Je reviens ici de façon détaillée sur notre lecture de l’extrait de Phèdre de Racine. Bonne relecture ! Ayez plaisir à dire et interpréter la poésie racinienne, cette folie amoureuse prise dans le cristal de la langue classique.


La parole en crise au théâtre

Rappelez-vous, nous avons étudié ce texte au terme d’un parcours anté-chronologique, qui nous a menés d’une parodie de scène de reconnaissance, entre les époux Martin, dans La Cantatrice chauve de Ionesco (1950), au texte de Racine, en passant par Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (1730). Ce parcours était fondé sur des textes dans lesquels la parole échappe aux personnages, ce qui, au théâtre, est particulièrement intéressant, et révélateur de ce qu’éprouvent les personnages (puisque toute pièce de théâtre est avant tout fondée sur des répliques).

Nous avons ensemble découvert de nombreux parallèles éclairants avec la pièce de Jean-Luc Lagarce : je vous y renvoie. Ils pourraient fournir la matière d’une très bonne amorce, et, ou d’une très belle ouverture en fin de conclusion, à l’oral comme à l’écrit.


La mise en scène de Patrice Chéreau

Je vous invite aussi à revoir la mise en scène de Phèdre par Patrice Chéreau (2003) : là aussi, revoyez vos notes. L’interprétation de Chéreau est riche d’enseignements : présence physique du fils de Phèdre (vêtu de blanc), rotation de l’héroïne autour d’Hippolyte (comme un monstre autour de sa proie) pendant l’aveu, expression de sa souffrance, avec une lumière pâle et forte qui tombe sur son visage (manifestation de son ancêtre le Soleil, dont la descendance est maudite ?), alexandrins dits de façon non pas naturelle, mais très éloignée de ce qui se faisait au temps de Sarah Bernhardt, par exemple (où primait la scansion des douze syllabes)… Les choix du metteur en scène, quelque regard que l’on porte sur eux, peuvent vraiment inspirer une lecture et une explication de premier ordre.


Pour situer l’extrait

Phèdre, l’amour comme une malédiction

Phèdre (ce qui signifie : la brillante) descend d’une famille qu’Aphrodite (Vénus pour les Romains) a maudite. On peut se référer à la magnifique entrée en scène de l’héroïne, qui s’adresse à son aïeul Hélios, le Soleil, alors que son amour coupable la dévore jusqu’à éteindre son désir de vivre :

« Noble et brillant auteur d’une triste famille,
Toi, dont ma mère osait se vanter d’être fille,
Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois,
Soleil, je te viens voir pour la dernière fois. »

(Réplique de Phèdre, Acte I, scène 3)

Hélios en effet a jadis révélé les amours interdites (encore !) d’Arès (Mars), dieu de la guerre, et d’Aphrodite (Vénus), déesse de la beauté et de l’amour (elle est mariée à Héphaïstos ou Vulcain, le dieu forgeron). C’est pourquoi Aphrodite a maudit la lignée d’Hélios. Lorsque le roi Minos, qui devait sacrifier un magnifique taureau blanc à Poséidon (Neptune), y renonce, le dieu de la mer se venge et met en œuvre, en somme, le premier acte de cette malédiction, puisqu’il rend Pasiphaé, la mère de Phèdre, follement amoureuse du taureau, ce qui donnera naissance au Minotaure. Le plus intéressant pour nous, c’est que cet enchevêtrement d’histoires inscrites dans la mythologie grecque, les dramaturges du XVIIe siècle y puisent la matière de leurs pièces. Et Racine en particulier, qui fait de cette malédiction d’Aphrodite (Vénus) une image de la passion amoureuse et de ses conséquences funestes. Dire, comme Phèdre, que « Vénus » est « tout entière à sa proie attachée », c’est signifier de manière à la fois puissante et imagée que l’amour nous détruit.


