Vous trouverez ici quelques compléments dont nous avons discuté mardi 11. Ils sont destinés à tous, y compris à ceux d’entre vous qui n’étaient pas présents.


Inévitable préambule, mais à lire, vraiment

Gardez à l’esprit qu’on évalue :

  • vos compétences de lecteur, c’est-à-dire votre capacité à comprendre, interpréter et mettre en relation les textes littéraires entre eux ;
  • votre capacité de réflexion : la littérature nous touche, nous fait réfléchir, modifie nos représentations de l’homme et du monde : c’est le cœur de vos réflexions en cours, et on doit le sentir dans vos copies ;
  • vos compétences sur le plan de l’expression et votre capacité à organiser votre pensée.

Si l’apprentissage de ces années de lycée, inévitablement, vous a amenés à vous poser des questions pratiques (combien de lignes pour une introduction ? combien de sous-parties dans une partie ?), ces questions-là comptent beaucoup moins que la chair de votre copie de Bac, laquelle doit fixer une image de votre goût, de votre curiosité et de votre réflexion littéraire. C’est cela qu’on lira avec plaisir, et donc, avec une notre valorisante à l’esprit.


Éléments de corrigé pour le sujet 1 vu ensemble (Giraudoux, Ionesco, Montalbetti)

Le sujet 1 est au début du PDF intitulé “Sujets pour s’entraîner (2018, 2019) - compilation” ; il apparaît aussi au-dessous, dans la liste de sujets. Le corrigé établi pour les correcteurs est fourni avec.

Vous verrez pour le commentaire que le corrigé commence par la portée du texte : faites-moi confiance, préférez terminer par là, dans une logique de progression.

Lisez cette proposition de projet de lecture et de plan.

Comment Giraudoux met-il ici en scène une transformation porteuse d’une critique de la nature humaine ?

Variantes :

  • En quoi Giraudoux, avec légèreté, ironie et gravité, met-il ici en scène une transformation porteuse d’une critique de la nature humaine ?
  • Nous verrons comment le dialogue par lequel s’opère la transformation de Jupiter en homme nous amène à réfléchir sur la condition humaine (projet établi ensemble).

Rappelez-vous, nous étions parvenus à ce projet de lecture en passant par des questions qui permettent de cerner le texte de façon précise, tout en en ayant une vision synthétique. C’est toujours ce que je vous recommande au début de votre travail.

Questions pour construire une vision d’ensemble du texte assez rapidement

Qu’est-ce que ce texte ?
  • Un dialogue entre deux divinités, Jupiter et Mercure.
  • Un extrait d’une pièce du XXe siècle
  • Une reprise d’un mythe antique, typique de la première moitié du XXe s.
  • La dernière scène du premier acte
  • Une scène comique
Que montre-t-il ?

La transformation physique de Jupiter en homme.

Quelle en est la portée ?
  • Satire de l’orgueil humain
  • Et de la bêtise humaine
  • Réflexion sur la difficulté de devenir homme (autant que pour l’homme, de devenir dieu),
  • sur l’absurdité et la vanité des désirs
  • Ce texte nous amène à réfléchir sur la condition humaine.
  • sur la difficulté de se mettre à la place d’autrui

Plan possible

Un plan intelligent, même en deux parties, pourrait consister en la formule suivante (je vous propose ici les premières phrases de chaque partie, qui serviraient aussi de charpente à l’annonce de plan en introduction) :

  1. Giraudoux propose met en scène un dialogue drôle et enlevé.
  2. Sous les yeux du spectateur s’opère une transformation physique, mais aussi morale.
  3. Cette transformation révèle la valeur d’apologue de l’extrait, qui invite ironiquement à méditer sur la nature humaine.

Sujet n°2 sur le théâtre et l’argumentation : la dissertation (thème du corpus : le conflit)

Nous n’avons pas travaillé sur ce sujet, mais j’avais des éléments de côté : je vous les propose ci-dessous.

Cette dissertation présente le risque du catalogue. Il faut en effet éviter un inventaire : une dissertation demeure une démonstration, un raisonnement.

