Des conseils pour bien préparer la 1re partie de l’oral, l’exposé.


Quelques conseils

Comme pour les oraux blancs, entraînez-vous en vous mettant vraiment dans les conditions de l’épreuve. Mieux vaut procéder comme suit :

  • Relecture de toutes les synthèses que vous vous vous êtes approprié (en vous appuyant sur Lettrines si nécessaire : passez par Pearltrees où elles ont été réunies), une par une,
  • Et relecture des textes, chacun dans la foulée de la relecture d’une synthèse. Lisez en silence, puis à voix haute.
  • Entraînement, texte par texte, avec 30 minutes de préparation réelle, puis passage de 10 minutes, pourquoi pas avec votre téléphone en mode dictaphone.
  • En fonction des éventuels manques (sur le plan des connaissances) ou des défauts de votre prestation (sur le plan verbal et rhétorique), retravaillez tel ou tel point, tel ou tel texte.

Je vous renvoie à l’oral enregistré sur l’une des scènes de Dom Juan pour cibler de nouveau, s’il en était besoin, les attentes du jury dans cette épreuve.

Une précision TRÈS importante

Cela a été dit dans l’année, mais peut-être l’habitude de procéder autrement vous l’a-t-elle fait oublier.

Les textes officiels autorisent un examinateur à vous interroger, pour la première partie de l’oral, sur un extrait d’une œuvre intégrale autre que ceux que nous avons étudié en “lecture analytique”. Par exemple, une scène de Dom Juan, un poème des “Tableaux parisiens”, un extrait d’ Un balcon en forêt différent des textes indiqués sous le cartouche rouge “pour l’exposé” dans notre descriptif.

Ce cas, en Ile-de-France, est rarissime. Possible donc, mais rarissime. Aucun de mes anciens élèves, sur les dix dernières années, n’a été interrogé ainsi.

Si c’est le cas toutefois pour vous, pas de panique : l’examinateur adapte bien sûr ses critères d’évaluation. On n’attendra pas le même degré de maîtrise du texte, sur le plan stylistique notamment.

Aidez-vous, si jamais vous étiez confronté à ce cas, de votre connaissance de l’œuvre intégrale. Avec Un balcon…, vous seriez évidemment amené à lire dans le passage choisi une forme d’entre-deux, par exemple.

Pour trouver et organiser vos idées

Avec vos prédécesseurs l’an passé, j’ai travaillé en cours sur le poème de René Char étudié au tout début de l’année. Voici la démarche que j’ai adoptée alors.

Travail sur l’oral : le fragment 141 des Feuillets d’Hypnos

La question était :

Comment Char fait-il ici en sorte que la nature contre la terreur ?

  • Rappelez-vous : le sujet est premier, le texte second. Partez de la question, non du texte ou de votre souvenir du texte. Votre pensée s’organisera mieux, avec moins de stress lié à la pompe à mémoire que vous mettriez en route sans cela, et permettra vraiment de répondre à la question.
  • Ici peut s’imposer une organisation simple, en deux temps : en premier lieu, Char réunit grâce à l’écriture, particulièrement l’énumération et l’anaphore, des fragments de la nature ; en second lieu, s’il les réunit, c’est pour faire face à la terreur nazie (et plus largement celle de la guerre) et lui ôter de sa force destructrice.

Mais plusieurs d’entre vous peuvent peiner à trouver cette organisation, ce plan, et ont besoin d’énumérer leurs idées avant de les réunir en faisceaux qui formeront les futures parties du plan. C’est pourquoi j’ai proposé l’approche suivante.

Reconstitution d’un cheminement possible, pour aller vite au plus juste, avec sérénité

Plusieurs d’entre vous ne peuvent trouver le plan qu’après-coup : qu’ils suivent comme Montaigne le cours de leur pensée, elle a néanmoins sa cohérence. Il faut simplement la rétablir et la rendre saillante a posteriori.

