Je reviens à vos dernières questions pour l’écrit.

Mise à jour et correction : jeudi 13 juin après-midi.


Comment avoir 20/20 avec l’invention ?

Pour réussir votre écrit d’invention, n’hésitez pas à demander à Alicia et Morgane les conseils que j’ai pu leur donner mardi après-midi. J’ai notamment recommandé de travailler… sur la dissertation (ou plus rarement le commentaire), car l’invention est souvent liée à l’un des deux autres exercices. Une bonne invention repose avant tout sur une excellente lecture du texte qui faisait l’objet du commentaire, et/ou sur une excellente approche de la dissertation, avec des exemples en tête, à partir desquels écrire, pour ne pas proposer un texte plat.

J’en donne un exemple avec, sur Pearltrees, une très bonne copie rendue par un élève de L il y a quelques années. Lisez le sujet avant de voir sa copie.

Je n'ai pas vu de 20/20 à un écrit d'invention encore. Je note l'hyperbole espiègle de l'auteur de la question.


Une méthode pour l’invention

À chaque sujet sa méthode ou presque. Analysez et inscrivez bien votre texte dans le genre demandé (lettre, discours, manifeste…) ; appuyez-vous sur ce que j’ai écrit plus haut. Je pense qu’un bon écrit d’invention repose sur une excellente approche des textes du corpus, et souvent un élève qui produit une très bonne invention aurait très bien réussi le commentaire, par exemple. Il ne suffit donc pas d’être inventif.

Certains sujets proposent une dissertation déguisée : la structure est moins formelle, mais le corps du devoir ne doit pas être moins nourri que si vous rendiez une dissertation.

Attention à la surface du texte : orthographe, grammaire comptent souvent beaucoup, du fait d’un cadre plus lâche qui offre moins de prise à la correction.

Pour terminer, nous avons assez souvent travaillé l’invention : écriture à la façon de Perec, description d’une scène de combat, tendant vers la parodie ou vers l’épopée, pastiche de Gracq, manifeste en faveur d’un Humanisme contemporain, note d’intention pour une mise en scène de Dom Juan… Reportez-vous aux consignes données pour ces travaux, à vos réalisations, à mes appréciations.


L’invention est-elle envisageable ? Est-il pénalisant de prendre l’invention ?

Oui, c’est envisageable ; non, on n’est pas pénalisé d’office. Mais les copies d’invention sont très souvent faibles : cela a pénalisé l’exercice, qui disparaît du Bac l’an prochain.

Je ne peux donc que vous renvoyer aux réserves que j’ai émises, un peu à contrecœur, sur ce sujet, que nous avons pratiqué parfois de façon très modeste dans l’année (voir ci-dessus), mais tout de même.

Le cadre de la composition est fonction de la consigne, contrairement au commentaire ou à la dissertation : c’est pourquoi ces deux derniers exercices sont plus sécurisants.


Comment être sûr de la quantité demandée pour un sujet d’invention ?

Elle a parfois été précisée sur certains sujets, ce qui ne fait que souligner la légitimité de cette question.

La difficulté tient dans une comparaison possible, par le correcteur, entre votre invention et les autres exercices, qui souvent s’étendent sur six pages. Il est rare qu’une invention soit aussi longue ; c’est d’ailleurs rarement nécessaire.

Travaillez, si vous choisissez cet exercice que nous aurons pratiqué encore une fois, mais que je recommande peu au Bac, à bien organiser votre propos (songez aux mouvements du texte, à sa dynamique), à lui donner toute la densité, la consistance possible, notamment littéraire (sur le plan de l’expression et des références, explicites comme implicites). Rien de pire qu’une invention en un seul paragraphe de trois ou quatre pages et sans relief.


Quels coefficients ?

Euh… On est en juin quand même, hein.

3 à l’écrit, 2 à l’oral. Mais ces deux notes ont une valeur qui dépasse le coefficient, de par les compétences que de bons résultats manifesteraient, et le calendrier de Parcoursup, qui fait que seules les notes des épreuves anticipées sont connues des établissements d’enseignement supérieur.


Vaut-il mieux prendre l’exercice dans lequel on est à l’aise, ou le sujet que l’on préfère ?

