Je reviens ici sur la rencontre entre les deux personnages, inconscients de la portée de l’événement, émus tous deux, métamorphosés même, mais pour des raisons différentes.


Pour une synthèse

  • Qu’est-ce que ce texte ? Cet extrait met en scène la rencontre entre deux personnages d’exception : Julien, un héros décalé ; Madame de Rênal, une femme dont la grâce contraste avec les personnages de son milieu. Il reprend ainsi le topos littéraire de la rencontre amoureuse (un topos, rappelons-le, est un motif récurrent, traditionnel).
  • Que raconte-t-il ? Ces pages narrent le dialogue entre les deux protagonistes et leurs réactions respectives. La scène est vue tantôt par les yeux de Julien, tantôt par ceux de Madame de Rênal, pour que le lecteur puisse la vivre au plus près des émotions intenses qu’éprouvent les personnages.
  • Quelle est la portée de cette page, que peut-elle signifier ? Julien et Madame de Rênal paraissent non seulement émus, mais aussi métamorphosés par leur rencontre : aussi réaliste soit-il, le roman, on l’a déjà vu, emprunte parfois certains de ses traits au conte. Mais entre répliques et description de leurs réactions, le texte n’est pas non plus sans rappeler le théâtre, d’où provient d’ailleurs indirectement l’épigraphe. Cette citation de l’opéra Les Noces de Figaro de Mozart, au sujet de l’émoi amoureux et sensuel du jeune Chérubin, avait valeur d’annonce : nos héros ne savent plus qui ils sont ni ce qu’ils font ; les rangs sociaux interfèrent et en même temps s’effacent quelque peu dans l’extrait. Il serait cependant prématuré de dire qu’ils tombent amoureux l’un de l’autre en cet instant : Stendhal les montre au seuil d’une relation dont on devine en partie la suite ; les émotions de l’un et de l’autre diffèrent par ailleurs. Enfin, ils sont encore inconscients de ce qu’ils vont vivre ; le plaisir de la lecture vient de ce que nous en savons déjà plus qu’eux, y compris sur le caractère « fatal » de cette relation amoureuse à naître.

Situation de l’extrait

  • Vous présenterez bien sûr Stendhal et son roman. Vous pourrez insister sur le désir de Stendhal de peindre la France de son temps, celle de la Restauration : cela programmera la suite de votre propos, puisqu’un jeune homme issu de la paysannerie rencontre une femme de l’aristocratie de province. Les rangs sociaux vont jouer un rôle dans cette rencontre.
  • Rappelez-vous comme les premiers chapitres immergent le lecteur dans la France provinciale de 1830, avec la petite ville imaginaire de Verrières, les paysages environnants, l’atmosphère, les mentalités.
  • La plupart des personnages apparaissent médiocres, du père Sorel au maire et à Valenod. La perpétuelle recherche de l’intérêt (du « revenu ») les étouffe et les rabaisse, au point que la beauté du lieu s’en trouve affligée.
  • Deux personnages surgissent dans ce décor et ce milieu provincial moqué par la voix narrative : Madame de Rênal, toute de grâce et d’innocence, et Julien, en butte aux attentes de son père, en décalage avec les siens. Restait à les faire se rencontrer. Toute la progression des premiers chapitres conduit précisément à cette scène de rencontre.

Pour formuler un angle de lecture intéressant

Quel que soit votre projet de lecture, songez au caractère exceptionnel des personnages évoqué ci-dessus, qui les prédispose à cette rencontre ; pensez à la mise en scène de cette rencontre (la rencontre amoureuse est donc ce qu’on appelle un « topos » romanesque, c’est-à-dire un passage classique de tout roman, qui appelle une attention particulière : en quoi Stendhal renouvelle-t-il cette tradition littéraire ?) ; analysez l’écriture, au plus près des perceptions et des émotions des personnages, avec un récit qui va d’un point de vue à l’autre ; songez à ce que la rencontre produit comme effet chez les deux personnages : appuyez-vous pour cela sur l’épigraphie empruntée à l’opéra de Mozart (lui-même fondé, rappelons-le, sur la pièce Le Mariage de Figaro de Beaumarchais). Enfin, ayez une attention particulière à la question des rangs sociaux, à leur bref et provisoire effacement devant les émotions des deux protagonistes.


