Pour les raisons évoquées en cours, c’est ici que je vous proposer des éléments de réflexion grammaticaux et des conseils pour bien préparer cette étape de l’épreuve orale.


Ce que dit le texte officiel

Le candidat répond à la question de grammaire posée par l’examinateur au moment du tirage. Cette partie est notée sur 2 points. La question porte uniquement sur le texte : elle vise l’analyse syntaxique d’une courte phrase ou d’une partie de phrase.


Ce qu’une analyse syntaxique de quelques vers du poème pourrait donner

Soit les vers suivants, issus des quatrains :

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Je les ai choisis, comme pourrait le faire votre examinateur en juin, dans la mesure où un choix grammatical particulièrement saillant structure la phrase qui correspond à l’apparition de la passante.


Proposition de question et de réponse à la question de grammaire

Analysez la structure grammaticale de la phrase qui s’étend des vers 2 à 5.

Variante de cette question, plus ciblée :

Analysez les appositions dans la phrase qui s’étend des vers 2 à 5.

On peut analyser la structure grammaticale de la phrase qui commence au vers 2 pour s’achever au vers 5 comme suit.

  • Le groupe nominal sujet, “une femme”, est situé au vers 3, et précède immédiatement le verbe, “passa”.
  • Tout le reste de la phrase consiste en un enrichissement, en grande partie, du groupe nominal “une femme”.
  • Les appositions sont nombreuses : “longue, mince, en grand deuil”, puis “soulevant, balançant le feston et l’ourlet”, et enfin “agile et noble”. Rappelons que l’apposition (pour votre gouverne, cette notion grammaticale a été refondue en 1997) est aujourd’hui définie ainsi : c'est une construction détachée, externe au groupe nominal, mais qui sert à le caractériser. Un test permet de vérifier ce lien entre GN et apposition : remplaçons-les par des subordonnées relatives (apposées) : “Une femme, qui était longue… qui était mince… qui était en grand deuil… qui était agile et noble…”
  • On peut commenter brièvement la nature de ces différentes appositions : la majorité d’entre elles sont constituées d’adjectifs : “longue, mince”, puis “agile et noble”.
  • Cependant, au vers 2, “douleur majestueuse” est un GN apposé au GN “une femme”. On peut noter deux choses à ce propos. D’une part, l’absence de déterminant (une douleur majestueuse) en tête de ce GN. D’autre part, une légère ambiguïté sur le plan syntaxique : “douleur majestueuse” pourrait être une apposition au nom “deuil” dans le groupe prépositionnel “en grand deuil”. Deuil et douleur sont d’ailleurs, étymologiquement, le même mot.
  • Au vers 2 toujours, on trouve une apposition sous la forme d’un groupe prépositionnel, “en grand deuil”. Une réflexion subsidiaire, mais susceptible, si vous vous l’appropriez, de montrer la qualité de votre réflexion grammaticale : elle pourrait s’analyser comme un complément circonstanciel, qui s’ajouterait donc à la phrase minimale « une femme passa ». Si nous pouvons la considérer comme une apposition, c’est en réalité en raison de son inclusion dans l’énumération, et du fait qu’elle précède “douleur majestueuse”.
  • Enfin, au vers 4, l’apposition “soulevant, balançant le feston et l’ourlet” est constituée de deux participes présents (on peut là aussi faire le test indiqué plus haut et obtenir : “qui soulevait, qui balançait…”).
  • Au vers 3, l’analyse du groupe prépositionnel “d’une main fastueuse” peut poser difficulté : c’est un complément circonstanciel (de manière) qui vient par insertion s’ajouter à l’apposition “soulevant, balançant le feston et l’ourlet”, même si Baudelaire choisit de le placer juste avant.
  • Un dernier complément circonstanciel clôt la phrase : c’est ce groupe prépositionnel au vers 5 : “avec sa jambe de statue”.
  • En réalité, il faut donc lire, pour rendre la structure grammaticale de cette phrase plus lisible : "Une femme, longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, soulevant, balançant d'une main fastueuse le feston et l'ourlet, passa, avec sa jambe de statue".

En conclusion, Baudelaire enrichit une phrase simple, de structure canonique sujet-verbe, “une femme passa”, en grande partie grâce à des appositions qui caractérisent la passante, et qui sur le plan du sens permettent, en étant situées pour plusieurs d’entre elles avant le GN “une femme”, d’insister sur l’effet de cette apparition.


Quelques remarques

  • Observez la logique adoptée ci-dessus : tout en suivant à peu près l’ordre de la phrase, l’analyse va du plus au moins important : sujet, verbe ; fonction apposition (liée au groupe nominal “une femme”) ; compléments circonstanciels (d’abord au sein d’une apposition, puis au niveau de la phrase).
  • La fonction la plus saillante fait l’objet d’une définition. Il vous faudra donc bien connaître la définition des principales fonctions autour du verbe et du nom.
  • Je vous invite à formuler une phrase de conclusion, qui mette en évidence le ou les faits grammaticaux les plus saillants de la phrase analysée, et qui éventuellement - mais brièvement - opère un retour à l’interprétation (pour signifier que vous avez conscience que tout effet de sens naît toujours d’un fait de langue).
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