1. Par exemple, j’ai procédé ainsi en trouvant, comme autant d’éléments de réponse successifs, les points suivants :

  • Char énumère des éléments de la nature, tout simples ; c’est peut-être la raison pour laquelle il adopte aussi une forme simple (au moins en apparence) : le poème en prose.
  • Il accorde une attention particulière à des détails ; il rassemble ce qui est dispersé.
  • Il énumère des sensations fines et délicates (contrairement à celles que provoque la terreur).
  • Elles s’expriment au travers d’une recherche d’équilibre sur le plan du rythme et de douceur sur le plan de la musicalité et des sonorités.

À ce stade, j’avais ces premières notes en tête ; il me fallait faire trois choses : continuer à chercher et à lire le texte ; préparer des citations et des explications attenantes ; organiser le tout. Je n’ai pas pris le temps de travailler sur les citations dans le cadre de l’entraînement en cours ; en revanche, je suis revenu à la question pour commencer à organiser ma réponse et à trouver d’autres choses à dire.

Je me suis ainsi dit qu’il fallait peut-être commencer par parler de l’évocation de la terreur. Et il m’a semblé qu’il fallait faire une place à la façon dont la nature ainsi recomposée fortifie l’homme.

2. Cela a donné, en intégrant ce que j’avais déjà trouvé :

  • L’ouverture et la clôture du poème disent son enjeu explicitement : contrer la terreur.
  • Char forge à l’orée du poème un néologisme très dense et très sonore - dont les sonorités d’ailleurs contrastent avec tout le reste du poème.
  • L’exclamation finale dit la liberté conquise.
  • Char énumère des éléments de la nature, tout simples ; c’est peut-être la raison pour laquelle il adopte aussi une forme simple (au moins en apparence) : le poème en prose.
  • Il accorde une attention particulière à des détails ; il rassemble ce qui est dispersé.
  • Il énumère des sensations fines et délicates (contrairement à celles que provoque la terreur).
  • Elles s’expriment au travers d’une recherche d’équilibre sur le plan du rythme et de douceur sur le plan de la musicalité et des sonorités.
  • L’élan anaphorique dit la force retrouvée ou qui se reconstitue.
  • L’humanité, dans ce contact retrouvé avec la nature, retrouve du courage : explication sur le compagnon accroupi.
  • Une image dit ce lien entre l’homme et la nature recomposée et rassurante : celle qui est peut-être une allusion au tableau de Georges de La Tour.

3. Restait à faire confiance à ce cheminement de pensée et à faire apparaître ses grandes articulations, c’est-à-dire ses parties :

1. L’enjeu du poème est bien de contrer la terreur.

  • L’ouverture et la clôture du poème disent son enjeu explicitement : contrer la terreur.
  • Char forge à l’orée du poème un néologisme très dense et très sonore - dont les sonorités d’ailleurs contrastent avec tout le reste du poème.
  • L’exclamation finale dit la liberté conquise.

2. Pour contrer cette terreur, Char fait appel à la nature, il la rassemble.

  • Char énumère des éléments de la nature, tout simples ; c’est peut-être la raison pour laquelle il adopte aussi une forme simple (au moins en apparence) : le poème en prose.
  • Il accorde une attention particulière à des détails ; il rassemble ce qui est dispersé.
  • Il énumère des sensations fines et délicates (contrairement à celles que provoque la terreur).
  • Elles s’expriment au travers d’une recherche d’équilibre sur le plan du rythme et de douceur sur le plan de la musicalité et des sonorités.

3. Ainsi le poème, comme l’art, permet-il à l’homme de retrouver force, courage et dignité.

  • L’élan anaphorique dit la force retrouvée ou qui se reconstitue.
  • L’humanité, dans ce contact retrouvé avec la nature, retrouve du courage : explication sur le compagnon accroupi.
  • Une image dit ce lien entre l’homme et la nature recomposée et rassurante : celle qui est peut-être une allusion au tableau de Georges de La Tour.

Forger après-coup mes premières phrases de partie, mes phrases charpentes m’a permis de m’assurer que je répondais à la question et d’avoir sous les yeux une réponse à la fois riche, organisée et progressive.


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