Mouvements du texte

Trois mouvements composent notre extrait :

  1. Madame de Rênal voit apparaître Julien ;
  2. leur premier échange est marqué par une surprise mutuelle ;
  3. après le dialogue au discours direct, la voix narrative nous immerge dans les émotions et les réflexions des deux protagonistes.

Lorsqu’après l’avoir lu, vous annoncerez les mouvements du texte, lesquels structurent votre explication, vous pouvez le faire comme ci-dessus, à condition de bien les détacher par des pauses, ici indiquées par les points-virgules, ou bien d’user de liens logiques, sans abuser toutefois de « ensuite ».


(Premier mouvement) Madame de Rênal découvre Julien : il apparaît sous la forme d’un être innocent (Jusqu’à « il tressaillit… »).

Sur l’exergue

  • Rappelez-vous l’essentiel sur l’exergue (ici, épigraphe, terme employé plus haut, et exergue sont synonymes). Tantôt, Stendhal cite un auteur, tantôt il invente une citation. Quoi qu’il en soit, les exergues en tête de chapitre enrichissent le roman et contribuent à l’intérêt du lecteur. Elles peuvent offrir un angle de lecture pour le chapitre à découvrir, une résonance avec une œuvre ou une réflexion sur la société française de l’époque. Elles participent à ce titre de la relation de complicité que Stendhal noue avec son lecteur.
  • L’exergue du chapitre VI est une réplique du personnage de Chérubin dans l’opéra de Mozart Les Noces de Figaro (1785). Mozart, et Lorenzo Da Ponte, auteur du livret, ont porté à l’opéra le chef-d’œuvre de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro (Acte I, scène 7 ici, pièce créée en 1784). Chérubin, fait unique dans le théâtre de l’époque et pour longtemps encore, est un adolescent. Il s’éveille à l’amour, à la contemplation des femmes, aux sens, et s’exclame pour dire qu’il ne sait plus ni qui il est, ni ce qu’il fait.
  • J’ajoute - mais cela n’apparaît pas dans l’opéra de Mozart, ni dans la pièce de Beaumarchais, que l’on apprendra la mort tragique de Chérubin dans la La Mère coupable (1792), dernière œuvre de la « trilogie espagnole », qui reprend les personnages des deux précédentes pièces (Le Barbier de Séville et Le Mariage de Figaro).
  • Ce personnage angélique, vif, gai, sensuel, amoureux de toutes les femmes qui passent, est donc à la fois symbole d’enfance et d’éveil de l’amour. Il a aussi une dimension androgyne : dans Le Mariage de Figaro, il est un moment déguisé en jeune fille par Figaro pour le préserver de la colère du Comte Almaviva ; le stratagème fonctionne, en raison de son apparence.

Julien est vu à travers les yeux de madame de Rênal.

  • Notez les circonstances d’emblée exceptionnelles de la rencontre : le moment est d’abord marqué par l’absence d’autres hommes : voir la circonstancielle qui ouvre l’extrait.
  • Avant que le lecteur ne voie Julien, c’est madame de Rênal qui est décrite par la voix narrative. Pensez à caractériser cette nouvelle esquisse du personnage : c’est aussi sous ce jour que Julien va découvrir la maîtresse des lieux. En quoi est-elle, dans cette France provinciale étouffée par l’argent, en regard de son mari toujours en quête de prestige, un personnage d’exception ?
  • Vous aurez noté la composition de la phrase, qui met en évidence l’apparition de Julien : un complément circonstanciel initial, qui comprend une subordonnée relative, qui comprend une subordonnée circonstancielle, puis la proposition principale (« madame de Rênal sortait… ») et enfin, une nouvelle subordonnée circonstancielle (« quand elle aperçut… »), suivie d’une apposition (« extrêmement pâle ») et d’une relative coordonnée (« et qui venait de pleurer »). L’analyse littéraire n’exige pas que vous détailliez cette construction ; mais je la signale pour deux raisons : d’une part, elle se prête à une question grammaticale lors de cette étape de l’épreuve ; d’autre part, ce qui est intéressant d’un point de vue littéraire cette fois, c’est que l’événement principal relaté par cette phrase (l’apparition de Julien) se situe dans la dernière subordonnée circonstancielle, ce qui explique que le verbe de la principale soit à l’imparfait et celui de la subordonnée au passé simple. Relisez la phrase à voix haute : elle est composée de façon à mimer et donner de l’importance à l’apparition du héros, située en fin de phrase.
  • Vous penserez à caractériser le portrait de Julien, tel que la voix narrative le livre, à travers les yeux de madame de Rênal. La « chemise bien blanche » et la « veste fort propre de ratine violette » (la ratine est une étoffe de laine) sont à commenter : est-ce attendu chez un « jeune paysan » ? Qu’est-ce que cela indique quant au personnage ?
  • Comment Madame de Rênal perçoit-elle Julien dans un premier temps ? Appuyez-vous sur les termes qui désignent le personnage (« ce petit paysan », « une jeune fille déguisée », « cette pauvre créature »), mais aussi sur ceux qui caractérisent son teint et ses yeux, précédés de l’adverbe intensif « si ». Madame de Rênal apparaît-elle ici comme une amante possible ou comme une mère ?

