcher une découverte réelle de l’Histoire : n’est-ce pas une œuvre d’imagination, où l’écrivain déploie son univers propre ? Telle pourrait être l’interrogation au cœur d’une seconde partie.
  • Une troisième partie pourrait, pourquoi pas, montrer comme l’imaginaire, paradoxalement, offre une découverte renouvelée de l’Histoire. L’on songe aux romans d’anticipation que le corrigé officiel évoque, par exemple ; mais tout aussi bien, le genre merveilleux peut être convoqué : les romans fondés sur la “matière de Bretagne”, jusqu’à leur réécriture par Barjavel dans L’Enchanteur dont je vous parlais récemment, plongent certes le lecteur dans un monde irréel ; mais ils sont façonnés initialement pour renvoyer à la chevalerie, qui au Moyen Âge établit ses codes et ses valeurs, un reflet de son avènement.

Ce n’est là qu’un exemple, bien entendu.


Sur l’invention

L’invention est un exercice mal compris quant aux attentes du jury - peut-être parce que nous devons sans cesse mieux l’expliquer. En réalité, c’est encore une lecture. Il s’agit de se nourrir du corpus, ou de la question de la dissertation, qui se trouve reformulée via le sujet d’invention. Un bon travail d’invention peut résider sur une analyse des textes, proche d’un brouillon de commentaire, si l’on veut reproduire avec habileté les gestes des écrivains que l’on a découverts.

Pensez donc à cela avant d’écrire.

Chaque sujet d’invention, par ailleurs, comprend des codes pas toujours explicites : veillez bien à écrire le genre de texte que l’on attend de vous.


Sur le commentaire

Je vous renvoie au prisme de lecture déployé ci-dessus, qui permet de comprendre que l’esthétique naturaliste élaborée par Zola donne forme à ce texte dans lequel se déploie une vision du peuple moins réaliste qu’attendu.

En effet, c’est le ton de l’épopée - le ton ou registre lyrique - qui domine ici.

Pour vous lancer efficacement dans le commentaire, je vous propose de relire les conseils proposés avec les prolongements de notre lecture de l’extrait de La Chartreuse de Parme.

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