Livre ancien ouvert sur une table
  • Qu’est-ce que l’entretien et comment s’y préparer ?

    Présentation de l’entretien, de ses enjeux et de son déroulement

    Merci de votre indulgence pour la qualité de l’image… et pour le bruit de l’ascenseur enrhumé au fond… Je ne suis décidément pas Youtubeur !


    Conseils de préparation

    à venir


    Voir aussi

    Le déroulement de l’épreuve orale

  • Conseils pour faire des fiches

    Voici quelques conseils, non exhaustifs, mais synthétiques, pour vous aider à ficher vos travaux en vue de l’examen. Je commence par la question des fiches portant sur les 16 textes à expliquer à l’oral.


    Faire des fiches vise à consolider votre compréhension des œuvres étudiées et fixer quelques grands jalons dans votre mémoire. C’est l’exercice lui-même plus que la fiche seule, relue, qui permet une mémorisation efficace.

    En effet, faire une fiche suppose de relire textes et cours, de faire des choix pour obtenir un support synthétique, de reformuler pour soi-même ce que l’on a compris. C’est tout cela qui est gage d’efficacité.

    La forme du support doit répondre à ce qui, pour vous, soutient le plus la mémorisation. Carte mentale pour les uns, fiche ordonnée de façon classique pour les autres ; couleurs, tailles de texte variables pour ceux qui ont une bonne mémoire visuelle ; association d’une fiche et d’un mémo audio que l’on peut réécouter, pour s’appuyer sur la mémoire auditive…


    Pour les textes étudiés en vue de l’oral

    Pour les textes étudiés, l’objectif d’une fiche est de vous permettre, plusieurs semaines après l’étude du texte, de balayer du regard des grandes lignes susceptibles de faire revenir des détails du texte et du cours que pourtant la fiche, par nature synthétique, ne comprendra pas :

    1. éléments biographiques sur l’auteur
    2. situation du texte dans l’œuvre
    3. notes pour lire le texte à voix haute de façon expressive (qu’accentuer, quel ton choisir, où cela…)
    4. projet de lecture envisagé (construit sur ce qui est pour vous l’enjeu principal du texte)
    5. mouvements du texte
    6. principaux points d’attention s’agissant de l’écriture dans l’extrait
    7. liens avec d’autres textes, d’autres œuvres

    On peut tout à fait croiser les points 5 et 6.

    J’insiste sur deux points :

    • la fiche ne remplace ni vos notes de cours, ni votre préparation réalisée, par exemple, avec l’aide à la relecture proposée sur ce site ;
    • de préférence, concevez une fiche dès lors que vous avez travaillé sur le texte au préalable, de façon approfondie, et non l’inverse.

  • Aide pour votre explication du deuxième extrait de POPN (lecture 2/16)

    Cette aide à la relecture prolonge nos séances des 7 et 9 octobre, menées à distance, d’où la présence de la transcription des séances et les récapitulatifs proposés.

    Plus loin figure l’aide à la relecture elle-même, en deux versions : la première va à l’essentiel ; la seconde est plus détaillée.

    Image extraite du film de Jacques Doillon.


    Délimitations du texte

    De « Alors pourquoi ? » (F) à « H. 1 : Non, ne riez pas. Il parle sérieusement, je vous assure… […] ».


    Pour situer le texte

    • Présentation de Nathalie Sarraute, de son œuvre, puis de la pièce : je vous renvoie à vos notes.
    • Au début de la pièce, deux amis se retrouvent ; H. 1 est venu chez H. 2 lui demander les raisons de son éloignement. Après voir longtemps refusé de lui répondre, H. 2 livre une explication qui peut paraître surprenante : c’est une phrase, « C’est bien… ça », prononcée par H. 1, qui par sa prononciation notamment l’a blessé.
    • H. 2 poursuit : il a déjà été accusé, dans le passé, de rompre « pour un oui ou pour un non », par ce qui s’apparente à un tribunal composé de gens ordinaires (quelque peu kafkaïen, pour ceux parmi vous qui connaissent Kafka, et son roman Le procès en particulier). H. 1 explique à son ami qu’il a dû entendre dans la fameuse phrase de la condescendance ; H. 2 fait alors appel à ses voisins pour trancher ce litige : ce sont des gens, dit-il, « intègres, solides… ».

    Pour la lecture à voix haute

    • Vous allez pouvoir particulièrement varier les tons pour faire exister ces différents personnages : pensez à ce que véhiculent les voisins (clichés, expressions toutes faites, absence de raisonnement approfondi, tout cela pouvant aussi être considéré comme du « bon sens »).
    • Gardez à l’esprit que H. 2 de nouveau tente de se faire innocenter, mais peine ne serait-ce qu’à se faire comprendre.
    • Quant à H. 1, est-il ironique (comme le laisse entendre H. 2 au début de l’extrait) ? Veut-il sincèrement que cette étonnante scène de jugement aboutisse ?

    N’hésitez pas à regarder et vous inspirer de la lecture à la table de la Comédie-Française. Je commence la vidéo juste avant la scène :


    Récapitulatif de notre séance de redécouverte du texte (7 oct.), esquisses de projets de lecture

    Je vous propose une brève récapitulation écrite de notre séance du 7 octobre, qui a eu lieu en visio. Sur Teams, vous pouvez la revisionner : je l’ai enregistrée, elle apparaît dans le canal de votre classe, et vous avez dû recevoir le lien, reproduit sur Ecole directe à la date du 12/10 (voir à partir de 17’10’ ‘ en 1A, de 3’40’ ‘ en 1C).


    Le questionnement initial

    Pourquoi avoir fait venir les voisins ? À quoi peut bien servir cette scène ? Pourquoi les faire venir, les solliciter ?

    Deux niveaux d’analyse possibles : celui des personnages (quelles attentes pour H. 2, pour H. 1 ?) ; celui de l’écrivaine (que véhicule cette scène ? fait-elle avancer la pièce ?).


    Récapitulatif de notre séance en 1C

    Ce que je peux vous proposer pour récapituler vos remarques au terme de cette séance de relecture de la scène, en six points :

    • Cet extrait s’apparente à un procès miniature, avec les voisins en position de juges. L’enjeu, c’est de départager (de nouveau, ou enfin) H. 1 et H. 2 sur la question de ce qu’a éprouvé le second : avait-il raison de réagir comme il l’a fait ? La condescendance justifie-t-elle de « rompre » ? Chacun se justifie devant les voisins.
    • De ce fait, nos voisins sont des personnages auxquels les spectateurs (ou les auditeurs, ou les lecteurs) peuvent s’identifier. Il y a là mise en abyme : les spectateurs sont comme projetés fictivement sur la scène à travers H. 3 et F ; c’est presque comme si le début de la pièce se rejouait et que nous étions représentés sur scène.
    • Si on considère que H. 2 joue, manque de sincérité (je dis bien : si : je vous renvoie à votre réception personnelle de la pièce), la scène prendrait des airs de théâtre dans le théâtre. H. 2 jouerait face au public que forment les voisins ; les deux protagonistes « rejoueraient leur comédie » devant les voisins, leurs spectateurs.
    • La présence des voisins modifie l’attitude des personnages : vous êtes nombreux à avoir jugé que H. 1 semblait entretenir une forme de complicité avec H. 3 et F, qu’il prenait ici H. 2 de haut, qu’il le décridibilisait, et que ce dernier pouvait paraître quelque peu enfantin ici.
    • La scène peut se révéler être un piège pour H. 2 : il espère être compris, mais le dialogue ne tourne-t-il pas (de nouveau) au piège, au moment même où il raconte, justement, s’être senti piégé ?
    • Cette scène vise-t-elle à nous montrer combien l’on peut changer lorsqu’on se trouve en société ? Représente-t-elle le fait qu’en société, l’on est toujours jugé par autrui, que le moindre voisin devient membre d’un jury qui fait votre procès ?

    Premières pistes pour un projet de lecture en 1C

    • Dans quelle mesure cette scène s’apparente-t-elle à un procès ?
    • Peut-on dire que l’échange avec les voisins modifie la relation entre H. 1 et H. 2 ?
    • En quoi cette scène offre-t-elle au spectateur la représentation d’une société où chacun juge l’autre ?
    • …

    Transcription de notre séance en 1C

    Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.


