Avant de lire la méthodologie proposée ici, revoyez avant tout les conseils donnés par votre professeur en classe de Seconde. Si la méthode qui vous a permis d’acquérir les conventions de la dissertation fonctionnent, inutile de lui substituer la démarche qui suit.

Au boulot !

Vous trouverez ci-dessous les éléments de méthodologie suivants, au choix :

  • Une méthodologie complète.
  • Un diaporama en annexe, assez long, mais qui se veut exhaustif.
  • En annexe également, une copie d’élève avec une partie de dissertation rédigée.
  • Enfin, des liens vers d’autres billets relatifs à des points précis de la dissertation, inspirés par des erreurs fréquemment rencontrées. Ces liens figurent en bas de page.


MÉTHODOLOGIE

Je rappelle les différentes étapes à suivre pour réussir vos devoirs : analyser le sujet ; concevoir le plan, rechercher les arguments, mobiliser les exemples et concevoir un plan pour organiser cet ensemble ; enfin, rédiger.

Sur une dissertation de type Bac, en supposant que vous avez conservé trois heures pour la réaliser, on peut imaginer de consacrer 1h, 1h15, au plus 1h30 aux deux premières étapes, et 2h, ou un peu moins, à la rédaction, selon la vitesse à laquelle on écrit.

Pour être aussi clair que possible, on peut encore décomposer ces trois étapes en cinq moments clés de la conception et de la rédaction du devoir : circonscrire le sujet, l’analyser, chercher des idées et des exemples, élaborer le plan (ces deux étapes se font souvent en va-et-vient), rédiger l’introduction et la conclusion au brouillon, rédiger l’ensemble du devoir au propre.

Allez directement aux étapes sur lesquelles vous souhaitez (re)travailler grâce aux liens ci-dessous.

1. Circonscrire le sujet (quelques minutes, voire quelques instants, juste avant l’analyse)
2. Analyser le sujet
3. Chercher des idées et des exemples, bâtir le plan
4. Rédiger la conclusion et l’introduction
5. Rédiger au propre

Une élève a bien voulu fournir sa dissertation (une partie développée) en guise d’exemple (Julia C., élève de 2de en 2013-2014). Vous pouvez la télécharger en annexe, en bas de cette page.

1. Circonscrire le sujet

Exemple d’énoncé : Pensez-vous que le théâtre doive divertir ou instruire le spectateur ? Au risque d’enfoncer une porte ouverte, cet énoncé ne concerne QUE le théâtre. Impossible de s’appuyer sur un autre genre littéraire ici.

2. Analyser le sujet

… consiste à dégager le(s) sens des mots-clés, celui des termes qui les relient, les présupposés du sujet…

Pensez-vous que le théâtre doive divertir ou instruire le spectateur ?

  • « Divertir », « instruire le spectateur » ne posent pas de problème particulier ; il faut cependant les définir, préciser quelles réalités ils recouvrent. Qu’est-ce que se divertir au théâtre ? Que signifie ce verbe ? Comment le théâtre instruit-il le spectateur ?
  • Mais le verbe devoir doit retenir notre attention tout autant. Ainsi formulé, le sujet présuppose que la vocation du théâtre relève d’un choix exclusif : divertir OU instruire. Cet antagonisme est peut-être artificiel : il nous revient de montrer en quoi, peut-être, divertissement et instruction ont partie liée, voire se donnent la réplique au théâtre.

… et à expliciter les questions que le sujet soulève

Pensez-vous que le théâtre doive divertir ou instruire le spectateur ?

  • Si le théâtre nous divertit, comment cela marche-t-il ? Avec quel type de pièces et de procédés ?
  • Même question pour « instruire ».
  • Le divertissement empêche-t-il l’instruction ? La favorise-t-il au contraire ?
  • etc.

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3. Chercher des idées et des exemples, bâtir le plan

Comme pour le commentaire, ces deux étapes peuvent se faire dans l’un ou l’autre sens : si vous avez plutôt l’esprit logique, trouver les idées directrices des deux ou trois grandes parties vous aidera à dégager les arguments autour desquels se formeront les sous-parties. En revanche, si vous fonctionnez plutôt à l’intuition, par association d’idées, jetez toutes celles que vous trouvez sur votre brouillon (sans en mettre aucune de côté dans un premier temps), puis regroupez-les et agencez-les afin d’obtenir un devoir structuré autour de deux ou trois idées directrices.

