Lisez l’ensemble de ces propositions, même sur les textes que vous n’avez pas étudiés. Je varie exprès les formulations pour ouvrir des possibles.


D’un travail préparatoire efficace et patient à un angle de lecture pertinent et percutant

Réfléchir à son horizon d’attente, d’après les informations dont l’on dispose avant de lire le texte

  • Avant de lire le texte, réfléchir à votre horizon d’attente. Pour votre premier DST, vous aurez affaire non à un poème de Baudelaire, mais, afin de vous préparer au Bac, à un poème tout de même. Cette situation par rapport un genre littéraire programme, en quelque sorte, des lectures possibles : rythme, musicalité, images, thèmes privilégiés en poésie, possible expression lyrique…
  • À cette information donnée dès à présent s’en ajouteront d’autres, au premier rang desquels la date de publication de l’œuvre : on n’écrit pas de la poésie au XXe siècle, par exemple, avec les contraintes qui ont précédé la poésie de Baudelaire au XIXe. La situation de l’œuvre sur un plan historique vous aidera donc aussi quelque peu.
  • Bien entendu, si vous disposez d’informations supplémentaires, comme le titre d’une section de recueil d’où le texte serait issu, il sera intéressant de la mobiliser.

Exemple avec trois des poèmes étudiés


« Paysage » :

Ce poème inaugure la section « Tableaux parisiens ». On sait donc qu’il appartient à un ensemble nouveau, dont Paris est le cœur battant : dans ses derniers poèmes en vers, contemporains du Spleen de Paris, Baudelaire fait de la capitale l’allégorie de la condition humaine.

Ce qu’on peut aussi avoir à l’esprit, c’est qu’en étant situé au seuil de la section, le poème en programme la lecture : il indique ce que les autres poèmes vont donner à lire, sur la manière de les lire aussi ; peut-être même précisera-t-il la façon dont ils seront venus au poète.


« Les aveugles »

« Les aveugles » fait partie de la section « Tableaux parisiens » également, mais son emplacement appelle moins de commentaire. Il est ironique qu’il précède « À une passante », poème qui évoque une fulgurante apparition. Mais au moins, retenons que ce poème - tableau sera probablement un portrait en vers, puisqu’il s’agit d’évoquer des personnages, les aveugles. Et gardons à l’esprit que chez Baudelaire, les personnages - albatros, femme à la fenêtre, mendiante… - sont souvent des allégories.


«  La cloche fêlée »

«  La cloche fêlée » est située dans la section « Spleen et Idéal » : il est donc probable que le poème soit oscille entre ces deux états de l’être baudelairien, soit tende vers l’un ou l’autre. De surcroît, dans l’édition de 1861, il précède une série de poèmes intitulés « Spleen ». Enfin, l’habitude de lecture que nous avons pu prendre des Fleurs du Mal peut nous inciter à penser au rôle allégorique qu’aura l’objet éponyme (au même titre que « Les chats », « Les hiboux », la mer de « L’homme et la mer », etc.). Serait-ce une allégorie du Spleen ? Avant même de lire le texte, il est possible d’avoir cette hypothèse à l’esprit.


Repérer les mouvements du texte

Repérer les mouvements du texte : déceler la logique architecturale d’un texte, d’un poème en particulier, c’est déjà accéder au sens.

Exemple deux des poèmes étudiés


« À une passante » :

le sonnet se compose de trois mouvements : le premier vers met en scène un décor parisien bruyant et étouffant ; les sept vers suivants peignent la passante, tandis que les tercets déploient une méditation sur cette rencontre avortée.


« La cloche fêlée » :

on peut repérer au moins deux mouvements : les quatrains, placés sous le signe du souvenir, évoquent une soirée d’hiver chaleureuse, au coin du feu, et développent une image : celle de la cloche personnifiée qui a suscité l’apparition des souvenirs au premier quatrain. Les tercets basculent dans le Spleen : l’image de la cloche est reprise, elle devient une allégorie de l’âme du poète, mais avec une fêlure indiquée dès le titre. Et cette fêlure connaît un crescendo métaphorique : la voix du poète est comparée à celle d’un soldat agonisant.


Formuler un projet de lecture percutant et pertinent

Ce projet découle de tout le travail préparatoire. Je vous avais proposé, après avoir situé le texte et en avoir décelé les mouvements, de formuler une paraphrase du sens explicite du poème, et une hypothèse sur une ou des significations plus ou moins implicites. C’est cela qui vous oriente, par la suite, vers un angle de lecture (ou projet de lecture), qui peut être convaincant.

Retenez qu’il doit s’appliquer au mieux au texte que vous étudiez : trop général, il pourrait devenir passe-partout et convenir à bien d’autres textes : cela affaiblit votre démonstration. Trop pointu, il pourrait ne pas embrasser la totalité du texte.


Exemples avec plusieurs des poèmes étudiés


« Paysage »

Nous nous proposons de voir en quoi ce poème, par-delà l’évocation quasi picturale de Paris, met en scène à la fois une ville rêvée et un art d’écrire.


« À une passante »

Nous verrons en quoi ce sonnet met en scène une figure singulière de l’Idéal baudelairien, sous les traits d’une passante à la beauté paradoxale.


« Les aveugles »

Entre fascination et raillerie, Baudelaire nous semble peindre ici un portrait complexe : non seulement celui des aveugles, mais peut-être aussi le sien, de façon allégorique. C’est ce que nous allons tenter de démontrer.


« La cloche fêlée »

Que Baudelaire, en ce sonnet, passe de la mise en scène d’un Idéal simple et chaleureux, au Spleen, dont la cloche devient une tragique allégorie, c’est ce que nous allons tenter de démontrer.


L’analyse et la rédaction

La difficulté principale tient à la façon dont s’entretissent interprétation (on énonce des hypothèses sur le sens d’un passage), analyse (on étudie la façon dont il est écrit) et les extraits cités (autre élément de preuve à l’appui de notre hypothèse). Tout cela… dans un français correct !

Au brouillon, cela demande de faire un repérage très serré de ce que l’on souhaite mobiliser (analyse et citations), en préparant des hypothèses de sens pour chaque élément qu’il nous semble pertinent de commenter.

J’ai longtemps proposé aux élèves de concevoir leur brouillon sous la forme d’un tableau - et je ne suis pas le seul : avec les interprétations, les analyses et le numéro de la ligne où figure le fragment à citer. C’est une possibilité ; mais que cette organisation ne vous rebute pas.


Exemple avec « Paysage »


Le poète fait entendre au lecteur comme une musique visuelle : les sensations parisiennes s’entremêlent et forment une harmonie urbaine, que, « du haut de (sa) mansarde », il s’est rendu à même de saisir. Ainsi, l’énumération de ce qu’il voit, du vers 6 au vers 8, dit cette vision heureuse d’une ville qui se hisse avec bonheur et tout en verticalité vers le ciel :
« Je verrai l’atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d’éternité. »
La métaphore explicitée des « mâts » autant que le rêve « d’éternité » disent comme l’esprit du poète fait de la contemplation un premier voyage, du réel parisien transformé vers un ailleurs que la proximité du ciel rendrait accessible.

Précision : j'ai mis des parenthèses pour le déterminant SA, faute, sur la page web, de pouvoir mettre des crochets, ici attendus.

Point de méthode : vous avez vu que j'ai cité le texte en respectant la mise en pages initiale : dans le cas d'un texte versifié, la disposition participe du sens, on doit la reproduire fidèlement dès lors que l'on cite deux vers ou plus.

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