    Récapitulatif de notre séance en 1A

    Ce que nous avons dit au terme de cette séance de relecture de la scène, en cinq points :

    • Ce fragment de la scène avec les voisins s’apparente à un procès. Les voisins offrent un regard extérieur sur la relation entre H. 1 et H. 2, et la fameuse condescendance ressentie par le second. Sont-ce des témoins ? Des juges ? Je reprends vos mots : et ce sont déjà ceux d’une scène judiciaire.
    • Les voisins sont là en tant que personnes de bon sens ; H. 2 espère grâce à leur jugement ne plus apparaître comme quelqu’un dont la conduite est insensée.
    • Et vous l’avez bien dit : ces personnages offrent aux spectateurs (ou aux auditeurs, aux lecteurs) des figures auxquelles s’identifier.
    • Mais, on l’a brièvement dit, et on y reviendra, les voisins eux-mêmes disent n’avoir « aucune compétence »…
    • La progression de notre extrait montre un isolement croissant de H. 2 face aux voisins et à H. 3 : ces derniers ne le comprennent pas.

    Premières pistes pour un projet de lecture en 1A

    • Dans quelle mesure cette scène s’apparente-t-elle à un procès ?
    • En quoi les voisins offrent-ils au spectateur une nouvelle occasion de juger H. 2 ?
    • Cette scène permet-elle à H. 2 de défendre son point de vue, ou le met-elle encore plus en difficulté ?
    • …

    Transcription de notre séance en 1A

    Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.


    Élaborer son propre projet de lecture

    Le projet de lecture n’est pas une sorte d’obligation académique. Ce sont les mots que vous choisissez pour dire le sens que vous donnez à l’extrait étudié. Vous pouvez vous inspirer de ceux que j’ai dégagés de la séance de découverte du texte, ci-dessus. Ou bien des pistes de réflexion que je propose ci-dessous.

    • Souvenez-vous : pour H. 2, il s’agit de se justifier, de légitimer son choix de rompre, à cause de la « condescendance » (supposée) de la phrase de H. 1. Y parvient-il ?
    • Pour H. 1, ne s’agit-il pas de voir si comme lui, les voisins, « gens de bon sens », jugent excessive et en définitive infondée la réaction de H. 2 ?
    • Pour Nathalie Sarraute : cherche-t-elle à insister sur le fait que nos comportements et nos choix sont constamment sous le regard d’autrui (ici représenté par les voisins) ? Tente-t-elle de montrer que les relations sont toujours plus complexes qu’on ne croit, en mettant en scène des voisins quelque peu ridicules, qui tendent de leur côté à tout simplifier ? Qu’il est vain de tenter de faire comprendre à autrui ce qu’on éprouve, que les points de vue sont toujours impossibles à concilier ?
    • Songez à l’intérêt que représentent les voisins pour le spectateur (et a fortiori pour l’auditeur) : n’incarnent-ils pas justement ce dernier, au moment où H. 1 et H. 2 s’apprêtent, en quelque sorte, à rejouer tout le début de la pièce sous leurs yeux ? S’ils sont nos doubles sur scène, ils nous permettraient de voir à l’œuvre nos propres réactions, et donc de réfléchir à la façon dont nous-mêmes avons jugé les protagonistes depuis le début.
    • La scène, on le sait, naît du dépôt d’une demande d’ordre judiciaire : H. 2 entend cette fois être innocenté. Soyez donc attentifs à tout ce qui peut faire penser à un procès. Songez aussi que, peut-être, chacun des deux protagonistes défend son point de vue, avec plus ou moins d’efficacité. Qui des deux va paraître le plus crédible ? Pourquoi ? Pensez notamment à leurs idiolectes, et à la fréquence de leurs interventions (que dire des silences de H. 1, par exemple ?).
    • Sur le plan de la situation (un étrange et peu vraisemblable tribunal, si l’on adopte le point de vue de H. 1), ainsi que du ton (les effets liés aux décalages, aux incompréhensions sont nombreux), c’est aussi une scène empreinte de comique pour le spectateur (mais sans doute pas… pour H. 2). Revoyez, sur ce point, la réflexion de N. Sarraute sur les « tropismes » : nous aurions tort, à présent que nous connaissons mieux la pièce, ainsi que l’importance de ce motif pour l’autrice, de considérer que nous avons affaire à une situation réaliste. L’œuvre révèle en effet, par cet étrange procès, « ce que d’ordinaire on ne dit pas » (Le gant retourné). Et l’apparence ordinaire de la conversation, couplée aux enjeux en présence, crée un effet insolite autant que comique (là encore, relisez le texte extrait du Gant retourné).

    Comment la scène progresse-t-elle ? Les mouvements de l’extrait

    Notre extrait est composé de trois mouvements : 

    1. La discussion s’ouvre sur la question de la « condescendance » perçue par H. 2 dans la phrase de H. 1, et qui l’a poussé à s’éloigner de son ami.
    2. H. 2 introduit ensuite (laborieusement) un autre sujet : celui du jeu social, qu’il affirme ne pas jouer (à partir de « permettez-moi de vous exposer »). Cette séquence de l’extrait donne lieu à un malentendu à partir du mot « marginal ».
    3. Enfin, H. 2 affirme avoir été piégé par son ami et s’appuie sur une image : celle d’une souricière (à partir de « H. 2 : Eh bien, figurez-vous qu’il ne le supporte pas »). L’incompréhension des voisins semble à son comble.

    Pour notre cours du 9 oct. : comment interroger chaque mouvement du texte ?

    Je vous ai proposé d’étudier en particulier :

    1. La façon dont les voisins réagissent à la question de la condescendance.
    2. Ce qu’on apprend (ou pas) sur H. 2 au cours de son explication.
    3. Si H. 2 parvient in fine à se défendre, lorsqu’il évoque le piège que lui aurait tendu H. 1.

    Pour construire le cœur de votre explication : l’essentiel, en quelques mots

    Peu satisfait par le résumé de mon aide précédente par l’IA Claude, je vous propose ici un condensé, et au-dessous, la lecture détaillée en entier.

    • La scène commence de façon tendue, du fait de l’attitude de H. 1 – ou de l’attitude que H. 2 prête à H. 1 (lequel affirmera avoir parlé « sérieusement »), qui effectivement n’assume pas le reproche qui lui est fait par son ami : voyez l’expression « paraît-il », les points de suspension.
    • La réaction de H. 2 (qui fonctionne comme une didascalie interne) montre bien la manière dont H. 1 lui a semblé s’exprimer.
    • Ce dernier s’efforce de corriger son propos : insistance, phrases simples à la structure répétée, lenteur du propos provoquée par les points de suspension (signes de son assurance ?). La question, dès lors, n’est plus de savoir s’il y a eu condescendance ou non, mais si cela justifie une rupture avec un ami.
    • Les voisins oscillent entre étonnement (cf. la première question, brève, de F.), début de positionnement (de F. en défaveur de H. 2, de H. 3, mesuré, en sa faveur en revanche), et manque d’engagement : observez les répliques inachevées. C’est au point où elles pourraient en devenir comiques, comme un éventail de formules clichés qui ne vont nulle part (voir par exemple l’aposiopèse ici : « Mais vous savez, la condescendance, parfois… » : ).
    • Déjà l’on voit un jeu sur le langage, entre sens propre et sens figuré, autour de la prudente formule de H. 3 : « Je n’irais pas jusqu’à ne plus revoir ». Je vous laisse revoir comme l’on passe étonnamment du conditionnel, habituel dans cet énoncé typique de la langue courante, au futur (perceptible par le lecteur seulement, pas par le spectateur). H. 2 s’empare alors du verbe aller qui, avec le futur, a retrouvé son sens propre : « Si, si, vous irez, vous verrez… ».