Pour vous aider, un type d’interrogation essentiel : Pour quelle(s) raison(s)… ?

Exemple

I. Pour quelle(s) raison(s) le théâtre devrait-il divertir le spectateur ?
II. Pour quelle(s) raison(s) le théâtre devrait-il instruire le spectateur ?

Idéalement, un troisième temps permettrait d’envisager la question sous un autre angle, en en dépassant le cadre initial (plan dialectique). Ainsi, avec le sujet suivant : Pensez-vous que le théâtre doive divertir ou instruire le spectateur ?, on peut ménager une troisième partie :

III. Le théâtre n’instruit peut-être jamais mieux que lorsqu’il relève foncièrement du divertissement (autre formulation : l’antagonisme entre divertissement et instruction est peut-être artificiel).

Exemple avec un autre sujet :

Le théâtre est-il toujours un lieu de conflit ?

I. Pour quelle(s) raison(s) le théâtre serait-il toujours un lieu de conflit ?
Chaque réponse à cette question donnera lieu à une sous-partie.
II. Pour quelle(s) raison(s) le théâtre serait-il aussi le lieu où se résolvent, voire se résorbent les conflits ?

Plans et types de plan

Il existe des types de plans… Je vous ai dit tout le bien que je pensais de la chose. Là n’est pas l’essentiel. Je vous (re)donne néanmoins les repères suivants à ce propos.

Plan concessif, dialectique, thématique ?…

Vous trouverez dans un autre billet des conseils pour choisir un plan efficace ; j’en reprends l’essentiel ci-dessous.

  • Ne perdez pas de temps à chercher le type de plan qui convient. Concentrez-vous sur l’analyse du sujet, le plan découlera de votre réflexion.
  • Au fond, certains sujets se discutent : c’est le cas de celui vu en cours, qui porte sur l’alternative divertir / instruire au théâtre. Lorsqu’on discute le sujet (c’est-à-dire lorsqu’on confronte plusieurs thèses), on emploie un plan concessif s’il est composé de deux parties, et dialectique si à ces deux parties s’ajoute une troisième qui permet un dépassement (dans notre cas, le dépassement de l’alternative divertir / instruire, les deux effets paraissant inextricablement mêlés).
  • D’autres sujets proposent un jugement ou une question qui n’offre pas particulièrement matière à débat : dans un tel cas, on envisage le jugement ou la question avancé(e) sous plusieurs angles (ou thèmes) : on adopte un plan dit thématique. Vous en avez un exemple dans ce billet sur les types de plans. C’est le cas - petit coup de main en passant - du dernier sujet de dissertation qu’il vous a été proposé de faire : “Pourquoi le couple du maître et du serviteur est-il un tandem privilégié dans le théâtre ?”.
  • D’autres enfin appellent un plan analytique. Le candidat analyse la notion-clé du sujet et ses implications. Vous en avez un exemple plus loin dans cette page, avec un sujet sur le conflit au théâtre.

J’insiste : mieux vaut comprendre ce qui fait un bon plan : cohérence, équilibre et progression sont les principes à respecter pour produire un devoir organisé de manière intelligente. Ce qui compte, c’est que votre correcteur comprenne et apprécie votre raisonnement, d’autant qu’on peut croiser (sans s’en rendre compte) un plan analytique et un plan dialectique, par exemple, lorsqu’une notion mérite un examen méthodique approfondi (on examine de quoi en parle en I).

Voici deux plans envisageables pour le sujet sur le conflit :

Plan A en deux parties (concessif)

I. En première analyse, il semble que le théâtre soit souvent un lieu de conflit.
II. Cependant, le théâtre est aussi le lieu où se résolvent les conflits.

