Livre ancien ouvert sur une table

Aide pour votre explication du deuxième extrait de POPN (lecture 2/16)

Cette aide à la relecture prolonge nos séances des 7 et 9 octobre, menées à distance, d’où la présence de la transcription des séances et les récapitulatifs proposés.

Plus loin figure l’aide à la relecture elle-même, en deux versions : la première va à l’essentiel ; la seconde est plus détaillée.

Image extraite du film de Jacques Doillon.


Table des matières

Le PDF avec les quatre textes étudiés au cours du premier chapitre

Vous trouverez ci-dessous les trois extraits de la pièce que nous étudions, ainsi qu’un texte écho issu d’une pièce de Michel Vinaver, lui aussi travaillé dans la perspective de l’explication de texte à l’oral du Bac.

Attention, ne prêtez pas d’attention à la mention « chapitre II » : c’est un reliquat du document de l’an dernier, que je n’ai pas jugé indispensable de reprendre. Merci de votre compréhension.


Délimitations du texte

De « Alors pourquoi ? » (F) à « H. 1 : Non, ne riez pas. Il parle sérieusement, je vous assure… […] ».


Pour situer le texte

  • Présentation de Nathalie Sarraute, de son œuvre, puis de la pièce : je vous renvoie à vos notes.
  • Au début de la pièce, deux amis se retrouvent ; H. 1 est venu chez H. 2 lui demander les raisons de son éloignement. Après voir longtemps refusé de lui répondre, H. 2 livre une explication qui peut paraître surprenante : c’est une phrase, « C’est bien… ça », prononcée par H. 1, qui par sa prononciation notamment l’a blessé.
  • H. 2 poursuit : il a déjà été accusé, dans le passé, de rompre « pour un oui ou pour un non », par ce qui s’apparente à un tribunal composé de gens ordinaires (quelque peu kafkaïen, pour ceux parmi vous qui connaissent Kafka, et son roman Le procès en particulier). H. 1 explique à son ami qu’il a dû entendre dans la fameuse phrase de la condescendance ; H. 2 fait alors appel à ses voisins pour trancher ce litige : ce sont des gens, dit-il, « intègres, solides… ».

Pour la lecture à voix haute

  • Vous allez pouvoir particulièrement varier les tons pour faire exister ces différents personnages : pensez à ce que véhiculent les voisins (clichés, expressions toutes faites, absence de raisonnement approfondi, tout cela pouvant aussi être considéré comme du « bon sens »).
  • Gardez à l’esprit que H. 2 de nouveau tente de se faire innocenter, mais peine ne serait-ce qu’à se faire comprendre.
  • Quant à H. 1, est-il ironique (comme le laisse entendre H. 2 au début de l’extrait) ? Veut-il sincèrement que cette étonnante scène de jugement aboutisse ?

N’hésitez pas à regarder et vous inspirer de la lecture à la table de la Comédie-Française. Je commence la vidéo juste avant la scène :


Récapitulatif de notre séance de redécouverte du texte (7 oct.), esquisses de projets de lecture

Je vous propose une brève récapitulation écrite de notre séance du 7 octobre, qui a eu lieu en visio. Sur Teams, vous pouvez la revisionner : je l’ai enregistrée, elle apparaît dans le canal de votre classe, et vous avez dû recevoir le lien, reproduit sur Ecole directe à la date du 12/10 (voir à partir de 17’10’ ‘ en 1A, de 3’40’ ‘ en 1C).


Le questionnement initial

Pourquoi avoir fait venir les voisins ? À quoi peut bien servir cette scène ? Pourquoi les faire venir, les solliciter ?

Deux niveaux d’analyse possibles : celui des personnages (quelles attentes pour H. 2, pour H. 1 ?) ; celui de l’écrivaine (que véhicule cette scène ? fait-elle avancer la pièce ?).