Je n’en sais rien. Soyez à l’aise autant que faire se peut sur la dissertation et le commentaire pour avoir le choix.

Je pense aussi qu’on doit toujours essayer de découvrir l’intérêt d’un sujet (d’un texte, d’un sujet de dissertation ou d’invention). On doit se rendre le sujet intéressant.


La troisième partie de la dissertation est-elle obligatoire ?

Toujours pas. La valeur du raisonnement ne dépend pas que du plan, et inversement, un plan très formel, en trois parties, ne donnerait qu’une mauvaise copie s’il était artificiel, et le troisième tiroir, vide.

Je vous invite à (re)lire mes conseils sur les plans de dissertation pour comprendre l’intérêt et le rôle d’une troisième partie.


Comment faire émerger une problématique pertinente pour un commentaire ?

Jeudi 13 au soir, j'ajoute un lien vers une page de Lettrines dans la rubrique Méthodologie. Comment formuler un projet de lecture précis ?

Rappelez-vous les trois questions qui permettent de cerner un texte, après en avoir, pour vous-même, défini l’horizon d’attente, avant même de l’avoir lu. Ces deux premières approches du texte sont me semble-t-il une bonne façon de le rencontrer, d’en avoir une vue d’ensemble, qui demeure présente à l’esprit lorsque vous le relirez au ras des phrases, dans le détail de votre analyse.

En second lieu, observez les propositions que j’ai pu faire dans l’année ou tout récemment lors de la journée de travail du mardi 11, ou encore celles que je vous soumets dans ce complément à notre entraînement.

Vous verrez sans doute que l’on trouve toujours le genre et le type de texte (“Nous verrons comment cet incipit de roman…”, “comment cette scène de rencontre…”, “comment ce dénouement de tragédie…”), le thème du texte (“tout en racontant la naissance d’un amour”, “qui campe le héros de l’œuvre…”) et la portée de ce dernier (“donne à lire une réflexion sur…”, “plonge le lecteur dans une atmosphère”).

Voici un exemple avec un projet de lecture possible pour le début d’Un balcon en forêt :

Nous verrons comment cet incipit de roman, tout en racontant l’arrivée d’un aspirant dans les Ardennes en 1939, plonge le lecteur dans une atmosphère étrange et onirique.

Si cela peut vous aider, reportez-vous au descriptif : chacune de nos lectures pour l’exposé (la 1re partie de l’oral) est indiquée, avec le titre, l’auteur, la date, l’extrait, et, au-dessous, une précision en italique sur l’approche que nous avons eue en classe - autrement dit, un projet de lecture possible. Si cette information a vocation à donner à l’examinateur une idée de ce sur quoi nous avons travaillé, elle peut aussi bien vous montrer comment bâtir un projet de lecture pour l’écrit.


Comment gagner en efficacité sur la question sur corpus ?

On sait toute la difficulté de l’exercice. Ne cherchez pas à tout dire. La question vous invite à faire des choix, vous ne direz pas tout sur chaque texte, mais votre lecture les traversera suivant un axe - celui qu’indique la question, mais que suggère aussi, souvent, une bonne réflexion liminaire sur l’horizon d’attente du corpus. Quel thème ? Quel empan chronologique ? Si ce dernier est étendu, relever les variations et les similitudes entre les textes aura beaucoup d’intérêt. S’il est très resserré, vous entrerez dans une galerie virtuelle qui offrira le miroir littéraire d’une époque.

Trêve d’images : je vous renvoie à mes conseils sur l’exercice ici et à ces éléments donnés en tout début d’année.


Consacrer 1h15 à la question sur corpus, est-ce trop ?

Un peu trop. C’est la limite à ne pas dépasser. Au bout d’une heure, achevez - quitte à raccourcir - votre dernière partie (votre dernier paragraphe), puis concluez (impérativement ! un devoir doit toujours être clos).


Dans la dissertation, est-ce une bonne idée de mettre deux exemples pour une idée ?

Réponse mal formulée initialement, revue mercredi 12.

Pas du tout.

Je suis désolé, j’ai répondu à une autre question en écrivant ainsi ; c’est une bonne idée, ce n’est pas du tout gênant, si l’on fait attention aux points ci-dessous.