Le chef-d’œuvre de Racine

Dix ans après la création d’Andromaque (1667), Jean Racine crée Phèdre et Hippolyte, en réécrivant une tragédie d’Euripide (Ve siècle avant J.-C.), intitulée Hippolyte porte-couronne. Dans l’Antiquité, l’accent est mis sur le jeune fils de Thésée, comme l’indique le titre de la tragédie originelle. C’est lui que l’on prend en pitié, car sa belle-mère, Phèdre, l’aime ; Thésée, que l’on pensait mort, croit son fils coupable de l’avoir séduite et en appelle à Poséidon (Neptune) pour le punir mortellement. Racine déplace le centre de gravité de la pièce : « ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente », selon ses propres mots, c’est Phèdre qui polarise l’attention désormais - et l’évolution des titres raciniens en témoigne : initialement intitulée Phèdre et Hippolyte, la pièce se voit renommée Phèdre lors de la publication par le dramaturge de ses œuvres complètes en 1687 : c’est sous ce titre que nous connaissons le chef-d’œuvre du grand auteur tragique de la fin du XVIIe siècle.


Situation de l’extrait dans la pièce

L’acte I crée un étrange phénomène de suspens : alors que Phèdre cède à sa servante Œnone en lui révélant que c’est son amour interdit pour son beau-fils Hippolyte qui la ronge, l’on annonce la mort de Thésée. Racine a aussi inventé une autre histoire, à l’arrière-plan de celle de Phèdre : Hippolyte, le « farouche » fils de Thésée, qui ne veut surtout pas devenir volage comme son père, s’en veut terriblement, parce qu’il est tombé amoureux, d’une part, et que l’objet de cet amour est Aricie, descendante d’une famille rivale de Thésée, interdite de mariage. Il entend donc la fuir, à l’instar de Phèdre qui a vainement essayé d’étouffer son amour pour lui. Au deuxième acte, les enjeux politiques (qui ne dominent jamais chez Racine, mais qui favorisent l’exploration de l’intériorité des personnages et l’expression de leurs tourments) conduisent Phèdre à venir trouver Hippolyte : elle doit protéger le fils qu’elle a eu de Thésée, à présent que le trône d’Athènes est vacant. Hippolyte, fils d’une Amazone, pourrait le lui disputer. Vrai motif ou prétexte ? Toujours est-il que la mort présumée de Thésée rend possible ce qui ne l’était pas quelques scènes auparavant : un aveu d’amour, dont on peut encore aujourd’hui se demander s’il procède de la volonté, ou si, trop forte, la passion l’a emporté sur la parole jusque-là maîtrisée de la protagoniste.


La langue de Racine : le déchaînement des passions et la mesure du vers classique

Une remarque sur la langue de Racine, typique du Classicisme : soyez attentifs aux effets d’écho, aux jeux de symétrie, à la régularité, à la musique qui, ensemble, caractérisent l’alexandrin racinien. C’est une écriture très paradoxale, car elle entend dire la folie qui déborde les êtres dans une langue extrêmement mesurée (à certains égards, Baudelaire, avec son “Spleen”, est un lointain héritier du dramaturge). Chez Racine, pardon pour la trivialité de cette image, la passion est un cours d’eau devenu fou, mais qui ne déborde jamais l’espace du vers : une passion corsetée, tenue par la maille de l’écriture. Dès lors, cette musique, qu’elle concerne les sons ou les images, apparaît comme l’expression la plus épurée, la plus aiguisée qui soit des tourments des personnages.


