Voici un retour sur notre lecture du combat de Frère Jean des Entommeures, qui en pleines guerres picrocholines défend vigoureusement le clos de l’abbaye de Seuillé contre l’armée du roi Picrochole, au chapitre 27 de Gargantua.


Avant de relire l’extrait

Pensez à revoir les origines des guerres picrocholines, racontées au chapitre 25 notamment (la querelle des fouaces). Rappelez-vous ce que nous avons pu dire du regard de Rabelais sur la guerre.

Revoyez aussi le début du chapitre 27, pour bien situer l’extrait, et pour commenter, quand cela vous paraîtra justifié (lors du commentaire du combat), le nom de Frère Jean des Entommeures : “entommeures” signifiant “hachis” (on retrouve ce mot aujourd’hui dans “entamer”).


Délimitations de l’extrait

De “Ce disant mist bas son grand habit” à “on n’en peut saulver un seul brin” (je me réfère au texte du XVIe siècle).


Synthèse

Cette synthèse, comme en de précédents guides de relecture, a vocation à vous forger de nouveau une vision d'ensemble du texte, ceci assez rapidement, et bien sûr, à vous redonner de la matière pour élaborer un projet de lecture convaincant.

  • C’est un texte comique qui repose sur le burlesque et la parodie. Alors que Gargantua s’humanise dans les chapitres précédents, le récit propose une nouvelle figure avec Frère Jean, qui en matière de démesure, prend le relais du personnage éponyme : il est gigantesque de force et de courage ; seul, il s’attaque en héros surhumain à l’armée de Picrochole. De surcroît, les assaillants sont déréalisés par l’hypertrophie des actions et du lexique à demi médical.

Burlesque : vient de l’italien burlesco, « comique, plaisant ». Ce terme désigne un style reposant sur le contraste des tons. Par exemple, un poète peut faire parler des héros tragiques ou épiques comme des personnages de comédie. Ici, le moine devient un guerrier héroïque, qui empale ses adversaires avec une croix : la croix associée à la violence et à l'humour scatologique relèvent du burlesque.


  • Ce comique sert la parodie et la satire. Le combat parodie le récit épique typique des romans de l’époque, grâce au lexique de l’anatomie, qui sature le texte, et bien sûr au motif du surnombre (encore vivace de nos jours). Mais il s’agit aussi de faire la satire de la vie monastique et d’une pratique superstitieuse de la religion catholique (voir le texte sur la satire des prêtres par Érasme, dans la collection Pearltrees sur les micro-lectures). À l’image de l’œuvre, le texte repose sur un principe de renversement permanent : le moine ôte ses vêtements de religieux, combat avec une croix, n’a de pitié pour personne ; la vigne est sauvée, et par goût du vin (plus que par souci de la préservation du futur “sang du Christ” de l’eucharistie) ; les saints sont appelés en vain par les assaillants, avec (au moins) une intruse au milieu d’eux…
  • Par-delà la parodie du roman de chevalerie et la satire de la religion, c’est aussi un comique libérateur qui s’exprime dans ces folles pages : j’y ai moins insisté en cours, sinon en préambule. La guerre, la perpétuelle menace de la mort, et le personnage de Charles Quint inspiraient vraiment la peur à l’époque de Rabelais. Or ici le rire a vocation à désamorcer la peur. La mort, si fréquente à l’époque, est déréalisée par le récit chirurgical de la boucherie opérée par Frère Jean. Pour proposer une analogie éclairante, le critique Michael Screech compare le travail de Rabelais à celui de Chaplin par rapport à Hitler dans le film Le dictateur.

Composition de notre extrait

  1. Frère Jean se prépare, puis part au combat.
  2. Le moine joyeusement déchaîné défait vigoureusement ses adversaires, dans une bataille à la fois brutale, chirurgicale et parodique. (Ce temps peut être subdivisé si vous souhaitez clarifier votre discours : la demande de miséricorde d’une des victimes de Frère Jean servant alors de jonction.)
  3. Les hommes de Picrochole supplient différents saints, ainsi que la Vierge, dans une litanie inefficace et ridicule.

Lecture détaillée

Frère Jean se prépare, puis part au combat.