Récapitulatif de notre séance en 1C

Ce que je peux vous proposer pour récapituler vos remarques au terme de cette séance de relecture de la scène, en six points :

  • Cet extrait s’apparente à un procès miniature, avec les voisins en position de juges. L’enjeu, c’est de départager (de nouveau, ou enfin) H. 1 et H. 2 sur la question de ce qu’a éprouvé le second : avait-il raison de réagir comme il l’a fait ? La condescendance justifie-t-elle de « rompre » ? Chacun se justifie devant les voisins.
  • De ce fait, nos voisins sont des personnages auxquels les spectateurs (ou les auditeurs, ou les lecteurs) peuvent s’identifier. Il y a là mise en abyme : les spectateurs sont comme projetés fictivement sur la scène à travers H. 3 et F ; c’est presque comme si le début de la pièce se rejouait et que nous étions représentés sur scène.
  • Si on considère que H. 2 joue, manque de sincérité (je dis bien : si : je vous renvoie à votre réception personnelle de la pièce), la scène prendrait des airs de théâtre dans le théâtre. H. 2 jouerait face au public que forment les voisins ; les deux protagonistes « rejoueraient leur comédie » devant les voisins, leurs spectateurs.
  • La présence des voisins modifie l’attitude des personnages : vous êtes nombreux à avoir jugé que H. 1 semblait entretenir une forme de complicité avec H. 3 et F, qu’il prenait ici H. 2 de haut, qu’il le décridibilisait, et que ce dernier pouvait paraître quelque peu enfantin ici.
  • La scène peut se révéler être un piège pour H. 2 : il espère être compris, mais le dialogue ne tourne-t-il pas (de nouveau) au piège, au moment même où il raconte, justement, s’être senti piégé ?
  • Cette scène vise-t-elle à nous montrer combien l’on peut changer lorsqu’on se trouve en société ? Représente-t-elle le fait qu’en société, l’on est toujours jugé par autrui, que le moindre voisin devient membre d’un jury qui fait votre procès ?

Premières pistes pour un projet de lecture en 1C

  • Dans quelle mesure cette scène s’apparente-t-elle à un procès ?
  • Peut-on dire que l’échange avec les voisins modifie la relation entre H. 1 et H. 2 ?
  • En quoi cette scène offre-t-elle au spectateur la représentation d’une société où chacun juge l’autre ?
  • …

Transcription de notre séance en 1C

Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.


Récapitulatif de notre séance en 1A

Ce que nous avons dit au terme de cette séance de relecture de la scène, en cinq points :

  • Ce fragment de la scène avec les voisins s’apparente à un procès. Les voisins offrent un regard extérieur sur la relation entre H. 1 et H. 2, et la fameuse condescendance ressentie par le second. Sont-ce des témoins ? Des juges ? Je reprends vos mots : et ce sont déjà ceux d’une scène judiciaire.
  • Les voisins sont là en tant que personnes de bon sens ; H. 2 espère grâce à leur jugement ne plus apparaître comme quelqu’un dont la conduite est insensée.
  • Et vous l’avez bien dit : ces personnages offrent aux spectateurs (ou aux auditeurs, aux lecteurs) des figures auxquelles s’identifier.
  • Mais, on l’a brièvement dit, et on y reviendra, les voisins eux-mêmes disent n’avoir « aucune compétence »…
  • La progression de notre extrait montre un isolement croissant de H. 2 face aux voisins et à H. 3 : ces derniers ne le comprennent pas.

Premières pistes pour un projet de lecture en 1A

  • Dans quelle mesure cette scène s’apparente-t-elle à un procès ?
  • En quoi les voisins offrent-ils au spectateur une nouvelle occasion de juger H. 2 ?
  • Cette scène permet-elle à H. 2 de défendre son point de vue, ou le met-elle encore plus en difficulté ?
  • …

Transcription de notre séance en 1A

Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.


Élaborer son propre projet de lecture

Le projet de lecture n’est pas une sorte d’obligation académique. Ce sont les mots que vous choisissez pour dire le sens que vous donnez à l’extrait étudié. Vous pouvez vous inspirer de ceux que j’ai dégagés de la séance de découverte du texte, ci-dessus. Ou bien des pistes de réflexion que je propose ci-dessous.