Courte parenthèse méthodologique : appropriez-vous les verbes « désigner » (au moyen d’un groupe nominal) et « caractériser » (au moyen d’un groupe adjectival ou d’un équivalent, complément du nom ou subordonnée relative). Beaucoup de candidats emploient mal le verbe « qualifier » ; je vous suggère de recourir aux deux verbes ci-dessus, selon les cas.

Par exemple, on pourra dire : Madame de Rênal voit Julien comme un enfant, et même une jeune fille ; en effet, le personnage est désigné par les groupes suivants : « une jeune fille déguisée », « cette pauvre créature » ; les termes qui caractérisent son apparence, son teint « si blanc », « ses yeux si doux », sont mélioratifs ; l’intensif « si » insiste sur la beauté et la silhouette presque angélique de Julien.

  • Je vous invite à relever le court extrait qui correspond à un commentaire du narrateur, très légèrement ironique à l’égard de son héroïne : « l’esprit un peu romanesque de Madame de Rênal ». Que pouvez-vous en dire ? Pourquoi Stendhal s’amuse-t-il avec son personnage ? Que signifie l’adjectif « romanesque » ici ? Ne trouvez-vous pas curieux qu’un tel adjectif soit employé… dans un roman ?
  • Notez « l’amer chagrin » provoqué par la prochaine « arrivée du précepteur » : montrez que tout concourt, pour Julien, à dessiner un portrait aux antipodes du précepteur attendu par Madame de Rênal.
  • Soyez attentif à la façon dont, comme une caméra qui jouerait de la technique du champ / contrechamp, la voix narrative change de focale, en filtrant la scène ensuite par les yeux de Julien (« Julien, tourné vers la porte… »).

(Second mouvement) Les deux personnages se rencontrent ; leur premier dialogue est placé sous le signe de la surprise mutuelle.

(On peut dire que le dialogue amorce un second mouvement, à partir de la question de Madame de Rênal ; on peut l’achever à la fin du dialogue, lorsqu’elle demande à Julien s’il sera “bon” pour ses enfants.)

  • Observez les premiers mots échangés ; quel rapport paraît se tisser ici entre les personnages (voir plus haut) ? Appuyez-vous sur l’apostrophe de Madame de Rênal à Julien.
  • Immédiatement après la première phrase au discours direct, mais aussi tout au long de ce mouvement, pensez à souligner l’importance du lexique de l’étonnement (et du mot lui-même, que l’on trouve à plusieurs reprises dans l’extrait - cette reprise sous des formes diverses s’appelle un polyptote). L’étymologie de l’adjectif verbal « étonné » rappelle qu’il avait un sens beaucoup plus fort, encore légèrement perceptible en 1830, qu’aujourd’hui : il signifie « frappé par le tonnerre ».

Quand vous relevez les termes d’un même champ lexical, ne les isolez pas, ne décortiquez pas le texte : saisissez les groupes dont ils font partie pour que le tout fasse pleinement sens : « frappé du regard si rempli de grâce de madame de Rênal », « étonné de sa beauté », « Madame de Rênal resta interdite »... C’est d’autant plus important lorsque, comme dans ce dernier fragment, un verbe vient souligner l’attitude du personnage. L’agencement compte souvent autant que les mots eux-mêmes. À l’oral, vous accentuerez simplement le terme qui appartient à ce lexique.