Enjeux de l’ensemble de la scène

  • Sur le plan politique, la mort annoncée de Thésée ouvre une période d’instabilité, tant que sa succession sur le trône d’Athènes n’est pas réglée. Racine se sert de ce contexte, sans l’exploiter au premier plan : la venue de Phèdre auprès d’Hippolyte se trouve ainsi justifiée.
  • Sur le plan psychologique, l’échange promet d’être complexe : Hippolyte se croit haï par Phèdre, alors qu’il n’en est rien ; mais par décence, il ne saurait de toute façon le lui reprocher, alors qu’elle vient d’apprendre la mort de son époux. Phèdre approche dangereusement un homme qu’elle n’a eu de cesse d’éloigner d’elle, pour étouffer son amour, ce qui a été vain ; elle vient en mère, mais redevient la femme en proie à l’amour au cours de la scène ; elle devrait n’être qu’en deuil, or la mort de Thésée a probablement pour effet de la libérer d’une partie de l’interdit qui pèse sur elle.
  • D’un point de vue dramaturgique, le tragique va croissant : nous savons Phèdre rongée par l’amour et au bord de la mort ; le spectateur du XVIIe siècle connaît l’histoire originelle et le piège qui va se refermer sur Hippolyte, bientôt accusé d’avoir séduit sa belle-mère (nous pouvons bien, au XXIe siècle, découvrir l’histoire totalement, mais comme lycéens, nous ne saurions faire l’impasse sur ce qu’en connaissait le public de Racine, qui aimait découvrir le traitement nouveau d’une histoire ancienne). L’enjeu dramaturgique, c’est donc la façon dont cette scène d’aveu va faire avancer l’intrigue tragique, c’est-à-dire prendre les deux personnages au piège.
  • Sur un plan poétique, enfin, mais aussi anthropologique (au sens d’une réflexion sur l’homme), il s’agit pour Racine d’exprimer sa vision de l’amour et de la passion (nourrie, sans doute aucun, de son éducation janséniste : je vous renvoie au Jansénisme pour approfondir cet aspect de la vie de Racine et votre connaissance de ce courant chrétien rigoriste, qui fit, pour sa perte, de l’ombre à Louis XIV). L’histoire du Minotaure, monstre né d’un amour fou et maudit, et du Labyrinthe conçu pour l’enfermer, s’offre comme une métaphore idéale, pour un dramaturge qui met en images les tourments de l’intériorité.

Angles de lecture

Je vous renvoie à nos travaux en cours, ainsi qu’aux enjeux ci-dessus, pour bâtir un angle intéressant. Vous l’avez saisi, vous pouvez lire cet extrait comme

  • l’expression d’une passion dévorante, interdite et maudite,
  • un aveu dont il est difficile de mesurer s’il est volontaire ou s’il procède d’un abandon à la passion, plus forte que Phèdre,
  • une tirade labyrinthique, à l’image de la passion amoureuse, mais coulée dans l’alexandrin, sa rigueur et sa musique,

Pour faire le point, par vous-même ; pour élaborer une synthèse destinée à votre fiche mémento

Rappelez-vous ces trois questions simples : qu’est-ce que ce texte ? que dit-il ? que peut-il signifier ?

  • Qu’est-ce que c’est ? Une tirade en forme d’aveu indirect ; Phèdre formule un aveu indirect et peut-être involontaire.
  • Qu’est-ce que ça dit ? Que Phèdre aurait voulu substituer Hippolyte à Thésée ; que la parole peut faire ce que le temps n’a pas réalisé.
  • Qu’est-ce que cela signifie ? Que Racine donne à voir l’amour sous la forme d’un labyrinthe et l’être qui aime comme un monstre malgré lui.

(Ce sont là des réponses possibles, rien qui doive être figé dans le marbre.)


Composition de l’extrait

Rappel : nous prenons en compte la réplique d’Hippolyte qui précède immédiatement la tirade de Phèdre.

  • Involontairement semble-t-il, et dans la confusion, Phèdre commence à dire son amour en redessinant le portrait de son époux Thésée, sous les traits d’Hippolyte.
  • Elle recompose ensuite le passé (à partir de la question « Que faisiez-vous alors ? ») pour réécrire la légende de Thésée, à qui elle substitue son fils.
  • Enfin, elle se met elle-même en scène dans cette légende réinventée, en remplaçant sa sœur Ariane (« Mais non… »). Le passé, refaçonné, rejoint le présent, et peut-être un futur espéré.

Lecture détaillée

En répondant à Hippolyte, Phèdre superpose sa figure à celle de Thésée.

