Voici une aide pour que vous reveniez sur vos notes et que vous prépariez une explication de ce sonnet en vue de l’oral.


Synthèse

Voilà trois questions simples, progressives, qui permettent de refaire, pour soi-même, une récapitulation de notre travail en cours.

  • C’est un sonnet situé dans la section « Spleen et Idéal », et qui est, précisément, porté par ce que Baudelaire nomme l’Idéal. Il appartient aussi à ce que la tradition critique appelle le « cycle de Jeanne Duval », la « Vénus noire », maîtresse métisse de Baudelaire. La forme du sonnet, qui pourrait offrir au poète, avec les tercets, une retombée dans le Spleen, ou en tout cas une opposition entre Spleen et Idéal, comme l’indique le titre de la section, est ici exploitée de façon originale : ces derniers relancent, enrichissent et précisent la vision qui naît dans les quatrains.
  • Le poème développe la vision d’une une île paradisiaque, à partir de l’odeur du corps de Jeanne Duval (qui n’est célébrée que très brièvement ici : l’essentiel est plutôt qu’elle offre au poète un point de départ vers la fiction). Par petites touches, le lieu - fait de rivages, c’est-à-dire de points de départ, d’appareillage ! - et ses habitants sont dépeints, vers après vers : le poème offre une image stylisée de cet endroit idyllique ; chaque lecteur peut prolonger et préciser la vision initiale.
  • Cette vision, c’est celle d’un monde idéal, entièrement créé par l’imagination, où une sensation en appelle une autre d’un ordre différent pour former un ordre harmonieux. Autrement dit, le poème fait aussi indirectement l’éloge de l’imagination. La musicalité, très travaillée ici (phrases amples, enjambements, voyelles ouvertes, assonances, allitérations, rythme régulier), mime de façon sonore l’harmonie du lieu et, symboliquement, l’extase du poète. En cela, on peut parler d’un poème lyrique : la musique suggère un élan intérieur vers un monde imaginaire et désiré. Mais le lyrisme baudelairien a ici ceci d’original que le « je », certes présent (on trouve deux occurrences du pronom, en début de vers) compte moins que la vision qu’il développe ; les émotions ne sont pas évoquées, mais suggérés, ou inscrites à même le paysage exotique.

Pour situer le texte

Je vous renvoie à votre cours.


Composition

Rappelez-vous les caractéristiques d’un sonnet, et ce qu’il permet en termes de sens.

Dans ce sonnet, les tercets / le sizain redouble(nt) les quatrains. À partir de la femme aimée, le poète développe en lui-même la vision exotique d’une île paradisiaque (dans les quatrains) ; « guidé » par elle, il se laisse happer par une rêverie marine (dans les tercets).


Lecture

  • Observez le titre : qu’est-ce qui est exotique en réalité dans le poème ?
  • Regardez la syntaxe : combien de phrases ? Quelle longueur ? Quel effet ?

Précision sur la syntaxe du poème

Vous regarderez de nouveau le texte de près : il offre une forme très achevée. Il s’ouvre sur une subordonnée suivie de la proposition principale ; puis, une autre phrase commence par la principale et se clôt par la subordonnée.

Comment interpréter cette circularité, cette boucle opérée par le poème ?


  • Où le poète se trouve-t-il probablement ?
  • Quel moment le poète privilégie-t-il pour quitter la réalité ? Quel lien entre le paysage qui naît et celui qu’il abandonne ?
  • Que penser du singulier de « ton sein chaleureux » ? Y voyez-vous plutôt un choix érotique ou un choix esthétique ? Quelle importance est accordée à la muse du poète ? Faut-il y voir, selon vous, une synecdoque du corps (la synecdoque consistant à désigner le tout par une de ses parties) ?
  • Pourquoi « les deux yeux fermés » selon vous ?
  • Quels sens le poète mobilise-t-il dans les quatrains pour faire naître l’image de ce paysage exotique ?
  • Que penser du verbe « respirer » ? Aidez-vous du sens propre du verbe.

Sur le rythme

  • Qu’est-ce qui donne aux quatrains leur rythme si particulier ? Je vous invite en particulier à regarder la construction de la première phrase et le rôle des groupes de mots ajoutés (la subordonnée circonstancielle initiale, la subordonnée participiale « les deux yeux fermés », et les groupes insérés dans des GN (les nombreuses expansions du nom).
  • Pensez aussi aux sons, d’emblée : que dire par exemple de « chaud » et « d’automne » ? Que penser de l’abondance du son vocalique A ?
  • Les rimes jouent sans doute un rôle aussi dans le climat que crée d’emblée le premier quatrain. Qu’en dites-vous ?
  • Que dire des enjambements par ailleurs ?

Point de méthode : faites bien attention : ici, je vous propose des questions pour vous ré-approprier le texte ; une fois que vous avez des éléments d’analyse et d’interprétation en main, il vous faudra, à l’oral, citer le texte à l’appui de vos démonstrations. Ici, j’en fais la plupart du temps l’économie.

Repères : n’hésitez pas à revoir la fiche de repères proposée sur la versification. Je l’ai placée dans la collection sur le commentaire littéraire et celle sur l’oral. Sachez expliquer ce que vous nommez et réciproquement.


