Des conseils pour bien préparer la 2de partie de l’oral, l’entretien.


Quelques conseils sur l’entretien

Accordez-lui autant d’importance qu’à l’exposé. Un entretien vivant, riche, avec du répondant, ce sont des points de gagnés. On ne vérifie pas vos connaissances - du moins, on ne fait pas que cela : il en faut, bien entendu - mais votre capacité d’écoute, votre aptitude au dialogue, votre capacité enfin à mettre les œuvres en relation les unes avec les autres.


Je vous renvoie aux conseils donnés en cours :

  • répondez avec le plus de précision possible : si vous évoquez une mise en scène, passez vite du général (“cette mise en scène m’a plu”) au particulier, au détail (“le décor était le suivant : … ; ce qui était intéressant, c’était la façon dont tel élément…”) ;
  • bâtissez une charpente avant tout (vous caractérisez l’objet de la question, vous donnez un exemple, puis un prolongement).

Exemple de question : “À quoi sert de réécrire une œuvre ?”

Réponse (I, caractérisation, première réponse rapide, synthétique et insuffisante, si vous voulez) : “Réécrire peut répondre à des visées très diverses.” (attention à ne pas en rester à ce qui serait, si on s’arrêtait là, une réponse purement dilatoire : ce serait très mal vu.)

Réponse (II, développement) : “Ainsi, réécrire constitue sans doute en premier lieu un geste d’hommage, d’admiration. Lorsque Hugh Laurie et Rowan Atkinson offrent un sketch avec Shakespeare et son conseiller artistique, par-delà la parodie, ils disent leur admiration pour le dramaturge anglais. En effet (développement de l’exemple à suivre, en commençant par une description du sketch).

Réponse (III, prolongement) Cependant, réécrire peut aussi être une façon d’amener l’œuvre vers soi, pour se dire à travers elle ou à travers un de ses personnages.

Vous avez intérêt à reprendre pour chaque séquence la question qui sert de fil conducteur à l’ensemble de nos travaux.

J'ajoute un dernier conseil : surtout, ne faites pas de l'entretien un exposé en résumé des autres lectures analytiques de la séquence. On attend votre réflexion sur l'ensemble des œuvres, et notamment les lectures faites à la maison ("lectures cursives" dans le descriptif).


Retour sur les problématiques des différentes séquences

Nous avons, pour chaque séquence, traversé les textes avec un questionnement particulier, propre aux œuvres étudiées. Il figure, vous le savez, en haut de chaque page de présentation de séquence, dans votre descriptif. Il vous redonne, et il donne à l'examinateur l'équivalent d'un projet de lecture, mais qui porte sur toute une séquence, et non seulement sur un texte.

Si besoin était, voici quelques repères de nouveau pour chacune de ces problématiques ; je puise dans quelques exemples, mais j’en reste à des esquisses : à vous de réfléchir, de vous interroger, de vous reposer ces questions, car c'est cela qu'on évalue, en amont de l’oral (c’est indispensable) et le jour même, en montrant que sur ces questions, votre réflexion est nourrie de lectures diverses, et que vous savez naviguer entre elles.

Ces questions qui embrassent chaque séquence ne doivent pas vous effrayer. Elles sont une manière d’interroger l’ensemble des œuvres étudiées. Appliquez-les simplement à chaque texte, passer du général au particulier, et comparez les œuvres par le prisme de ces questions.

Séquence I

  • « Évoquer le printemps avec ma volonté » : c’est un extrait de “Paysage”, le poème qui ouvre la section “Tableaux parisiens” des Fleurs du Mal. Il reflète le vœu de Baudelaire, de faire ce qu’il veut de Paris : non une photographie, mais une peinture, qui s’affranchira librement du réel et qui pourra faire apparaître le printemps en plein hiver, l’éternel au milieu du transitoire, la laideur même chez les “Petites vieilles”. C’est bien du rapport à l’imaginaire et à la beauté qu’il s’agit.
  • Problématique : Comment l’écriture poétique donne-t-elle à voir des paysages qui expriment notre rapport au monde ? Pensez bien aux deux pôles de la question : les moyens propres à l’écriture poétique et l’expression d’un rapport au monde singulier. Dans le premier corpus que nous avons étudié, chaque poète conférait à la nature un rôle particulier, en mettant en scène différents paysages grâce à l’écriture poétique (donc, de façons diverses : poème en prose, poème en versets, poème en vers, poème en vers libres, avec tous les choix que l’on peut imaginer en termes de musicalité, d’images…). Passez les textes en revue pour revoir ce point. Suivait notre travail sur la poésie parisienne de Baudelaire, entre transformation de la laideur et fascination pour la beauté. Il s’agissait bien pour le poète d’évoquer un Paris à la fois ancré dans le réel et transfiguré par la rêverie, projection de son rapport au monde, mais aussi allégorie de sa vision de la condition humaine.