    • Le texte change ensuite de thème : après l’échange sur la condescendance, H. 2 s’efforce de s’expliquer sur le fait qu’il se tient à distance de son ami. Regardez la succession de formules et de variantes de cette idée, toutes imagées, signes de la sensibilité du personnage autant que de sa difficulté, peut-être, à trouver les mots (si l’on fait l’hypothèse qu’il ne fait pas exprès). La toute dernière, quand il tâche de revenir au sujet central, oppose symétriquement les « domaines » où vivent les deux amis et consacre la distance entre eux.
    • Espoir de sa part, illusion peut-être, il dit et c’est comique pour nous : « vous comprenez », sans même un point d’interrogation. Cette formule de la langue courante permet habituellement de recueillir l’assentiment de qui nous écoute.
    • H. 1 tente bien de corriger son ami, mais la mise à distance par le pronom « il » est frappante (« qu’est-ce qu’il raconte ? »), et s’il semble le comprendre progressivement, presque le traduire, il finit par générer un véritable malentendu, qui pousse H. 3 à voir dans la question de la « marge » une affaire de positions sociales, là où, pour le moment, il n’est question que de relations. Voyez l’explication de H. 1 par la suite ; interprétez aussi, plus loin, la réaction de H. 2 : « Merci, tu es gentil… » : vrai compliment ? Ou bien les points de suspension véhiculent-ils de l’ironie ?
    • Cette fois, les voisins n’entendent que le sens littéral : « F. : Vous n’allez jamais chez lui ? […] H. 3 : Un marginal ? ». Je vous laisse détailler ces leviers d’incompréhension que sont les passages où H. 2 et H. 1, qui le suit, parlent au sens figuré, ce qui fait naître des malentendus en série.
    • Il faut bien sûr interpréter ce que H. 2 tente de dire : il n’entre pas dans le jeu social, celui des rencontres, des invitations faites et rendues, des moments partagés, des lieux retrouvés ensemble…
    • La réplique de F., « Chacun sa vie, n’est-ce pas ? », plus qu’une conclusion, tend à fermer le dialogue, au lieu de l’éclaircir. C’est un lieu commun de la vie quotidienne, un constat qui ne fait avancer personne – et qui peut ridiculiser le personnage aux yeux du spectateur.

    • Le dernier mouvement du texte montre tout l’écart entre H. 2, qui poursuit sa défense et son explication dans l’espoir d’être cru (et innocenté), en convoquant en deux mots le motif du piège (« il m’a tendu un piège… il a disposé une souricière »), et les autres, pour qui ces termes, le second surtout, paraissent incongrus, et donc, incompréhensibles. Observez le mot « TOUS », qui témoigne de leur réaction à l’unisson.
    • Je vous laisse étudier comment un nouveau malentendu s’installe, et commenter son effet : qu’est-ce qui est comique : l’incongruité du mot « souricière » relevée par tous, incongruité qui atteint son paroxysme avec l’image de la « souricière d’occasion » ? Ou bien l’incompréhension des voisins, qui restent à la surface du propos de H. 2 ? Est-ce vraiment un moment comique, d’ailleurs ?
    • C’est H. 1 qui conclut et sa réplique fait contrepoint à celles des voisins.

    Pour construire votre explication : aide à la relecture détaillée

    Les éléments ci-dessous sont parfois semi-rédigés, par souci d’économie de temps ; inversement, j’ai aussi apporté des éclairages divers, en m’appuyant sur d’autres textes de Nathalie Sarraute.

    L’échange commence avec la question de la condescendance : peut-on rompre pour cela ? (enjeu central de toute la pièce par ailleurs)

    • Quel est selon vous l’intérêt de l’interrogative très brève de F. ? Quelques pistes : demande-t-elle une explication, ou exprime-t-elle (aussi) un sentiment (regardez l’adverbe en tête de phrase) ? Son attitude peut-elle rappeler celle de H. 1 un peu plus tôt ? Le ton de cette question annonce-t-il l’échec de H. 2 à se faire comprendre par la suite ? H. 3 et F. seraient-ils des projections des spectateurs (on peut dire aussi auditeurs si on se réfère à la création de la pièce), qui permettraient que l’on s’interroge à nouveau sur le choix de H. 2 de s’éloigner ? Il s’agirait grâce à cette scène avec les voisins de revisiter l’histoire qui vient d’être représentée.
    • Quel sens peut-on donner à l’interjection « Eh bien » (récurrente dans la pièce) ? Qu’annonce-t-elle ? Voici la définition de cette locution dans le dictionnaire Antidote :

    « Eh bien », dans le dictionnaire Antidote : 

    • Signifie : «  après un moment de surprise, j’apporte le commentaire suivant à propos  ». Eh bien, je ne m’attendais pas à cela.
    • Signifie : «  à la suite de ce qui a été énoncé, je voudrais apporter le commentaire nuancé suivant  ». Vous n’avez pas l’air de l’apprécier. — Eh bien, ce n’est pas qu’il ne soit pas assidu, mais il n’est pas assez rapide.

    • Comment H. 2 réagit-il ? Attachez-vous au type de phrase employé. Je vous invite à voir cette réplique comme une didascalie interne : voyez-vous pourquoi ?
    • Peut-on dire de la seconde réplique de H. 1 qu’elle corrige son propos précédent ? Je vous suggère d’observer aussi son caractère plus factuel, qui repose sur la construction en trois temps, avec les trois derniers verbes employés. Ce peut être l’occasion de commenter l’efficacité langagière de H. 1, liée à son esprit de synthèse et à sa rationalité. Qu’en pensez-vous ?
    • Que montre la didascalie suivante ? En quoi est-elle intéressante ?
    • La « perplexité » des voisins se voit aussi dans la réplique de F., et plus globalement dans l’ensemble de leurs répliques (jusqu’à ce que H. 2 change de sujet) : à quoi ? Pensez notamment aux aposiopèses (interruptions volontaires de la phrase, pour faire entendre un sens qui n’est pas explicité).
    • Les positions de F. et de H. 3 sont-elles comparables ?
    • Peut-on dire de leur attitude et de leurs répliques qu’elles créent un effet comique ?
    • En plus des points de suspension, je vous invite à vous pencher sur le caractère inachevé des phrases : comment l’interprétez-vous ? Songez à situer votre interprétation tant au niveau des personnages que de l’autrice. Que nous donne-t-elle à voir avec ces réactions ? Parleriez-vous d’ironie de sa part ?
    • Observez en particulier le court échange entre H. 3 et H. 2 : quelle est l’attitude de H. 2 ? La position de H. 3 ? Regardez notamment la conjugaison du verbe aller, l’emploi de l’expression ‘aller jusqu’à…. ; attachez-vous aussi à l’effet suscité par la reprise des mots de H. 3 par H. 2, qui resémantise (redonne aux mots leur sens propre) le verbe aller.
    • Dimension comique liée à ces hésitations et aposiopèses clichés mais aussi aux formules toutes faites (« Mais vous savez, la condescendance, parfois… », où la suspension signifie un avis qui cependant n’est pas exprimé), emploi du verbe « aller » (« je n’irais pas… »). 

    Il y a là, dans le caractère quelque peu caricatural des deux voisins, dans le conformisme de leurs interventions, manifestement, un jeu amusé, mais peut-être aussi une critique de Nathalie Sarraute avec la présence des clichés, des expressions toutes faites, et qui n’engagent à rien, dans nos conversations ordinaires.

    Mais l’écrivaine a sur les lieux communs un regard paradoxal. Dans un entretien, elle affirme en effet, en jouant sur l’expression, et en faisant du langage un espace social : « Pour nous atteindre les uns les autres, nous n’avons pas d’autres moyens que ce lieu commun du langage. Mais mes « lieux communs » sont à l’opposé du lieu commun habituel, parce qu’ils sont toujours porteurs de quelque chose qui n’est pas si commun […]. Ce qui compte pour moi, ce sont les tropismes qui se dissimulent sous le lieu commun ».


    Pour développer son propos (et sa défense), H. 2 introduit ensuite un autre sujet : celui du « jeu » social. Mais l’échange est assez laborieux, comme si les personnages ne parlaient pas la même langue.

    À partir de la réplique 11 : « permettez-moi de vous exposer »

