Présentation de l’entretien, de ses enjeux et de son déroulement
Merci de votre indulgence pour la qualité de l’image… et pour le bruit de l’ascenseur enrhumé au fond… Je ne suis décidément pas Youtubeur !
Conseils de préparation
à venir

Merci de votre indulgence pour la qualité de l’image… et pour le bruit de l’ascenseur enrhumé au fond… Je ne suis décidément pas Youtubeur !
à venir

Voici quelques conseils, non exhaustifs, mais synthétiques, pour vous aider à ficher vos travaux en vue de l’examen. Je commence par la question des fiches portant sur les 16 textes à expliquer à l’oral.
Faire des fiches vise à consolider votre compréhension des œuvres étudiées et fixer quelques grands jalons dans votre mémoire. C’est l’exercice lui-même plus que la fiche seule, relue, qui permet une mémorisation efficace.
En effet, faire une fiche suppose de relire textes et cours, de faire des choix pour obtenir un support synthétique, de reformuler pour soi-même ce que l’on a compris. C’est tout cela qui est gage d’efficacité.
La forme du support doit répondre à ce qui, pour vous, soutient le plus la mémorisation. Carte mentale pour les uns, fiche ordonnée de façon classique pour les autres ; couleurs, tailles de texte variables pour ceux qui ont une bonne mémoire visuelle ; association d’une fiche et d’un mémo audio que l’on peut réécouter, pour s’appuyer sur la mémoire auditive…
Pour les textes étudiés, l’objectif d’une fiche est de vous permettre, plusieurs semaines après l’étude du texte, de balayer du regard des grandes lignes susceptibles de faire revenir des détails du texte et du cours que pourtant la fiche, par nature synthétique, ne comprendra pas :
On peut tout à fait croiser les points 5 et 6.
J’insiste sur deux points :
Cette aide à la relecture prolonge nos séances des 7 et 9 octobre, menées à distance, d’où la présence de la transcription des séances et les récapitulatifs proposés.
Plus loin figure l’aide à la relecture elle-même, en deux versions : la première va à l’essentiel ; la seconde est plus détaillée.

Image extraite du film de Jacques Doillon.
De « Alors pourquoi ? » (F) à « H. 1 : Non, ne riez pas. Il parle sérieusement, je vous assure… […] ».
N’hésitez pas à regarder et vous inspirer de la lecture à la table de la Comédie-Française. Je commence la vidéo juste avant la scène :
Je vous propose une brève récapitulation écrite de notre séance du 7 octobre, qui a eu lieu en visio. Sur Teams, vous pouvez la revisionner : je l’ai enregistrée, elle apparaît dans le canal de votre classe, et vous avez dû recevoir le lien, reproduit sur Ecole directe à la date du 12/10 (voir à partir de 17’10’ ‘ en 1A, de 3’40’ ‘ en 1C).
Pourquoi avoir fait venir les voisins ? À quoi peut bien servir cette scène ? Pourquoi les faire venir, les solliciter ?
Deux niveaux d’analyse possibles : celui des personnages (quelles attentes pour H. 2, pour H. 1 ?) ; celui de l’écrivaine (que véhicule cette scène ? fait-elle avancer la pièce ?).
Ce que je peux vous proposer pour récapituler vos remarques au terme de cette séance de relecture de la scène, en six points :
Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.
Ce que nous avons dit au terme de cette séance de relecture de la scène, en cinq points :
Voici la transcription de notre séance : je ne l’ai pas éditée, passez donc les scories.
Le projet de lecture n’est pas une sorte d’obligation académique. Ce sont les mots que vous choisissez pour dire le sens que vous donnez à l’extrait étudié. Vous pouvez vous inspirer de ceux que j’ai dégagés de la séance de découverte du texte, ci-dessus. Ou bien des pistes de réflexion que je propose ci-dessous.
Notre extrait est composé de trois mouvements :
Je vous ai proposé d’étudier en particulier :
Peu satisfait par le résumé de mon aide précédente par l’IA Claude, je vous propose ici un condensé, et au-dessous, la lecture détaillée en entier.
Les éléments ci-dessous sont parfois semi-rédigés, par souci d’économie de temps ; inversement, j’ai aussi apporté des éclairages divers, en m’appuyant sur d’autres textes de Nathalie Sarraute.