  • Pensez à commenter le nom complet du moine : Frère Jean des Entommeures est par son nom destiné à hacher menu ses ennemis ; entommeures signifie “hachis” ; nous avons conservé le verbe entamer.
  • Songez à commenter la métamorphose vestimentaire de Frère Jean (trois indications dans le texte réfèrent à ses vêtements). Bien sûr cette transformation du moine en guerrier revêt une dimension burlesque et comique.
  • Mais tout se passe aussi comme si Rabelais avait choisi d’illustrer le fameux proverbe évoqué dans le Prologue : l’habit ne fait pas le moine. Cependant, par un malicieux renversement, ici, Frère Jean apparaît comme le seul “vrai moine”, et peu importe son vêtement : c’est sa volonté de sauver la vigne et son efficacité qui comptent (revoyez le début du chapitre et la prière sans fin, et sans effet, des moines réunis au chapitre, “ad capitulum capitulantes”). Il serait donc, paradoxalement, un anti-moine (par rapport à ceux de l’époque, que raille Rabelais) et un vrai serviteur de Dieu - ce qui explique sa force surhumaine.
  • Songez à ce qu’il fait du bâton de la croix. Que dire, en somme, des attributs religieux ici (les vêtements, la croix) ?
  • Une information sur le bois de cormier : c’est un bois très dur utilisé en ébénisterie (“bono bella cornus”, écrit Virgile dans L’Énéide : du bois bon pour la guerre ; Rabelais fait probablement référence à cette expression).
  • Pourquoi des fleurs de lys ? Symboliquement, pour quel personnage Frère Jean combat-il ?
  • Je rappelle la note qui figure dans l’édition GF au sujet de leur relatif effacement : il s’agirait d’une allusion au refus de François Ier de partir en croisade, c’est-à-dire d’obéir au Pape ; ce serait là la marque du gallicanisme de Rabelais (par gallicanisme, on entend la promotion d’une Eglise de France indépendante de Rome).
  • Frère Jean met son froc “en écharpe” : c’est-à-dire qu’il conserve tout de même, mais en le revêtant d’une façon plus commode pour la guerre, son vêtement de moine : il ne s’en sépare pas, j’y insiste. Il se fait moine guerrier (et d’ailleurs, tout le long du roman, le narrateur souvent l’appellera “le moine”).
  • Commentez le comportement et l’organisation de l’armée de Picrochole (vous pouvez vous référer au sens du nom de ce roi). Attachez-vous aux énumérations et aux négations, qui servent la description et préparent, en contrepoint, le rétablissement (brutalement joyeux) de la situation par Frère Jean (n’hésitez pas à vous appuyer sur le titre du chapitre). Pensez aussi aux répétitions, qui rappellent ce que devraient faire ces hommes, et qui témoignent tant de leur attrait pour le vin (leur péché de gourmandise ?) que de la débandade dans la vigne : “Car les porteguydons et portenseignes avoient mys leurs guidons et enseignes l’orée des murs, les tabourineurs avoient defoncé leurs tabourins d’un cousté (…)”.
  • Deux précisions : les porte-enseignes sont les porte-drapeaux ; l’énumération “ne enseigne, ne trompette, ne tabourin” peut vous faire penser à une expression aujourd’hui encore employée : “sans tambour ni trompette”. Vous en avez là l’origine ! Ah, ce Rabelais…
  • Cette scène de chaos au beau milieu des vignes peut évoquer, pour les contemporains de Rabelais en particulier, le motif biblique de la vigne détruite, signe de la colère divine. Ce qui est intéressant ici, c’est que ce chapitre relate l’histoire d’une vigne sauvée, par un moine qui sert Dieu en combattant et qui punit les assaillants. Ce renversement est typique de l’œuvre : Rabelais joue non seulement du rire, mais aussi des symboles, pour faire réfléchir son lecteur.
  • À quoi les hommes de Picrochole sont-ils comparés ? Sur quoi insisteriez-vous : la violence de Frère Jean ? Le travail de Rabelais pour exprimer cette violence, tout en évitant ce qu’aurait de choquante une mise en scène plus vraisemblable des victimes du moine ?
  • En quoi l’expression “à vieille escrime” témoigne-t-elle de l’efficacité de Frère Jean ? Pensez aussi à la consécutive (“si rudement (…) qu’il les renversait (…).

Frère Jean défait vigoureusement ses adversaires, dans une bataille à la fois brutale, chirurgicale… et parodique.