    • Par quels moyens et expressions H. 2 marquet-t-il sa volonté (presque solennellement exprimée) de livrer une explication claire ?
    • Je propose de voir dans le recours à la modalité déontique (l’expression de l’obligation morale, pour être concret : cette dénomination peut largement suffire à l’oral !) qui caractérise la tournure impersonnelle « Il faut vous dire » non seulement le fait que H. 2 intègre l’idée que de simples voisins peuvent être des juges de la vie quotidienne, mais aussi une tentative, de sa part, de maîtriser son discours, lui qui a tant de difficultés à trouver les mots qu’il cherche : qu’en pensez-vous ?
    • Comment insiste-t-il sur l’attitude qui est la sienne habituellement à l’égarde de H. 1 ? Ce début de défense est-il compréhensible ? Peut-il être efficace ? Son propos est-il aussi clair qu’annoncé ? Que laisse penser la phrase « jamais je n’ai accepté… » ?
    • Comment réagissent ses interlocuteurs ? Que suggère la réplique de F. quant à ce qu’elle comprend ? Qu’est-ce que cela révèle (à nouveau) s’agissant de la manière de parler de H. 2 ?
    • Que pensez-vous de l’emploi de la troisième personne par H. 1 (« qu’est-ce qu’il raconte ? ») ?
    • H. 2 en vient à reformuler son propos : comment (soyez attentifs au travail de variation, de reformulation d’une même affirmation) ? Est-ce plus clair ? Pourquoi ? Par quels moyens H. 2 s’exprime-t-il ici comme souvent dans la pièce ? Que peuvent suggérer les points de suspension ? Comment interpréter l’expression lexicalisée (très importante dans cet extrait et même dans toute la pièce) jouer le jeu ? Quel sens donnez-vous à la phrase finale : « vous comprenez » ?
    • Que montre la réplique suivante, de H. 1, quant aux difficultés qu’ont les personnages à dialoguer ? Sur quels termes pouvez-vous vous appuyer ? (Par parenthèse, c’est intéressant de voir à quel point nombre de répliques de la pièce portent non sur du contenu narratif, mais sur le langage lui-même – ce sont des propos métalinguistiques, pour le dire de façon plus abstraite).
    • L’expression se tenir en marge fait écho à ce que H. 1 disait (voire reprochait ?) à H. 2 au tout début de la pièce, quand il lui disait le sentir, au téléphone, « à l’autre bout du monde ». Notez qu’il s’agit d’une expression lexicalisée de nouveau (fondée, au départ, sur une image : comme si H. 1 se mettait à parler un peu comme H. 2). Elle peut donc prêter à confusion…
    • Et elle ne manque pas de le faire : quel parallèle pouvez-vous établir ici entre H. 3, qui réagit, et F. ? À quoi voit-on que H. 3 réfléchit peu ? Quelle lecture (erronée) fait-il du terme « marge » ?
    • Rappelez-vous, dans l’analyse d’un texte de théâtre, on gagne toujours à étudier les enchaînements, la façon dont le dialogue se construit : qui répond à H. 3 ? Et peut-on parler (pour la première phrase) d’une véritable réponse ? (On a déjà vu cette façon de faire chez ce personnage, dans ce même extrait notamment). H. 3 est-il détrompé, son erreur d’interprétation corrigée ? Comment cette réplique insiste-t-elle sur la véracité du propos ?
    • (Si vous en avez le temps, et si vous souhaitez le signaler, vous avez là avec cette affirmation selon laquelle H. 2 a « toujours gagné sa vie » une nouvelle perspective, qui s’ouvre vers la suite de la pièce, lorsque les personnages introduiront le thème des « ratés », lors de l’acmé du conflit : le texte de la pièce est remarquablement construit, avec nombre d’effets d’échos et d’échos par anticipation.)
    • Si vous revoyez la captation de la lecture à la table de la Comédie-Française, vous pourrez entendre l’ironie du comédien qui incarne H. 2 lorsqu’il dit : « Merci, tu es gentil… »). Comment l’expliquer ?
    • Par quels mots H. 2 tente-t-il de revenir à ce qu’il affirmait plus haut (suggérant ainsi, implicitement, qu’il y a eu bifurcation, voire malentendu) ? Sur quel terrain, en somme, revient-il ? Son explication gagne-t-elle en clarté ? Je vous invite à vous attachez notamment à la structure et à la longueur des phrases.
    • Peut-on dire que la réponse de F. fait avancer le dialogue ? Pour quelles raisons ? N’hésitez pas à situer votre interprétation et votre analyse au niveau de ce que cherche sans doute à montrer ici Nathalie Sarraute : que suggère la réplique de F. quant aux lieux communs (concentré ici en une expression), et à certaines expressions figées qui sont une manière de supposer la compréhension, voire l’adhésion (ici : « n’est-ce pas ? ») ? Une preuve peut-être que le propos de F. est d’une grande pauvreté de langage et donc de pensée, c’est la façon dont H. 2 y répond (ou plutôt… n’y répond pas).

    Enfin, H. 2 affirme avoir été piégé, et recourt pour cela de nouveau à une image.

    • Vous noterez le réemploi de l’interjection « Eh bien » : à quoi sert-elle ici, comme souvent dans la pièce ?
    • Par quelle formule H. 2 tente-t-il de prendre à témoin ses voisins ? Cette expression peut-elle aussi s’adresser… aux spectateurs ?
    • Lorsque H. 2 dit : « chez lui », cela signifie-t-il littéralement chez H. 1 ? Du fait de quel terme l’expression paraît-elle de nouveau avoir un sens symbolique ?
    • Que reproche H. 2 à H. 1 ?
    • Lorsque H. 2 dit : « il faut que j’y sois avec lui, que je ne puisse pas en sortir… », je vous invite à lire une manière polyphonique de parler : comme si H. 2 s’était glissé dans les pensées et les désirs de H. 1. Cette appropriation de la pensée prêtée à H. 1 est évidemment le passage qui porte avec le plus de vigueur le reproche fait à H. 1.
    • Le réquisitoire (j’emprunte sciemment ce terme au lexique judiciaire) se clôt par deux mots, variantes l’un de l’autre : je vous invite à souligner combien ils sont particulièrement forts.
    • L’emploi du second a-t-il pour effet de clarifier le propos de H. 2 ?
    • Quelle est la réaction des personnages ? Qu’est-ce qui est ici particulièrement notable ?
    • Cela désarçonne-t-il H. 2 ? Répond-il, ou poursuit-il son discours ?
    • Comment le malentendu naît-il ici ?
    • De quoi le rire de F. témoigne-t-il ? Et si Nathalie Sarraute cherchait par cette didascalie à ce que le lecteur (spectateur, auditeur) se positionne ? Rions-nous avec elle ?
    • Diriez-vous que H. 1 prend la défense de H. 2 dans la dernière réplique de l’extrait ? Ou s’agit-il pour lui de faire que l’explication se poursuive ? Connaît-on son point de vue sur ce qu’est en train de développer H. 2 ? Peut-on le supposer ? À quoi voit-on l’insistance qui est la sienne ?

    Pour une conclusion

    • Revenez au projet de lecture que vous avez choisi. Même si vous l’avez formulé à l’affirmative, il portait un questionnement : c’est le moment d’y répondre, en quelques phrases.
    • Donnez de l’air à votre conclusion en ouvrant une perspective, par exemple vers une autre œuvre (je pense à ceux qui auront lu Art, ou Le Misanthrope), ou vers la suite de la pièce :

    Dans notre scène, H. 1 a pu dire de son ami H. 2 qu’il se tenait « en marge » des autres : c’est de relation qu’il parlait alors. Toutefois, nous comprendrons bientôt, en lisant la suite de l’œuvre, qu’il est aussi question de statuts sociaux, et de l’écart qui existe entre les deux protagonistes de ce point de vue : un écart à même de fissurer leur amitié ?


    Conseils sur la mise en perspective finale (ou ouverture)


    Comment étudier le texte lors de l’oral ? Exemple audio :

    Pour vous permettre d’avoir une idée de ce que l’on attend de vous, voici un exemple de début d’explication.

    Comme vous pourrez l’entendre, je ne commente pas tout, le temps ne le permettant pas : par exemple, il aurait été intéressant que je m’attarde sur les points de suspension après « condescendant » dans la réplique de H. 1 (signe d’une attitude condescendante ?) ; je n’ai pas commenté « alors, depuis, il m’évite… : cela aurait été intéressant, car H. 1 ne dit plus « rompre », ici. On ne peut pas tout dire !


    Après écoute de l’audio ci-dessus, voici trois conseils sur le fond, et sur l’expression :

    Liez hypothèse de sens et observation du texte :

    • écoutez par exemple ce que je dis à propos de la « brièveté » de la question de F., qui tient en deux mots, et qui signale son étonnement, voire son incrédulité.

    Citez le texte au fil de votre explication.

    • Faites-le de nouveau entendre, par fragments.
    • Vous ne pourrez pas tout citer : sélectionnez les éléments que vous commentez parce qu’ils sont pour vous les plus importants, parce qu’ils justifient votre projet de lecture.

    Que votre discours soit dynamique et logique.

    • J’emploie souvent les tournures présentatives : « C’est… qui… ». Elles permettent de mettre un élément en relief. « C’est F. qui lance la discussion… » « C’est la condescendance qui est au centre du dialogue… ».
    • Enchaînez vos remarques, pour donner à votre propos cohésion et fluidité : par exemple, pour commenter la deuxième réplique de H. 1, je commence par dire « Ce qui l’oblige à… », le pronom « ce » reprenant ce qui précède. Quelques possibilités offertes par la langue : « C’est pourquoi… », « Ce qui fait que… », « Ce qui a pour conséquence de… », « Dès lors, … » (plutôt que « ensuite » : j’y insiste, privilégiez l’enchaînement logique à l’enchaînement temporel).
    • Si cela a du sens, employez des adversatifs, lorsque vous apportez une nuance, une idée qui s’oppose à la précédente, ou lorsque le texte lui-même offre un contraste particulier : « mais », « cependant », « néanmoins », « toutefois », « en revanche », « pour autant », « a contrario »…

  • Qu’est-ce qu’une proposition subordonnée complétive ?