L’ESSENTIEL

  • Analysez le rôle de didascalie interne de la réplique d’Hippolyte. Vous gagnerez à insister sur le caractère tragique de cette méprise.
  • Montrez comment s’enchaînent les deux répliques ; pensez à la confusion des personnages : celle d’Hippolyte, qui ne saisit pas sa méprise ; celle de Phèdre, qui répond en parlant de Thésée mais en pensant à Hippolyte.
  • Commentez l’expression de l’amour de Phèdre : le vocabulaire, le crescendo des sentiments (la gradation), le titre de « Prince » qu’elle prononce une première fois (sachant qu’elle a longtemps feint de haïr Hippolyte, dans l’espoir de l’éloigner et d’éteindre son amour pour lui).
  • Commentez, bien sûr, la recomposition du portrait de Thésée, c’est-à-dire de Thésée sous les traits d’Hippolyte : vous pouvez insister sur l’accumulation d’adjectifs, valorisants, qui correspondent à Hippolyte, et qui s’opposent aux faits les moins glorieux commis par Thésée. Observez le rythme aussi, qui fait entendre le désir de Phèdre pour un jeune homme aimablement « farouche » (voir ma proposition de questionnement ci-dessous). Vous pouvez vous attacher à l’emploi de l’imparfait, qui montre que pour Phèdre, Thésée est bien mort, ce qui l’autorise en somme à faire la déclaration qu’elle est en train de faire peu à peu. Montrez, pourquoi pas, qu’il s’oppose au présent du tout début de la tirade (avec le verbe aimer).
  • Montrez comme se fait le glissement de Thésée vers Hippolyte (« … ou tel que je vous vois »). Vous pourrez vous attacher à l’expression paradoxale de la ressemblance entre les deux hommes (voir ma proposition de questionnement ci-dessous).

POUR AFFINER VOTRE EXPLICATION

  • Comment les deux répliques s’enchaînent-elles ? En quoi peut-on dire que, tragiquement, Hippolyte offre à Phèdre la possibilité de cette déclaration d’amour ? Pensez aussi à l’efficacité dramaturgique d’une telle réplique : on peut y voir une didascalie interne.
  • La première phrase énonce-t-elle un mensonge ou une vérité ? Si c’est un mensonge, à qui est-il adressé ? À Hippolyte ? Ou à elle-même ? S’agit-il selon vous de se protéger d’un aveu qu’elle pourrait faire par la suite ? qu’elle mystifie Hippolyte ?
  • Pourquoi est-il important que Phèdre, au début de sa tirade, parle au présent ?
  • Comment l’amour et l’émotion de Phèdre s’expriment-ils, dans une forme de montée en puissance ?
  • Quel rôle le « non » joue-t-il (dans « non point tel que l’ont vu les enfers ») ? On s’attardera aussi sur la polysyndète avec l’adversatif « mais » : en quoi ces mots et leur multiplication servent-ils la recomposition du portrait de Thésée en Hippolyte (ou d’Hippolyte en Thésée) ?
  • Thésée était réputé « volage » ; quelles valeurs sont attachées aux adjectifs choisis et énumérés par Phèdre pour dépeindre Hippolyte ? (On insistera notamment sur « farouche ». Pensez à faire sonner cette énumération : l’allitération met les adjectifs en relief.
  • Sur le plan du rythme, on sera attentif, à partir de « Mais fidèle », au fait que les adjectifs accumulés (ainsi que la polysyndète fondée sur le « mais ») donnent au vers un caractère haletant. On peut comparer cela aux vers précédents, qui évoquaient un Thésée peu honorable, beaucoup plus coulés dans la fluidité de l’alexandrin, avec une césure classique à l’hémistiche (au bout de six syllabes). Hippolyte a quelque chose de sauvage : le rythme du vers s’en ressent. Dit autrement, c’est le désir de Phèdre qui se fait entendre ici, sensiblement.
  • Pourquoi est-il habile et encore prudent, à ce stade, de dire que ce Thésée revisité traîne « tous les cœurs après soi » ? En quoi cela dessine-t-il, en symétrie, le portrait d’un homme tout autre que Thésée ?
  • La comparaison (« Tel que… ») et le motif des yeux et du regard rapprochent Phèdre de l’aveu : cette comparaison est-elle un stratagème là encore inspiré par la prudence ? Ou vous paraît-elle au contraire opérer un glissement, du Thésée réinventé vers le véritable Hippolyte ?
  • Que pensez-vous de l’imparfait ? Sert-il l’expression de la nostalgie ? Que dit-il de ce que pense Phèdre quant à Thésée, que l’on dit mort ? Quel effet cela peut-il avoir sur elle ? Quel temps Phèdre employait-elle au tout début de sa tirade ?
  • La ressemblance avec Thésée est mise en relief par l’énumération : mais si l’on y réfléchit bien, lorsqu’on évoque une ressemblance entre père et fils, le fait-on dans ce sens-là ?
  • « Digne sujet… » : rappelez-vous qui sont les « filles de Minos ». En quoi est-ce une façon de signifier son amour ? Que pensez-vous de la façon dont Phèdre procède ?