Néanmoins, il est logique que vous soyez amenés à déployer l’éventail des « ressources » dont dispose le théâtre, ainsi que l’arc des conflits possibles qu’il est à même de représenter. L’organisation de votre dissertation sera en somme analytique (plutôt que thématique, comme je l’ai écrit abusivement dans un premier temps ici), et devra éviter l’impression d’une succession de « Il y a… ». C’est entre autres une affaire de rhétorique, de formulation. Il faut donc, comme toujours, ménager la progression de votre raisonnement, du plus évident au plus fin. Il faut également continuer de penser à l’objet d’étude : ce qui est intéressant, c’est la relation complexe entre le texte et sa ou ses mises en scène : les ressources diffèrent d’un plan à l’autre, mais aussi, en même temps, la signification. Par exemple, le conflit représenté par Molière dans Le Tartuffe est-il exactement celui que met en scène Ariane Mnouchkine au XXe siècle ?

Enfin, comme nous veillons à ne pas nous enfermer dans de stériles types de plans, si utiles soient-ils dans le premier temps de l’apprentissage, nous pouvons imaginer un plan qui à la fois déploie l’arc des ressources dont dispose le théâtre pour représenter les conflits humains, mais qui interroge aussi celles qui sont les siennes lorsqu’il s’agit de représenter la paix, l’accord, la fin de la conflictualité.

J’ai proposé sur Lettrines une réflexion sur l’élaboration du plan et une autre, pour éviter de produire un inventaire.

Plan possible

I. Le théâtre met en scène des personnages et des histoires : c’est là, en premier lieu, sur le plan de l’imaginaire, qu’il puise pour représenter des antagonismes.
II. Mais le théâtre est, dans sa matérialité, fait de paroles, d’espaces et d’objets, qui servent la représentation des conflits.
III. Et cependant, le théâtre peut aussi être particulièrement à même de représenter, voire de permettre la résolution des conflits entre les hommes.

Autres possibilités

Consacrer :

  • une première partie au texte théâtral,
  • une seconde à ce que permet la mise en scène par rapport aux virtualités du texte, s’agissant de la représentation des conflits.

On peut aussi imaginer :

  • une première partie qui montre comment le théâtre représente les conflits entre les hommes,
  • puis une seconde qui évoque les conflits intérieurs, ceux qui opposent l’homme à lui-même, qui mettent en scène sa complexité,
  • et ceux, enfin, qui le confrontent à la transcendance (Phèdre face à Vénus et au fatum).

On peut aussi penser à l’agencement suivant :

  • Le théâtre met en scène les conflits sur le plan de la parole,
  • et sur le plan physique.

Bien sûr, on pouvait imaginer une partition texte / scène, même si les autres plans présentent l’avantage de sans cesse penser la relation entre texte et scène, au sein de chaque partie.


Même sujet : commentaire du texte de Koltès

Plan possible, à l’aide du questionnement progressif suivant :

  • Qu’est-ce que c’est ? Une scène d’affrontement.
  • Qu’est-ce que ça dit ? Comment ? Le texte oscille entre une violence verbale (et physique) faite d’insultes assez prosaïques et une expression quasi shakespearienne.
  • Quelle en est la portée ? L’enjeu visible, c’est une maison, une propriété. Mais l’héritage familial a surtout une dimension symbolique : deux visions de l’existence et du monde s’opposent ici.

Projet de lecture possible

Nous verrons en quoi cette scène d’affrontement violent oppose non seulement un frère et une sœur, dans un classique conflit de succession, plus aussi plus profondément deux façons de vivre et de penser.


Sujet 4 sur le roman (p. 33 dans le PDF)

Nous n’avons pas travaillé sur ce sujet ; j’ai seulement évoqué la première page du Sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari. C’est un sujet très intéressant pour bien comprendre à quel point toute page de roman nous offre avec un personnage une représentation particulière du monde, liée bien sûr à ce même personnage.

Question sur corpus

Dans ce très beau corpus, des personnages sont penchés sur des photographies. On peut imaginer une réponse qui s’articulerait sur les deux points suivants :

  • Nous verrons dans un premier temps comment les textes décrivent les photographies,
  • avant d’examiner le regard que les personnages portent sur elles.

L’inverse est possible aussi :

  • Nous verrons quel regard portent les personnages sur les photographies,
  • avant d’étudier la description de ces images pour comprendre l’origine de l’émotion qu’elles suscitent.

Esquisse de projet de lecture pour le commentaire du texte de J. Ferrari

Si vous le pouvez, travaillez sur ce texte, et revenez ici pour lire cette proposition de projet de lecture :

Nous verrons en quoi cette première page, à partir de la description d’une photographie familiale, permet au lecteur d’entrer dans la conscience du personnage qui l’observe et de comprendre sa méditation sur l’absence.

