Quelques réflexions pour vous engager à un travail grammatical sur le début du poème de Cendrars.

Je vous conseille de travailler sur ce poème en dernier ; non qu’il soit plus difficile, grammaticalement, que les autres - ce serait plutôt le contraire - mais tout simplement, vous y retrouverez des faits grammaticaux déjà vus précédemment.


Ce que dit le texte officiel

Le candidat répond à la question de grammaire posée par l’examinateur au moment du tirage. Cette partie est notée sur 2 points. La question porte uniquement sur le texte : elle vise l’analyse syntaxique d’une courte phrase ou d’une partie de phrase.


Quelques remarques sur le début du poème

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle

Il est frappant de voir, sous la plume d’un poète, un tel recours aux deux verbes les plus fréquents de la langue, être et avoir. Cela marque une volonté de simplicité dans l’écriture, d’écriture prosaïque, si l’on veut dire. Mais ceci est un détour stylistique plus que grammatical.

Être et avoir se construisent avec des compléments.

Être

Le plus souvent, être est le verbe support d’une relation attributive ; autrement dit, il est suivi d’un attribut du sujet. Par exemple, au premier vers, Cendrars écrit :

En ce temps-là j’étais en mon adolescence

“en mon adolescence” est un groupe prépositionnel dont la fonction est attribut du sujet. Vous pouvez vous en convaincre en le remplaçant par un adjectif (j’étais adolescent).

On retrouve deux attributs plus loin : si ardente et si folle, précédés d’un adverbe intensif : “si”.

Le “si” appelle une proposition subordonnée consécutive (“Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple d’Éphèse”).


Plus loin, le poète écrit :

J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares…

Ici, ce ne sont plus plus des attributs du sujet, mais ce qu’on appelle des compléments essentiels, et en l’occurrence des compléments locatifs, construits avec une préposition, qu’il s’agisse de “à” ou de “dans” (ce n’est pas toujours obligatoire : on peut aussi bien dire “J’habite Paris” que “J’habite à Paris”, même si la première tournure est peut-être légèrement soutenue aujourd’hui).

C’est l’occasion de démontrer que vous avez un certain “sens de la langue” : là où on apprend, jeune, à reconnaître un complément circonstanciel en posant la question “où” ou “quand”, on s’aperçoit que les réponses à ces questions portent ici sur des compléments essentiels, c’est-à-dire indispensables au verbe et à la phrase.


Avoir

Le verbe avoir est ici plus simple à analyser :

  • vous aurez reconnu des COD dans “seize ans” et “assez… tours” ;
  • avec la négation, ce qui est intéressant dans le second cas, c’est la construction à partir d’un adverbe (comme dans la phrase : “je n’ai pas assez d’eau”). L’adverbe assez fonctionne ici comme… un déterminant complexe, construit de la façon suivante : adverbe assez + préposition de + reste du GN (en fait, encore déterminant numéral, sept, puis le nom : tours)
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