« Eh bien », dans le dictionnaire Antidote :
Il y a là, dans le caractère quelque peu caricatural des deux voisins, dans le conformisme de leurs interventions, manifestement, un jeu amusé, mais peut-être aussi une critique de Nathalie Sarraute avec la présence des clichés, des expressions toutes faites, et qui n’engagent à rien, dans nos conversations ordinaires.
Mais l’écrivaine a sur les lieux communs un regard paradoxal. Dans un entretien, elle affirme en effet, en jouant sur l’expression, et en faisant du langage un espace social : « Pour nous atteindre les uns les autres, nous n’avons pas d’autres moyens que ce lieu commun du langage. Mais mes « lieux communs » sont à l’opposé du lieu commun habituel, parce qu’ils sont toujours porteurs de quelque chose qui n’est pas si commun […]. Ce qui compte pour moi, ce sont les tropismes qui se dissimulent sous le lieu commun ».
À partir de la réplique 11 : « permettez-moi de vous exposer »
Dans notre scène, H. 1 a pu dire de son ami H. 2 qu’il se tenait « en marge » des autres : c’est de relation qu’il parlait alors. Toutefois, nous comprendrons bientôt, en lisant la suite de l’œuvre, qu’il est aussi question de statuts sociaux, et de l’écart qui existe entre les deux protagonistes de ce point de vue : un écart à même de fissurer leur amitié ?
Pour vous permettre d’avoir une idée de ce que l’on attend de vous, voici un exemple de début d’explication.
Comme vous pourrez l’entendre, je ne commente pas tout, le temps ne le permettant pas : par exemple, il aurait été intéressant que je m’attarde sur les points de suspension après « condescendant » dans la réplique de H. 1 (signe d’une attitude condescendante ?) ; je n’ai pas commenté « alors, depuis, il m’évite… : cela aurait été intéressant, car H. 1 ne dit plus « rompre », ici. On ne peut pas tout dire !
Étudier, comprendre, nommer, classer : ces gestes vont vous aider, in fine, à affiner votre expression et votre compréhension des énoncés élaborés. Je m’explique ici en deux temps :
Aïe aïe aïe… Merci de votre indulgence pour les petites erreurs… de langue, qui émaillent ces enregistrements. Si j’en ai le temps, je les referai.
Voici quelques rappels. N’ayez aucune honte à les écouter, même si vous êtes en Première. Sans ces fondements, impossible de travailler sereinement sur la suite. Si vous êtes très à l’aise avec ces aspects fondamentaux du fonctionnement de la langue, passez à la suite.
Qu’est-ce qu’une phrase simple ?
Exemples : Je lis un livre. Je suis lycéen.
Qu’est-ce qu’une phrase complexe ?
Exemple : Je lis un livre que tu m’as prêté.
J’écris et dis parfois dans ces audios et vidéos : complétive, tout court. Le nom complet est : proposition subordonnée conjonctive complétive. Tout est expliqué dans la vidéo.
Un bref audio pour commencer : avec une complétive, on retrouve, au sein d’une phrase complexe, la structure même de la phrase simple (sujet, verbe, complément) :
Exemple : Je veux que tu reviennes.
Analyse : Je = sujet ; veux = verbe ; que tu reviennes = complément (la complétive est donc… complément du verbe, ce que vous connaissez sous le sigle de COD : complément d’objet direct).
Voici l’explication détaillée :
Exemple de phrase (je souligne la proposition subordonnée) : Je veux que tu reviennes.
Pour comprendre ce qu’est une subordonnée conjonctive complétive :
Pour la reconnaître :
Pour reconnaître une proposition subordonnée conjonctive complétive, faites les trois tests suivants :
Pour l’employer :
Fabriquez des complétives avec les débuts de phrase suivants, en imitant ce que propose la première phrase :
Je souhaite que tout se passe bien.
Il désire…
Elle craint…
Il faut…
Ci-dessous, la complétive est sujet de la phrase ; écrivez la proposition principale, sur le modèle de la première phrase :
Que ce film soit réussi est une certitude.