Séquence II

  • « Jamais je ne serai un héros » : merveilleuse pensée de Fabrice, plus héroïque qu’il ne croit (il est assez courageux, et humain surtout), mais moins épique qu’il ne le voudrait assurément, et qui se trompe visiblement sur ce qu’est un héros, pour avoir lu trop d’épopées. Toute la question que soulève cette phrase, c’est de savoir ce que signifie, dans le roman, le terme héros : faut-il continuer d’entendre la dimension épique qui s’attachait au mot ? Doit-on reconsidérer ce qu’est l’héroïsme ? Y a-t-il dans chaque roman une forme sinon d’ironie, du moins de recul du romancier par rapport à cette tension entre l’épopée qui est à l’origine du genre, et la réalité à laquelle le personnage, banalement, s’affronte ? Songeons aussi que la phrase est dite à la première personne : que ressent le lecteur quand un personnage dévoile sa pensée, ou quand le narrateur nous donne à voir le monde par ses yeux ? À ces questions, efforcez-vous de répondre en partant d’exemples particuliers. Songez notamment au roman de Clara Dupont-Monod. Quelle est la singularité de Richard, en tant que héros ? Qu’est-ce qui le rend profondément humain ?
  • Problématique : En quoi la vision du héros, pris dans le feu de l’Histoire, donne-t-elle du monde une image originale ? Cette question nous invitait à voir, dans les textes que nous avons étudiés, comment s’opérait la fabrique du champ de vision du personnage et du lecteur, et donc, comment autour du personnage se construisait un monde : songez au cynisme de Bardamu, qui signe la fin de l’épopée sur le front de 14, à l’ironie d’un Voltaire, qui laisse son Candide errer avec la frousse de sa vie sur le champ de bataille… Ou encore, je l’évoquais plus haut, aux raisons très humaines qui poussent Richard Cœur de Lion sur le champ de bataille… Bien sûr, lorsque les secousses de l’Histoire, singulièrement de la guerre, ébranlent ce monde, et qu’on les saisit au travers du regard du personnage, l’image de ce monde est singulière. Appliquez donc cette question à l’une des œuvres étudiées (Dans Un balcon…, le monde est comme suspendu entre guerre et paix, entre réalité et rêverie, du fait du regard de Grange). Vous trouverez rapidement des éléments de réponse. Songez aussi que le mot “vision” est assez riche : la vision du héros, c’est son regard sur le monde, mais c’est aussi la vision que nous avons de lui.

Séquence III

  • « Je ne sais si vous dites vrai, ou non ; 
mais vous faites que l’on vous croit » : C’est Charlotte la paysanne qui prononce cette réplique (II, 2). Elle exprime bien ce que disent de nombreux personnages de la pièce, charmés par Dom Juan : le possible mensonge dans la bouche du séducteur et du rhéteur est terriblement convaincant. Dom Juan est bien un orateur. Mais l’on peut douter de sa parole, assurément ! L’une des portées de cette phrase et de cette pièce, bien entendu, est la réflexion que Molière propose sur l’hypocrisie, vice de son siècle selon lui.
  • Problématique : Comment la pluralité de sens du texte théâtral se déploie-t-elle sur scène ? Nous avons vu qu’au théâtre le texte était à la fois incomplet, et corollairement ouvert à plusieurs interprétations. Si la parole au théâtre est complexe, c’est d’abord peut-être parce qu’elle est produite à la fois par un personnage et, par-delà la scène, par un dramaturge (cette “double énonciation”, nous l’avons dit, est une caractéristique propre au texte théâtral). Quand Sganarelle fait l’éloge du vin émétique, Molière critique les médecins ! Mais les dramaturges dont nous avons étudié les œuvres semblent faire de cette richesse de significations l’un des enjeux mêmes de leurs pièces : le langage de Dom Juan est double parce qu’il ment sans cesse ; songez aussi à la difficulté de dire chez Lagarce, aux phrases inachevées chez Tardieu, qui laissent le spectateur compléter et même construire le sens… Cela, il le fait grâce à la mise en scène : tout au théâtre fait sens, du jeu des acteurs au décor, en passant par la lumière et la musique. Appuyez-vous donc sur des scènes précises, pour lesquelles vous savez pouvoir commenter et interpréter tel ou tel aspect de la mise en scène.