  • Comment le déchaînement de violence de la part du moine s’exprime-t-il par la suite ? Pensez non seulement aux imparfaits, à l’énumération, aux parallélismes, au lexique de l’anatomie, mais aussi à la façon dont le récit mime l’accélération de l’action : Rabelais ne répète plus « es aultres » (aux autres), mais seulement les verbes et leurs compléments. Attention : ce guide énumère pour vous des choix d'écritures (les fameux "procédés") : mais vous, vous devez les relever un par un, en citant le texte et pour servir à chaque fois une interprétation, que vous aurez énoncé au préalable.
  • Observez la construction des phrases par la suite, avec une circonstancielle de condition, puis la principale, le tout mis en valeur par des paragraphes distincts, un par action : sans entrer plus avant dans ce qui serait alors une analyse grammaticale, interprétez cette structure : que dit-elle de ce que fait Frère Jean ? De son action ? De son efficacité ?
  • Pensez à réfléchir à l’effet de ce récit : comment percevez-vous cette scène de violence ? Peut-on tout imaginer de ce qui est raconté ? Voici quelques indices sur lesquels fonder votre réflexion : observez comment sont désignés les hommes de Picrochole (“aucun”, “quelqu’un” sont des pronoms indéfinis, par exemple ; pensez aussi aux comparaisons avec des porcs, plus haut, ou avec un chien : a-t-on l’impression que le moine combat des hommes ? Y a-t-il le moindre pathos ? La moindre effusion de sang ?)…
  • Commentez bien sûr, sous cet angle, le lexique de l’anatomie du corps humain, tantôt accessible, tantôt érudit - rappelons que Rabelais a étudié et enseigne la médecine à la même époque. Le vocabulaire de la dissection renforce-t-il, ou atténue-t-il l’horreur ? Voyez aussi comme le récit revient au comique scatologique avec le motif de l’empalement… et à la provocation en même temps : c’est toujours avec le bâton de La Croix que combat Frère Jean !
  • Aiguisons notre lecture : si le lexique de l’anatomie sature le texte de manière comique, il est mêlé de grossièretés et de verbes triviaux, ce qui fait qu’on n’a pas non plus sous les yeux un texte de Galien ou d’Hippocrate. Observez les verbes, par exemple, que je remets ici à l’infinitif : “deslocher les spondyles du cou” (déboîter…), “sphaceler les greves, desgonder les ischies” (faire sortir de leurs gonds les têtes de fémur, luxer les hanches), voilà qui peut relever de la dissection - du lexique de la dissection. Mais “escarbouiller”, “demouller”, “poscher”, “avaller”, “enfoncer”… : ces verbes-là, eux, traduisent toute la violence des coups. Le comique, chez Rabelais, tient non seulement du burlesque (donc, du décalage), mais aussi du mélange, qui brouille les repères.
  • Prolongez l’interprétation : en quoi est-ce une parodie du genre du roman de chevalerie (dont on a dit le grand succès à l’époque) ? Pensez à la position de héros qui est celle de Frère Jean, seul face à une armée (le motif du surnombre est typique du récit épique, et est encore vivace de nos jours : songez aux films d’action), à son absence de pitié pour ses adversaires (voir le moment où il se permet de faire de l’humour devant une victime qui l’implore, en reprenant pour le détourner le verbe “se rendre”). J’évoquais, plus haut, la question de l’imagination, c’est-à-dire de notre capacité à forger des images mentales à partir du texte. J’y reviens ici et particulièrement pour les 1A, auprès de qui je ne me suis pas attardé sur ce point : les récits épiques reposent souvent sur la figure de l’hypotypose (qui traverse les genres par ailleurs, mais que l’on rencontre souvent dans l’épopée). Celle-ci consiste à favoriser l’émergence d’une image dans l’esprit du lecteur, grâce à une abondance de détails précis. On la trouve dès l’ Iliade d’Homère, par exemple. Or, ici, il y a à la fois abondance et précision, donc hypotypose… mais sans que le procédé produise l’effet ordinairement voulu ! Comme si Rabelais détournait la figure de style de son usage habituel, au service du souffle et de la vision épiques. On en voit tellement qu’on ne voit rien clairement, pour le dire trivialement. Pour mieux comprendre le fonctionnement parodique ici à l’œuvre, je vous invite à vous reporter aux exemples extraits du Couronnement de Louis, chanson de geste du XIIe siècle, que j’ai mis sur Pearltrees au côté de ce guide de relecture.
  • Songez aussi à la dimension spectaculaire de l’extrait, produite par les effets d’accumulation et l’efficacité du moine au combat ; lisez aussi la phrase par laquelle le narrateur interpelle le lecteur, en mentionnant explicitement le terme « spectacle », avec une hyperbole.
  • Est-ce là par ailleurs une sorte de délire verbal, de jeu littéraire, de scène fantaisiste, irréelle, comme le roman en comprend tant ? L’interpellation du lecteur, évoquée ci-dessus, témoigne du souhait de Rabelais de cultiver une forme de connivence avec lui, par l’humour.
  • Faut-il voir là aussi une manière de conjurer par l’humour la peur de la guerre, fréquente à son époque ?
  • Par parenthèse, l’interpellation du lecteur par le chroniqueur pose question : si on lit bien tout le roman, Alcofribas ne peut pas avoir vu ce combat. Or il suggère ici qu’il en a été le témoin. Faut-il le croire, et considérer que ni lui, ni Rabelais, n’accordent d’importance à la vraisemblance ? Faut-il mettre cela sur le compte de la posture du chroniqueur, qui a plaisir à raconter des histoires pseudo-épiques, avec souffle ? Ou bien encore voir là une incitation discrète à faire preuve de vigilance et à comprendre que le chroniqueur nous dit : tout ceci est faux, ou très exagéré, évidemment ?