Qu’il faille rentrer plus tôt…
Que le train soit en retard…
Que le temps soit clément…
Quel rôle une complétive peut-elle jouer dans une phrase, c’est-à-dire quelle fonction peut-elle occuper ?
On a vu qu’une complétive pouvait être remplacée par un groupe nominal : c’est le troisième test proposé ci-dessus pour la reconnaître. On peut en déduire qu’une complétive peut occuper les mêmes fonctions qu’un GN dans une phrase :
– le plus souvent COD, c’est-à-dire complément d’objet direct du verbe de la proposition principale : J’ai l’espoir que tout recommence.
– Plus rarement, sujet : Que ce roman soit complexe est une évidence.
– Assez fréquent, attribut du sujet : Le plus impressionnant est qu’il ait tenu jusqu’à la fin.
– Dans quelques cas, compléments du nom, lorsque que nom n’a pas de sens à lui seul : L’idée qu’il vienne me réjouit. Le fait que tu aies réussi me fait très plaisir. Dans ces cas-là, on peut supprimer « le fait », « l’idée », et on retrouve des complétives sujets.
Que cette scène soit l’apogée de la tension entre les deux personnages, c’est ce que je vais tenter de démontrer au cours de mon explication.
Que cette scène offre une exposition paradoxale, tel sera le fil conducteur de ma lecture.
La complétive dynamise la phrase : l’intonation monte jusqu’au deuxième membre de votre phrase (ici, jusqu’à « personnages »).
Extrait de la lecture 2/16 : la scène avec les voisins, dans Pour un oui ou pour un non.
« H. 1 : […] Mais je dois dire qu’il a toujours gagné sa vie. »
À vous d’analyser celle-ci :
« H. 2 : Il faut vous dire d’abord que jamais, mais vraiment jamais je n’ai accepté d’aller chez lui. »

Vous trouverez ci-dessous les trois extraits de la pièce que nous étudions, ainsi qu’un texte écho, lui aussi travaillé dans la perspective de l’explication de texte à l’oral du Bac.
Attention, ne prêtez pas d’attention à la mention « chapitre II » : c’est un reliquat du document de l’an dernier, que je n’ai pas jugé indispensable de reprendre. Merci de votre compréhension.
Voici ce que sont les trois étapes de nos travaux en matière d’étude de textes :
C’est pour l’étape 2 que j’écris ces conseils ci-dessous.
Je vous ai dit en cours qu’interpréter un texte ne consistait pas à relever les procédés d’écriture qui lui donnent forme, même si vous pouvez avoir aujourd’hui cette image de la matière. Pour le dire caricaturalement, un écrivain n’ouvre pas un tiroir à procédés pour les combiner afin de produire une œuvre.
Mais, c’est vrai, nous lisons des œuvres produites par la rencontre entre une conscience – celle de l’auteur – le monde qui est le sien, et le langage. L’auteur est celui qui, pour dire quelque chose à propos du monde, réinvente des rapports nouveaux entre les mots, tout en étant l’héritier de traditions, c’est-à-dire de façons d’écrire et de penser.
Un texte littéraire, c’est donc un objet qui porte du sens, dans lequel du sens circule, grâce à la forme qu’un écrivain lui a donnée. Sens et forme sont tissés ensemble. Interpréter un texte suppose donc de constamment considérer la page en son entièreté (quel est le sens global possible ?), et ses menus détails (comment chaque pièce contribue-t-elle à l’ensemble ?) : il s’agit de voyager entre ces deux échelles, si possible avec plaisir !
De surcroît, interpréter, c’est faire entendre ce qu’on perçoit, soi-même, et tenter de convaincre autrui – mettons l’examinateur, au Bac, du bien-fondé de sa lecture. C’est pourquoi regarder le texte de près donne de la valeur à ce que vous en dites : chaque analyse, chaque menue rencontre, au niveau d’un fragment textuel, avec votre sensibilité, vaut d’être proférée, et constitue sinon une preuve, du moins un appui pour donner du lest à votre discours.
Ce long préambule vise à vous prier, autant que faire se peut, de ne jamais perdre le sens de vue quand vous chercherez à démontrer que votre hypothèse est juste, et de ne jamais oublier que le sens naît comme une étincelle de l’agencement particulier d’un mot, d’une phrase, et au théâtre, par exemple, de la progression singulière d’un dialogue.