  • Souvenez-vous : pour H. 2, il s’agit de se justifier, de légitimer son choix de rompre, à cause de la « condescendance » (supposée) de la phrase de H. 1. Y parvient-il ?
  • Pour H. 1, ne s’agit-il pas de voir si comme lui, les voisins, « gens de bon sens », jugent excessive et en définitive infondée la réaction de H. 2 ?
  • Pour Nathalie Sarraute : cherche-t-elle à insister sur le fait que nos comportements et nos choix sont constamment sous le regard d’autrui (ici représenté par les voisins) ? Tente-t-elle de montrer que les relations sont toujours plus complexes qu’on ne croit, en mettant en scène des voisins quelque peu ridicules, qui tendent de leur côté à tout simplifier ? Qu’il est vain de tenter de faire comprendre à autrui ce qu’on éprouve, que les points de vue sont toujours impossibles à concilier ?
  • Songez à l’intérêt que représentent les voisins pour le spectateur (et a fortiori pour l’auditeur) : n’incarnent-ils pas justement ce dernier, au moment où H. 1 et H. 2 s’apprêtent, en quelque sorte, à rejouer tout le début de la pièce sous leurs yeux ? S’ils sont nos doubles sur scène, ils nous permettraient de voir à l’œuvre nos propres réactions, et donc de réfléchir à la façon dont nous-mêmes avons jugé les protagonistes depuis le début.
  • La scène, on le sait, naît du dépôt d’une demande d’ordre judiciaire : H. 2 entend cette fois être innocenté. Soyez donc attentifs à tout ce qui peut faire penser à un procès. Songez aussi que, peut-être, chacun des deux protagonistes défend son point de vue, avec plus ou moins d’efficacité. Qui des deux va paraître le plus crédible ? Pourquoi ? Pensez notamment à leurs idiolectes, et à la fréquence de leurs interventions (que dire des silences de H. 1, par exemple ?).
  • Sur le plan de la situation (un étrange et peu vraisemblable tribunal, si l’on adopte le point de vue de H. 1), ainsi que du ton (les effets liés aux décalages, aux incompréhensions sont nombreux), c’est aussi une scène empreinte de comique pour le spectateur (mais sans doute pas… pour H. 2). Revoyez, sur ce point, la réflexion de N. Sarraute sur les « tropismes » : nous aurions tort, à présent que nous connaissons mieux la pièce, ainsi que l’importance de ce motif pour l’autrice, de considérer que nous avons affaire à une situation réaliste. L’œuvre révèle en effet, par cet étrange procès, « ce que d’ordinaire on ne dit pas » (Le gant retourné). Et l’apparence ordinaire de la conversation, couplée aux enjeux en présence, crée un effet insolite autant que comique (là encore, relisez le texte extrait du Gant retourné).

Comment la scène progresse-t-elle ? Les mouvements de l’extrait

Notre extrait est composé de trois mouvements : 

  1. La discussion s’ouvre sur la question de la « condescendance » perçue par H. 2 dans la phrase de H. 1, et qui l’a poussé à s’éloigner de son ami.
  2. H. 2 introduit ensuite (laborieusement) un autre sujet : celui du jeu social, qu’il affirme ne pas jouer (à partir de « permettez-moi de vous exposer »). Cette séquence de l’extrait donne lieu à un malentendu à partir du mot « marginal ».
  3. Enfin, H. 2 affirme avoir été piégé par son ami et s’appuie sur une image : celle d’une souricière (à partir de « H. 2 : Eh bien, figurez-vous qu’il ne le supporte pas »). L’incompréhension des voisins semble à son comble.

Pour notre cours du 9 oct. : comment interroger chaque mouvement du texte ?

Je vous ai proposé d’étudier en particulier :

  1. La façon dont les voisins réagissent à la question de la condescendance.
  2. Ce qu’on apprend (ou pas) sur H. 2 au cours de son explication.
  3. Si H. 2 parvient in fine à se défendre, lorsqu’il évoque le piège que lui aurait tendu H. 1.

Pour construire le cœur de votre explication : l’essentiel, en quelques mots

Peu satisfait par le résumé de mon aide précédente par l’IA Claude, je vous propose ici un condensé, et au-dessous, la lecture détaillée en entier.