Séquence IV

  • « On ne naît pas homme, 
on le devient » : rappelez-vous, Érasme réécrit cette phrase en remplaçant “chrétien” par “homme” (et Simone de Beauvoir remplacera “homme” par “femme” dans Le Deuxième Sexe). Il l’emploie dans un traité consacré à l’éducation, De pueris statim ac liberaliter instituendis (1529), De l’éducation des enfants. C’est là dire la place nouvelle de l’Homme dans le monde et celle, centrale, de l’éducation pour que s’épanouissent toutes ses facultés. Même si nous n’avons pas étudié Érasme, c’est cet idéal et les déceptions qu’il a pu entraîner qui ont largement nourri notre réflexion.
  • Problématique : Comment l’idéal humaniste s’exprime-t-il avec tous ses paradoxes ? Songez déjà à définir cet idéal humaniste pour répondre à cette question, en vous appuyant sur tel ou tel exemple. Pensez ensuite aux moyens : l’éducation, donc les connaissances, donc les livres mais pas seulement (Gargantua apprend l’astronomie par l’expérience, en observant le ciel). Pensez aussi aux formes au moyen desquelles cet idéal s’exprime : les poètes de la Pléiade révèrent l’Antiquité, mais espèrent l’égaler en “illustrant” la langue française ; Rabelais nous fait rire avec un roman plein de situations burlesques, et pourtant expose un idéal d’éducation, Montaigne nous fait réfléchir en inventant l’essai, et en faisant l’éloge d’une civilisation que les Européens considèrent en son temps comme un peuple de sauvages, etc.

Séquence V

  • « Chacun appelle barbarie
 ce qui n’est pas de son usage » : Montaigne par cette phrase extraite du chapitre “Des cannibales” nous invite avant toute chose à réfléchir à la force de la coutume, et appelle à se défaire de tout ethnocentrisme (revoyez bien le sens de ce mot pour l’employer sans crainte et à bon escient).
  • Problématique : Comment les écrivains nous permettent-ils de connaître et de penser l’Autre ? Il s’agissait là de réfléchir à ce qu’est “l’Autre”, l’étranger, celui que l’on ne connaît pas. Comment le rencontre-t-on ? Comment se défaire de ses préjugés ? Comment découvrir l’inconnu, alors qu’il est si difficile de connaître sans passer par le connu ? Montaigne ne cesse de travailler à modifier nos représentations, privilégie l’expérience, affirme la fragilité de la connaissance, refuse l’ethnocentrisme ; relisez Leiris aussi, qui semble se situer à l’autre bout d’un chemin ouvert par Montaigne, et qui évoque les difficultés de la rencontre avec l’Autre (avec Montaigne, l’observation et l’expérience ouvrent la voie à la compréhension de l’altérité ; ces voies paraissent fermées à celui qui a fait métier de les emprunter). Relisez Senghor bien sûr, qui semble porter “l’Autre” en lui et qui néanmoins cherche à légitimer sa parole poétique.

Séquence VI

  • « Voici plus de mille ans que la triste Ophélie / Passe » : si j’ai emprunté à Rimbaud ce vers d’ “Ophélie”, c’est bien parce qu’il me paraît mettre en scène non pas la jeune femme seulement, mais le mythe qu’elle est devenue, d’œuvre en œuvre - ce que suggère l’hyperbole des “mille ans”. Il s’agissait donc de penser Hamlet et ses composantes comme des mythes : des histoires et des personnages, porteurs d’interrogations fondamentales, en libre circulation dans notre culture, dont de nombreux artistes s’emparent pour offrir à leur tour une réponse, et pour donner forme à leurs propres questionnements.
  • Problématique : Comment et pourquoi les réécritures de Hamlet retravaillent-elles ce mythe moderne ? Réfléchissez bien aux deux questions qui sont posées en une : l’adverbe “comment” vous incite à réfléchir aux choix propres aux écrivains et aux artistes, aux moyens qu’ils se donnent pour transformer l’œuvre d’origine ; l’adverbe “pourquoi” vous amène à réfléchir aux visées de ces réécritures. Avec une réécriture, forme et sens changent à chaque fois (forme, sens, et parfois genre, lorsqu’on passe de l’éphémère du théâtre à la densité de la poésie ou à la fixité durable et marquante d’un tableau).

N’hésitez pas à vous reporter au bilan que j’ai proposé sur les réécritures, par-delà la séquence VI.


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