Dans un premier temps, on illustre la thèse sous-entendue par la question posée par le sujet (on concède qu’elle est vraie, en proposant des justifications). Dans un second temps, il s’agit d’en éclairer les zones d’ombre : ce que l’auteur du sujet n’a volontairement pas dit, c’est-à-dire que les conflits prennent fin sur scène également (entre autres).

Plan B en trois parties (on l’appellerait plutôt analytique… mais honnêtement, peu importe)

I. Au théâtre, les conflits représentés revêtent un certain nombre de formes, qu’il convient en premier lieu d’examiner.
(Que sont ces conflits ?)

II. Le conflit joue par ailleurs différents rôles dans une pièce de théâtre, qu’il nous faut interroger.
(Quel rôle jouent-ils dans une pièce?)

III. Enfin, les conflits et leur résolution sur la scène sont porteurs de significations diverses.
(Quel sens ont-ils?)

Plan B en trois parties (avec les arguments autour desquels former les sous-parties)

I. Au théâtre, les conflits représentés revêtent un certain nombre de formes, qu’il convient en premier lieu d’examiner.

Conflits politiques, sociaux, amoureux, intérieurs…


II. Le conflit joue par ailleurs différents rôles dans une pièce de théâtre, qu’il nous faut interroger.

Rôle dans l’intrigue, effets comiques, effets tragiques…


III. Enfin, les conflits et leur résolution sur la scène sont porteurs de significations diverses.

Critique d’un défaut universel (l’hypocrisie vaincue dans Le Tartuffe), éloge de la ruse ou célébration de la folie joyeuse dans Le Bourgeois gentilhomme, éloge d’un idéal épris de justice dans Antigone, triomphe de l’intelligence sur les inégalités dans Le Mariage de Figaro, triomphe de l’amour fraternel malgré la persistance des haines recuites et des jalousies familiales dans Le retour au désert, mise en lumière dans le dénouement de Phèdre de l’effet dévastateur des passions…

Bâtir le plan suppose de préparer le squelette du devoir, c’est-à-dire de rédiger sous forme de phrases les idées directrices des sous-parties.

Exemple :

Idée directrice du I

En première analyse, il semble que le théâtre soit souvent un lieu de conflit.

Idée directrice du I, avec l’annonce des sous-parties

En première analyse, il semble que le théâtre soit souvent un lieu de conflit : art reposant pour une grande part sur la parole, il permet de représenter les luttes des hommes entre eux, mais aussi les dilemmes qui peuvent agiter une conscience  ; il offre aussi une position particulière au spectateur, à même de juger des forces et des thèses en présence.

Idée directrice du I. 1

Le théâtre est souvent un lieu de conflit, car en tant qu’art de la parole, il est particulièrement apte à représenter les désaccords entre les hommes.

Gare au hors-sujet !

La formulation de certains sujets peut vous conduire à une réflexion apparemment en lien avec le sujet, mais en réalité, hors-sujet et donc fortement sanctionnée. En voici un exemple.
Sujet : La littérature peut-elle contribuer à la naissance d’une société plus juste ?

Plan possible

I. La littérature contribue souvent à l’émergence d’une société plus juste.
II. Mais elle rencontre différents obstacles dans cette entreprise.

Plan dont la 2ème partie est hors-sujet

I. La littérature contribue souvent à l’émergence d’une société plus juste.
II. Mais elle ne peut se réduire à cette fonction ; elle assume d’autres rôles.

Ici, le sujet de départ a été déformé, comme si on répondait à la question suivante : La littérature doit-elle contribuer à la naissante d’une société plus juste ?

Ce simple changement de verbe induit une analyse très différente du sujet, et par conséquent un plan différent du premier !

Autre exemple

Le rôle du poète est-il d’éclairer les hommes ?

Pour réussir cette dissertation, il convient bien sûr de s’interroger sur ce qu’est la poésie, et sur ce que peut signifier l’expression « éclairer les hommes ».

Par ailleurs, l’analyse de cette question doit vous amener à considérer que si le rôle du poète est bien souvent d’éclairer les hommes (parce que la poésie recèle des pouvoirs et produit des effets particuliers, qu’il faut évoquer dans le développement), il ne se réduit pas à cela.