Proposition de plan :

  • En premier lieu, ce texte décrit une photographie familiale.
  • Mais la photographie compte peut-être moins que le regard du personnage qui la contemple.
  • En réalité, cette description révèle une méditation sur l’absence et sur la perte.

Vous retrouvez là les premières phrases de chaque partie, à écrire impérativement au brouillon comme je l'ai indiqué toute l'année. Ainsi vous les cisèlerez, les penserez ensemble également : elles donneront une trajectoire claire au correcteur.

Esquisse de plan pour la dissertation qui portait sur les “mondes intérieurs”

Idem : travaillez sur la dissertation, puis revenez ici.

  • Certes, le roman est un moyen privilégié d’accès à l’intériorité, en premier lieu celle des personnages.
  • Mais par-delà le monde du personnage, c’est aussi celui de l’auteur qui nous est en partie offert.
  • En réalité, le roman ne serait-il pas un moyen d’accéder à notre propre monde intérieur, à nous, lecteurs ?

Autre possibilité : on peut introduire une nuance - autrement dit, une dose de plan dialectique.

  • Certes, le roman est un moyen privilégié d’accès à l’intériorité.
  • Mais le genre est propre aussi à mettre en scène l’inaccessibilité, l’opacité mystérieuse de toute conscience.
  • En réalité, n’est-ce pas plus largement à l’intériorité de l’auteur, c’est-à-dire au regard qu’il porte sur le monde, que le roman donne accès ?

Sujet 6 sur la poésie et le réel (p. 46)

Dissertation

Je vous invite à travailler sur ce sujet, intrinsèquement intéressant, et susceptible par ailleurs de vous faire revisiter toute notre séquence, voire, plus largement, de très nombreux poèmes que vous avez pu lire. Il permet vraiment de se questionner sur ce que la poésie change dans notre rapport au monde, me semble-t-il.

Le poète doit-il chercher l’inspiration hors de la réalité ? Vous appuierez votre réflexion sur les textes du corpus et sur les textes que vous avez étudiés en classe ou rencontrés au cours de vos lectures et recherches personnelles.

Proposition d’introduction

“Anywhere out of the world !” : ainsi Baudelaire exprime-t-il son désir d’échapper au monde, dans le poème du Spleen de Paris auquel ce cri donne son titre. Plus qu’un vœu désespéré, ce pourrait même être un devoir du poète que de puiser la matière de son œuvre au-delà du réel : doit-il donc chercher l’inspiration hors de la réalité ? L’expression qui clôt cette question soulève le problème de la relation entre l’écriture poétique, le réel et l’imaginaire : comment se noue-t-elle ? Qu’est-ce que la poésie emprunte à l’un, à l’autre, et pourquoi ? Peut-elle se satisfaire de l’un ou de l’autre seulement ? Par ailleurs, le verbe “devoir” renvoie à de possibles obligations, morales, esthétiques, ou les deux, que le poète se devrait de remplir. Pour répondre à cette question, nous nous proposons donc d’examiner en premier lieu le rôle de l’imaginaire dans l’écriture poétique. En second lieu, nous nous interrogerons sur ce que la réalité peut apporter à la poésie. Enfin, nous nous demanderons si la poésie ne vise pas toujours une transformation et une reconfiguration du réel par l’imaginaire.

Proposition : début de la troisième partie, avec une transition, puis la présentation de l’idée directrice, et enfin une sous-partie :

Nous avons pu mesurer le rôle que jouaient l’imaginaire et le réel dans l’écriture poétique. Mais il convient de se demander, en dernier lieu, si la poésie ne procède pas toujours d’une transformation du réel.

Ce peut être, premièrement, ce qu’on attend d’elle : qu’elle enchante une réalité en elle-même laide ou décevante. L’écriture poétique aurait alors vocation à donner de l’éclat à ce qui n’en a pas, à rendre le monde moins terne, plus acceptable. C’est peut-être ce que suggère Baudelaire dans le poème liminaire des “Tableaux parisiens”, lorsqu’il dit espérer “évoquer le printemps avec (sa) volonté”. C’est aussi ce qui s’exprime dans “Le soleil”, poème qui par ailleurs figurait parmi les toutes premières pièces des Fleurs du Mal dans l’édition de 1857. Le soleil, allégorie de la poésie, voire du poète, “ennoblit le sort des choses les plus viles”, et va, “dans tous les hôpitaux et dans tous les palais”, embellir cette ville-monde qu’est Paris dans toutes ses dimensions. Ainsi l’écriture poétique espère-t-elle modifier l’image que nous avons de la réalité.