  • La scène commence de façon tendue, du fait de l’attitude de H. 1 – ou de l’attitude que H. 2 prête à H. 1 (lequel affirmera avoir parlé « sérieusement »), qui effectivement n’assume pas le reproche qui lui est fait par son ami : voyez l’expression « paraît-il », les points de suspension.
  • La réaction de H. 2 (qui fonctionne comme une didascalie interne) montre bien la manière dont H. 1 lui a semblé s’exprimer.
  • Ce dernier s’efforce de corriger son propos : insistance, phrases simples à la structure répétée, lenteur du propos provoquée par les points de suspension (signes de son assurance ?). La question, dès lors, n’est plus de savoir s’il y a eu condescendance ou non, mais si cela justifie une rupture avec un ami.
  • Les voisins oscillent entre étonnement (cf. la première question, brève, de F.), début de positionnement (de F. en défaveur de H. 2, de H. 3, mesuré, en sa faveur en revanche), et manque d’engagement : observez les répliques inachevées. C’est au point où elles pourraient en devenir comiques, comme un éventail de formules clichés qui ne vont nulle part (voir par exemple l’aposiopèse ici : « Mais vous savez, la condescendance, parfois… » : ).
  • Déjà l’on voit un jeu sur le langage, entre sens propre et sens figuré, autour de la prudente formule de H. 3 : « Je n’irais pas jusqu’à ne plus revoir ». Je vous laisse revoir comme l’on passe étonnamment du conditionnel, habituel dans cet énoncé typique de la langue courante, au futur (perceptible par le lecteur seulement, pas par le spectateur). H. 2 s’empare alors du verbe aller qui, avec le futur, a retrouvé son sens propre : « Si, si, vous irez, vous verrez… ».

  • Le texte change ensuite de thème : après l’échange sur la condescendance, H. 2 s’efforce de s’expliquer sur le fait qu’il se tient à distance de son ami. Regardez la succession de formules et de variantes de cette idée, toutes imagées, signes de la sensibilité du personnage autant que de sa difficulté, peut-être, à trouver les mots (si l’on fait l’hypothèse qu’il ne fait pas exprès). La toute dernière, quand il tâche de revenir au sujet central, oppose symétriquement les « domaines » où vivent les deux amis et consacre la distance entre eux.
  • Espoir de sa part, illusion peut-être, il dit et c’est comique pour nous : « vous comprenez », sans même un point d’interrogation. Cette formule de la langue courante permet habituellement de recueillir l’assentiment de qui nous écoute.
  • H. 1 tente bien de corriger son ami, mais la mise à distance par le pronom « il » est frappante (« qu’est-ce qu’il raconte ? »), et s’il semble le comprendre progressivement, presque le traduire, il finit par générer un véritable malentendu, qui pousse H. 3 à voir dans la question de la « marge » une affaire de positions sociales, là où, pour le moment, il n’est question que de relations. Voyez l’explication de H. 1 par la suite ; interprétez aussi, plus loin, la réaction de H. 2 : « Merci, tu es gentil… » : vrai compliment ? Ou bien les points de suspension véhiculent-ils de l’ironie ?
  • Cette fois, les voisins n’entendent que le sens littéral : « F. : Vous n’allez jamais chez lui ? […] H. 3 : Un marginal ? ». Je vous laisse détailler ces leviers d’incompréhension que sont les passages où H. 2 et H. 1, qui le suit, parlent au sens figuré, ce qui fait naître des malentendus en série.
  • Il faut bien sûr interpréter ce que H. 2 tente de dire : il n’entre pas dans le jeu social, celui des rencontres, des invitations faites et rendues, des moments partagés, des lieux retrouvés ensemble…
  • La réplique de F., « Chacun sa vie, n’est-ce pas ? », plus qu’une conclusion, tend à fermer le dialogue, au lieu de l’éclaircir. C’est un lieu commun de la vie quotidienne, un constat qui ne fait avancer personne – et qui peut ridiculiser le personnage aux yeux du spectateur.

