Je prolonge ici le travail fait sur les subordonnées relatives, et particulièrement les pronoms relatifs.


Construire une réflexion grammaticale et s’exercer

Observons les deux vers suivants : 

Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone”

Deux remarques d’ordre littéraire, puis grammatical

  • Ce qui domine ici, c’est le motif de l’éblouissement : le verbe éblouir apparaît, renforcé par les termes “feux” et “soleil”, mais aussi, d’une certaine façon, par l’image des “rivages” (qui suppose que le soleil se reflète dans l’eau) et par l’adjectif “monotone”, à prendre au sens littéral (une seule couleur), et qui, en qualifiant “soleil”, suggère la force de la couleur dorée du soleil couchant.
  • Ces deux vers, à l’image du poème, sont saturés d’expansions du nom : l’île paradisiaque prend forme et vie grâce à des adjectifs (“heureux”, “monotone”) et une relative (“qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone”).

Comprendre le fonctionnement de la subordonnée relative

  • La subordonnée relative étend le GN “des rivages heureux”.
  • Elle se situe sur le même plan, d’ailleurs, que l’adjectif “heureux”. On peut tout à fait le dire à l’oral : c’est une façon d’illustrer notre maîtrise des équivalences fonctionnelles entre une subordonnée relative et un adjectif.
  • Au passage, on peut dire que l’ordre de ces expansions du nom ne saurait être différent : difficile de placer l’adjectif après la relative, car on ne pourrait plus être sûr qu’il qualifie “rivages”. Souvent, il faut donc placer d’abord les adjectifs, puis les subordonnées relatives, lorsqu’on étend un GN.
  • Comme “heureux”, la relative est liée au GN qu’elle étend. Sa fonction dans la phrase est épithète.
  • On peut, à l’oral, extraire la subordonnée de la phrase dans laquelle elle est incluse. Cela donnera :

Je vois se dérouler des rivages heureux.
Les feux d’un soleil monotone éblouissent des rivages.

Que s'est-il produit ?

  • En faisant de cette proposition subordonnée (c’est-à-dire, rappelons-le, une phrase dans une autre), une phrase désormais indépendante, il a fallu restituer le GN “des rivages” que remplaçait le pronom “que” (pour être exact, “qu’ ” élidé, puisque se terminant par une voyelle).
  • Cela permet de mettre en évidence un premier fait grammatical : le pronom relatif par lequel commence la subordonnée relative est un mot-charnière, un mot subordonnant ; il articule les deux niveaux de phrases (la proposition principale, de premier niveau ; la proposition subordonnée, de second niveau, incluse dans la première).
  • Second fait grammatical : le pronom relatif remplace un GN que l’on voit réapparaître dans la phrase redevenue indépendante, si on la reconstitue. Tous deux jouent le même rôle dans la phrase. Le GN “des rivages” suit et complète le verbe éblouir ; c’est un complément d’objet direct ; donc, “que”, pronom relatif, est aussi complément d’objet direct.

Rappel : pourquoi disposons-nous d’un éventail de pronoms relatifs variés ? Pourquoi en changer ?

Nous l’avons vu : la langue française est analytique, c’est-à-dire que le rôle des mots nous est indiqué par la place qu’ils occupent dans une phrase.

Baudelaire (sujet) voit un marin.
Un marin voit Baudelaire (complément d’objet, parfois appelé complément du verbe).

Mais lorsqu’on emploie une subordonnée, le mot subordonnant jouant le rôle de charnière entre les deux niveaux de phrases, il ne peut être déplacé. Or, le pronom relatif, lui, est un mot subordonnant qui, à l’intérieur de la relative, joue un rôle syntaxique (occupe une fonction, si vous préférez). Il faut le signaler. Faute de pouvoir le changer de place, on change de pronom, c’est-à-dire qu’on choisit le pronom relatif correspondant à sa fonction, pour indiquer celle-ci.

  • Baudelaire voit un cygne qui se tourne vers le ciel (qui est sujet, puisque la phrase indépendante correspondante serait : “Un cygne se tourne vers le ciel”).
  • Baudelaire évoque l’époque où Paris avait sa forme ancienne (Paris avait sa forme ancienne à l’époque de…) : “où” est ici un complément circonstanciel (de temps), car c’est ce qu’il remplace dans la phrase devenue une subordonnée.

Ainsi, je vous conseille de recourir à cette transformation qui consiste à écrire la phrase matrice, indépendante, qui a donné lieu à une subordonnée. L'ordre des mots redevient celui de la phrase type du français (sujet, verbe, complément). On identifie plus facilement les termes de la subordonnée. On explique mieux les phénomènes grammaticaux à l'œuvre : or, c'est aussi ce qui vous est demandé à l'oral.

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