Pour que vous puissiez gagner en autonomie dans l’analyse des extraits de Pour un oui ou pour un non que nous étudions, voici une sélection des points d’attention que je vous suggère de cultiver. Comme vous pourrez le voir, je vous invite à constamment changer d’échelle dans vos analyses : vue d’ensemble et vue rapprochée du texte s’articuleront ainsi dans votre discours, pour expliquer et justifier votre lecture.
Vous souhaitez tous bien faire, et j’espère que vous tiendrez compte des éléments ci-dessus. Que l’exigence attachée à l’épreuve n’occulte pas le possible plaisir du texte… Demandez-vous, au seuil, ou à la fin de votre travail de préparation, si vous l’aimez, et le cas échéant, pourquoi. Cela se sentira le jour de l’oral.
Des conseils pour bien se préparer en amont de l’exercice. Jusqu’à présent (au 2 octobre 2026), ce que vous trouvez ici, ce sont des conseils pour faire une dissertation.
Commencez par écouter cette introduction à notre travail :
Exemple de sujet sur Pour un oui ou pour un non, de Nathalie Sarraute :
Dans Pour un oui ou pour un non, le langage permet-il aux personnages de s’entendre ?
Dans l’immédiat, pour de simples raisons pratiques et de calendrier, je laisse très temporairement de côté les indispensables étapes d’analyse du sujet, de problématisation, de recherche d’arguments et de fabrication d’un plan pour construire une dissertation sur ce sujet. Nous y reviendrons ensemble.
Supposons que dans le développement d’une dissertation sur ce sujet, je défende, entre autres, la thèse suivante : du fait même du langage, les personnages ne parviennent pas à « s’entendre », (verbe que provisoirement je propose d’interpréter dans le sens de « comprendre »). Cette thèse serait l’idée directrice d’une des parties du développement.
Voici une ébauche de plan de dissertation, que je ne fournis ici que pour que vous situiez le paragraphe donné plus loin en guise d’exemple : je l’explique dans l’audio ci-après. C’est un tout à fait fictif, vous l’aurez compris : ici, je rédige une sous-partie alors que mon plan est inachevé. Dans la réalité, ce sera bien sûr l’inverse.

Mais si les personnages peinent à s’entendre, c’est aussi parce que chacun d’eux a sa façon particulière de s’exprimer, son idiolecte, en partie inaccessible à l’autre.
On vous demande souvent, en français comme dans d’autres matières, de « développer ». Retenons que développer, c’est expliquer, ou, si vous préférez, déplier. Déplier un argument, c’est le rendre clair, compréhensible par votre lecteur.
C’est aussi l’illustrer par un ou plusieurs exemples précis, situés dans l’œuvre, eux-mêmes clairement expliqués. On pourra donner corps à chaque exemple par des citations.
Mais si les personnages peinent à s’entendre, c’est aussi parce que chacun d’eux a sa façon particulière de s’exprimer, son idiolecte, en partie inaccessible à l’autre. C’est le cas tout particulièrement de H. 2 : les images, notamment, abondent dans ses répliques. Face à ses voisins, il accuse par exemple H. 1 de toujours vouloir « l’attirer là-bas », dans les « régions » que ce dernier habite. Alors que la métaphore est ordinairement un instrument éclairant, elle tend ici à opacifier le sens : ce que l’on pourrait plus clairement appeler milieu social, ou encore cercles au sein desquels évolue H. 1, H. 2 le nomme ainsi obliquement, par des images, ce qui suscite l’incompréhension, voire l’agacement de ses interlocuteurs. Mais dans ses propos, l’implicite aussi peut être en cause : alors qu’il nie avoir sciemment cité Verlaine l’air de rien, et tenté par là de se faire valoir, H. 1 lui rétorque : « Si. Tu l’as dit. Implicitement. » Le reproche est particulièrement sec et péremptoire. Les images, les imprécisions, l’implicite gênent la compréhension ; pire, ils sont susceptibles de provoquer la colère de l’autre, parce qu’ils sont entachés de soupçons : H. 2 ne parle-t-il pas ainsi exprès ?