    Pourquoi étudier la langue, en particulier les propositions subordonnées ?

    Étudier, comprendre, nommer, classer : ces gestes vont vous aider, in fine, à affiner votre expression et votre compréhension des énoncés élaborés. Je m’explique ici en deux temps :

    Aïe aïe aïe… Merci de votre indulgence pour les petites erreurs… de langue, qui émaillent ces enregistrements. Si j’en ai le temps, je les referai.


    Qu’est-ce qu’une phrase simple ? Qu’est-ce qu’une phrase complexe ? Qu’appelle-t-on proposition ?

    Voici quelques rappels. N’ayez aucune honte à les écouter, même si vous êtes en Première. Sans ces fondements, impossible de travailler sereinement sur la suite. Si vous êtes très à l’aise avec ces aspects fondamentaux du fonctionnement de la langue, passez à la suite.

    Qu’est-ce qu’une phrase simple ?

    Exemples : Je lis un livre. Je suis lycéen.


    Qu’est-ce qu’une phrase complexe ?

    Exemple : Je lis un livre que tu m’as prêté.


    Comprendre ce qu’est une proposition subordonnée conjonctive complétive

    J’écris et dis parfois dans ces audios et vidéos : complétive, tout court. Le nom complet est : proposition subordonnée conjonctive complétive. Tout est expliqué dans la vidéo.

    Un bref audio pour commencer : avec une complétive, on retrouve, au sein d’une phrase complexe, la structure même de la phrase simple (sujet, verbe, complément) :

    Exemple : Je veux que tu reviennes.

    Analyse : Je = sujet ; veux = verbe ; que tu reviennes = complément (la complétive est donc… complément du verbe, ce que vous connaissez sous le sigle de COD : complément d’objet direct).

    Voici l’explication détaillée :

    Exemple de phrase (je souligne la proposition subordonnée) : Je veux que tu reviennes.

    1. Test de suppression : *que tu reviennes n’est pas une phrase complète. C’est une proposition qui dépend d’une autre (qui est subordonnée à une autre proposition). Symétriquement, *Je veux nécessite aussi d’être complétée. Le test montre que la suppression d’une complétive est impossible.
    2. Test de déplacement : *Que tu reviennes je veux : ce test révèle l’impossibilité du déplacement d’une complétive.
    3. Test de remplacement : Je veux du chocolat ; je veux ton retour ; je le veux. On peut remplacer une complétive par un groupe nominal (ou un pronom, qui en est l’équivalent : ici, le pronom LE).

    Bilan

    Pour comprendre ce qu’est une subordonnée conjonctive complétive :

    • pour analyser une phrase complexe et identifier ses propositions, repérez d’abord les différents verbes de la phrase : chacun est le noyau d’une proposition. Il y autant de propositions que de verbes dans une phrase complexe.
    • Une proposition est subordonnée si elle est incluse dans une autre proposition : que tu reviennes est emboîtée dans Je veux […].
    • Une complétive permet qu’une phrase soit complète, parce que dans la plupart des cas, elle occupe la place d’un constituant essentiel de la phrase : sujet ou complément du verbe. Exemples : Je veux que tu reviennes (complétive COD). Que tu rentres à la maison me fera plaisir (complétive sujet).

    Pour la reconnaître :

    Pour reconnaître une proposition subordonnée conjonctive complétive, faites les trois tests suivants :

    1. suppression (elle doit être impossible),
    2. déplacement (il doit être impossible),
    3. remplacement par un groupe nominal ou GN (elle doit être possible).

    Pour l’employer :

    Fabriquez des complétives avec les débuts de phrase suivants, en imitant ce que propose la première phrase :

    Je souhaite que tout se passe bien.

    Il désire…

    Elle craint…

    Il faut…

    Ci-dessous, la complétive est sujet de la phrase ; écrivez la proposition principale, sur le modèle de la première phrase :

    Que ce film soit réussi est une certitude.

    Qu’il faille rentrer plus tôt…

    Que le train soit en retard…

    Que le temps soit clément…


    Pour aller plus loin

    Quel rôle une complétive peut-elle jouer dans une phrase, c’est-à-dire quelle fonction peut-elle occuper ?

    On a vu qu’une complétive pouvait être remplacée par un groupe nominal : c’est le troisième test proposé ci-dessus pour la reconnaître. On peut en déduire qu’une complétive peut occuper les mêmes fonctions qu’un GN dans une phrase :

    – le plus souvent COD, c’est-à-dire complément d’objet direct du verbe de la proposition principale : J’ai l’espoir que tout recommence.

    – Plus rarement, sujet : Que ce roman soit complexe est une évidence.

    – Assez fréquent, attribut du sujet : Le plus impressionnant est qu’il ait tenu jusqu’à la fin.

    – Dans quelques cas, compléments du nom, lorsque que nom n’a pas de sens à lui seul : L’idée qu’il vienne me réjouit. Le fait que tu aies réussi me fait très plaisir. Dans ces cas-là, on peut supprimer « le fait », « l’idée », et on retrouve des complétives sujets.


    Passez à la pratique : employez une complétive sujet dans vos projets de lecture.

    Que cette scène soit l’apogée de la tension entre les deux personnages, c’est ce que je vais tenter de démontrer au cours de mon explication.

    Que cette scène offre une exposition paradoxale, tel sera le fil conducteur de ma lecture.

    La complétive dynamise la phrase : l’intonation monte jusqu’au deuxième membre de votre phrase (ici, jusqu’à « personnages »).


    Entraînez-vous en vue de la question de grammaire à l’oral du Bac

    Extrait de la lecture 2/16 : la scène avec les voisins, dans Pour un oui ou pour un non.

    « H. 1 : […] Mais je dois dire qu’il a toujours gagné sa vie. »


    À vous d’analyser celle-ci :

    « H. 2 : Il faut vous dire d’abord que jamais, mais vraiment jamais je n’ai accepté d’aller chez lui. »

  • Pour vous aider à expliquer par vous-même les textes étudiés (POPN)


    Comment analyser un extrait de la pièce de Nathalie Sarraute ?


    Les extraits étudiés

    Vous trouverez ci-dessous les trois extraits de la pièce que nous étudions, ainsi qu’un texte écho, lui aussi travaillé dans la perspective de l’explication de texte à l’oral du Bac.

    Attention, ne prêtez pas d’attention à la mention « chapitre II » : c’est un reliquat du document de l’an dernier, que je n’ai pas jugé indispensable de reprendre. Merci de votre compréhension.


    De quelle étape est-il question ici ?

    Voici ce que sont les trois étapes de nos travaux en matière d’étude de textes :

    1. Découverte et interprétation d’un extrait en classe. Nous explorons le texte ensemble, formulons des projets de lecture possibles, examinons la progression du texte, étudions les principaux faits de langue et de sens.
    2. Relecture, appropriation du texte et du cours par vous-même, chez vous. Vous reprenez le texte, le cours, vous appuyez sur l’aide à la relecture publiée sur ce site, et préparez ainsi un discours : celui de votre explication à l’oral.
    3. Entraînement à l’explication à l’oral. Vous vous entraînez, chez vous, en classe lorsque le temps nous le permet, à partir d’un brouillon oralisable, c’est-à-dire fait pour que votre propos ne soit pas lu, mais dit. Cette étape dépasse la question de l’interprétation et de l’analyse. Elle suppose aussi de consolider vos compétences d’expression et d’argumentation.

    C’est pour l’étape 2 que j’écris ces conseils ci-dessous.


    Quelques explications : un texte, c’est une forme-sens.

    Je vous ai dit en cours qu’interpréter un texte ne consistait pas à relever les procédés d’écriture qui lui donnent forme, même si vous pouvez avoir aujourd’hui cette image de la matière. Pour le dire caricaturalement, un écrivain n’ouvre pas un tiroir à procédés pour les combiner afin de produire une œuvre.

