Je reviens à présent à vos questions pour l’oral.


Comment trouver une amorce ?

Il me semble que mes conseils sur l’amorce en dissertation peuvent vous être utiles aussi pour l’amorce à l’oral.

Rappelez-vous : l’amorce est à la fois une façon d’entrer en contact, et de susciter à votre égard la bienveillance du correcteur (captatio benevolentiae), par une formule élégante. Mais tout l’intérêt d’une amorce réside dans le fait qu’elle dépasse cette fonction phatique et rhétorique en étant consistante sur le plan du contenu : elle doit pour cela être liée à ce que vous allez développer, à la lecture que vous allez faire du texte, à la question qui vous a été posée.

Imaginons que vous soyez interrogés sur le poème de René Char que nous avons étudié, et qu’on vous demande par exemple le rôle que joue la nature dans le texte. Votre culture va servir à penser votre amorce.

“En poésie, la nature est l’objet de nombreuses évocations et méditations, de l’Antiquité jusqu’aux paysages états d’âme romantiques, et au-delà. René Char, sur lequel vous m’interrogez aujourd’hui, entretient pourtant avec elle un rapport différent…”

Ici, la mise en perspective culturelle du topos de la nature en poésie présente l’intérêt de conduire à l’expression de la singularité de Char.

Autre possibilité, à la façon d’une ouverture inversée :

“Dans son célèbre poème intitulé “Le dormeur du val”, Rimbaud prie la nature de bercer un soldat mort ; René Char, sur lequel vous m’interrogez aujourd’hui, et dont Rimbaud est une figure tutélaire, se représente en soldat et en chef dans le poème que nous allons lire, et la nature là aussi joue un rôle primordial, quoiqu’un peu différent…”

Vous l’avez compris, l’amorce est une façon de faire briller votre capacité à mettre en relation ce qui va se passer - l’explication d’un texte - avec ce dont vous êtes porteur, à savoir une culture littéraire qui s’est enrichie cette année encore.

Troisième possibilité :

“C’est un lieu commun que de dire, lorsque l’on quitte la ville pour la nature, que l’on compte s’y ressourcer, au point que ce verbe est quelque peu galvaudé. La nature pourtant, à lire le poète René Char, sur lequel vous m’interrogez, offre des ressources d’un tout autre ordre pour les temps de souffrance…”

Ici, ce n’est pas la culture littéraire qui est mobilisée, ou pas vraiment, mais votre capacité de réflexion, qui montre dans le saut opéré en une phrase combien la littérature a à nous offrir pour enrichir notre existence, notre représentation du monde et la façon dont nous nous exprimons.

Un dernier mot : comme souvent, ce qu’on doit idéalement dire au début ne vient à l’esprit qu’en cours de route, et parfois à l’issue d’un travail. Ne perdez donc pas de temps au début de votre préparation pour trouver une amorce : il y a des chances qu’elle surgisse de façon naturelle, une fois votre esprit concentré sur le texte.


Comment faire une bonne introduction ?

Je vous renvoie à ce que j’ai proposé sur Lettrines précédemment.


Comment faire pour ne pas répéter les mêmes mots ?

À quelques jours de l’épreuve, concentrez-vous sur les noms, les verbes, les adjectifs.

  • Vous avez besoin de noms variés pour désigner les personnages, les héros, etc. N’hésitez pas à écrire au cours de vos révisions, dans la marge de vos préparations, plusieurs noms pour un même personnage, par exemple : Grange, le héros, l’aspirant, l’officier, le protagoniste… Apprenez-les. Recopiez-les au début de votre préparation, le jour J, dans la marge, ou quelque part où vous pourrez aisément les revoir tout en vous adressant à votre examinateur.
  • Attention à la précision de votre vocabulaire, s’agissant des noms toujours, en particulier : plus votre lexique sera précis, plus, de fait, il sera varié : préférez le mot le plus précis : on dira “comédie” plutôt que “pièce” ou “œuvre” pour Dom Juan, par exemple (et en même temps, on aura tous ces termes pour désigner cette œuvre de Molière, mais en s’attachant à la désigner d’abord par le terme de comédie).
  • Appuyez-vous sur les verbes qui peuvent assurer une charnière, dans vos remarques, entre le choix d’écriture que vous observez (“Cette métaphore…”) et l’effet de sens qu’il produit (“met en relief la remontée des souvenirs…”). Reportez-vous pour cela à mes conseils sur ces verbes “charnières”, très utiles pour structurer votre propos et lui donner toute la variété lexicale nécessaire, et toute la nuance de pensée souhaitée.
  • Les adjectifs, enfin : souvent, il vous faut caractériser une scène, un personnage, un poème : est-il lyrique ? Ce personnage est-il parodique ? Cet extrait de roman est-il onirique (bonjour Alicia) ? Prenez le temps de caractériser, c’est-à-dire de définir, via un adjectif ou deux, tel ou tel aspect des textes que nous avons lus.

Comment insérer des citations du texte pendant l’oral sans toujours dire “nous pouvons le voir à la ligne… lorsque… dit…” ?

Nommez ce que vous allez citer. Que le groupe nominal (souvent, le choix opéré par l’écrivain) soit le sujet de votre phrase (pas la citation elle-même, attention).

“Dom Juan se campe en séducteur héroïque (expression d’une interprétation). En effet, à la ligne X, la comparaison avec Alexandre le Grand le pare des plus beaux atours : “Comme Alexandre, je voudrais qu’il y eût d’autres mondes pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses…” “

“Senghor met en scène une division et même une fracture intime, à partir de laquelle il lui faut écrire, trouver sa poésie. Au vers X, son exclamation et sa question, visiblement rhétorique - “Ah ! ne suis-je pas assez divisé ?” - soulignent ce déchirement.”

Variante :

“Senghor met en scène une division et même une fracture intime, à partir de laquelle il lui faut écrire, trouver sa poésie, au vers X, grâce à une exclamation et une question, visiblement rhétorique - “Ah ! ne suis-je pas assez divisé ?” “.

Appuyez-vous aussi sur ce que je propose pour le commentaire ; cela fonctionne tout à fait pour l’oral.

ImprimerIMPRIMER