Veillez seulement à équilibrer parties et sous-parties.

J'ai reformulé le passage ci-dessous, peut-être insuffisamment clair. Attention aussi à ne pas proposer deux exemples pour un seul argument, si vous pouvez inférer de ces deux exemples deux arguments différents et intéressants tous deux.

Souvent, il est efficace de proposer un exemple développé, et un second qui l’est un peu moins, comme un prolongement. Ou l’inverse ! C’est ce que j’ai fait avec la partie de dissertation rédigée sur la poésie et le réel, ici. Cela permet d’avoir des sous-parties équilibrées entre elles, si d’autres ne comprennent qu’un exemple. Et vous valorisez ainsi votre capacité à mettre les œuvres en relation les unes avec les autres.


Qu’attend-on de nous pour “Écriture poétique et quête du sens du Moyen Âge à nos jours” ?

Ce n’est pas bien différent des autres objets d’étude quant aux attentes du jury. Il vous faut être capable de rendre compte dont l’écriture poétique, avec ses caractéristiques propres, permet à chaque écrivain et chaque lecteur de donner forme à un questionnement, à une émotion… Songez par exemple au choix de l’énumération et de l’anaphore pour structurer le poème en prose “La contre-terreur…” et donner l’impression d’une résistance intérieure qui se constitue en embrassant tour à tour des fragments de la nature environnante ; songez à l’admiration d’un Ronsard pour Homère, quand la diérèse sur la seconde syllabe permet de mettre en relief le titre de son œuvre dans ce vers : “Je veux lire en trois jours l’Iliade d’Homère ; enfin, rappelez-vous, mais ce n’est qu’un exemple encore, l’élasticité des vers libres et très irréguliers de la “Prose du Transsibérien…” de Cendrars, qui mime le mouvement effrayant et fascinant du train, emblème de la modernité dans toute sa furie.

Voilà quelques exemples qui montrent comme le langage, principal matériau du poète, est travaillé pour donner à voir, à entendre, à éprouver telle émotion, telle vision de l’existence et du monde.


Comment savoir si un de nos arguments tend vers le hors sujet ?

Je suppose que c’est de dissertation qu’il est question.

Un passage hors sujet dans une copie peut être lié à plusieurs types d’erreurs, notamment :

  • un exemple qui n’entre pas dans le champ défini par le sujet (un personnage de théâtre évoqué dans un sujet sur le roman) : il faut donc avoir bien circonscrit les limites du sujet au tout début ;
  • une analyse insuffisante du sujet au début de la réflexion sur l’exercice ; j’insiste encore une fois sur cette analyse, qu’il faut mener, en prenant le temps nécessaire, et en en rendant compte en introduction ; je vous renvoie à mon travail sur le sujet de dissertation présenté dans le complément à notre séance de mardi 11 ;
  • une troisième partie qui au lieu de dépasser les apparentes contradictions posées par un sujet donné, prétend dépasser le sujet (surtout pas !) :
  • un défaut de lucidité bien compréhensible à mesure que le temps passe et que l’on avance dans la rédaction ; pour cette raison notamment, il faut vraiment baliser toute la structure de la dissertation dans le temps de conception, pour éviter de s’en écarter de façon risquée en cours de rédaction.

Chaque début de partie, et même chaque début de sous-partie, doit constamment manipuler les termes du sujet, ou des termes synonymes, pour éviter les répétitions ; on doit avoir nettement l’impression que le même objet, dans vos mains, tourne et présente à chaque partie et chaque sous-partie une facette nouvelle. Avoir pensé ces phrases charnières au départ évite des déconvenues ; c’est un défaut de certaines copies de cette année que d’avoir peu à peu laissé les termes du sujet de côté.

Là encore, c’est ce que je m’efforce de faire avec le sujet sur la poésie et le réel ici et celui sur le conflit au théâtre ici.

Si vous voulez donc vous assurer que tel paragraphe n’est pas hors sujet, observez son lien avec le sujet et avec les phrases charnières de tous les paragraphes précédents.


Comment formuler une amorce efficace ?

J’ai proposé des conseils ici.