I. Le rôle du poète est souvent d’éclairer les hommes.
II. Mais il ne peut être réduit à cela ; le poète assume d’autres fonctions.
III. C’est peut-être lorsque la poésie paraît la moins utile qu’elle éclaire réellement les hommes.

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La question des exemples

Il faut vraiment envisager les années de Seconde et de Première comme un moment de fabrique des exemples. Fichez les œuvres lues ou les extraits d’œuvres étudiés en cours, profitez des sorties au théâtre et des recommandations de lectures que je ne manquerai pas de vous faire. Vous pouvez par exemple sélectionner les aspects suivants pour une fiche concise et efficace :

  • Auteur (Beaumarchais)
  • Titre (Le Barbier de Séville)
  • Date, époque (1775, les Lumières, quelques années avant la Révolution française, l’abolition des privilèges et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen)
  • Mouvement littéraire, genre littéraire (comédie - on peut préciser qu’elle est le premier volet d’une trilogie qui comprend le chef-d’œuvre de Beaumarchais : Le Mariage de Figaro)
  • Personnages principaux (Figaro, le Comte, Rosine, Bartholo)
  • Intrigue (Grâce à sa malice, Figaro, ancien valet du Comte Almaviva, aide ce dernier à épouser Rosine en la délivrant de la tutelle de Bartholo - intrigue très proche de celle de L’École des femmes de Molière)
  • Esthétique (pièce très enlevée, avec un comique reposant largement sur la ruse et le verbe de Figaro ; l’intrigue est donnée à découvrir du point de vue de Figaro et d’Almaviva)
  • Une scène, une réplique, un échange de répliques, un élément de mise en scène : retenez un fragment de l’œuvre qui a retenu votre attention, et qui pourra vous servir en dissertation (tel élément accentue l’effet comique de…)

4. Avant-dernière étape : rédiger la conclusion et l’introduction

Avec les phrases-charnières, ce sont les seuls passages du devoir qu’il faut rédiger au brouillon.

On gagne à rédiger la conclusion avant l’introduction. En effet, ces deux passages stratégiques du devoir doivent être pensés ensemble.

Introduction et conclusion : des paragraphes en miroir

Ces paragraphes se répondent comme suit :

  • Amorce en tout début d’introduction / ouverture en toute fin de conclusion
  • Énoncé et problématisation du sujet au cœur de l’introduction / bilan synthétique qui répond à la question posée par le sujet au cœur de la conclusion
  • Annonce du plan en fin d’introduction / bilan de chaque partie du développement en début de conclusion

Conclusion (sujet sur le conflit au théâtre)

En conclusion, nous avons vu qu’au théâtre, le conflit revêtait des formes diverses et nombreuses, dans la mesure où il s’agit de représenter les luttes entre les hommes, mais aussi les troubles et les dilemmes qui agitent la conscience. C’est également un élément essentiel à la dynamique de la pièce, ainsi qu’aux aux effets qu’elle produit sur le spectateur, tant dans la comédie que dans la tragédie. Mais le théâtre repose tout autant sur la résolution des conflits : lorsqu’ils prennent fin, que les cœurs s’en trouvent apaisés, voire réjouis, ou non, la pièce prend souvent tout son sens. Si toute œuvre théâtrale tend donc vers un dénouement qui met fin aux antagonismes, le théâtre est toujours un lieu de conflit. Même si le spectacle théâtral est aujourd’hui vu essentiellement comme un divertissement, il conserve la dimension civique et sociale présente dès sa naissance dans la Grèce antique, grâce à la mise en scène des conflits entre les hommes.