Reprenez le sujet ci-dessus. Supposons que vous défendiez l’une de ces deux thèses opposées :
Pour défendre l’une de ces deux pistes, relisez mentalement les scènes de la pièce que vous avez retenues, peut-être celles que vous avez choisi de lire à voix haute en cours. L’une d’elles peut-elle permettre de justifier une de ces thèses ? Si tel est le cas, vous disposez d’un exemple. Quel argument pouvez-vous en tirer ?
S’il vous est plus aisé de formuler un argument avant de penser à une scène qui en offrirait une illustration, vous pouvez aussi procéder ainsi : pour quelle raison peut-on affirmer que (thèse 1, ou thèse 2) ? Une fois l’argument énoncé, adossez-le à un exemple tiré de la pièce.
Puis rédigez votre paragraphe.
Sur un sujet qui portait sur Les Fleurs du mal de Baudelaire, voici des extraits d’une copie d’élève.


Quelques explications, si nécessaire, en audio (enregistrement ancien) :
Si j’en ai le temps, j’éditerai cette vidéo en ajoutant du texte. J’explique ici les étapes que je vous recommande de suivre pour concevoir une dissertation complète.
Proscrivez les choix suivants :
Voici un récapitulatif de ce qui a été dit en cours.
1. L’explication de texte
2. La réponse à la question de grammaire
L’entretien porte sur l’œuvre lue en autonomie.
Voici l’explication telle qu’elle est le plus souvent attendue par les examinateurs.
Il commence par une présentation brève de l’œuvre par le candidat, destinée à amorcer le dialogue. Durée : une à deux minutes.
Il se poursuit au fil des questions de l’examinateur. Le candidat entre dans une conversation où il fait connaître, de façon authentique et précise, ce qu’il a lu, et ce qu’il a pensé et éprouvé au cours de sa lecture.
Voir la vidéo de présentation et les conseils sur l’entretien

Voici ce que je propose d’appeler une petite leçon de lecture, autrement dit, une petite et première méthodologie, très directement née de notre cours du mardi 29 septembre en Terminale HLP.
Il ne s’agit pas de vous dire strictement comment répondre à une question d’interprétation littéraire le jour du Bac : nous le ferons ensemble en cours. Mais j’entends tout de même ici éclairer ce vieil et bel exercice qu’est l’explication de texte, de façon un peu différente : mais pour réussir une interprétation littéraire en HLP, c’est par là qu’il faut à mon sens commencer.
Voici donc trois conseils, mais qui pourraient tenir en un seul : lisons les textes littéraires comme de petites œuvres d’art, qui ont leur forme et leur cohérence propres (petites, en taille s’entend, lorsqu’on a affaire à quelques lignes d’une œuvre).
(Geste de macro-lecture : on considère le texte dans son ensemble.)
Au Bac comme en cours, on soumet à votre lecture un extrait d’une œuvre. Pour caricaturer, le texte en question a donc deux auteurs : l’écrivain bien sûr, et très secondairement l’auteur du sujet, qui a prélevé dans l’œuvre, avec un découpage précis, ce fragment particulier. Il est donc intéressant d’observer de près les seuils du texte. Secondairement, disais-je, parce que l’écrivain prime évidemment sur l’auteur du découpage… mais en définitive, vous gagnerez à saisir le geste opéré par celui qui a pour vous prélevé ce fragment, ainsi et non autrement.
Revenons au texte de Perec étudié en cette fin septembre : « J’ai trois souvenirs d’école », est-il écrit au tout début. C’est peu, trois souvenirs, nous l’avons dit. Mais le plus saisissant est ailleurs : à la toute fin, nous mesurons que, de ces trois souvenirs, un surtout domine : celui de la bousculade qui conduit au violent retrait de la médaille au jeune garçon, et plus précisément, celui de la poussée dans le dos aux funestes conséquences. Pire : ce souvenir est peut-être contaminé par une mémoire indirecte : celle de l’étoile jaune, « épinglée », que Perec n’a pas portée lui-même : il fut protégé pendant l’Occupation, et il a échappé à la mort. Que disent ces seuils ? Fragiles et peu nombreux, les trois souvenirs personnels de l’école sont dominés par la mémoire seconde et ultérieure de la Shoah.