  • Pensez à lier la réaction des deux personnages, et celle de Julien en particulier, avec l’épigraphe.
  • Vous pouvez vous appuyer sur les adverbes qui réfèrent à la vitesse des réactions de Julien (« Julien se tourna vivement ») ainsi qu’à ceux qui réfèrent au temps (« Bientôt (…) il oublia tout ») : comment réagit-il ? Combien de temps ce début de rencontre et de dialogue semble-t-il prendre ? Le temps vous semble-t-il s’écouler normalement ? Regardez par exemple l’emploi du plus-que-parfait dans cette phrase au discours narrativisé : « Madame de Rênal avait répété sa question ». Pourquoi la question ne nous est-elle pas rapportée directement, contrairement à sa première occurrence ?

RAPPEL important sur les paroles et les pensées rapportées dans un récit :

On distingue essentiellement quatre façons de rapporter les paroles et les pensées des personnages dans un récit : le discours direct, avec un verbe de parole et des signes typographiques comme des tirets ou des guillemets (cf. la première phrase de Madame de Rênal) ; le discours indirect, avec un verbe de parole suivi d’une subordonnée, assez peu employé par Stendhal (et qui aurait consisté ici à écrire : « Madame de Rênal demanda à Julien ce qu’il voulait ici ») ; le discours indirect libre, qui immerge le lecteur dans l’échange ou dans les réflexions des personnages, en fondant ces derniers dans le récit, sans verbe de parole, ni aucune frontière nette entre narration et discours rapporté, que ce soit un mot subordonnant ou un signe typographique (« Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants ! ») ; le discours narrativisé, qui résume la parole ou la pensée d’un personnage (« Madame de Rênal avait répété sa question »).

Le style de Stendhal dans ce roman, on l’a vu, est vif, alerte, et donc fondé sur une écriture assez économe : c’est pourquoi il a assez peu recours au discours indirect. Les trois autres types de discours rapportés en revanche sont souvent mobilisés.

  • Commentez les premières réactions des personnages : la honte de Julien, le mutisme de Madame de Rênal. Que peut-on dire de ces premiers sentiments ?
  • Pensez à montrer comment la voix narrative continue d’épouser successivement les points de vue de l’un et de l’autre (voir plus haut, l’emprunt au vocabulaire du cinéma des termes champ et contrechamp). À quelle vitesse ces changements de focale s’opèrent-ils ? Que permet cette alternance de points de vue ? (Qu’est-ce que le lecteur peut découvrir ainsi ?)
  • Comment l’instant de cette rencontre est-il raconté ? C’est-à-dire, en racontant ce moment, comment le texte exprime-t-il la temporalité (le sentiment du temps vécu par les personnages) ? Vous pourrez montrer, avec une remarque globale, que la composition du texte alterne paroles des personnages et paragraphes descriptifs. Mais je vous invite, pour une analyse fine, à observer et commenter les temps des verbes : les imparfaits servent tantôt à saisir l’action lorsqu’elle se passe en même temps qu’une autre (« - Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux des larmes qu’il essuyait de son mieux »), tantôt à faire un arrêt sur image, car l’imparfait sert aussi à montrer l’action dans son déroulement (« ils étaient fort près l’un de l’autre à se regarder » ; le nom de l’imparfait l’indique : l’action n’est pas montrée dans son achèvement, elle est im-par-faite) ; les passés simples permettent ici d’exprimer la succession des différentes actions (« Madame de Rênal resta interdite (…) Bientôt elle se mit à rire ») ; enfin, les plus-que-parfaits, qui réfèrent à un moment du temps antérieur à celui de l’action principale (racontée, elle, au passé simple, au « parfait » de notre langue, d’où le terme « plus-que-parfait », plus ancien que le parfait), permettent à la voix narrative de résumer l’essentiel de ce qui n’a pas été raconté, avec un effet d’accélération typique de Stendhal (« Madame de Rênal avait répété sa question », « les grosses larmes, qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles et maintenant si roses de ce jeune paysan »).
  • À quoi madame de Rênal est-elle comparée ? Qu’est-ce que cela apporte au personnage d’après vous ? En quoi cela fait-il écho à la vision qu’elle a eue de Julien ? Peut-on dire qu’elle est métamorphosée par cette rencontre ?
  • Soyez attentifs, de nouveau, aux adverbes intensifs (« si ») et aux expressions hyperboliques (« Julien n’avait jamais vu… »).
  • Montrez comment le discours indirect libre nous plonge dans la pensée et les émotions des personnages (« Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu… », « Quoi, c’était là ce précepteur… ! »). J’ai rappelé plus haut ce qu’était le discours indirect libre (en un mot, disons-le autrement : la frontière s’efface entre le récit et les paroles ou les pensées des personnages ; pour les rapporter, nul verbe de parole, nuls guillemets : ils forment alors la matière même de la narration, sans que l’on puisse distinguer, parfois, ce qui relève de la voix narrative elle-même des pensées des personnages ; chez Stendhal, la distinction est plus nette que chez Flaubert cependant ; chez ce dernier en particulier, le discours indirect libre sert très souvent l’ironie).
  • Observez comment les pensées de Madame de Rênal précèdent les mots qu’elle adresse à Julien : comme si le narrateur nous livrait ses réflexions à l’état naissant, puis exprimées à voix haute.
  • Comment passe-t-on progressivement pour l’un et l’autre de l’étonnement à une émotion plus vive ?
  • Je vous invite à observer finement le dialogue : les deux personnages se posent des questions l’un à l’autre : mais sont-ce vraiment des questions ? Qu’exprime ici l’interrogation ? (Vous pourriez très bien, lors de l’épreuve grammaticale, être interrogés sur cet extrait.)