De surcroît, …


Éléments de méthode et de corrigé pour la dissertation du sujet sur la liberté, p. 72

Je vous invite à travailler ce sujet, très intéressant notamment en ceci que :

  • sur le plan historique et littéraire, il couvre un large spectre d’époques et de genres, et s’inscrit ainsi pleinement dans l’objet d’étude, qui vise à réfléchir à ce qui fonde l’humanité, à travers une grande diversité de textes ayant une dimension ou plus nettement une visée argumentative (ce qui explique qu’on trouve même une tragédie de Racine) ;
  • sur le plan de la dissertation, il faut éviter le piège du catalogue “d’armes” dont disposeraient les écrivains pour défendre la liberté.

Premier état de réflexion : analyse du sujet

  • Le terme “armes”, métaphorique, mérite une analyse au brouillon, que vous transcrirez de façon concise dans l’introduction, après l’énoncé du sujet, et avant l’annonce du plan. Avec ce terme, la question présuppose qu’une page de littérature peut avoir des effets moraux, politiques, sociaux, bien réels, qui dépassent l’œuvre dont elle est issue.
  • Or la littérature - et c’est là le cœur de l’analyse du sujet - ce n’est jamais que des mots sur une page, de l’imaginaire, des personnages fictifs, etc. Comment se fait-il que néanmoins, elle puisse modifier nos représentations du monde, nous faire prendre conscience de la valeur de la liberté, nous faire saisir ce qu’est la captivité et toutes les formes d’aliénation, et ainsi nous inciter à agir, voire nous armer pour agir afin de défendre notre liberté ?

Seconde étape : recherche d’exemples

Vous pouvez aussi bien avoir, dès à présent, des arguments. Comme beaucoup d’entre vous partent d’exemples, j’ai suivi cette fois cette démarche, sous la forme d’une carte mentale. Je tournoie autour du sujet, pour avoir des exemples non hiérarchisés, non déjà pris dans une logique.

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Des exemples d’œuvres aux “armes” de la littérature : vers l’argumentation proprement dite

Il me faut réfléchir à ce que chacune des œuvres que j’ai eu à l’esprit propose comme “arme” pour nourrir mon argumentaire. C’est ce que j’écris en violet.

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Regroupement des exemples et des idées en faisceaux qui formeront les parties du plan

Au fluo, je réunis les exemples et idées qui me paraissent pouvoir fonctionner ensemble. Je teste ces regroupements et leur donne une forme déjà rédigée, qui préfigure l’annonce du plan et les phrases charnières de ma future composition.

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Vous aurez noté, si vous avez pris le temps de regarder ces pages de brouillon, que j’ai laissé trois exemples de côté, notamment un que j’aime beaucoup, dans Cent ans de solitude. À un moment, la cohérence du devoir prime, et j’ai essayé de travailler vite pour me rapprocher des conditions de passation qui seront les vôtres. Il faut faire des choix dans un temps compté. Cela signifie aussi que j’ai bien séparé la recherche d’exemples et d’idées, et leur organisation, pour avoir l’esprit plus libre et proposer, je l’espère, un devoir plus intéressant ainsi. Au risque de ne pas tout retenir in fine.

Exemple de troisième partie rédigée

Enfin, non seulement la littérature nous offre des armes pour nous émanciper comme nous avons tenté de le voir, mais le geste même d’écrire et le style ainsi trouvé peuvent conduire à l’affranchissement. L’écriture littéraire devient synonyme de libération.

En effet, l’écriture poétique peut en premier lieu procurer à l’écrivain comme au lecteur une force qui leur permet de résister à l’aliénation. C’est ce que semble proposer le poème de René Char qui, dans les Feuillets d’Hypnos, commence par ces mots : “La contre-terreur, c’est…”. L’anaphore, la scansion qui anime le poème, et tout ce que le texte réunit de fragments de la nature sont des gestes qui protègent le maquisard de la terreur nazie. Il s’agit de faire en sorte que “le cuir de (la) ceinture” ne cède pas. L’émerveillement de la nature, la persistance de la vie, l’accalmie d’une nuit, à l’abri, dans le brouillard, et même l’aperçu d’une toile de Georges de la Tour contrent littéralement le pouvoir de la terreur.