  • Le dernier mouvement du texte montre tout l’écart entre H. 2, qui poursuit sa défense et son explication dans l’espoir d’être cru (et innocenté), en convoquant en deux mots le motif du piège (« il m’a tendu un piège… il a disposé une souricière »), et les autres, pour qui ces termes, le second surtout, paraissent incongrus, et donc, incompréhensibles. Observez le mot « TOUS », qui témoigne de leur réaction à l’unisson.
  • Je vous laisse étudier comment un nouveau malentendu s’installe, et commenter son effet : qu’est-ce qui est comique : l’incongruité du mot « souricière » relevée par tous, incongruité qui atteint son paroxysme avec l’image de la « souricière d’occasion » ? Ou bien l’incompréhension des voisins, qui restent à la surface du propos de H. 2 ? Est-ce vraiment un moment comique, d’ailleurs ?
  • C’est H. 1 qui conclut et sa réplique fait contrepoint à celles des voisins.

Pour construire votre explication : aide à la relecture détaillée

Les éléments ci-dessous sont parfois semi-rédigés, par souci d’économie de temps ; inversement, j’ai aussi apporté des éclairages divers, en m’appuyant sur d’autres textes de Nathalie Sarraute.

L’échange commence avec la question de la condescendance : peut-on rompre pour cela ? (enjeu central de toute la pièce par ailleurs)

  • Quel est selon vous l’intérêt de l’interrogative très brève de F. ? Quelques pistes : demande-t-elle une explication, ou exprime-t-elle (aussi) un sentiment (regardez l’adverbe en tête de phrase) ? Son attitude peut-elle rappeler celle de H. 1 un peu plus tôt ? Le ton de cette question annonce-t-il l’échec de H. 2 à se faire comprendre par la suite ? H. 3 et F. seraient-ils des projections des spectateurs (on peut dire aussi auditeurs si on se réfère à la création de la pièce), qui permettraient que l’on s’interroge à nouveau sur le choix de H. 2 de s’éloigner ? Il s’agirait grâce à cette scène avec les voisins de revisiter l’histoire qui vient d’être représentée.
  • Quel sens peut-on donner à l’interjection « Eh bien » (récurrente dans la pièce) ? Qu’annonce-t-elle ? Voici la définition de cette locution dans le dictionnaire Antidote :

« Eh bien », dans le dictionnaire Antidote : 

  • Signifie : «  après un moment de surprise, j’apporte le commentaire suivant à propos  ». Eh bien, je ne m’attendais pas à cela.
  • Signifie : «  à la suite de ce qui a été énoncé, je voudrais apporter le commentaire nuancé suivant  ». Vous n’avez pas l’air de l’apprécier. — Eh bien, ce n’est pas qu’il ne soit pas assidu, mais il n’est pas assez rapide.

  • Comment H. 2 réagit-il ? Attachez-vous au type de phrase employé. Je vous invite à voir cette réplique comme une didascalie interne : voyez-vous pourquoi ?
  • Peut-on dire de la seconde réplique de H. 1 qu’elle corrige son propos précédent ? Je vous suggère d’observer aussi son caractère plus factuel, qui repose sur la construction en trois temps, avec les trois derniers verbes employés. Ce peut être l’occasion de commenter l’efficacité langagière de H. 1, liée à son esprit de synthèse et à sa rationalité. Qu’en pensez-vous ?
  • Que montre la didascalie suivante ? En quoi est-elle intéressante ?
  • La « perplexité » des voisins se voit aussi dans la réplique de F., et plus globalement dans l’ensemble de leurs répliques (jusqu’à ce que H. 2 change de sujet) : à quoi ? Pensez notamment aux aposiopèses (interruptions volontaires de la phrase, pour faire entendre un sens qui n’est pas explicité).
  • Les positions de F. et de H. 3 sont-elles comparables ?
  • Peut-on dire de leur attitude et de leurs répliques qu’elles créent un effet comique ?
  • En plus des points de suspension, je vous invite à vous pencher sur le caractère inachevé des phrases : comment l’interprétez-vous ? Songez à situer votre interprétation tant au niveau des personnages que de l’autrice. Que nous donne-t-elle à voir avec ces réactions ? Parleriez-vous d’ironie de sa part ?
  • Observez en particulier le court échange entre H. 3 et H. 2 : quelle est l’attitude de H. 2 ? La position de H. 3 ? Regardez notamment la conjugaison du verbe aller, l’emploi de l’expression ‘aller jusqu’à…. ; attachez-vous aussi à l’effet suscité par la reprise des mots de H. 3 par H. 2, qui resémantise (redonne aux mots leur sens propre) le verbe aller.
  • Dimension comique liée à ces hésitations et aposiopèses clichés mais aussi aux formules toutes faites (« Mais vous savez, la condescendance, parfois… », où la suspension signifie un avis qui cependant n’est pas exprimé), emploi du verbe « aller » (« je n’irais pas… »). 