Aura-t-on des points en plus étant donné que nous sommes les derniers à passer ce Bac (sur l’invention en particulier) ?

Non.


Comment trouver une bonne problématique pour le commentaire ?

Voir ci-dessus. Une fois encore, faites-vous confiance, cernez le texte grâce aux conseils que je vous ai donnés.

Mettez le texte en perspective (avec son époque, le genre dans lequel il s’inscrit, le ton dont il est ou devrait être porteur, son type, l’histoire qu’il raconte s’il est narratif, son thème, quoi qu’il en soit, sa portée pour ses contemporains, pour aujourd’hui). Si c’est une scène d’exposition, il y a pour le dramaturge et le metteur en scène un enjeu dramaturgique essentiel : faire saisir l’essentiel sans tomber dans la théâtralité (à moins qu’elle ne soit assumée, comme le montre exemplairement le Prologue d’ Antigone d’Anouilh). Si cette même scène ouvre une comédie, le ton comique doit frapper le spectateur - que l’on songe à Sganarelle et son surprenant éloge du tabac. Enfin, tout texte littéraire a une portée particulière - Rabelais le dit mieux et de façon plus amusante que moi. Vous intégrerez celle-ci à votre projet de lecture, et nul doute que vous saurez voir la portée des textes proposés.


En dissertation, peut-on parler d’autres œuvres comme des tableaux, des sculptures, ou doit-on n’évoquer que des œuvres littéraires ?

Votre culture vous rendra toujours service. Elle ne doit pas recouvrir la culture littéraire à mobiliser pour argumenter. On peut imaginer bien sûr que dans une dissertation sur, je ne sais pas, l’univers d’un écrivain, vous mentionniez aussi bien “Ophélie” de Rimbaud que le tableau de Millais : ce serait là offrir un prolongement au premier exemple, ou faire résonner entre elles deux œuvres différentes. Ce serait valorisé.

Il ne faudrait pas qu’un exemple d’œuvre autre que littéraire phagocyte un texte. Je me garderais donc d’illustrer un argument seulement par une œuvre d’art, hors de la littérature.

Quelle place pour la littérature étrangère ?

L’étendue de votre culture, la façon dont vous construisez des ponts inouïs entre les œuvres et les langues : tout cela sera valorisé. Gardez-vous simplement de proposer un plus grand nombre d’œuvres de littérature étrangère : cela pourrait donner l’impression que vous êtes passé à côté d’une littérature française pourtant au centre de vos cours depuis plusieurs années. Il me semble que sur neuf exemples, deux ou trois empruntés à la littérature étrangère, c’est très bien.

En dissertation, comment élaborer un plan analytique qui évite le piège de l’inventaire ?

J’ai évoqué cela dans le complément à notre session de mardi, et j’ai proposé des réflexions ici et ici pour éviter ce piège. Je m’abstiens autant que possible d’évoquer les types de plans, et c’est abusivement que j’ai pu parler de plan thématique : il faut justement éviter une déclinaison de thèmes qui n’aurait de terme que parce qu’on aurait fait trois parties (alors que si la dissertation est thématique, elle peut être infinie).


Le corpus peut-il être proche du commentaire de texte ?

Un peu… mais pas vraiment.

  • On n’attend pas la même finesse d’analyse, ni surtout la même exhaustivité que dans un commentaire ;
  • le va-et-vient d’un texte à l’autre éloigne de fait cet exercice du commentaire ;
  • enfin, on traverse un corpus en suivant une perspective ouverte par la question ; en revanche, le projet de lecture que vous devez formuler dans votre introduction de commentaire ouvre une perspective d’étude en général assez large, pour embrasser tout le texte.

Peut-on répondre à la question sur corpus après avoir fait l’exercice sur 16 points (quel qu’il soit) ?

Je ne le recommande vraiment pas. Cette question est un tremplin vers la suite. On arrive déjà très armé pour les trois autres exercices ; la faire après fait perdre du temps.

C’est sur votre capacité de synthèse qu’il faut travailler, sur votre faculté à ne pas tout dire, mais à faire des choix de comparaison pertinents au regard de la question, afin de résoudre le problème posé en une heure, pas plus.


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