Les hommes de Picrochole en viennent à supplier différents saints, ainsi que la Vierge, dans une litanie vaine et ridicule.

  • Pour la parodie de litanie des saints, la translation moderne que je reprendrai dans le récapitulatif, notamment, ajoute des guillemets : comme c’est le cas depuis le début de l’œuvre (voir le chapitre qui porte sur les « Propos des bien ivres »), Rabelais, par le ton enlevé de son chroniqueur imaginaire Alcofribas, crée une scène très vivante, où l’on entend les supplications des hommes de Picrochole. Un reportage avant l’heure !
  • Ces dernières, en elles-mêmes, contrastent tellement avec la scène de barbarie inouïe d’où elles émergent, que c’en devient burlesque et donc comique.
  • Mais le rire naît aussi des saints invoqués : Sainte-Barbe (qui protège les chrétiens contre la mort sans les derniers sacrements, la “mâle mort”), Saint-Georges (héros de la chrétienté qui a défait un dragon) : faites ou refaites les recherches nécessaires ; ces saints-là existent. Mais arrêtez-vous sur l’intruse issue d’une expression populaire (dont c’est ici la première apparition dans un texte), Saint-Nitouche, qui caractérise, pour s’en moquer, une femme qui feint la pudeur (« n’y touche pas »). Pourquoi cette mention selon vous ? Renforcement du ton burlesque par le contraste entre les saints et la dimension grivoise attachée à l’expression ? Allusion à la vaine demande de grâce des victimes (qu’il ne faudrait pas “toucher”), tournée en dérision grâce à ce décalage ?… Manière de tourner cette litanie des saints en parodie, et donc, de la part de Rabelais, de construire une critique qui s’inscrit dans le mouvement de l’évangélisme (voir ci-dessous) ?
  • Assurément, cette intruse sert aussi à ôter tout leur sérieux aux autres saints. Alcofribas rit et entend faire rire.
  • Il faut aussi souligner, comme cela a très bien été dit en cours, la contradiction dans laquelle se trouvent les hommes de Picrochole : eux qui saccageaient la vigne de l’abbaye finissent par faire appel aux saints !
  • Le comique relève aussi du jeu avec la langue : Rabelais ne fait rien d’autre que mettre en scène et en cris… une expression courante : ne plus savoir à quel saint se vouer. Elle apparaît d’ailleurs plus haut dans le chapitre, à propos des moines de Seuillé, “pauvres diables” qui ne savent plus à qui adresser leur prière. La boucle se trouve ainsi bouclée, l’écho est voulu de la part de l’auteur.
  • Mais par-delà cette dimension comique, Rabelais formule aussi, implicitement, une critique à l’égard du culte des saints, quasiment perçu comme une forme de superstition, ou à tout le moins, comme un culte qui entrave la relation à Dieu (on n’est pas loin du propos de Sganarelle dans Dom Juan). Relevons qu’aucun de ces saints invoqués ne vient en aide aux victimes de Frère Jean.
  • Je vous invite à analyser et interpréter pareillement l’évocation des figures de la Vierge (qui se trouve démultipliée par toutes les paroisses qui lui doivent son nom) - il ne s’agit donc plus des saints ici, j’y ai trop peu insisté en cours, mais bien de la Vierge Marie (la série des « notre Dame de… ») : analysez la progression de l’énumération (des noms de lieux vers les noms communs) : là aussi, quelle critique se dégage de cette accumulation comique ? Tout se passe comme si chaque village - voire chaque rivière - du Chinonais avait sa “notre Dame” !
  • Très bonne remarque faite en cours, que je relaie ici : à partir de “Sainte-Nitouche”, la parodie de litanie des saints connaît un emballement marqué par l’accumulation des invocations, en un seul paragraphe (alors que Rabelais avait privilégié jusque-là un paragraphe pour chaque saint). Il s’agit bien d’un choix de mise en pages qui met en valeur le sens. Cette disposition graphique apparaît dans l’édition lyonnaise de 1542 qu’a plus que probablement supervisée l’auteur, et dont vous trouverez des aperçus ci-dessous.
  • Dans un procédé inverse, Rabelais achève cette litanie par un retour à deux référents réels : Saint-Jacques et le Saint-Suaire de Chambéry, aujourd’hui conservé à Turin. Or, cette dernière relique, nous apprend le narrateur, brûlera trois mois après l’épisode de Seuillé (vous remarquerez la précision chronologique, digne du chroniqueur qu’Alcofribas entend être, comme un contrepoint à toute la fantaisie et à l’invraisemblance du récit). La deuxième partie de la phrase est intéressante à deux égards : elle ancre de façon réaliste cette histoire fantaisiste dans la réalité géographique et historique de l’époque ; surtout, sur un ton ironique (que vous penserez à travailler pour la lecture à voix haute), elle atteste de l’inauthenticité de la relique (qui n’a pas été préservée du feu : une relique devrait demeurer intacte). Là encore, que critique Rabelais ? Rapprochez cet objet sacré aux yeux de beaucoup des deux objets symboliques auxquels Frère Jean ôte, au début de l’extrait, leur sacralité.