Il y a là, dans le caractère quelque peu caricatural des deux voisins, dans le conformisme de leurs interventions, manifestement, un jeu amusé, mais peut-être aussi une critique de Nathalie Sarraute avec la présence des clichés, des expressions toutes faites, et qui n’engagent à rien, dans nos conversations ordinaires.

Mais l’écrivaine a sur les lieux communs un regard paradoxal. Dans un entretien, elle affirme en effet, en jouant sur l’expression, et en faisant du langage un espace social : « Pour nous atteindre les uns les autres, nous n’avons pas d’autres moyens que ce lieu commun du langage. Mais mes « lieux communs » sont à l’opposé du lieu commun habituel, parce qu’ils sont toujours porteurs de quelque chose qui n’est pas si commun […]. Ce qui compte pour moi, ce sont les tropismes qui se dissimulent sous le lieu commun ».


Pour développer son propos (et sa défense), H. 2 introduit ensuite un autre sujet : celui du « jeu » social. Mais l’échange est assez laborieux, comme si les personnages ne parlaient pas la même langue.

À partir de la réplique 11 : « permettez-moi de vous exposer »

  • Par quels moyens et expressions H. 2 marquet-t-il sa volonté (presque solennellement exprimée) de livrer une explication claire ?
  • Je propose de voir dans le recours à la modalité déontique (l’expression de l’obligation morale, pour être concret : cette dénomination peut largement suffire à l’oral !) qui caractérise la tournure impersonnelle « Il faut vous dire » non seulement le fait que H. 2 intègre l’idée que de simples voisins peuvent être des juges de la vie quotidienne, mais aussi une tentative, de sa part, de maîtriser son discours, lui qui a tant de difficultés à trouver les mots qu’il cherche : qu’en pensez-vous ?
  • Comment insiste-t-il sur l’attitude qui est la sienne habituellement à l’égarde de H. 1 ? Ce début de défense est-il compréhensible ? Peut-il être efficace ? Son propos est-il aussi clair qu’annoncé ? Que laisse penser la phrase « jamais je n’ai accepté… » ?
  • Comment réagissent ses interlocuteurs ? Que suggère la réplique de F. quant à ce qu’elle comprend ? Qu’est-ce que cela révèle (à nouveau) s’agissant de la manière de parler de H. 2 ?
  • Que pensez-vous de l’emploi de la troisième personne par H. 1 (« qu’est-ce qu’il raconte ? ») ?
  • H. 2 en vient à reformuler son propos : comment (soyez attentifs au travail de variation, de reformulation d’une même affirmation) ? Est-ce plus clair ? Pourquoi ? Par quels moyens H. 2 s’exprime-t-il ici comme souvent dans la pièce ? Que peuvent suggérer les points de suspension ? Comment interpréter l’expression lexicalisée (très importante dans cet extrait et même dans toute la pièce) jouer le jeu ? Quel sens donnez-vous à la phrase finale : « vous comprenez » ?
  • Que montre la réplique suivante, de H. 1, quant aux difficultés qu’ont les personnages à dialoguer ? Sur quels termes pouvez-vous vous appuyer ? (Par parenthèse, c’est intéressant de voir à quel point nombre de répliques de la pièce portent non sur du contenu narratif, mais sur le langage lui-même – ce sont des propos métalinguistiques, pour le dire de façon plus abstraite).
  • L’expression se tenir en marge fait écho à ce que H. 1 disait (voire reprochait ?) à H. 2 au tout début de la pièce, quand il lui disait le sentir, au téléphone, « à l’autre bout du monde ». Notez qu’il s’agit d’une expression lexicalisée de nouveau (fondée, au départ, sur une image : comme si H. 1 se mettait à parler un peu comme H. 2). Elle peut donc prêter à confusion…
  • Et elle ne manque pas de le faire : quel parallèle pouvez-vous établir ici entre H. 3, qui réagit, et F. ? À quoi voit-on que H. 3 réfléchit peu ? Quelle lecture (erronée) fait-il du terme « marge » ?