Plus lisibles est le caractère circulaire, l’effet de bouclage si vous préférez, créé par l’évocation de la guerre au tout début et à la toute fin : cf. les masques à gaz dans la cave, et l’étoile épinglée dans les derniers mots. Ce qui frappe alors, et qui donne beaucoup de sa force au texte, c’est que la guerre n’est jamais nommée : mais elle est omniprésente, parce qu’elle donne à cette page son cadre, littéralement.
Autre exemple, dans le même texte, que nous avons évoqué : l’architecture très nette de l’extrait divise et, d’une certaine façon, compartimente les trois souvenirs racontés. Mais les effets d’écho (voir le second point) sont visibles à la relecture, tel le motif de la bousculade, qui unit le premier souvenir au dernier. Et, à bien y regarder, le dedans et le dehors, la cave et l’escalier par rapport à « la rue des Couronnes » (le nom prend-il une signification symbolique ?), la bousculade, les corps les uns sur les autres (une image en filigrane… de la chambre à gaz ?… hypothèse incertaine, mais intéressante, qu’autoriserait seule l’allusion finale à l’étoile jaune), tout cela mis en perspective avec la course libre et joyeuse du jeune garçon brandissant son dessin, construisent la tension principale de ce petit recueil de mémoire. Ces contrastes nous disent combien l’école, pour Perec, est perméable aux dangers du monde, infiltrée par sa violence. Pris entre les essais de masque à gaz et le symbole de la persécution puis de l’extermination des Juifs d’Europe, le saut à cloche-pied du second souvenir, mélange de joie et de liberté, paraît pris en étau.
Premier conseil, donc : regardez avec soin la composition du texte, le début et la fin notamment, son architecture contribuant à son sens.
(Geste unissant la micro-lecture, ou lecture du détail, à la macro-lecture, lecture de l’ensemble du texte.)
Dans un tableau, tel personnage ressort, telle couleur attire l’œil, telle ligne de fuite remarquable contribue à la composition ; dans un texte, un mot reste un mot. Difficile, donc, et pour nous tous, moi le premier, d’aller au-delà de la compréhension littérale.
Certes, avec de l’entraînement – vous en avez – on apprend à repérer des montages particuliers, des choix stylistiques, des figures… Mais le risque est autre alors : on pourrait ne plus voir qu’une somme de détails intéressants : les plus belles pièces du puzzle, sans l’image d’ensemble (les fameux « procédés » dans le jargon scolaire).
Or, un texte littéraire tient par sa cohérence interne. Les détails que j’évoquais forment un tout. Par exemple, la géométrie, dans l’extrait du Monde à peu près de Jean Rouaud, est d’un point de vue thématique au cœur de l’histoire racontée : le jeune élève souffre lors d’une humiliante séance au tableau. Mais l’extrait s’ouvre aussi sur l’espérance qu’alimente un « rectangle printanier accroché au mur près du bureau », et se clôt sur le vol des oiseaux au-dehors, qui sortent « du cadre de la fenêtre ». Et leur vol est tout sauf « droit » (l’élève poursuit alors sa vaine quête sur les angles) : ils vont, viennent, s’élèvent, s’immobilisent… Autrement dit, le tourment géométrique du jeune élève devient la matrice formelle, esthétique du texte : adulte et écrivain, Jean Rouaud plaide ici implicitement pour une autre mesure du monde, dont l’école et ce cours de mathématiques lui semblent terriblement éloignés.
Second conseil, donc : repérez des effets d’écho, rappelez-vous que le mot texte est étymologiquement lié au mot tissu (le textile), et qu’il possède des motifs qui se répondent, qui le construisent, et enrichissent le sens en profondeur.
(Geste de micro-lecture : on considère un détail du texte, lexical, syntaxique ou autre. Mais de macro-lecture aussi : le sens d’un mot peut se réfléchir dans tout le texte… et inversement.)
Y a-t-il des musiciens parmi vous ? Ceux qui le sont savent qu’une note contient des harmoniques qui lui sont liées : si on joue un do sur un instrument, on finit par entendre sa quinte : un sol très ténu (je ne suis pas physicien : c’est affaire de fréquences). De même les mots, dont les écrivains sont des orfèvres : leur éventuelle polysémie, le sens qu’ils prennent suivant le contexte, jusqu’à leur matérialité phonique et graphique : même en dehors d’un poème, toutes ces dimensions contribuent à leur sens et donc à celui du texte.