Un exemple d’ouverture - complément sur l’effet de bouclage au le début du chapitre

Je vous propose un bref complément, qui prolonge notre cours et excède les bornes du texte étudié.

En dépit du caractère foisonnant et parfois très oral de l’écriture (comme en témoigne le “Prologue”), lié notamment aux accumulations, le récit de Gargantua se révèle très écrit, c’est-à-dire très travaillé sur le plan de la composition par Rabelais. C’est ce que montre l’effet de bouclage présent dans le texte : la parodie de litanie des saints fait écho, plus haut, au désespoir des moines qui ne savaient plus, littéralement, à quel saint se vouer (voir plus haut). Le texte s’offre donc comme une fête littéraire, source d’un plaisir de lecture immédiat, mais aussi d’un plaisir plus subtil, chez le lecteur que sa vigilance aura rendu conscient de ces effets d’écho.

Ajoutons un dernier mot : ce remarquable travail de composition et de bouclage joue plusieurs rôles : sur le plan de l’histoire, il témoigne bien sûr de la réussite éclatante de Frère Jean (aux moines suppliants succèdent les assaillants punis) ; en matière d’effet et de ton, il contribue au comique et au burlesque de la scène, provoqués par les prières inutiles en plein massacre ; enfin, du point de vue de la portée argumentative, il sert la critique du culte des saints et le dévoiement de la foi catholique.


Autres pistes

Rappelons-le : une ouverture, c’est un temps rhétorique et culturel. Vous mettez en scène, par une révélation ou une modulation ultime de votre propos, votre capacité à faire des liens entre les œuvres, par exemple, et donnez ainsi une dernière et valorisante image du jeune candidat cultivé que vous êtes.

Donc, cherchez des échos, des points communs entre les textes qu’il serait possible de révéler - en les trouvant vous-même grâce aux pistes ci-dessous. À chaque fois, que votre ouverture développe et commente ces éléments de ressemblance.

  • Pourquoi pas revenir en une phrase ou deux sur le motif essentiel dans l’œuvre de la démesure, pour montrer comment le gigantisme du héros s’est déplacé vers les actions du moine, qui sera bientôt son compagnon d’armes ?
  • Vous pourriez très bien repenser au Prologue, qui promettait un roman plus sérieux qu’il n’en avait l’air : n’est-ce pas le cas ici (pour des raisons que vous préciserez en quelques mots) ?
  • Les guerres picrocholines sont loin d’être achevées, à la fin du chapitre 27. Que nous réservent-elles encore ? Vous pourriez construire une réflexion sur le regard que Rabelais porte sur la guerre, la façon de la mener, ce qui peut éventuellement la fonder, en vous appuyant sur les chapitres suivants. Voyez notamment toute la diplomatie d’un Grandgousier, ou encore, in fine, la clémence de Gargantua (si vous êtes un peu perdus dans cette séquence guerrière, ciblez les chapitres à lire ou à relire avec le guide de lecture du roman proposé sur Pearltrees).
  • Pourquoi pas lier cet extrait avec l’Acte III, scène 1 de Dom Juan de Molière ? Pensez à la critique portant sur la religion chez Molière, et à celle que porte ici, notamment, la parodie de litanie des saints.
  • Si cela s’y prête, mais cela vaut pour tous les textes, pourquoi pas faire un lien entre cette page et l’œuvre que vous avez lue pour l’entretien.

Notre extrait, dans l’édition lyonnaise de 1542

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