  • Rappelez-vous, dans l’analyse d’un texte de théâtre, on gagne toujours à étudier les enchaînements, la façon dont le dialogue se construit : qui répond à H. 3 ? Et peut-on parler (pour la première phrase) d’une véritable réponse ? (On a déjà vu cette façon de faire chez ce personnage, dans ce même extrait notamment). H. 3 est-il détrompé, son erreur d’interprétation corrigée ? Comment cette réplique insiste-t-elle sur la véracité du propos ?
  • (Si vous en avez le temps, et si vous souhaitez le signaler, vous avez là avec cette affirmation selon laquelle H. 2 a « toujours gagné sa vie » une nouvelle perspective, qui s’ouvre vers la suite de la pièce, lorsque les personnages introduiront le thème des « ratés », lors de l’acmé du conflit : le texte de la pièce est remarquablement construit, avec nombre d’effets d’échos et d’échos par anticipation.)
  • Si vous revoyez la captation de la lecture à la table de la Comédie-Française, vous pourrez entendre l’ironie du comédien qui incarne H. 2 lorsqu’il dit : « Merci, tu es gentil… »). Comment l’expliquer ?
  • Par quels mots H. 2 tente-t-il de revenir à ce qu’il affirmait plus haut (suggérant ainsi, implicitement, qu’il y a eu bifurcation, voire malentendu) ? Sur quel terrain, en somme, revient-il ? Son explication gagne-t-elle en clarté ? Je vous invite à vous attachez notamment à la structure et à la longueur des phrases.
  • Peut-on dire que la réponse de F. fait avancer le dialogue ? Pour quelles raisons ? N’hésitez pas à situer votre interprétation et votre analyse au niveau de ce que cherche sans doute à montrer ici Nathalie Sarraute : que suggère la réplique de F. quant aux lieux communs (concentré ici en une expression), et à certaines expressions figées qui sont une manière de supposer la compréhension, voire l’adhésion (ici : « n’est-ce pas ? ») ? Une preuve peut-être que le propos de F. est d’une grande pauvreté de langage et donc de pensée, c’est la façon dont H. 2 y répond (ou plutôt… n’y répond pas).

Enfin, H. 2 affirme avoir été piégé, et recourt pour cela de nouveau à une image.

  • Vous noterez le réemploi de l’interjection « Eh bien » : à quoi sert-elle ici, comme souvent dans la pièce ?
  • Par quelle formule H. 2 tente-t-il de prendre à témoin ses voisins ? Cette expression peut-elle aussi s’adresser… aux spectateurs ?
  • Lorsque H. 2 dit : « chez lui », cela signifie-t-il littéralement chez H. 1 ? Du fait de quel terme l’expression paraît-elle de nouveau avoir un sens symbolique ?
  • Que reproche H. 2 à H. 1 ?
  • Lorsque H. 2 dit : « il faut que j’y sois avec lui, que je ne puisse pas en sortir… », je vous invite à lire une manière polyphonique de parler : comme si H. 2 s’était glissé dans les pensées et les désirs de H. 1. Cette appropriation de la pensée prêtée à H. 1 est évidemment le passage qui porte avec le plus de vigueur le reproche fait à H. 1.
  • Le réquisitoire (j’emprunte sciemment ce terme au lexique judiciaire) se clôt par deux mots, variantes l’un de l’autre : je vous invite à souligner combien ils sont particulièrement forts.
  • L’emploi du second a-t-il pour effet de clarifier le propos de H. 2 ?
  • Quelle est la réaction des personnages ? Qu’est-ce qui est ici particulièrement notable ?
  • Cela désarçonne-t-il H. 2 ? Répond-il, ou poursuit-il son discours ?
  • Comment le malentendu naît-il ici ?
  • De quoi le rire de F. témoigne-t-il ? Et si Nathalie Sarraute cherchait par cette didascalie à ce que le lecteur (spectateur, auditeur) se positionne ? Rions-nous avec elle ?
  • Diriez-vous que H. 1 prend la défense de H. 2 dans la dernière réplique de l’extrait ? Ou s’agit-il pour lui de faire que l’explication se poursuive ? Connaît-on son point de vue sur ce qu’est en train de développer H. 2 ? Peut-on le supposer ? À quoi voit-on l’insistance qui est la sienne ?

