Livre ancien ouvert sur une table

Pour vous aider à expliquer par vous-même les textes étudiés (POPN)


Comment analyser un extrait de la pièce de Nathalie Sarraute ?


Les extraits étudiés

Vous trouverez ci-dessous les trois extraits de la pièce que nous étudions, ainsi qu’un texte écho, lui aussi travaillé dans la perspective de l’explication de texte à l’oral du Bac.

Attention, ne prêtez pas d’attention à la mention « chapitre II » : c’est un reliquat du document de l’an dernier, que je n’ai pas jugé indispensable de reprendre. Merci de votre compréhension.


De quelle étape est-il question ici ?

Voici ce que sont les trois étapes de nos travaux en matière d’étude de textes :

  1. Découverte et interprétation d’un extrait en classe. Nous explorons le texte ensemble, formulons des projets de lecture possibles, examinons la progression du texte, étudions les principaux faits de langue et de sens.
  2. Relecture, appropriation du texte et du cours par vous-même, chez vous. Vous reprenez le texte, le cours, vous appuyez sur l’aide à la relecture publiée sur ce site, et préparez ainsi un discours : celui de votre explication à l’oral.
  3. Entraînement à l’explication à l’oral. Vous vous entraînez, chez vous, en classe lorsque le temps nous le permet, à partir d’un brouillon oralisable, c’est-à-dire fait pour que votre propos ne soit pas lu, mais dit. Cette étape dépasse la question de l’interprétation et de l’analyse. Elle suppose aussi de consolider vos compétences d’expression et d’argumentation.

C’est pour l’étape 2 que j’écris ces conseils ci-dessous.


Quelques explications : un texte, c’est une forme-sens.

Je vous ai dit en cours qu’interpréter un texte ne consistait pas à relever les procédés d’écriture qui lui donnent forme, même si vous pouvez avoir aujourd’hui cette image de la matière. Pour le dire caricaturalement, un écrivain n’ouvre pas un tiroir à procédés pour les combiner afin de produire une œuvre.

Mais, c’est vrai, nous lisons des œuvres produites par la rencontre entre une conscience – celle de l’auteur – le monde qui est le sien, et le langage. L’auteur est celui qui, pour dire quelque chose à propos du monde, réinvente des rapports nouveaux entre les mots, tout en étant l’héritier de traditions, c’est-à-dire de façons d’écrire et de penser.

Un texte littéraire, c’est donc un objet qui porte du sens, dans lequel du sens circule, grâce à la forme qu’un écrivain lui a donnée. Sens et forme sont tissés ensemble. Interpréter un texte suppose donc de constamment considérer la page en son entièreté (quel est le sens global possible ?), et ses menus détails (comment chaque pièce contribue-t-elle à l’ensemble ?) : il s’agit de voyager entre ces deux échelles, si possible avec plaisir !

De surcroît, interpréter, c’est faire entendre ce qu’on perçoit, soi-même, et tenter de convaincre autrui – mettons l’examinateur, au Bac, du bien-fondé de sa lecture. C’est pourquoi regarder le texte de près donne de la valeur à ce que vous en dites : chaque analyse, chaque menue rencontre, au niveau d’un fragment textuel, avec votre sensibilité, vaut d’être proférée, et constitue sinon une preuve, du moins un appui pour donner du lest à votre discours.

Ce long préambule vise à vous prier, autant que faire se peut, de ne jamais perdre le sens de vue quand vous chercherez à démontrer que votre hypothèse est juste, et de ne jamais oublier que le sens naît comme une étincelle de l’agencement particulier d’un mot, d’une phrase, et au théâtre, par exemple, de la progression singulière d’un dialogue.

Pour que vous puissiez gagner en autonomie dans l’analyse des extraits de Pour un oui ou pour un non que nous étudions, voici une sélection des points d’attention que je vous suggère de cultiver. Comme vous pourrez le voir, je vous invite à constamment changer d’échelle dans vos analyses : vue d’ensemble et vue rapprochée du texte s’articuleront ainsi dans votre discours, pour expliquer et justifier votre lecture.


Sept pistes pour analyser les extraits, seul, avec confiance (que faut-il observer ?)

Le texte : sa place dans l’œuvre ; les thèmes et les enjeux ; la construction des phrases ; le choix des mots.

  • Parce que chaque scène, ou chaque fragment de scène prend sens selon sa situation dans l’œuvre, appuyez-vous sur la place de l’extrait dans la pièce. Où l’extrait se situe-t-il ? Que s’est-il passé juste avant ? Sur quoi débouche-t-il par la suite ? (La place d’un fragment dans une œuvre contribue toujours à son sens : témoin, ci-dessous, ce qui fait partie d’une exposition.)
  • Parce que les personnages discutent, débattent, voire se battent, identifiez les enjeux sur lesquels porte l’argumentation et, potentiellement, le conflit. Les personnages échangent, parlent, discutent… disputent au sens du XVIIe siècle : ils confrontent leurs points de vue. Sur quoi ? De quoi est-il question ? Quelle vision chacun développe-t-il à ce propos ? (Ce point croise évidemment les autres.) Quelle tension découle de cette confrontation de regards ?
  • Parce que chaque phrase résulte d’un ensemble de choix, observez ce qui se joue entre les personnages à l’échelle des phrases. Comment les phrases sont-elles construites ? Comment chaque personnage tente-t-il d’agir sur l’autre par la parole ? Observez la syntaxe, les types de phrases, les verbes (et les modes), la ponctuation.
  • Parce que certains mots peuvent avoir de puissants effets, singulièrement dans une pièce qui accorde une place importante au langage, observez ce qui se joue entre les personnages à l’échelle des mots. Quels mots les personnages emploient-ils ? Cela les aide-t-il à échanger, à se comprendre ? Étudiez le vocabulaire employé, la polysémie, l’implicite, les traces d’ironie.

La dimension théâtrale du texte : répliques, didascalies, adresse au spectateur.

  • … puis à l’échelle des répliques, puisque c’est d’un texte théâtral qu’il s’agit. Comment le dialogue progresse-t-il ? Étudiez la façon dont les répliques s’enchaînent ; examinez la dynamique d’une scène, l’évolution du rapport de force d’une réplique à l’autre.
  • Interprétez les didascalies, par lesquelles l’autrice donne à lire des indications scéniques… au lecteur. Que suggèrent-elles ? Que révèlent-elles sur ce que font, voire pensent les personnages ? Pensez aux didascalies internes, c’est-à-dire à ce qui indique un geste, une attitude, un ton, dans les paroles des personnages.
  • Comme pour tout texte théâtral, songez au rôle que le texte donne au spectateur. Par-delà les personnages, le spectateur est-il parfois le destinataire du texte ? Attachez-vous aux pronoms, au présent de vérité générale (et autres procédés généralisants). Souvenez-vous qu’un texte théâtral a, en somme, deux auteurs (l’auteur de l’œuvre, le personnage qui prononce la réplique) et deux destinataires (un personnage en scène, le spectateur).

Un très bref prolongement : aimez-vous le texte que vous vous apprêtez à expliquer ?

Vous souhaitez tous bien faire, et j’espère que vous tiendrez compte des éléments ci-dessus. Que l’exigence attachée à l’épreuve n’occulte pas le possible plaisir du texte… Demandez-vous, au seuil, ou à la fin de votre travail de préparation, si vous l’aimez, et le cas échéant, pourquoi. Cela se sentira le jour de l’oral.