Voici un guide pour vous aider à relire cette longue scène. Dans le descriptif, j’ai suggéré à votre futur examinateur différents découpages. En effet, notre extrait a sa cohérence, mais il est long pour l’épreuve orale : après avoir relu le texte, l’avoir retravaillé, il vous faudra donc vous imaginer en situation d’oral et adapter votre propos et sa construction au découpage retenu.


Suggestions de découpages possibles

Vous trouverez ces indications dans le descriptif, dans la description de la page du chapitre. Les numéros de ligne renvoient à cette version, non à votre édition, qui n’est pas numérotée.

Suggestions d’extraits, si l’examinateur souhaite raccourcir 
le texte : 


  • de « Suzanne, j’ai dit que je l’accompagnais », ligne 31, 
à « Je voulais seulement dire », ligne 114 (3 pages) ;

  • du début de la scène à « Je crois aussi », ligne 123 (4 pages) ;

  • de « Suzanne, j’ai dit que je l’accompagnais », ligne 31, à la fin de l’extrait (« il a le droit, ne lui dis rien »), ligne 168 (4 pages).

Sur les enjeux de la scène

Rappelez-vous, au moment de retravailler sur cette scène, les enjeux pour Louis, pour les autres personnages et pour le dramaturge, alors qu’il s’agit de préparer ce qu’au théâtre on appelle habituellement le dénouement.

Pensez à relire la scène précédente pour bien situer celle-ci : la scène 1 est un monologue de Louis qui annonce n’avoir pas dit ce pourquoi il était venu.

Pensez aussi aux personnages de la scène 2 : qui devrait être le protagoniste ? Quel est finalement le personnage le plus important ? Quel effet cela produit-il sur le spectateur ?


Lecture détaillée : Antoine, de la colère à la prise de conscience

Du début de la scène à « Il a le droit, ne lui dis rien ». 88-95.

Je vous propose de fonder la relecture de cet extrait de la scène 2 sur les mouvements qui le composent. Elle s’organise autour des tirades d’Antoine, avec, à chaque fois, un dialogue suivi d’une tirade.

  1. Premier mouvement, de la montée de la tension à la colère d’Antoine (sur le mot « désagréable »)
  2. Second mouvement, l’explosion d’Antoine (sur le mot « brutal »)
  3. Troisième mouvement de l’extrait La colère retombe (dernière tirade : l’homme fatigué)

1. La tension monte et aboutit à la colère d’Antoine.

L’organisation du départ de Louis

Antoine et Suzanne veulent tous deux raccompagner Louis : apparemment pour des raisons différentes. Antoine, pour que Louis parte ; Suzanne, parce que cela lui fait plaisir. La Mère refuse d’arbitrer entre eux.

  • En quoi peut-on dire qu’Antoine cherche ses mots ? Comment interpréter cela ?
  • Comment tente-t-il de justifier son choix de raccompagner Louis ? Qu’en pensez-vous ?
  • Comment Suzanne réagit-elle ? Observez le rôle du pronom « moi » et sa position.
  • Que suggèrent les didascalies internes dans sa réplique ? À quoi voit-on que son agacement va croissant ? Quel rôle la formule « mieux encore » joue-t-elle ?
  • Comment la Mère réagit-elle à la réplique de Suzanne ?
  • Comment interpréter la réplique de Louis ? Que penser de la phrase. « j’épouse ma sœur » ? Songez à la tragédie antique, au mythe d’Œdipe. Pensez aussi, plus loin, à la référence implicite au conte de fées.
  • Comment Antoine s’adresse-t-il à Suzanne ?
  • Observez comme la longueur des répliques va diminuant.
  • Comment interpréter la réplique de Louis : « Cela joint l’utile à l’agréable » ? Comment Antoine réagit-il ? A-t-il saisi ce que faisait son aîné ?
  • À « tu es impossible » que répond Suzanne ?

La tirade d’Antoine : une colère qui va croissant

  • Analysez ce qui témoigne de la colère d’Antoine dans l’écriture : les répétitions, les changements de pronoms, la fréquence des retours à la ligne, les adresses à Catherine.
  • Qu’est-ce qui montre que le terme « désagréable » est au cœur de la colère d’Antoine ?
  • Comment interpréter le blanc avant l’exclamation ?

