Au moment où nous venons d’achever notre découverte de l’Humanisme littéraire, et quelques temps après notre lecture de Gargantua, géant à l’insatiable appétit de savoir inventé par Rabelais, contemporain de François Ier, je vous propose ce récapitulatif sur la célèbre fresque du Rosso, L’Ignorance chassée, que nous avons étudiée en cours.

Ce document figurera sur le descriptif des lectures et activités.

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Pour mémoire, cette fresque a été peinte par Rosso Fiorentino (1494-1540) pour la galerie François Ier, au château de Fontainebleau, afin d’être disposée près de l’entrée d’un cabinet de lecture. Cette galerie a été construite vers 1528 (après la défaite de François Ier à Pavie contre Charles Quint).

Vous pouvez trouver la présentation synthétique de cette fresque sur le site du château de Fontainebleau ; j’en reproduis un extrait ici :

On peut considérer cette représentation comme une évocation de la politique culturelle du roi : bâtisseur de nombreux châteaux, grand collectionneur, créateur du corps des lecteurs royaux (à l’origine du Collège de France), de l’Imprimerie royale, protecteur d’écrivains et de traducteurs (Guillaume Budé, Jacques Amyot) qui ont contribué à la diffusion du savoir.


Je vous propose ces quelques rappels, et vous invite vivement à vous les approprier.

Un roi idéalisé, protecteur “des arts, des armes et des lois”

  • François Ier y apparaît en empereur romain, couronné de lauriers, et s’apprête à entrer dans le temple de Jupiter, que l’on peut interpréter comme celui, allégorique, de la connaissance.
  • Si vous agrandissez l’image, vous verrez (difficilement, mais tout de même), que François Ier porte un livre sous le bras gauche. Le roi de la Renaissance a donc deux attributs : le livre et le glaive. Ce topos symbolise l’union de la force et de la sagesse chez le souverain : c’est bien sûr une façon d’idéaliser François Ier, promoteur et protecteur des arts et des lettres : cette glorification prend tout son sens après la défaite militaire de Pavie. François Ier crée par exemple le Collège des Lecteurs royaux sous l’impulsion de Guillaume Budé, où l’on enseignera non seulement le Latin, mais aussi le Grec et l’Hébreu, pour lire la Bible dans le texte original : c’est l’ancêtre de l’actuel Collège de France.
  • Ce double attribue indique donc que l’Humanisme trouve dans le pouvoir temporel du souverain un appui indispensable dans sa lutte contre les traditions médiévales pour imposer une vision nouvelle de l’Homme. Si comique que soit le chapitre 27 de Gargantua, où Frère Jean protège la vigne de l’abbaye en empalant ses adversaires avec une croix, le moine devenu guerrier ne nous fait-il pas comprendre que le combat des Humanistes avait parfois besoin de la force ? Du Bellay par ailleurs commence ainsi l’un de ses plus célèbres poèmes : “France, mère des arts, des armes et des lois…”. Ce premier vers souligne ainsi, même sur le plan phonique, que la Renaissance dont la France serait le phare après l’Italie conjugue de façon harmonieuse plusieurs formes de pouvoirs.

L’ignorance chassée

Ainsi l’Ignorance, allégorisée au premier plan par une mêlée de personnages aveugles et égarés, est-elle chassée.

  • Certains de ces hommes paraissent perdus, prostrés dans les “ténèbres” médiévales dont parle Gargantua lorsqu’il enjoint à Pantagruel de profiter de la restitution des savoirs.
  • D’autres, les yeux bandés, se dirigent avec désespoir vers la lumière : cela n’est pas sans rappeler, nous l’avons dit, le mythe platonicien de la Caverne, allégorie de la distance qui sépare irrémédiablement les hommes de la connaissance, que je vous invite à découvrir sur l’excellent article qui lui est consacré sur Wikipédia.

Voir le tableau en grand sur le site de la BNF.

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