    Mais, c’est vrai, nous lisons des œuvres produites par la rencontre entre une conscience – celle de l’auteur – le monde qui est le sien, et le langage. L’auteur est celui qui, pour dire quelque chose à propos du monde, réinvente des rapports nouveaux entre les mots, tout en étant l’héritier de traditions, c’est-à-dire de façons d’écrire et de penser.

    Un texte littéraire, c’est donc un objet qui porte du sens, dans lequel du sens circule, grâce à la forme qu’un écrivain lui a donnée. Sens et forme sont tissés ensemble. Interpréter un texte suppose donc de constamment considérer la page en son entièreté (quel est le sens global possible ?), et ses menus détails (comment chaque pièce contribue-t-elle à l’ensemble ?) : il s’agit de voyager entre ces deux échelles, si possible avec plaisir !

    De surcroît, interpréter, c’est faire entendre ce qu’on perçoit, soi-même, et tenter de convaincre autrui – mettons l’examinateur, au Bac, du bien-fondé de sa lecture. C’est pourquoi regarder le texte de près donne de la valeur à ce que vous en dites : chaque analyse, chaque menue rencontre, au niveau d’un fragment textuel, avec votre sensibilité, vaut d’être proférée, et constitue sinon une preuve, du moins un appui pour donner du lest à votre discours.

    Ce long préambule vise à vous prier, autant que faire se peut, de ne jamais perdre le sens de vue quand vous chercherez à démontrer que votre hypothèse est juste, et de ne jamais oublier que le sens naît comme une étincelle de l’agencement particulier d’un mot, d’une phrase, et au théâtre, par exemple, de la progression singulière d’un dialogue.

    Pour que vous puissiez gagner en autonomie dans l’analyse des extraits de Pour un oui ou pour un non que nous étudions, voici une sélection des points d’attention que je vous suggère de cultiver. Comme vous pourrez le voir, je vous invite à constamment changer d’échelle dans vos analyses : vue d’ensemble et vue rapprochée du texte s’articuleront ainsi dans votre discours, pour expliquer et justifier votre lecture.


    Sept pistes pour analyser les extraits, seul, avec confiance

    • Appuyez-vous sur la place de l’extrait dans la pièce. Où l’extrait se situe-t-il ? Que s’est-il passé juste avant ? Sur quoi débouche-t-il par la suite ? (La place d’un fragment dans une œuvre contribue toujours à son sens : témoin, ci-dessous, ce qui fait partie d’une exposition.)
    • Identifiez les enjeux sur lesquels porte l’argumentation et, potentiellement, le conflit. Les personnages échangent, parlent, discutent… disputent au sens du XVIIe siècle : ils confrontent leurs points de vue. Sur quoi ? De quoi est-il question ? Quelle vision chacun développe-t-il à ce propos ? (Ce point croise évidemment les autres.) Quelle tension découle de cette confrontation de regards ?
    • Observez ce qui se joue entre les personnages à l’échelle des phrases. Comment les phrases sont-elles construites ? Comment chaque personnage tente-t-il d’agir sur l’autre par la parole ? Observez la syntaxe, les types de phrases, les verbes (et les modes), la ponctuation.
    • Observez ce qui se joue entre les personnages à l’échelle des mots. Quels mots les personnages emploient-ils ? Cela les aide-t-il à échanger, à se comprendre ? Étudiez le vocabulaire employé, la polysémie, l’implicite, les traces d’ironie.
    • … puis à l’échelle des répliques. Comment le dialogue progresse-t-il ? Étudiez la façon dont les répliques s’enchaînent ; examinez la dynamique d’une scène, l’évolution du rapport de force d’une réplique à l’autre.
    • Interprétez les didascalies. Que suggèrent-elles ? Que révèlent-elles sur ce que font, voire pensent les personnages ? Pensez aux didascalies internes, c’est-à-dire à ce qui indique un geste, une attitude, un ton, dans les paroles des personnages.
    • Songez au rôle que le texte donne au spectateur. Par-delà les personnages, le spectateur est-il parfois le destinataire du texte ? Attachez-vous aux pronoms, au présent de vérité générale (et autres procédés généralisants). Souvenez-vous qu’un texte théâtral a, en somme, deux auteurs (l’auteur de l’œuvre, le personnage qui prononce la réplique) et deux destinataires (un personnage en scène, le spectateur).

    Un très bref prolongement : aimez-vous le texte que vous vous apprêtez à expliquer ?

    Vous souhaitez tous bien faire, et j’espère que vous tiendrez compte des éléments ci-dessus. Que l’exigence attachée à l’épreuve n’occulte pas le possible plaisir du texte… Demandez-vous, au seuil, ou à la fin de votre travail de préparation, si vous l’aimez, et le cas échéant, pourquoi. Cela se sentira le jour de l’oral.

  • Se préparer à la dissertation

    À venir :

    Des conseils pour bien se préparer en amont de l’exercice. Jusqu’à présent (au 2 octobre 2026), ce que vous trouvez ici, ce sont des conseils pour faire une dissertation.


    À écouter : explications sur la démarche adoptée ici

    Commencez par écouter cette introduction à notre travail :


    Un conseil essentiel


    Exemple de sujet de dissertation

    Exemple de sujet sur Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute :

    Dans Pour un oui ou pour un non, le langage permet-il aux personnages de s’entendre ?

    Dans l’immédiat, pour de simples raisons pratiques et de calendrier, je laisse très temporairement de côté les indispensables étapes d’analyse du sujet, de problématisation, de recherche d’arguments et de fabrication d’un plan pour construire une dissertation sur ce sujet. Nous y reviendrons ensemble.

    Supposons que dans le développement d’une dissertation sur ce sujet, je défende, entre autres, la thèse suivante : du fait même du langage, les personnages ne parviennent pas à « s’entendre », (verbe que provisoirement je propose d’interpréter dans le sens de « comprendre »). Cette thèse serait l’idée directrice d’une des parties du développement.


    Ébauche de plan de dissertation

    Voici une ébauche de plan de dissertation, que je ne fournis ici que pour que vous situiez le paragraphe donné plus loin en guise d’exemple : je l’explique dans l’audio ci-après. C’est un tout à fait fictif, vous l’aurez compris : ici, je rédige une sous-partie alors que mon plan est inachevé. Dans la réalité, ce sera bien sûr l’inverse.


    Exemple d’argument

    Mais si les personnages peinent à s’entendre, c’est aussi parce que chacun d’eux a sa façon particulière de s’exprimer, son idiolecte, en partie inaccessible à l’autre.


    Exemple de paragraphe (= de « sous-partie » de dissertation)

    On vous demande souvent, en français comme dans d’autres matières, de « développer ». Retenons que développer, c’est expliquer, ou, si vous préférez, déplier. Déplier un argument, c’est le rendre clair, compréhensible par votre lecteur.

    C’est aussi l’illustrer par un ou plusieurs exemples précis, situés dans l’œuvre, eux-mêmes clairement expliqués. On pourra donner corps à chaque exemple par des citations.

    Mais si les personnages peinent à s’entendre, c’est aussi parce que chacun d’eux a sa façon particulière de s’exprimer, son idiolecte, en partie inaccessible à l’autre. C’est le cas tout particulièrement de H. 2 : les images, notamment, abondent dans ses répliques. Face à ses voisins, il accuse par exemple H. 1 de toujours vouloir « l’attirer là-bas », dans les « régions » que ce dernier habite. Alors que la métaphore est ordinairement un instrument éclairant, elle tend ici à opacifier le sens : ce que l’on pourrait plus clairement appeler milieu social, ou encore cercles au sein desquels évolue H. 1, H. 2 le nomme ainsi obliquement, par des images, ce qui suscite l’incompréhension, voire l’agacement de ses interlocuteurs. Mais dans ses propos, l’implicite aussi peut être en cause : alors qu’il nie avoir sciemment cité Verlaine l’air de rien, et tenté par là de se faire valoir, H. 1 lui rétorque : « Si. Tu l’as dit. Implicitement. » Le reproche est particulièrement sec et péremptoire. Les images, les imprécisions, l’implicite gênent la compréhension ; pire, ils sont susceptibles de provoquer la colère de l’autre, parce qu’ils sont entachés de soupçons : H. 2 ne parle-t-il pas ainsi exprès ?


    Entraînez-vous à la rédaction d’un paragraphe (= une sous-partie)

    Reprenez le sujet ci-dessus. Supposons que vous défendiez l’une de ces deux thèses opposées :

    • Il arrive que le langage permette aux personnages de s’entendre.
    • Le langage contribue aux mésententes voire au conflit entre H. 1 et H. 2.

