Quelques conseils pour commenter une scène de théâtre.

Vous ferez le 7 janvier un entraînement, sur table, au Baccalauréat de français.

À cette occasion, je le rappelle, vous travaillerez soit sur le commentaire d’un texte, soit sur un sujet de dissertation. Si, au Bac, le genre littéraire différera sans doute d’un sujet à l’autre (poème à commenter, et dissertation sur l’œuvre théâtrale étudiée, par exemple), ici, à des fins de cohérence avec notre cours, je vous proposerai une scène de théâtre à commenter, et un sujet de dissertation sur Juste la fin du monde de J.-L. Lagarce.

Ainsi, avoir lu la pièce une première fois à la veille des vacances de Noël vous aidera dans la conception d'une telle dissertation ; je rappelle la nécessité de relever dix extraits de la pièce et de les mémoriser.


Comment étudier une scène de théâtre ?

Situer le texte

Si l’on vous donne dans le paratexte des éléments relatifs à la situation de l’extrait (dans l’Histoire, dans la vie de l’auteur, dans l’œuvre d’où il est issu), servez-vous-en. Ne les citez pas tels quels : par convention, on ne commente pas le paratexte, mais bien le texte seul. Par exemple, la première scène de la pièce Juste la fin du monde, située au seuil de la pièce, est ce qu’on appelle traditionnellement une scène d’exposition : le rideau levé, elle donne au spectateur des clés de compréhension de la pièce qui commence (personnages, relations entre eux, intrigue, thème de la pièce, ton(s) du texte).


Étudier la composition du texte

Cela vaut pour tout texte, de quelque genre qu’il soit : vous avez affaire à un objet qui est le fruit d’une composition (comme un film, un tableau, une sculpture). Au théâtre, les scènes vont souvent d’un point A de l’histoire à un point B : elles sont susceptibles de faire avancer l’intrigue (ce qu’elle ne font pas toujours, et c’est alors intéressant de le remarquer). Comprendre quels mouvements structurent un texte, c’est souvent accéder à son sens explicite et même à son sens implicite. On a vu par exemple que la scène 1 de la pièce de Lagarce s’organisait autour de Louis, en mettant en scène, tour à tour, les autres personnages de la famille, confrontés à lui : sa rencontre avec Catherine, présentée par Suzanne, ouvre la scène ; ensuite, Suzanne revit et fait vivre aux autres l’attente qui a été la sienne ; enfin, les deux frères se saluent avec froideur.


Trois questions à se poser

  • Comme pour tout texte littéraire, posez-vous les trois questions que j’ai proposées, comme moyen aussi bien d’entrer dans une œuvre que de récapituler les acquis d’une lecture : (1) qu’est-ce que ce texte ? (2) Que dit-il ? (3) Quelle est sa portée, quel est son sens implicite, quels en sont les enjeux ?
  • (1) Par exemple, on a vu que la scène 1 de la pièce de Lagarce était une scène d’exposition : elle donne à voir tous les personnages et livre des informations sur leurs retrouvailles.
  • (2) Elle met en scène le retour de Louis dans sa famille, après une longue période d’absence, et la gêne qui accompagne son entrée dans la maison.
  • (3) Enfin, réfléchissons de nouveau aux enjeux de la scène : pour les personnages, il s’agit d’accueillir Louis et d’être reconnus par lui pour ce qu’ils sont. Chacun paraît se positionner par rapport à ce frère longtemps au loin. Catherine évite de le froisser, malgré le fait qu’il ne l’ait jamais rencontrée ; Suzanne assume un rôle de maîtresse de cérémonie et tente, nous l’avons dit en cours, d’exister ; Antoine, ironique et renfrogné, ne joue pas le jeu des conventions sociales ; la Mère paraît présente et absente à la fois ; son expression, confuse, traduit sa gêne, peut-être sa nostalgie d’un temps disparu. Louis est le personnage le moins loquace de la scène. En somme, pour le dramaturge, il s’agit de faire saisir au spectateur qui sont les personnages, quelles sont leurs relations, et tout le malaise qui entoure l’absence et la présence de Louis ; certes, les personnages parlent, mais ils ne semblent pas se parler vraiment les uns aux autres. Hésitations, reproches à peine dissimulés, réponses décalées, propos de convention, paroles destinées à combler le vide : tous les moyens semblent bons pour pallier les difficultés de communication lors de ces retrouvailles. La parole théâtrale, souvent inachevée, répétitive parfois, ou faite de reprises à tout le moins, non étayée de didascalies, montre le caractère laborieux de ces échanges. Tout est en “crise” ici (pour reprendre le terme de votre programme) : Louis, qui va mourir et ne sait comment l’annoncer ; sa famille, qui l’accueille sans trop savoir comment faire, voire, qui l’accueille mal (on pense à Antoine) ; la parole des personnages, qui se cherche.

Interroger la forme du texte théâtral

  • Par définition, le texte théâtral met en scène la parole d’un ou de plusieurs personnages : soyez donc à l’aise avec les termes simples du vocabulaire de l’analyse théâtrale que sont réplique, tirade (pour une réplique longue), monologue (lorsqu’un personnage parle seul en scène), aparté, stichomythies (lorsque s’enchaînent rapidement de brèves répliques), didascalies, etc.
  • Vous étudierez, pour l’essentiel, des répliques : comment s’enchaînent-elles ? L’un des personnages semble-t-il dominer l’échange ? Qui a l’initiative du dialogue ? Que dit la parole des personnages implicitement ? Comment tentent-ils, par la parole, d’agir les uns sur les autres ? Se représenter mentalement les personnages en scène, leur gestuelle, leurs déplacements, leur attitude, peut aider à comprendre la dynamique de l’échange.
  • Quel est le ton du texte (comique, tragique, sérieux, grave, lyrique, dramatique, pathétique…) ? Y a-t-il dans une même scène pluralité de tons ?
  • Examinez, s’il y en a un, le texte didascalique, qui indique donc, de façon généralement neutre et objective, des éléments que ne peuvent fournir les répliques seules : attitude, gestuelle, costumes, décor… Un texte didascalique ne donne généralement pas une lecture précise des émotions, qui relèvent, elles, de l’interprétation.
  • Parfois, les répliques des personnages donnent des indications sur le jeu, la gestuelle, le décor. On parle alors de didascalies internes. Il faut imaginer ce qui se passe pour bien rendre compte du sens du texte dans son intégralité.
  • Rappelez-vous : tout texte théâtral est caractérisé par sa double énonciation et sa double destination. Il est écrit par un dramaturge et proféré par des personnages ; il est adressé aux spectateurs en même temps qu’aux autres personnages sur scène. Un dramaturge peut jouer sur cette double caractéristique ; Jean-Luc Lagarce le fait peut-être dans la première scène, lorsque les pronoms personnels passent de la deuxième à la troisième personne.
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