Pour une conclusion

  • Revenez au projet de lecture que vous avez choisi. Même si vous l’avez formulé à l’affirmative, il portait un questionnement : c’est le moment d’y répondre, en quelques phrases.
  • Donnez de l’air à votre conclusion en ouvrant une perspective, par exemple vers une autre œuvre (je pense à ceux qui auront lu Art, ou Le Misanthrope), ou vers la suite de la pièce :

Dans notre scène, H. 1 a pu dire de son ami H. 2 qu’il se tenait « en marge » des autres : c’est de relation qu’il parlait alors. Toutefois, nous comprendrons bientôt, en lisant la suite de l’œuvre, qu’il est aussi question de statuts sociaux, et de l’écart qui existe entre les deux protagonistes de ce point de vue : un écart à même de fissurer leur amitié ?


Conseils sur la mise en perspective finale (ou ouverture)


Comment étudier le texte lors de l’oral ? Exemple audio :

Pour vous permettre d’avoir une idée de ce que l’on attend de vous, voici un exemple de début d’explication.

Comme vous pourrez l’entendre, je ne commente pas tout, le temps ne le permettant pas : par exemple, il aurait été intéressant que je m’attarde sur les points de suspension après « condescendant » dans la réplique de H. 1 (signe d’une attitude condescendante ?) ; je n’ai pas commenté « alors, depuis, il m’évite… : cela aurait été intéressant, car H. 1 ne dit plus « rompre », ici. On ne peut pas tout dire !


Après écoute de l’audio ci-dessus, voici trois conseils sur le fond, et sur l’expression :

Liez hypothèse de sens et observation du texte :

  • écoutez par exemple ce que je dis à propos de la « brièveté » de la question de F., qui tient en deux mots, et qui signale son étonnement, voire son incrédulité.

Citez le texte au fil de votre explication.

  • Faites-le de nouveau entendre, par fragments.
  • Vous ne pourrez pas tout citer : sélectionnez les éléments que vous commentez parce qu’ils sont pour vous les plus importants, parce qu’ils justifient votre projet de lecture.

Que votre discours soit dynamique et logique.

  • J’emploie souvent les tournures présentatives : « C’est… qui… ». Elles permettent de mettre un élément en relief. « C’est F. qui lance la discussion… » « C’est la condescendance qui est au centre du dialogue… ».
  • Enchaînez vos remarques, pour donner à votre propos cohésion et fluidité : par exemple, pour commenter la deuxième réplique de H. 1, je commence par dire « Ce qui l’oblige à… », le pronom « ce » reprenant ce qui précède. Quelques possibilités offertes par la langue : « C’est pourquoi… », « Ce qui fait que… », « Ce qui a pour conséquence de… », « Dès lors, … » (plutôt que « ensuite » : j’y insiste, privilégiez l’enchaînement logique à l’enchaînement temporel).
  • Si cela a du sens, employez des adversatifs, lorsque vous apportez une nuance, une idée qui s’oppose à la précédente, ou lorsque le texte lui-même offre un contraste particulier : « mais », « cependant », « néanmoins », « toutefois », « en revanche », « pour autant », « a contrario »…