  • Pourquoi un pluriel à « rivages » selon vous ? Quelle impression s’agit-il de partager ?
  • Que dire de l’adjectif ? Quel sens lui donner ? Est-ce une personnification, et dans ce cas, que dit-elle de ces rivages ? Ou une métonymie, auquel cas l’adjectif référerait aux hommes et aux femmes qui arpentent ce rivage (comme quand on dit que tout Paris est dans la rue). Ou bien faut-il y voir une hypallage, et donc imaginer que c’est le poète qui se sent heureux à voir ce paysage naître mentalement ?
  • Que penser du « soleil monotone » ? Comment interprétez-vous l’adjectif ?
  • Quel rôle l’énumération joue-t-elle dans les quatrains ?
  • Selon quelle logique, quelle progression le paysage prend-il forme ?
  • Quelle qualité le poète prête-t-il aux habitants de l’île ?
  • Observez, dans le second quatrain, la coïncidence entre les vers et les groupes nominaux. Quel effet cela produit-il ? Pensez à la très ancienne ambition poétique héritée d’Horace, qui veut qu’un poème soit comme un tableau (« ut pictura poesis »). Comment le poète dirige-t-il l’œil du lecteur ?

Les tercets, contrairement à ce qui se fait souvent dans un sonnet, prolongent la vision développée dans les quatrains : ils l’amplifient et la précisent.

  • Montrez que le premier vers du premier tercet reprend le début du poème. Effet de relance selon vous ? Effort du poète pour que continue à s’étendre la vision qui est la sienne ? Effet d’insistance ? Pensez, entre autres, à la répétition de « Je vois », en tête de vers.
  • De nouveau, l’on rencontre le pluriel dans les tercets. Quel effet cela produit-il ? Quelle image peut naître dans notre esprit ?
  • Comment l’image du port, là aussi, reprend-elle ce qui est évoqué dans les quatrains ? Port, rivage : pourquoi de tels lieux ?

Point de méthode : nous l’avons dit en cours, gare à la surexploitation de l’instrument d’analyse qu’est le champ lexical. Il est ici moins intéressant de parler de la mer, ou de la mer seulement, que du rivage, espace de départ, tourné vers l’horizon, promesse de voyage et d’inconnu. C’est intéressant : Baudelaire, dans une rêverie, pourrait-on dire, part, quitte le réel… et rêve d’un lieu qui évoque lui-même des départs. Les rivages et le port, en somme, redoublent l’élan initial.


  • Quel effet la synecdoque des « voiles » et des « mâts » produit-elle ? S’agit-il seulement d’éviter, comme au service d’une poésie ornementale, le mot bateau ?
  • Essayez de dire cette partie du texte à voix haute, à nouveau. Vous vous rendrez compte que la disposition des mots place l’accent exactement sur la première syllabe de « voiles » et sur « mâts ». Les sons sont d’ailleurs assez proches. Quel effet cela produit-il ?

Précision : par licence poétique, le dernier E de « encore » est élidé pour éviter une treizième syllabe.


  • Pourquoi dire des bateaux qu’ils sont fatigués ?
  • Pensez à souligner la richesse de plusieurs des rimes des tercets.
  • Revisitez l’ensemble du texte : soyez attentif à l’impression de mouvement, de circulation qui apparaît explicitement au dernier vers. Quelles formes le mouvement revêt-il dans l’ensemble du poème ?
  • La vision créée par ce texte vous semble-t-elle précise ? Stéréotypée comme l’était l’imagerie exotique au XIXe siècle ? Efficace pour l’imagination du lecteur ?
  • Comment la fin du poème met-elle en scène l’harmonie des sensations ?
  • Pensez à travailler la lecture à voix haute, en particulier sur la toute fin. Que fait le poème, que fait le dernier vers ?

En 1re B, nous ne nous sommes pas attardés sur le lyrisme du poème. Je vous proposerai des compléments sur cette notion.


Pour donner ouvrir des perspectives intéressantes en fin de conclusion

  • Songez aux autres poèmes du cycle de Jeanne Duval que vous avez lus ; choisissez-en, confrontez-le à « Parfum exotique ». J’avais par exemple évoqué « Une chevelure », qui présente de nombreux points communs avec notre sonnet, mais aussi des différences intéressantes.
  • Songez à la peinture : je vous invite par exemple à regarder le tableau de Delacroix intitulé Femme caressant un perroquet (sur Pearltrees), qui a pu inspirer le poème « Les bijoux », qui précédait « Parfum exotique » dans l’édition de 1857.
  • Pensez à d’autres poèmes des Fleurs du Mal qui auraient pour thème le voyage : que symbolise-t-il pour Baudelaire ?
  • Lisez le texte célèbre du poète sur l’imagination, qu’il appelle la « reine des facultés » (sur Pearltrees).
  • Ou bien encore, réfléchissez à une ouverture qui pourrait, de façon habile, évoquer l’effacement de Jeanne Duval dans le poème au profit du paysage que fait naître son parfum. Cela vous rappellera peut-être ce par quoi nous avons commencé la séance.
  • Ou bien encore, revenez au lyrisme baudelairien : un lyrisme où parfois le “je” compte moins que les images et la musique qui expriment tantôt le spleen, tantôt l’harmonie intérieure, atteinte grâce à un instant d’Idéal.

Ce ne sont là que des pistes, des suggestions, des exemples. Ouvrir le champ de la réflexion, en fin de conclusion, c'est montrer à votre examinateur que vous savez situer les textes dans un ensemble, une histoire, des traditions, des façons de faire ; c'est montrer aussi que vous savez tisser des liens entre les œuvres, c'est-à-dire que vous êtes en train de bâtir une culture, en conscience. Tel est l'objectif que vous devez viser ; que mes suggestions ne soient pas reçues comme des propos à plaquer, à peine développés. Rien de pire qu'une "ouverture" artificielle : la fin de la conclusion offre une dernière impression pour la première partie, juste avant la grammaire.

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