(Troisième mouvement) Plus qu’étonnés, les personnages semblent ensuite entièrement sous le charme l’un de l’autre, bien qu’apparaissent au lecteur l’envers de leur rencontre et la fatalité qui menace leur future relation.

(De “S’entendre appeler…” à “le ton rébarbatif”.)

  • Vous serez peut-être attentifs au fait que la voix narrative ne rapporte pas la réponse à la dernière question de Madame de Rênal : Julien a pourtant sans doute répondu. Que s’agit-il de représenter ainsi ?
  • Montrez comment le héros est tout entier absorbé par ses rêveries. Vous pouvez pour cela vous appuyer, de nouveau, sur l’identification du discours indirect libre, qui nous immerge nous aussi dans sa pensée (commentez par exemple l’expression « aucune dame comme il faut », qui ne saurait être prise en charge par le narrateur). En quoi peut-on ici relier la rêverie de Julien à ses ambitions ? Pensez à commenter le terme « prévisions », mais aussi la formule « tous les châteaux en Espagne de sa jeunesse » (attribuables cette fois au narrateur, non à Julien : rappelons que l’expression « châteaux en Espagne » réfère aux illusions que l’on peut se créer ; sans doute l’expression, comme le terme « prévisions », est-elle ironique ici), ou encore « un bel uniforme » (ici, on retrouve à nouveau le discours indirect libre : Julien en a sans doute rêvé, de cet uniforme) : quel Julien réapparaît ici ? Est-ce la « jeune fille déguisée », le « petit paysan » du début de l’extrait, tel que le percevait Madame de Rênal ?
  • Montrez comme la voix narrative, dans un jeu de symétrie, passe de l’un à l’autre pour nous dévoiler leur intériorité.
  • Au fond, qu’est-ce qui a réellement ému Julien selon vous ? La grâce de Madame de Rênal, ou le fait qu’une « dame » lui ait adressé la parole avec douceur ?
  • De même, qu’est-ce qui a ému Madame de Rênal ? Autrement dit, qu’est-ce qui distingue Julien des hommes qui l’entourent ?
  • Pourquoi le narrateur dit-il que Madame de Rênal est « trompée » par l’apparence de Julien ? (Attention, ici, ce n’est plus du discours indirect libre : par définition, Madame de Rênal ne sait pas qu’elle est trompée : c’est donc bien un commentaire du narrateur).
  • Vous pourrez insister sur la symétrie entre les deux personnages : chacun est aux prises avec les représentations qu’il s’est créées.
  • Pourquoi le narrateur révèle-t-il tardivement que Julien a plongé sa tête dans le bassin de la fontaine publique ? Il séchait pourtant ses larmes, « tout honteux », plus haut dans l’extrait.
  • Que pensez-vous de cette construction et de ces termes : « elle trouvait l’air timide d’une jeune fille à ce fatal précepteur » ?
  • En quoi l’adjectif « fatal » fonctionne-t-il comme un signe du narrateur à l’adresse d’un lecteur qui en sait ou en devine plus que les personnages ?

ImprimerIMPRIMER