Imaginons que nous ayons à réaliser le commentaire de la scène d’exposition du Mariage de Figaro de Beaumarchais.

Je vous renvoie à ce que nous avons vu ensemble pour ce qui concerne l'approche efficace d'un texte à commenter (nous avions travaillé sur la Prose du Transsibérien...).

Les notes ci-dessous sont semi-rédigées, presque comme sur un brouillon.


Découverte du texte, réflexion sur notre horizon d’attente, etc.

XVIIIe, Lumières, veille de la Révolution…

Émancipation individu, place importante du valet au centre de la pièce, émancipation de la femme avec la façon dont Suzanne tient tête à son futur mari.


Comédie

Personnages traditionnels du maître et du valet ; conflits, “fourberies”, à tout le moins ruses, portant l’intrigue et le comique. “Mariage” : obstacles probables (là aussi nécessaires à l’intrigue comme au registre comique : chaque obstacle devient un ressort de la pièce).


Théâtre de Beaumarchais :

Auteur de comédies (notamment), qui revendique l’héritage moliéresque - mais qui nécessairement innove. Les innovations sont à rechercher bien sûr du côté des personnages - Figaro est au cœur du titre, au centre de la pièce ; le pouvoir théâtral est aux valets. Mais elles relèvent aussi de la dramaturgie. Voir l’importance du décor, des objets (cf. didascalie initiale) : ils renvoient à l’établissement du couple par le mariage et font entrer le spectateur dans l’intimité des personnages. Le geste de Figaro, qui mesure l’espace du lit nuptial, symbolise l’union des corps à venir.


Trilogie de Beaumarchais :

épaisseur psychologique, « caractère » étoffé des personnages du « roman de la famille Almaviva ». On entre là aussi dans le caractère des personnages, plus avant. Des types émergent des caractères.


Scène d’exposition :

Personnages, relations, enjeux, thèmes, ton de la pièce. Ici, scène d’expo. “en action” : la pièce commence in medias res ; c’est Suzanne qui informe Figaro et le spectateur en même temps des vues que le Comte, comme un Dom Juan dégradé, a sur elle. L’intrigue se dessine : il faut résister au Comte et le tromper pour triompher de lui ; la fable (au sens de l’histoire) promet moins une inversion des rôles qu’un véritable renversement social. Mesurer la force subversive d’un tel choix. Songer au fait que la création de la pièce a longtemps été différée par Louis XVI, qui en avait entendu parler. S’agissant du ton, cette scène est vive, alerte, gaie, à l’image de la « folle journée » qui commence. Pour que les informations soient délivrées au spectateur sans en avoir l’air, Beaumarchais mise sur le ton enjoué des deux valets, qui tout en discutant badinent : la scène d’exposition est une scène de badinage amoureux. Témoin la tentative de baiser finale. Et l’épigraphe : « En faveur du badinage, faites grâce à la raison ».


Vers un projet de lecture

Une scène d’exposition efficace, qui repose sur un badinage amoureux, léger et pourtant d’une grande portée, tant sur le plan dramaturgique que social.


Vers un plan

I. C’est une scène d’exposition en action.

Le rideau se lève sur une scène déjà en mouvement - début in medias res, gage de dynamisme et de vraisemblance - (1) ; Suzanne délivre à Figaro et au spectateur les informations essentielles pour camper l’intrigue (le mariage à venir justifie avec vraisemblance son intervention, au même titre que l’aveuglement de Figaro) (2) ; ainsi, par-delà l’intrigue (il faudra triompher du Comte), la dimension subversive de la pièce apparaît dès l’exposition.

II. Le badinage amoureux donne le ton de la pièce : gaieté et théâtralité.

Le ton des deux personnages est enlevé et piquant ; par exemple, le geste du baiser final est créateur de mouvement et annonce la folle journée (1) ; par-delà la gestuelle amoureuse, les deux personnages jouent avec complicité la comédie de la séduction (2), prélude à leur union.

III. Cette scène révèle l’originalité du chef-d’œuvre de Beaumarchais.

Le « roman de la famille Almaviva » fait pénétrer les spectateurs dans l’intimité des personnages grâce à des innovations dramaturgiques, qui procèdent de la dramaturgie du quatrième mur (élaborée au XVIIIe) : Beaumarchais est déjà un metteur en scène (1 = innovations dramaturgiques) ; il étoffe les caractères et les inscrit dans une histoire ; le mariage n’est plus une convention théâtrale liée au dénouement, mais l’occasion de donner à voir une tranche de vie de toute la maisonnée (2 = innovations sur le plan de la psychologie des personnages) ; enfin, le théâtre de Beaumarchais se veut porteur d’émancipation sociale (3 = innovations quant à la leçon sociale portée par la pièce) : par-delà l’importance accordée aux valets, le rôle de Suzanne est ici central, et elle tient tête à son futur époux.


Projet d’intro.

« Aux vertus qu’on exige dans un Domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de Maîtres qui fussent dignes d’être Valets ? » : ainsi Figaro triomphe-t-il déjà, grâce à sa virtuosité, le rideau à peine levé sur Le Barbier de Séville (1775). C’est avec la même verve qu’on le retrouve, dans la pièce suivante, pour son mariage ; mais cette fois, le valet est opposé au maître qu’il a aidé à conquérir Rosine. En effet, en 1784, Beaumarchais, célèbre dramaturge du XVIIIe siècle, héritier de Molière et successeur de Marivaux, invite le spectateur à découvrir un nouveau chapitre de la vie de son héros dans cette pièce dont le véritable titre est La folle journée. La scène 1 de l’acte I, qui nous est proposée ici, consiste en un dialogue entre les deux futurs époux, Suzanne et Figaro, respectivement au service du Comte et de la Comtesse Almaviva. Nous nous proposons de montrer en quoi cette scène d’exposition de comédie est particulièrement efficace, en ce qu’elle repose sur un badinage amoureux, léger et pourtant d’une grande portée, tant sur le plan dramaturgique que social. Scène d’exposition en action, elle délivre l’essentiel des informations à connaître avec énergie et vraisemblance ; elle donne aussi le ton de la pièce, entre gaieté et théâtralité ; enfin, elle met en évidence l’originalité et la portée du chef-d’œuvre de Beaumarchais.

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