Synthèse, compléments et enfin questions possibles sur le dernier extrait de Gargantua que nous ayons étudié.


Rappel

Faut-il vous le rappeler, Rabelais a lu Thomas More et son Utopia ; l’humaniste anglais, à qui l’on doit l’invention de ce terme et au fond, de ce genre littéraire, imagine une cité idéale. La lettre célèbre que Gargantua écrit à son fils Pantagruel, dans le roman du même nom, est d’ailleurs expédiée du pays « d’Utopie ». La référence intertextuelle est explicite. Vous savez néanmoins que ne serait-ce que par sa dimension comique, l’épisode de l’abbaye de Thélème est une utopie un peu différente de celle de Thomas More.

(Sur un plan pratique, avoir cette référence a l’esprit permet d’amorcer intelligemment votre propos, ou bien, au contraire, de le clore, en ouverture, si vous dites en un mot ce qui différencie les deux textes, pour ce que vous en savez d’après l’extrait étudié en DST.)


Synthèse

  • Ce chapitre offre une description de la vie dans ce qui s’apparente à une anti-abbaye. La liberté, emblématisée par la formule célèbre « Fais ce que voudras », est le principe qui se substitue à toutes les règles monastiques (vous avez noté les procédés d’insistance sur ce point au seuil du chapitre). Tout cet épisode, à l’instar du roman, est placé sous le signe du renversement (au point que les marques d’humour au sein même du texte invitent à une prise de distance avec le sérieux de l’utopie qu’est cette abbaye : Rabelais semble ne jamais se prendre tout à fait au sérieux).
  • Ainsi l’écrivain exprime-t-il l’idéal humaniste : fondé sur la foi en l’homme, cet idéal prend forme dans le raffinement de l’éducation des Thélémites, dans la liberté dont ils jouissent, dans la réhabilitation du corps (comme dans l’éducation dispensée par Ponocrates) et dans l’égalité (très sensible dans le texte) qui caractérise leurs relations et qui donne aux femmes une place au moins équivalente à celle des hommes.
  • C’est bien une utopie - malgré la ressemblance de l’abbaye avec les châteaux de la Renaissance, et son ancrage géographique dans le pays de Rabelais, tels que décrits dans les chapitres précédents, que vous gagnerez à parcourir. Il s’agit au fond d’une cité idéale, au sein de laquelle les Thélémites ont et s’adonnent simultanément aux mêmes désirs. L’utopie rabelaisienne conjugue le platonisme (Thélème est l’image du culte du Beau, du Bien et du Vrai réunis : les Thélémites sont à l’image d’Eudemon - je vous renvoie à l’abécédaire proposé ici) et l’évangélisme (avant notre chapitre, il faut (re)lire ce qui concerne la parole sainte, p. 247 : l’Evangile imprègne chacun en son for intérieur, personne n’est soumis par une contrainte extérieure ; par ailleurs, même si notre chapitre ne comporte presque aucune référence religieuse, il faut se rappeler que « thelema » en grec signifie volonté et renvoie en particulier à cette phrase du Notre père : « Que ta volonté soit faite » ; mais ici, la volonté divine laisse place ou plutôt, implicitement, s’accorde à celles des hommes).

Questions possibles

  • En quoi peut-on parler ici d’une anti-abbaye ?
  • En quoi l’abbaye de Thélème est-elle une abbaye à contre-emploi ?
  • Comment ce texte parvient-il à élaborer une utopie humaniste ?
  • En quoi l’abbaye de Thélème constitue-t-elle une utopie ?
  • L’abbaye de Thélème constitue-t-elle une utopie ?
  • En quoi la formule « Fais ce que voudras » éclaire-t-elle l’ensemble du texte ?
  • La société décrite ici vous semble-t-elle correspondre à l’idéal des Humanistes ?
  • En quoi cet extrait repose-t-il, à l’instar de l’ensemble du roman, sur un principe de renversement ?
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