Introduction

Les premiers dramaturges de l’histoire du théâtre, qui s’opposent dans des compétitions lors des cérémonies dionysiaques, choisissent leurs sujets dans les récits mythologiques de leur temps ; ils sélectionnent en particulier les épisodes conflictuels qui opposent les hommes entre eux, ou qui les confrontent à la volonté des dieux. Aujourd’hui encore, le spectacle théâtral donne à voir les affrontements entre les hommes. Mais le théâtre est-il toujours un lieu de conflit ? Ainsi posée, cette question présuppose que le conflit est souvent un élément essentiel du spectacle théâtral. À ce titre, notre réflexion devra en examiner la place, le sens, ainsi que la forme, car ce terme, simple en apparence, peut recouvrir de nombreuses réalités et significations. Mais l’interrogation, qui porte sur l’adverbe “toujours”, suggère aussi que le théâtre pourrait être un lieu où se dénouent les tensions, voire, d’où le conflit est absent. Nous nous efforcerons donc de répondre à cette question en étudiant, en premier lieu, les différentes formes de conflits au théâtre. Puis nous nous interrogerons sur le rôle que joue le conflit dans une pièce. Enfin, nous nous demanderons si la scène n’est pas le lieu où les conflits se résolvent et prennent sens.

Conclusion expliquée

Bilan de chaque partie En conclusion, nous avons vu qu’au théâtre, le conflit revêtait des formes diverses et nombreuses, dans la mesure où il s’agit de représenter les luttes entre les hommes, mais aussi les troubles et les dilemmes qui agitent la conscience. C’est également un élément essentiel à la dynamique de la pièce, ainsi qu’aux aux effets qu’elle produit sur le spectateur, tant dans la comédie que dans la tragédie. Mais le théâtre repose tout autant sur la résolution des conflits : lorsqu’ils prennent fin, que les cœurs s’en trouvent apaisés, voire réjouis, ou non, la pièce prend souvent tout son sens. Bilan synthétique Si toute œuvre théâtrale tend donc vers un dénouement qui met fin aux antagonismes, le théâtre est toujours un lieu de conflit. Ouverture Même si le spectacle théâtral est aujourd’hui vu essentiellement comme un divertissement, il conserve la dimension civique et sociale présente dès sa naissance dans la Grèce antique, grâce à la mise en scène des conflits entre les hommes.

Introduction expliquée

Amorce : pensez à partir d’un terme du sujet ; choisissez une idée qui entre en résonance avec le sujet, et qui montre que vous avez compris ce dont il est question. Généralement, on trouve une amorce au fil de la réflexion, parfois à la fin de l’étape de conception du devoir au brouillon. Cela peut aussi être une citation. L’amorce tient lieu de “captatio benevolentiae” : elle vise à rendre favorable le premier jugement de votre correcteur. Les premiers dramaturges de l’histoire du théâtre, qui s’opposent dans des compétitions lors des cérémonies dionysiaques, choisissent leurs sujets dans les récits mythologiques de leur temps ; ils sélectionnent en particulier les épisodes conflictuels qui opposent les hommes entre eux, ou qui les confrontent à la volonté des dieux. Aujourd’hui encore, le spectacle théâtral donne à voir les affrontements entre les hommes. Énoncé du sujet, avec l’ajout de l’adversatif “mais”, pour mettre du liant. Mais le théâtre est-il toujours un lieu de conflit ? Explicitation, problématisation du sujet Ainsi posée, cette question présuppose que le conflit est souvent un élément essentiel du spectacle théâtral. À ce titre, notre réflexion devra en examiner la place, le sens, ainsi que la forme, car ce terme, simple en apparence, peut recouvrir de nombreuses réalités et significations. Mais l’interrogation, qui porte sur l’adverbe “toujours”, suggère aussi que le théâtre pourrait être un lieu où se dénouent les tensions, voire, d’où le conflit est absent. Annonce du plan Nous nous efforcerons donc de répondre à cette question en étudiant, en premier lieu, les différentes formes de conflits au théâtre. Puis nous nous interrogerons sur le rôle que joue le conflit dans une pièce. Enfin, nous nous demanderons si la scène n’est pas le lieu où les conflits se résolvent et prennent sens.

5. Dernière étape : rédiger au propre

  • Vous reprenez les phrases-charnières, les idées, les exemples que vous avez trouvés ;
  • Comme pour le commentaire, on attend une phrase-paragraphe pour introduire chaque partie, un paragraphe par sous-partie (trois sous-parties conseillées, avec un exemple à chaque fois), une phrase-paragraphe conclusive.
  • Vous laissez un espace pour votre introduction et votre conclusion, derniers passages à être recopiés.