Puis, Phèdre commence à réinventer la légende de Thésée, en remplaçant le père par le fils.

L’ESSENTIEL

  • Attardez-vous sur les questions posées par Phèdre… qui ne sont pas vraiment des questions. Comment les interprétez-vous ? Quel effet produit leur enchaînement ? Pensez aux enjambements et à ce qu’ils traduisent de l’emportement de Phèdre (voir ci-dessous).
  • Pourquoi Phèdre évoque-t-elle le mythe du Minotaure ? Relevez tout ce qui permet de magnifier cet épisode, à commencer par les détails concernant la créature (si c’est un monstre, celui qui la défie ne peut être qu’un héros : que fait Phèdre ici ?). Mais surtout, attachez-vous à la place de cet épisode dans l’histoire de Thésée, et à l’origine du Minotaure (voir ci-dessous pour aller plus loin).
  • Montrez comment la figure de Phèdre apparaît à l’arrière-plan de cette histoire (« nos bords », « ma sœur »).
  • Pensez à commenter les irréels du passé (voir ci-dessous).

POUR AFFINER VOTRE EXPLICATION

  • En quoi les questions de Phèdre sont-elles étonnantes ? Comment les interpréter (que sont-elles, que signifient-elles) ? À qui sont-elles réellement adressées ? Que pensez-vous de l’apposition « trop jeune encor » (le E est élidé pour éviter une syllabe surnuméraire). Observez le rôle des enjambements : comment interprétez-vous cette parole qui s’emporte elle-même ?
  • À quel terme le nom d’Hippolyte est-il associé par la rime ? Quel sens donnez-vous à ce choix de Phèdre ?
  • Pourquoi ce retour au mythe de la victoire de Thésée sur le Minotaure ? Pourquoi cet épisode en particulier ? Songez qu’au début de la pièce, Hippolyte, jeune homme, ne peut tirer gloire d’aucun exploit particulier. Rappelez-vous aussi l’origine du Minotaure : il est né des amours de Pasiphaé (mère de Phèdre, victime alors d’une vengeance de Poséidon / Neptune par rapport Minos) et d’un taureau. Ajoutons que le combat entre le Minotaure et le héros grec revêt une dimension allégorique : c’est celui de l’homme contre la bête, de la raison contre l’instinct.
  • Qu’exprime le conditionnel passé « aurait péri » ?
  • Phèdre évoque le « fil fatal » grâce auquel sa sœur Ariane a permis à Thésée de s’échapper du Labyrinthe. Mais alors, pourquoi cet adjectif ? Comment l’interprétez-vous ? Cette fatalité renvoie-t-elle à l’amour vain d’Ariane pour Thésée (qui l’abandonne) ? Ou faut-il ici lui donner un autre sens ?

Enfin, il ne reste plus à l’héroïne qu’à se substituer elle-même à sa sœur Ariane, à tenir à sa place “le fil fatal” et le premier rang dans cette histoire réinventée.

L’ESSENTIEL

  • Insistez sur la façon dont Phèdre se substitue à sa sœur Ariane dans le récit qu’elle reconstruit : répétition de la tournure « C’est moi », vocabulaire de l’aide (« utile secours », « soins », avec une phrase exclamative : « Que de soins… »), jusqu’à une démonstration de courage (« Moi-même devant vous… »). À la fin du mouvement, Phèdre se désigne elle-même à la troisième personne : attachez-vous à commenter cela (voir mes propositions ci-dessous au besoin).
  • Observez comme s’opère la jonction entre le passé réinventé, le présent de cette tirade et peut-être un futur espéré : commentez notamment l’expression « cette tête charmante », en vous attachant autant à l’adjectif qu’au déterminant démonstratif (voir ma proposition de questionnement ci-dessous). L’expression rime avec « votre amante », qu’il faut analyser aussi (voir ci-dessous mes précisions).
  • Commentez l’image du labyrinthe : quel sens métaphorique lui donner ? Pourquoi la tirade s’achève-t-elle sur la référence à l’antre du monstre ?