    Pour défendre l’une de ces deux pistes, relisez mentalement les scènes de la pièce que vous avez retenues, peut-être celles que vous avez choisi de lire à voix haute en cours. L’une d’elles peut-elle permettre de justifier une de ces thèses ? Si tel est le cas, vous disposez d’un exemple. Quel argument pouvez-vous en tirer ?

    S’il vous est plus aisé de formuler un argument avant de penser à une scène qui en offrirait une illustration, vous pouvez aussi procéder ainsi : pour quelle raison peut-on affirmer que (thèse 1, ou thèse 2) ? Une fois l’argument énoncé, adossez-le à un exemple tiré de la pièce.

    Puis rédigez votre paragraphe.


    Exemple de copie d’élève

    Sur un sujet qui portait sur Les Fleurs du mal de Baudelaire, voici des extraits d’une copie d’élève.

    Quelques explications, si nécessaire, en audio (enregistrement ancien) :


    La conception de la dissertation complète

    Si j’en ai le temps, j’éditerai cette vidéo en ajoutant du texte. J’explique ici les étapes que je vous recommande de suivre pour concevoir une dissertation complète.


    Comment se préparer à la dissertation, en amont de l’exercice ?

    Ce qu’il ne faut surtout pas faire

    Proscrivez les choix suivants :

    • apprendre par cœur des dissertations toutes faites sur des sujets qu’on espère voisins du sujet de Bac (ou de DST) : en procédant ainsi, non seulement on ne comprend pas la démarche dissertative (penser par soi-même une question), on ne travaille pas sur l’œuvre non plus, mais surtout, on essaie, le jour J, de répondre à la question posée avec d’autres éléments de réflexion que ceux que l’on pourrait et qu’il faudrait développer : on fait un hors-sujet.
    • Apprendre des citations toutes faites, supposément extraites de l’œuvre, piochées sur le web ou produites par une IA (de surcroît, le texte de Pour un oui ou pour un non n’est pas dans le domaine public : une IA inventera des phrases imitées de Nathalie Sarraute à partir de fragments du texte). En procédant ainsi, on n’entretient là encore aucun rapport personnel à l’œuvre ; on reproduit des citations que d’autres reproduiront aussi (cela se verra) ; on prend le risque (important) d’écrire des citations inexactes.
    • Apprendre et appliquer sans réflexion des types de plans, avec une sorte de moule figé, du pré-pensé. Chaque sujet est en réalité susceptible de donner lieu à des plans différents. Les sujets de Bac depuis 2019 sont particulièrement ouverts. Connaître des types de plans peut vous rassurer, certes (plan thématique, plan analytique, plan dialectique…). Mais cela n’aide guère en situation dans l’analyse du sujet. Et c’est oublier qu’un plan, c’est une pensée qui progresse : penser le plan sans la pensée qui en est le contenu n’a aucun sens.

    Ce qui fonctionne : à venir

  • Comment l’épreuve orale se déroule-t-elle ?

    Voici un récapitulatif de ce qui a été dit en cours.


    Durée de l’épreuve

    • Préparation : 30 minutes
      (accueil de l’examinateur, indication du texte à travailler et de la question de grammaire à préparer, installation du candidat)
    • Passation : 20 minutes 

    Déroulement de l’épreuve

    L’exposé : 12 minutes, 12 points

    1. L’explication de texte

    2. La réponse à la question de grammaire

    L’entretien : 8 minutes, 8 points

    L’entretien porte sur l’œuvre lue en autonomie.


    L’explication en détail

    Voici l’explication telle qu’elle est le plus souvent attendue par les examinateurs.

    • Situation du texte (présentation de l’auteur, de son œuvre, de l’œuvre elle-même et de l’extrait)
    • Lecture (qui peut être interrompue si le texte est long)
    • Énoncé du projet de lecture ; présentation des mouvements du texte
    • Développement de l’explication proprement dite, mouvement après mouvement
    • Conclusion : on montre la pertinence du projet de lecture ; on met le texte en perspective avec… (un autre texte, une œuvre, une question d’actualité…)

    Précisions sur l’entretien

    Il commence par une présentation brève de l’œuvre par le candidat, destinée à amorcer le dialogue. Durée : une à deux minutes.

    Il se poursuit au fil des questions de l’examinateur. Le candidat entre dans une conversation où il fait connaître, de façon authentique et précise, ce qu’il a lu, et ce qu’il a pensé et éprouvé au cours de sa lecture.

    Voir la vidéo de présentation et les conseils sur l’entretien

  • Petite leçon de lecture


    Voici ce que je propose d’appeler une petite leçon de lecture, autrement dit, une petite et première méthodologie, très directement née de notre cours du mardi 29 septembre en Terminale HLP. 

    Il ne s’agit pas de vous dire strictement comment répondre à une question d’interprétation littéraire le jour du Bac : nous le ferons ensemble en cours. Mais j’entends tout de même ici éclairer ce vieil et bel exercice qu’est l’explication de texte, de façon un peu différente : mais pour réussir une interprétation littéraire en HLP, c’est par là qu’il faut à mon sens commencer.

    Voici donc trois conseils, mais qui pourraient tenir en un seul : lisons les textes littéraires comme de petites œuvres d’art, qui ont leur forme et leur cohérence propres (petites, en taille s’entend, lorsqu’on a affaire à quelques lignes d’une œuvre).


    Observez la composition de l’extrait : elle contribue à son sens.

    (Geste de macro-lecture : on considère le texte dans son ensemble.)

    Au Bac comme en cours, on soumet à votre lecture un extrait d’une œuvre. Pour caricaturer, le texte en question a donc deux auteurs : l’écrivain bien sûr, et très secondairement l’auteur du sujet, qui a prélevé dans l’œuvre, avec un découpage précis, ce fragment particulier. Il est donc intéressant d’observer de près les seuils du texte. Secondairement, disais-je, parce que l’écrivain prime évidemment sur l’auteur du découpage… mais en définitive, vous gagnerez à saisir le geste opéré par celui qui a pour vous prélevé ce fragment, ainsi et non autrement.

    Revenons au texte de Perec étudié en cette fin septembre : « J’ai trois souvenirs d’école », est-il écrit au tout début. C’est peu, trois souvenirs, nous l’avons dit. Mais le plus saisissant est ailleurs : à la toute fin, nous mesurons que, de ces trois souvenirs, un surtout domine : celui de la bousculade qui conduit au violent retrait de la médaille au jeune garçon, et plus précisément, celui de la poussée dans le dos aux funestes conséquences. Pire : ce souvenir est peut-être contaminé par une mémoire indirecte : celle de l’étoile jaune, « épinglée », que Perec n’a pas portée lui-même : il fut protégé pendant l’Occupation, et il a échappé à la mort. Que disent ces seuils ? Fragiles et peu nombreux, les trois souvenirs personnels de l’école sont dominés par la mémoire seconde et ultérieure de la Shoah.

    Plus lisibles est le caractère circulaire, l’effet de bouclage si vous préférez, créé par l’évocation de la guerre au tout début et à la toute fin : cf. les masques à gaz dans la cave, et l’étoile épinglée dans les derniers mots. Ce qui frappe alors, et qui donne beaucoup de sa force au texte, c’est que la guerre n’est jamais nommée : mais elle est omniprésente, parce qu’elle donne à cette page son cadre, littéralement.

    Autre exemple, dans le même texte, que nous avons évoqué : l’architecture très nette de l’extrait divise et, d’une certaine façon, compartimente les trois souvenirs racontés. Mais les effets d’écho (voir le second point) sont visibles à la relecture, tel le motif de la bousculade, qui unit le premier souvenir au dernier. Et, à bien y regarder, le dedans et le dehors, la cave et l’escalier par rapport à « la rue des Couronnes » (le nom prend-il une signification symbolique ?), la bousculade, les corps les uns sur les autres (une image en filigrane… de la chambre à gaz ?… hypothèse incertaine, mais intéressante, qu’autoriserait seule l’allusion finale à l’étoile jaune), tout cela mis en perspective avec la course libre et joyeuse du jeune garçon brandissant son dessin, construisent la tension principale de ce petit recueil de mémoire. Ces contrastes nous disent combien l’école, pour Perec, est perméable aux dangers du monde, infiltrée par sa violence. Pris entre les essais de masque à gaz et le symbole de la persécution puis de l’extermination des Juifs d’Europe, le saut à cloche-pied du second souvenir, mélange de joie et de liberté, paraît pris en étau.