J’évoquais Perec : songez à l’adverbe « apparemment », qui prend étonnamment et sans immédiate explication le contrepied du superlatif choisi pour le troisième souvenir : « le plus organisé ». C’est un indice, on pourrait le perdre de vue : ne le lâchons pas. Si cette organisation précise dans la mémoire est matérialisée par un récit chronologique des événements, chaque action donnant lieu à une phrase (souvent simple et factuelle), néanmoins, on l’a vu plus haut, sous cet agencement perce une autre mémoire, plus noire et plus terrible, indirecte, mais plus profondément « inscrite » dans l’esprit de Perec. Apparemment, ce souvenir est organisé ; en réalité, plusieurs souvenirs, directs et indirects, se mêlent en lui.
Revenons au Monde à peu près : le « grand ciel profond » dans lequel s’évade en vain le jeune Rouaud le laisse « sans solution ». Heureux terme, non ? Car il est à la croisée du problème de géométrie – dont l’élève ne trouve pas la solution mathématique (le mot appartient à ce lexique), et du problème de l’humiliation qu’il subit, auquel il n’existe pas non plus de solution, c’est-à-dire d’issue (sinon celle, des années plus tard, de les raconter). Un unique mot – en clôture de l’extrait – pour dire deux réalités entrecroisées, l’une à l’origine de l’autre (et qui aboutit, de ce fait, à créer la vision d’une école source de problèmes, pour rejoindre notre questionnement sur le monde scolaire).
Un dernier exemple : dans le même texte, ironiquement, Rouaud écrit que le compas dans son dos, dont la pointe a été chauffée au briquet, sert peut-être à « aiguillonner » l’esprit de l’élève. Terrible jeu de mots : aiguillonner, c’est motiver, stimuler (autre synonyme pointu… : éperonner, fourni par le dictionnaire). Mais le mot ne peut pas ne pas faire penser au bout de la pointe du compas, source de souffrance et vecteur d’humiliation. En jouant sur le mot, dans ce qui s’apparente à un amer sourire d’écriture, Rouaud dénonce non seulement le geste, mais aussi l’intention qui le sous-tend : la peur et la menace comme outils pédagogiques. Allons plus loin : Le monde à peu près, c’est peut-être un titre qui programme une manière d’écrire (une poétique, pour le dire vite) : justement celle qui donne à certains mots non pas un sens exact, unique, mais un tremblement de sens, une pluralité de significations, un pouvoir de diffraction dans tout le texte et de cristallisation de tout le sens du texte. Quand on créer et qu’on interprète un texte littéraire, la réponse ne peut pas tomber « juste et rapide »….
Troisième conseil, donc : considérez chaque mot, et la place de chaque mot – une place parfois stratégique – comme le fruit de choix réfléchis, susceptibles d’ouvrir sur un vertige de sens, auquel on gagne à se laisser prendre. Et si, compte tenu de…, ce mot signifiait aussi… ? Voilà la question à faire sienne.
Rappel de la séance 1 : écriture d’un souvenir d’école
Séance 2 : Entre les murs de l’école : représentations et souvenirs de la vie en classe, de la peinture à la littérature, du XIXe au XXe siècle. Comment caractériser cet univers ? Qu’est-ce qui se vit, qu’est-ce qui se joue entre les murs de la salle de classe ?

En classe, le travail des petits – Jean Geoffroy, huile sur toile, 1889

Albert Bettanier, La tache noire, 1887.

Honoré Daumier – Professeurs et Moutards, 1845-1846 (le premier dessin de cette série a été publié dans le quotidien satirique Le Charivari le 30 janvier 1846.)
Voir l’analyse du tableau de Geoffroy et celle du tableau de Bettanier sur le site Histoire-image.org.

Pourquoi étudier cette pièce de Sophocle ?
Notre objectif : comprendre les enjeux que déploie le début de la pièce, en nous attachant en particulier à ce que produisent les discours d’Œdipe et du prêtre.
J’emprunte ces images au merveilleux livre d’André Degaine, Histoire du théâtre dessinée (1970).