Par ailleurs, il arrive que l’écriture, poétique là encore, face à la violence et à la privation de liberté, nous émeuve jusqu’à la stupeur, au point de nous conduire à l’inaction. Ainsi, dans le poème “L’enfant”, Victor Hugo s’alarme dans les premières strophes devant l’enfance volée d’un jeune Grec, dont la famille a été massacrée sur l’île de Chio. Mais la chute du poème, surprenante, anéantit le pathos exprimé par le “je” poétique. L’enfant dans le dernier vers répond brutalement au poète qui lui demandait ce qu’il souhaitait : “Je veux de la poudre et des balles”. Ainsi Hugo veille-t-il à la fois à nous sensibiliser et à nous mettre en garde contre les inévitables effets de la compassion : il appelle le lecteur à se mobiliser pour l’indépendance des Grecs, et par-delà cette guerre, pour toutes les indépendances.

Enfin, le style même d’une œuvre peut conduire le lecteur à s’approprier une attitude émancipatrice. Dans Un balcon en forêt, Julien Gracq met en scène un aspirant que la menace de la guerre, en 1939, pourrait terroriser. Mais le style de l’œuvre, pour moitié au moins, caractérisé par des phrases amples, la recherche d’une certaine musicalité, l’importance des comparaisons, donne l’impression que le personnage s’échappe de la “laideur du monde”, comme le promet l’incipit. Et le lecteur, absorbé par cette écriture qui mime la rêverie et la contemplation, est appelé à privilégier la beauté du monde pour s’affranchir de ce qui l’abîme.

Force contre ce qui peut nous paralyser, mise en garde contre les pièges de l’émotion qu’elle suscite elle-même, appel à une contemplation synonyme de liberté intérieure : l’écriture littéraire est en soi une arme pour devenir plus libre.


Retour sur la fin du chapitre “Des Cannibales”

J’ai imaginé plusieurs plans possibles pour organiser une réponse à la question : “Comment s’opère ici la réflexion sur l’Autre ?”. Les voici :

Plan 1

Montaigne 3

Plan 1

  • L’autre est mis en scène et objet d’une manipulation par la parole

royale qui prolonge la conquête ruineuse des européens et le durable préjugé qui clôt l’extrait.

  • Mais Montaigne lui donne la parole et elle est à la fois critique et structurée.
  • Et la civilisation qu’il donne à découvrir se révèle meilleure que celle des Européens.

Plan 2

Montaigne construit une réflexion sur l’Autre…

  • en racontant une visite des Tupinambas et un échange condescendant avec le roi de France,
  • en rapportant son propre dialogue, difficile, avec leur chef, en miroir
  • en invitant le lecteur à prendre la mesure des vertus des Cannibales confrontés aux Européens, et à considérer la ruine qui menace les premiers.

Plan 3

Montaigne montre que l’Autre…

  • … est l’objet d’une attitude condescendante, inconsciente des vertus des Indiens Tupinambas (cf. l’échange avec le roi)
  • … fait l’objet d’une difficulté de compréhension (leurs mots, leurs coutumes, leurs vêtements sont mal jugés)
  • … porte un regard lucide et construit sur les Européens, qui devrait servir à comprendre que l’Autre, le barbare, n’est peut-être pas celui qu’on croit.

Quelques conseils à la suite de notre travail sur l’oral

Nous nous sommes entraînés avec quelques élèves au cours de l’après-midi. Quelques conseils au passage :

  • Songez bien à donner les lignes auxquelles le regard de l’examinateur est invité à se reporter.
  • Dans l’ordre, énoncez une remarque (“Montaigne donne à lire un propos tout à fait construit de la part des Tupinambas”) ; puis, énoncez une citation avec l’analyse attenante (“Ainsi, ligne X, les liens logiques en premier lieu et secondement, mais aussi, ligne Y, l’introduction de la réponse des Indiens, ils répondirent trois choses…, soulignent le fait que leur raisonnement est tout à fait structuré”) ; enfin, refermez votre propos en revenant à l’interprétation (“Montaigne suggère ainsi que la réflexion des Cannibales est tout à fait éloignée de celle qu’on imagine chez un Sauvage “).

Plus globalement, je reviendrai sur l’oral dans un autre billet.


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