Exemple de partie développée (sujet sur le conflit au théâtre)

Les connecteurs logiques sont mis en gras. Les sauts de ligne ne sont pas nécessaires dans votre copie au sein d’une même partie ; ci-dessous, ils servent simplement à aérer le texte en l’absence des alinéas.

Pour mémoire, les sauts de ligne servent de séparation entre les grandes sections du devoir : introduction, partie I, partie II, partie III, conclusion.

En première analyse, il semble que le théâtre soit souvent un lieu de conflit : art reposant pour une grande part sur la parole, il permet de représenter les luttes des hommes entre eux, mais aussi les dilemmes qui peuvent agiter une conscience  ; il offre aussi une position particulière au spectateur, à même de juger des forces et des thèses en présence.

Le théâtre est d’abord un lieu de conflit parce qu’en tant qu’art reposant sur la parole, il permet d’exprimer les conflits entre les hommes. Les personnages débattent, voire se battent avant tout par le jeu des répliques. L’écriture théâtrale peut d’ailleurs mettre en relief l’acuité de la discorde, par exemple par le biais des stichomythies. Molière y a recours dans Le Malade imaginaire, lorsque Toinette défie l’autorité de son maître, Argan. Elle prend ainsi la défense et le relais d’Angélique, devenue impuissante face à son père, désireux qu’il est de la marier à un médecin. La brièveté et l’enchaînement rapide des répliques sont redoublés par la poursuite de Toinette par Argan, bâton à la main. Il s’agit de traduire avec cocasserie la fermeté de l’opposition de la domestique et l’impuissance du maître, qui n’est plus ni maître chez lui, ni maître de sa raison.

La parole théâtrale met également au jour les tensions qui peuvent habiter un seul personnage : par le biais du monologue, c’est une conscience à nu qui s’offre au spectateur. Ce procédé est en effet fondé sur l’illusion que le personnage ne s’adresse qu’à lui-même. Le trouble qui saisit Rodrigue dans Le Cid à l’idée de devoir affronter le père de Chimène s’exprime avec éclat dans ses fameuses « stances ». Ces strophes miment le cheminement de la pensée en même temps que le doute qui manque de faire vaciller le personnage, tiraillé par le dilemme entre son amour pour Chimène et son devoir envers son père, entre la fidélité de l’amant et l’honneur du fils. Déchiré, le personnage retrouve son unité dans son choix final, lorsqu’il prend conscience, avec le spectateur qui l’accompagne, qu’il ne peut espérer être aimé s’il renonce à son devoir de gentilhomme. Dans ce temps suspendu, au cœur du conflit qui forme le nœud de la pièce, le public est plus proche que jamais du for intérieur du héros.

Enfin, ce lieu de conflit qu’est le théâtre offre au spectateur une position privilégiée de juge des forces et des thèses en présence. Les personnages exposent chacun leur vision sans que le dramaturge tranche toujours nettement en faveur de l’un ou de l’autre. Ainsi, toute sa place est laissée au public. Par exemple, dans Antigone d’Anouilh, l’héroïne s’oppose à Créon. Ce dernier se prononce en faveur du primat des lois, mais Antigone refuse de s’y soumettre au nom de la dignité humaine et d’un certain idéal. Elle souhaite ainsi enterrer son frère en dépit de sa trahison. Le duel que se livrent les protagonistes se développe à mesure que la jeune femme, éprouvée par les révélations de son oncle sur ses deux frères, radicalise son attitude, motivée par une soif d’absolu qui la conduit à être celle qui dit « non ». Il s’agit autant de s’approcher du dénouement que de faire entendre au spectateur les thèses en présence. Discret, le dramaturge ne semble pas prendre parti avant la fin, tant les arguments de Créon sur la simplicité du bonheur et la fatalité prosaïque de l’existence paraissent solides. Ainsi le spectateur se trouve-t-il seul juge en définitive.

Sur scène, les conflits qui agitent les hommes et même chaque homme en son for intérieur trouvent donc à s’exprimer de manière particulièrement efficace.

Cependant, le théâtre est aussi le lieu où se résolvent les conflits (début de la 2ème partie).

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