POUR AFFINER VOTRE EXPLICATION

  • « Mais non… » : montrez que Phèdre réécrit le passé. Au-delà de la négation, appuyez-vous sur les temps. Après le conditionnel passé (plus haut : « aurait péri », « aurais devancée »), on trouve ici le plus-que-parfait du subjonctif (« eût inspiré »). Ces temps sont ce qu’on appelle des irréels du passé.
  • Attention à « d’abord », qui au XVIIe siècle signifie « d’emblée ».
  • Observez la répétition de « C’est moi ». Pourquoi cette mise en relief ? (Vous penserez à travailler ce passage pour la diction du texte).
  • Pourquoi l’apostrophe : « Prince » ? Rappelons que Phèdre, pour éteindre les feux de son amour, a longtemps fait en sorte d’éloigner Hippolyte et feint de le détester (ce qu’Hippolyte a perçu comme le fruit de la haine, logique ici, d’une belle-mère pour le fils d’une autre femme). Mais songeons aussi à l’enjeu initial, politique, de cette scène : Phèdre venait au départ pour s’assurer que la vacance du trône ne provoquerait pas, de la part d’Hippolyte, de violence à l’égard du fils qu’elle a eu avec Thésée, et qui doit lui succéder.
  • L’expression « les détours » (du Labyrinthe) renvoie, plus haut, à « l’embarras incertain » de la retraite du monstre. Mais d’ores et déjà, ne faut-il pas voir le Labyrinthe comme une métaphore ? Dès lors, quel enseignement Phèdre aurait-elle été en mesure de dispenser ? (Phèdre n’est probablement guère plus âgée qu’Hippolyte, mais elle est reine, et lui prince : elle conserve une forme d’ascendant).
  • Vous aurez observé, de nouveau, l’enjambement (après “secours”) : qu’est-ce que cela dit de l’état de Phèdre ?
  • Pensez à commenter l’expression « cette tête charmante », et la phrase exclamative. Le mot “charmant” est fort aux XVIIe siècle : il renvoie au sortilège de l’amour. Le démonstratif a une valeur didascalique : il réfère à Hippolyte et opère la jonction entre le passé réinventé, le présent de la scène, et peut-être un futur espéré. Quelle différence avec l’emploi de l’adjectif charmant au début de la tirade ? Vous aurez noté aussi que « charmante » rime avec « amante », qui désigne Phèdre (le terme « amante » au XVIIe n’a pas le sens qu’il a acquis : on est amant si l’on aime).
  • « votre amante » : montrez comment se fait l’aveu d’amour : amante dans le passé (réécrit) ou dans le présent ?
  • Pensez à noter l’importance que prend Phèdre à présent qu’elle a remplacé sa sœur dans le mythe réinventé. Observez par exemple la place du pronom tonique « Moi » (en français, moi est tonique, c’est-à-dire qu’il porte l’accent ; je est atone) et l’effet d’insistance de l’adjectif « même ».
  • Phèdre se rêve en « compagne du péril… » : c’est l’héroïne tragique qui parle de l’héroïne épique qu’elle aurait voulu être. Pourquoi une telle démonstration de courage, imprimée dans la langue avec l’insistance sur le pronom ?
  • Phèdre parle d’elle-même à la troisième personne : comment interprétez-vous ce dédoublement ?
  • De quoi la descente au Labyrinthe devient-elle la métaphore ? Quel sens donner à l’alternative « retrouvée, ou perdue » ? Si le labyrinthe abrite un monstre, mais qu’il métaphorise désormais la passion amoureuse, parle-t-on encore du Minotaure ?
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