2. L’explosion de colère.

  • Comment Catherine tente-t-elle de faire redescendre la tension et la colère de son époux ? Est-elle adroite ? Que penser de la locution adverbiale « un peu » devant l’adjectif « brutal » ? Quel autre adverbe emploie-t-elle ?
  • Vous pourrez comparer avec profit les répliques de Suzanne et de Catherine : certaines formules se font écho.
  • À quoi voit-on, dans la réplique d’Antoine, qu’il est isolé ?
  • Selon vous, Louis fait-il preuve d’ironie ou de compassion ? Comment interpréter les guillemets qui encadrent l’expression « la Bonté même » : de qui peut-elle venir ? du langage courant ? de la Mère ? de Suzanne ?

La tirade d’Antoine : une colère plus vive encore

  • Observez la courte réplique de Catherine et la didascalie interne : que suggère-t-elle ? Lisez le début de la réponse d’Antoine à son épouse.
  • Comment la tirade d’Antoine exprime-t-elle le désarroi et la colère ? Observez comme elle est construite autour de la question de « faire du mal ».
  • Le blanc marque-t-il un silence ? Suggère-t-il une brève pause avant l’exclamation ?
  • Vous pourrez voir aussi comme le texte paraît se générer tout seul à partir du verbe vouloir. Quelle image cela donne-t-il d’Antoine ?
  • Quel rôle les mots « seulement » et « juste » (l’adverbe mais aussi l’adjectif) jouent-ils dans cette tirade ?
  • Peut-on dire qu’Antoine achève sa tirade ?

3. La colère retombe.

  • Que pensez-vous de la longueur des répliques ? Qu’est-ce que cela suggère ? Comment imaginez-vous l’état des personnages après cette tirade ?
  • À quoi peut-on voir, dans l’échange avec Louis, que la colère d’Antoine demeure intacte ?
  • Comment Catherine relaie-t-elle la réplique de la Mère ? Qu’est-ce que cela change par rapport au départ tel que Louis l’envisageait ?

Troisième tirade

  • À quoi voit-on que la colère d’Antoine est toutefois retombée ? Quel mot cette fois remplace les termes « désagréable », « brutal » et « mal » ? En quoi ce terme est-il particulièrement riche de sens ? Renvoie-t-il à un état provisoire ou un état permanent ?
  • Pensez à réfléchir à la gradation : «  je suis fatigué (…) je suis toujours fatigué (…) je suis devenu un homme fatigué (…) je n’ai jamais été autant fatigué de ma vie ».
  • Quels motifs Antoine évacue-t-il ?
  • Peut-on dire que la tirade, par la suite, révèle une autre facette du personnage ? Pourquoi ? Peut-on dire qu’Antoine parvient à affirmer une part de lui-même de façon plus nette ?
  • Comment parvient-il à récuser le terme « brutal » ?
  • Je vous invite à être attentif au retour du verbe « imaginer ». Que dit-il de la façon dont les personnages se pensent les uns les autres au sein de cette famille ?
  • Réfléchissez au motif du regard. Peut-on faire un lien avec la question de l’abandon et donc avec Louis ?
  • Pensez à commenter les adresses d’Antoine aux personnages, les didascalies internes qui suggèrent des gestes de la part des autres. Qu’est-ce qui a changé dans leur rapport à Antoine par rapport aux premières minutes de la scène ?
  • Montrez comment, dans un deuxième temps, la tirade se déploie à partir d’une prise de conscience. Plusieurs indices en témoignent.
  • Comment interpréter le rapprochement que fait Antoine entre les termes « juste » et « exact » ?
  • En quoi peut-on dire du souvenir rapporté par Antoine qu’il est presque une allégorie de sa relation avec Louis ? Dans la façon qu’a Antoine de le rapporter, soyez attentifs aux pronoms qui désignent ou incluent Louis.
  • « se donnait le beau rôle » : pensez à vous arrêter sur cette expression du langage courant… qui nous vient du théâtre. Toute la pièce est empreinte de théâtralité : Louis, déjà, s’est montré comme un metteur en scène (pensez à la scène 1 de cette partie).
  • Qu’est-ce qui malgré cette prise de conscience en marche, atteste du doute qui persiste chez Antoine ?
  • Comment Antoine rapproche-t-il le souvenir d’enfance du moment qu’ils viennent de vivre ? Comment interprétez-vous cela ? Quel regard nouveau le lecteur - spectateur peut-il porter sur la question de la brutalité ici ?
  • Montrez comment la toute fin de la tirade clôt l’extrait en revenant au thème du départ. Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi est-il important qu’Antoine demande à Catherine de ne rien dire à Louis, de ne rien lui demander ?
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