    Premier conseil, donc : regardez avec soin la composition du texte, le début et la fin notamment, son architecture contribuant à son sens.


    Considérez les motifs qui se répondent au sein du texte.

      (Geste unissant la micro-lecture, ou lecture du détail, à la macro-lecture, lecture de l’ensemble du texte.)

      Dans un tableau, tel personnage ressort, telle couleur attire l’œil, telle ligne de fuite remarquable contribue à la composition ; dans un texte, un mot reste un mot. Difficile, donc, et pour nous tous, moi le premier, d’aller au-delà de la compréhension littérale. 

      Certes, avec de l’entraînement – vous en avez – on apprend à repérer des montages particuliers, des choix stylistiques, des figures… Mais le risque est autre alors : on pourrait ne plus voir qu’une somme de détails intéressants : les plus belles pièces du puzzle, sans l’image d’ensemble (les fameux « procédés » dans le jargon scolaire).

      Or, un texte littéraire tient par sa cohérence interne. Les détails que j’évoquais forment un tout. Par exemple, la géométrie, dans l’extrait du Monde à peu près de Jean Rouaud, est d’un point de vue thématique au cœur de l’histoire racontée : le jeune élève souffre lors d’une humiliante séance au tableau. Mais l’extrait s’ouvre aussi sur l’espérance qu’alimente un « rectangle printanier accroché au mur près du bureau », et se clôt sur le vol des oiseaux au-dehors, qui sortent « du cadre de la fenêtre ». Et leur vol est tout sauf « droit » (l’élève poursuit alors sa vaine quête sur les angles) : ils vont, viennent, s’élèvent, s’immobilisent… Autrement dit, le tourment géométrique du jeune élève devient la matrice formelle, esthétique du texte : adulte et écrivain, Jean Rouaud plaide ici implicitement pour une autre mesure du monde, dont l’école et ce cours de mathématiques lui semblent terriblement éloignés. 

      Second conseil, donc : repérez des effets d’écho, rappelez-vous que le mot texte est étymologiquement lié au mot tissu (le textile), et qu’il possède des motifs qui se répondent, qui le construisent, et enrichissent le sens en profondeur.


      Soyez attentifs à ce qu’on pourrait appeler la résonance des mots.

      (Geste de micro-lecture : on considère un détail du texte, lexical, syntaxique ou autre. Mais de macro-lecture aussi : le sens d’un mot peut se réfléchir dans tout le texte… et inversement.)

      Y a-t-il des musiciens parmi vous ? Ceux qui le sont savent qu’une note contient des harmoniques qui lui sont liées : si on joue un do sur un instrument, on finit par entendre sa quinte : un sol très ténu (je ne suis pas physicien : c’est affaire de fréquences). De même les mots, dont les écrivains sont des orfèvres : leur éventuelle polysémie, le sens qu’ils prennent suivant le contexte, jusqu’à leur matérialité phonique et graphique : même en dehors d’un poème, toutes ces dimensions contribuent à leur sens et donc à celui du texte. 

      J’évoquais Perec : songez à l’adverbe « apparemment », qui prend étonnamment et sans immédiate explication le contrepied du superlatif choisi pour le troisième souvenir : « le plus organisé ». C’est un indice, on pourrait le perdre de vue : ne le lâchons pas. Si cette organisation précise dans la mémoire est matérialisée par un récit chronologique des événements, chaque action donnant lieu à une phrase (souvent simple et factuelle), néanmoins, on l’a vu plus haut, sous cet agencement perce une autre mémoire, plus noire et plus terrible, indirecte, mais plus profondément « inscrite » dans l’esprit de Perec. Apparemment, ce souvenir est organisé ; en réalité, plusieurs souvenirs, directs et indirects, se mêlent en lui.

      Revenons au Monde à peu près : le « grand ciel profond » dans lequel s’évade en vain le jeune Rouaud le laisse « sans solution ». Heureux terme, non ? Car il est à la croisée du problème de géométrie – dont l’élève ne trouve pas la solution mathématique (le mot appartient à ce lexique), et du problème de l’humiliation qu’il subit, auquel il n’existe pas non plus de solution, c’est-à-dire d’issue (sinon celle, des années plus tard, de les raconter). Un unique mot – en clôture de l’extrait – pour dire deux réalités entrecroisées, l’une à l’origine de l’autre (et qui aboutit, de ce fait, à créer la vision d’une école source de problèmes, pour rejoindre notre questionnement sur le monde scolaire).

      Un dernier exemple : dans le même texte, ironiquement, Rouaud écrit que le compas dans son dos, dont la pointe a été chauffée au briquet, sert peut-être à « aiguillonner » l’esprit de l’élève. Terrible jeu de mots : aiguillonner, c’est motiver, stimuler (autre synonyme pointu… : éperonner, fourni par le dictionnaire). Mais le mot ne peut pas ne pas faire penser au bout de la pointe du compas, source de souffrance et vecteur d’humiliation. En jouant sur le mot, dans ce qui s’apparente à un amer sourire d’écriture, Rouaud dénonce non seulement le geste, mais aussi l’intention qui le sous-tend : la peur et la menace comme outils pédagogiques. Allons plus loin : Le monde à peu près, c’est peut-être un titre qui programme une manière d’écrire (une poétique, pour le dire vite) : justement celle qui donne à certains mots non pas un sens exact, unique, mais un tremblement de sens, une pluralité de significations, un pouvoir de diffraction dans tout le texte et de cristallisation de tout le sens du texte. Quand on créer et qu’on interprète un texte littéraire, la réponse ne peut pas tomber « juste et rapide »….

      Troisième conseil, donc : considérez chaque mot, et la place de chaque mot – une place parfois stratégique – comme le fruit de choix réfléchis, susceptibles d’ouvrir sur un vertige de sens, auquel on gagne à se laisser prendre. Et si, compte tenu de…, ce mot signifiait aussi… ? Voilà la question à faire sienne.

    1. S2 : Entre les murs de l’école

      Chapitre I : Souvenirs d’école

      Rappel de la séance 1 : écriture d’un souvenir d’école

      Séance 2 : Entre les murs de l’école : représentations et souvenirs de la vie en classe, de la peinture à la littérature, du XIXe au XXe siècle. Comment caractériser cet univers ? Qu’est-ce qui se vit, qu’est-ce qui se joue entre les murs de la salle de classe ?


      Visions de l’école au XIXe siècle

      En classe, le travail des petits – Jean Geoffroy, huile sur toile, 1889


      Albert Bettanier, La tache noire, 1887.


      Honoré Daumier – Professeurs et Moutards, 1845-1846 (le premier dessin de cette série a été publié dans le quotidien satirique Le Charivari le 30 janvier 1846.)


      Pour en savoir plus

      Voir l’analyse du tableau de Geoffroy et celle du tableau de Bettanier sur le site Histoire-image.org.

    2. Chapitre 1 : La parole dans Œdipe roi


      Séance 1 : Lecture du Prologue

      Pourquoi étudier cette pièce de Sophocle ?

      • Dès l’Antiquité, la pièce est considérée comme un modèle de tragédie (cf. Aristote).
      • Après l’invention de la philosophie, Athènes donne naissance au théâtre et à la démocratie au Ve siècle av. J.-C. La pièce est emblématique de cette période. Et si loin qu’elle soit, cette époque a encore beaucoup à nous dire.
      • Le théâtre, et singulièrement la tragédie, ce sont des personnages qui se parlent : les œuvres de ce temps interrogent les pouvoirs et les limites de la parole. C’est sous cet angle que nous allons lire la pièce.

      Objectifs de la séance

      Notre objectif : comprendre les enjeux que déploie le début de la pièce, en nous attachant en particulier à ce que produisent les discours d’Œdipe et du prêtre.


      Repères sur le mythe d’Œdipe

      L’histoire d’Œdipe en images


      Interprétation du début de la pièce

      Nos questionnements
      1. Pourquoi Sophocle ouvre-t-il sa pièce ainsi ?
      2. Pourquoi les spectateurs viennent-ils assister à la représentation d’une histoire qu’ils connaissent déjà ?
      3. Quelle image d’Œdipe sa propre parole construit-elle ? De quoi cherche-t-il à convaincre le prêtre et le peuple assemblé ?
      4. Que vise le discours du prêtre ? D’où tire-t-il sa légitimité ?

      Prolongement : sur l’origine du langage


      Éclairage : l’origine du théâtre et de la tragédie en images

      J’emprunte ces images au merveilleux livre d’André Degaine, Histoire du théâtre dessinée (1970).


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